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Perspectives
Méditerranéennes
Chroniques
méditerranéennes
par
Hubert
JOLY
Le
Baptistère
De La Roque à
Venasque, à travers les chemins, dans la
lumière du matin, je marchais vers le
baptistère. Face à moi, dans le soleil levant,
j'apercevais le clocher de l'église romane
dressée sur ses calcaires à
l'extrémité de l'éperon.
De ravin en ravin, je
progressais vers elle. De temps à autre, je faisais
lever des ramiers dans la garrigue. A mesure que
j'avançais, s'élevait des ronciers un essaim
voletant de papillons qui me faisait compagnie.
Tantôt plongeant
dans l'ombre, je m'engloutissais dans un verger de cerisiers
ou dans l'épaisseur des fourrés, tantôt
je ressurgissais au milieu des lambrusques dans la
lumière des terrasses. Parfois, il m'arrivait de
passer sous un figuier déjà surchauffé,
dont l'odeur âcre me poursuivait dans la
poussière du chemin.
Devant moi, Venasque
continuait de grandir à l'Orient. Dans le calme du
matin, je pouvais distinguer chacune des fenêtres de
ses maisons étirées le long du rocher. Elles
s'éveillaient lentement, encore tassées dans
l'ombre. Je disparus une dernière fois. Du fond du
vallon humide où j'étais descendu, je ne
voyais plus le village mais le bruit d'une scie, en
écho au chant des oiseaux, me le faisait sentir tout
proche. C'est là que je fus surpris par les cloches
de l'Angelus. Tandis que je m'élevais une
dernière fois vers la lumière sur le sentier
qui contourne l'éperon, je ne pouvais
m'empêcher de penser à cette force
mystérieuse qui pousse l'humanité vers le
renouveau.
Dans un monde sanglant,
tant de fois déchiré par les guerres, je me
demandais, au-delà de cet évêque obscur
du VIe siècle, ce qui avait conduit tant de
générations au baptistère. Serait-il un
jour désert ? Ou bien d'autres hommes
sauraient-ils retrouver son chemin ? Continueraient-ils
à ressentir cette aspiration à la vie,
à la lumière, au renouveau ? Je
m'étonne toujours d'entendre accepter la mort comme
une donnée dont il convient de s'accomoder
puisqu'elle dépend aussi peu de nous que la
naissance. Comme si pour ceux qui font ce raisonnement, il
n'y avait ni gout, ni attrait dans la vie !
Cette résignation
me paraissait bien troublante. De même que je
ressentais le besoin de gravir le sentier pour
accéder à la lumière, je voyais que
tous les siècles de l'humanité
s'étaient tendus dans un combat farouche contre la
mort vers une forme d'éternité. Des pyramides
au baptistère, la chaine était continue.
Faudrait-il que notre maillon vînt à
manquer ? Ou que tout autour de cette mer et de ces
terres ravinées par les pas des apôtres et des
prophètes, une génération, la
nôtre ou la prochaine, sache conserver
l'espérance, se battre pour la vie, marcher vers le
baptistère ?
Hubert JOLY
1981
- Perspectives
et chroniques
Méditerranéennes
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