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Orthonet
FranceTerme
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Comprendre
l'orthographe du français
Hubert
JOLY
-
-
- L'orthographe du
français est complexe : on le voit dès
le premier mot de ce texte.
-
- Pourquoi th et ph dans
le mot orthographe ?
-
- Dans le premier cas, th, la lettre
h ne se prononce pas. Elle a pour fonction de
rappeler que, dans la racine grecque ortho, le
t prononcé n'est pas un
t (tau)
mais un q
(têta).
-
- Dans le second cas, le h modifie la
prononciation du p qu'il suit et le
modifie phonétiquement en /f/. Comme dans le
premier cas cependant, ce /f/ écrit
ph est là pour rappeler que la
racine graphe vient du grec et que, comme dans
beaucoup de mots scientifiques, on a voulu rappeler
l'origine grecque de la racine en transcrivant le j
(fi) grec en ph, tout en oubliant de le
faire dans de nombreux autres cas où ce
même (fi) a été transcrit par un
banal f...
-
- Dès le début, on constate donc que
le système orthographique du français
n'est pas cohérent....
-
- L'orthographe du français comporte deux
parties : celle qui concerne l'orthographe dite
lexicale c'est-à-dire la façon dont on
écrit les mots et conjugue les verbes et
l'autre qui concerne la façon dont on agence
les mots à l'intérieur de la phrase pour
aboutir à un sens : l'orthographe
syntaxique.
-
- Dans ce petit opuscule, nous ne traiterons que de
la première, l'orthographe lexicale.
-
- Ne nous désespérons cependant pas.
Si le système orthographique n'est pas
cohérent, il ne l'est pas autant qu'on croit et
il est possible de s'y repérer à l'aide
d'explications simples que nous nous proposons de
donner dans les pages qui suivent.
-
- Que nos lecteurs se rassurent : nous
n'emploierons jamais de termes compliqués de
linguistique et nous n'utiliserons pas non plus la
notation phonétique internationale, bien
commode certes, mais qui n'est pas connue de nos
lecteurs.
-
- Dans notre pensée, ce petit livret est
destiné à l'instituteur de village qui
manque de documentation savante et à
l'étudiant sérieux du secondaire ou du
supérieur qui veut comprendre le pourquoi des
choses afin de mieux maitriser l'écriture du
français.
-
- Les difficultés de l'orthographe
française sont avant tout le produit de
l'histoire compliquée de la langue
française qu'il nous faudra donc survoler
rapidement, faute de quoi nous ne comprendrions rien
à une histoire où il aura fallu
-
- 1) écrire une nouvelle langue (le
français) avec un alphabet ancien
légèrement adapté peu
adapté (l'alphabet latin)
- 2) tenir compte de ce que l'orthographe des mots
français s'est formée, selon les mots,
à des époques différentes et
selon des solutions différentes (cas du
redoublement du l derrière e prononcé e
ouvert, ou bien utilisation de l'accent grave sans
redoublement de la consonne) qui se superposent et se
concurrence dans le français
d'aujourd'hui.
- 3) prendre en compte le souci des
rédacteurs des premiers dictionnaires de la
Renaissance, mais aussi de l'Académie
(1636-1694) de rappeler la filiation des mots
français par rapport au grec et au latin.
- 4) incorporer dans le français des mots
d'origine étrangère appartenant à
des systèmes phonétiques et graphiques
différents du nôtre (cake, week-end,
etc.).
-
- UN PEU D'HISTOIRE EST NECESSAIRE
-
- La langue française, en tant que telle,
n'est pas très ancienne : elle n'a
même pas 1000 ans.
-
- De façon simplifiée, on peut dire
que son essor est lié à la puissance
croissante de la dynastie des rois de France qu'on
appelle les Capétiens (987-1328), dynastie dont
les origines sont situées dans cette partie de
la Gaule occupée à partir du Ve
siècle par les Francs Saliens, région
essentiellement située au nord de Paris entre
les vallées de l'Oise et de la Seine et parlant
une langue qui est devenue la langue d'oil.
-
- On dispose de peu d'informations sur les langues
celtes que parlaient les Gaulois. Beaucoup de noms de
lieux et d'outils ou pièces de vêtements
mais assez peu d'inscriptions qui soient parvenues
jusqu'à nous. Au total, guère plus de 50
mots.
-
- Malheureusement, les tribus celtes n'utilisaient
pas beaucoup l'écriture et ce handicap culturel
a certainement joué un rôle dans
l'effondrement de la civilisation gauloise pendant et
après la conquête se la Gaule par Jules
César de 58 à 52 av. JC.
-
- Il faut ajouter à cela qu'une partie du
littoral méditerranéen fut
occupée à partir de 650 av. JC par des
colons grecs, notamment ceux de la ville de
Phocée (en Turquie aujourd'hui). Nice, Antibes,
Marseille, Agde sont des villes grecques et les tribus
gauloises qui ont établi des échanges
commerciaux, culturels ou autres avec les Grecs ont
tout naturellement utilisé d'abord l'alphabet
grec.
-
- Ce n'est qu'à partir de la conquête
par Rome de la Provence et de la Narbonnaise que le
latin a commencé à s'imposer avant de se
répandre dans toute la Gaule après la
célèbre bataille d'Alésia (en
Bourgogne) en 52 av. JC.
-
- La conquête de Jules César avait
été brutale et sanglante puisque
certains historiens estiment à 10 millions le
nombre de morts parmi les soldats gaulois tués
et les victimes civiles de ce qu'on appellerait
aujourd'hui pudiquement des « dommages
collatéraux » sur une population
totale estimée à 20 millions, soit la
moitié de la population... Il y a des
colonisations plus brutales que d'autres.
-
- Néanmoins l'efficacité de
l'administration romaine et la puissance de l'empire
romain amenèrent la paix et un essor
économique qui se traduisit rapidement par le
développement des villes gallo-romaines et la
pratique du latin chez tous ceux qui recevaient une
éducation « moderne ».
-
- Très vite, les Gaulois comprirent
l'intérêt qu'il y avait à
coopérer avec Rome et lorsqu'en 71 après
JC, une première grave invasion germanique
menaça la Gaule, c'est sans hésitation
que les tribus gauloises se rangèrent à
côté de l'armée romaine pour
combattre l'envahisseur.
-
- Malheureusement, au cinquième siècle
après JC, l'affaiblissement de l'empire ne
permit plus à la Gaule romaine de
résister à la pression des peuples
barbares venus de l'Europe centrale. D'abord
infiltrés pacifiquement, c'est bientôt en
hordes militaires qu'ils déferlèrent sur
l'Europe occidentale : Huns, Goths, Ostrogots et
Wisigoths, Francs, Burgondes, Alamans et même
Vandales dont on sait que l'invasion ne s'acheva qu'au
bout de l'Afrique du Nord.
-
- Malgré les victoires des Francs conduits
par Clovis, notamment sur les Alamans, et leur
domination progressive sur la Gaule, les troubles ne
cessèrent pas et pendant près d'un
siècle et demi, le savant édifice
administratif et économique mis en place par
Rome fut ruiné. Certaines villes de Gaule
brulèrent deux fois pendant la période.
Les Barbares, bien sur, amenaient avec eux leurs
langues, purement orales.
-
- Les bouleversements furent tels que le latin
régressa brutalement au point que des villes
romaines comme Lutèce perdirent leur nom latin
et reprirent le nom de la tribu dont elles
étaient la capitale : c'est ainsi que
Lutèce, capitale des Parisii reprit le nom de
sa tribu et devint Paris et que Duracortorum, capitale
de la tribu des Rèmes devint Reims.
-
- On imagine le tort que ces troubles
causèrent au latin qui s'était
étendu sur toute la Gaule.
Véhiculé à l'origine par les
militaires et des fonctionnaires qui venaient de tous
les coins de l'empire, aussi bien d'Espagne que de
Maurétanie, mais aussi bien de Syrie, de
Grèce, d'Egypte ou d'Arménie, ils
étaient loin de parler le latin classique de
César ou de Cicéron.
-
- Sur place, ils assimilèrent plus ou moins
le vocabulaire des Gaulois et, à partir des
grandes invasions, les dialectes germaniques à
leur tour, vinrent imposer leurs vocabulaires, leurs
accents, avec des coutumes et des concepts
différents. Le plus important d'entre eux pour
notre étude, le francique, qui est aussi
l'ancêtre du néerlandais, a cependant
laissé peu de traces directes.
-
- N'oublions pas non plus l'invasion arabe des
côtes méditerranéennes de la Gaule
qui, malgré la reprise de Narbonne en 751 par
Pépin-le-Bref, établit
l'insécurité dans la vallée du
Rhône pour deux bons siècles.
-
- L'arrivée au pouvoir de Charlemagne,
couronné empereur d'Occident à Rome le
jour de Noël 800 par le pape, 324 ans
après la déposition du dernier empereur
d'Occident Romulus Augustule, rétablit un ordre
qui profita à l'administration et à
l'enseignement.
-
- Mais la coutume de partager également les
héritages entre les enfants aboutit en 842 au
traité de Verdun par lequel les trois
petits-fils de Charlemagne se partagèrent
l'empire du grand-père.
-
- La brouille ne tarda pas entre les
héritiers et dès l'année
suivante, à Strasbourg, en 843, Charles le
Chauve et Louis le Germanique s'allient contre
Lothaire et prêtent serment de s'entraider. Pour
être compris des troupes de Louis le Germanique,
Charles le Chauve prête son serment en dialecte
alémanique tandis que, pour être compris
des troupes de Charles le Chauve, Louis le Germanique
prête sont serment en roman.
-
- Ce n'est pas encore du français mais c'est
déjà assez loin du latin. On appelle
cette langue le roman. (À ne pas confondre avec
le style d'architecture qui apparaît dès
la construction de la chapelle octogonale de
Charlemagne à Aix-La-Chapelle et
connaîtra à son apogée à
Cluny au XIe siècle).
-
- En revanche, La Chanson de Roland,
épopée écrite entre 1100 et 1125
est déjà du français, dont elle a
pratiquement toutes les structures, mais cette langue
encore très éloignée de la
nôtre, beaucoup plus phonétique et
écrite beaucoup plus simplement et moins
codifiée.
-
- ATTAQUONS NOTRE SUJET
-
- Une partie de la complexité de
l'orthographe du français résulte de
cette histoire où, pendant un
millénaire, les peuples et leurs langues se
sont enchevêtrés dans des combats
inégaux.
-
- Mais avant d'aller plus loin, il est important de
comprendre que l'orthographe sert à deux
opérations de l'esprit qui sont
complémentaires : l'écriture et la
lecture. On écrit pour pouvoir être
lu.... à un autre moment que celui de
l'écriture.
-
- Écrire c'est en quelque sorte transporter
de la parole (et donc de la pensée) dans le
futur à l'aide de signes conventionnels
tracés ou gravés sur un support
matériel. La première trace de cette
invention semble remonter aux Egyptiens vers
l'année 3150 avant JC, à moins qu'on ne
retrouve un jour des documents plus anciens.
-
- L'écriture (ou encodage) consiste à
traduire des sons ou des notions en signes graphiques
pour les conserver au-delà du moment de leur
prononciation orale. L'écriture
alphabétique réussit cette
opération à l'aide de lettres
isolées ou combinées qui
représentent des sons simples ou
phonèmes propres à la langue
concernée.
-
- La lecture en revanche consiste à
déchiffrer ce qui est écrit pour le
restituer sous forme de sons prononcés mais
aussi d'idées comprises silencieusement
représentées par les groupes de lettres
correspondant à ces mêmes sons. On
l'appelle décodage.
-
- Chaque langue possède son code
orthographique qui permet de passer, avec le maximum
de sécurité et de conservation du sens
de l'oral à l'écrit et,
symétriquement, de l'écrit à
l'oral.
-
- Dans une langue idéale qui serait purement
phonétique, il existerait une correspondance
absolue entre les sons et les caractères
utilisés pour les transcrire. Quand chaque son
est transcrit par un seul caractère et quand
chaque caractère est transcrit par un seul son,
le système est théoriquement
parfait : on dit que la correspondance entre les
sons est les signes est biunivoque.
-
- En fait aucune langue n'a jamais été
purement phonétique (même pas
l'égyptien des années 3150 avant JC)
depuis l'invention de l'écriture et le
français ne l'est pas non plus.
-
- Mais parce que le système graphique du
français est complexe, il ne transcrit pas que
des sons : beaucoup de mots de la langue
française portent, cachée dans la forme
de leur écriture, une partie de l'histoire de
la langue française que l'enseignement de
l'orthographe nous aide à découvrir. En
particulier, l'écriture porte de nombreuses
traces des origines latines et grecque du
français (réelles ou supposées)
mais aussi du sens quand elle permet de distinguer
entre des homonymes comme les mots sot, seau,
sceau et saut par exemple.
-
- On a pu dire en plaisantant, que la
difficulté de l'orthographe du français
était dans ce qui ne se prononce pas,
c'est-à-dire dans ce que les linguistes
appellent les lettres quiescentes, mais à dire
vrai, elle est surtout dans la superposition et la
concurrence entre plusieurs types de notation
hérités de l'histoire à des
périodes différentes pour traduire le
même son.
-
- Semblablement, à la lecture, on observe que
des mots de même forme écrite se
prononcent différemment parce qu'ils n'ont pas
la même nature grammaticale et ne jouent pas le
même rôle dans leur environnement ou
contexte.
- En fait, pour surmonter les difficultés de
l'orthographe du français, nous disposons d'une
ressource considérable qui est la
mémoire visuelle : ce n'est pas en
général sur les mots les plus
compliqués qu'on fait le plus de fautes parce
que leur complication graphique les fait
reconnaître et mémoriser assez
aisément.
-
- On fait beaucoup de fautes d'inattention (lettres
oubliées, pluriels erronés, etc.) dont
le système graphique n'est nullement
responsable.
-
- Mais il est probable qu'un élève
moyen ferait peu de fautes sur une phrase du
type :
- « J'aide mon
père à retirer le
fer de la terre » parce
qu'il a un usage courant de ces mots et qu'il a
enregistré leurs particularités
graphiques.
-
- Il en est de même pour environ 5 000 mots
qu'il n'utilise pas forcément souvent
(vocabulaire actif) mais qu'il a souvent l'occasion
d'entendre ou de voir écrits (vocabulaire
passif) et qu'il comprend parfaitement.
-
- Une expérience amusante montre qu'on est
capable de lire assez facilement un texte dont tous
les mots sont écrits avec leurs lettres
assemblées dans le désordre pourvu d'une
part que les mots soient séparés et
d'autre part que la première et la
dernière lettre de chaque mot soient
conservées intactes. Autrement dit, le contexte
aide beaucoup à déchiffrer une graphie
brouillée :
-
- « Sleon une édtue de
l'Uvinertisé de Cmabrigde, l'odrre des ltteers
dnas un mot n'a pas d'ipmrotncae, la suele coshe
ipmrotnate est que la peeirère et la
drenèire soeint à la bnnoe pclae. Le
rsete puet êrte dnas un dsérorde ttoal et
vuos puovez tujoruos lrie snas porlbème. C'est
prace que le creaveau hmauin ne lit pas chuaqe ltetre
elle-mmêe, mias le mot cmome un tuot. La
peruve...Arlos ne veenz puls m'ememdrer avec les
corerticons otrahhgropquies. »
-
- Ce texte montre bien, d'une part, la place
importance que tiennent dans l'écrit les mots
outils (articles, conjonctions, prépositions)
qui sont courts et contribuent à le structurer
et, d'autre part, le volume global du mot et la place
qu'il occupe dans la phrase, ainsi que son contexte,
qui le font assez facilement identifier malgré
le brouillage des lettres.
-
- Cela dit, les difficultés de l'orthographe
du français sont réelles. Elles ont deux
causes principales qui sont toutes deux
historiques :
- 1) un alphabet inadapté
- 2) l'histoire du grec du latin ou d'autre langues
sont à chaque instant rappelées dans les
mots écrits de la langue française.
-
- UN ALPHABET INADAPTE
-
- Les gaulois et futurs Français ont
hérité d'un alphabet latin qui est
incapable de traduire tous les sons ou phonèmes
de la langue française.
-
- Du fait de l'influence des langues germaniques et
de leur adaptation aux façons de parler des
futurs Français, beaucoup de sons nouveaux se
sont introduits dans la langue et ne peuvent
être rendus par une seule lettre. En effet, nous
n'avons que 26 lettres à notre disposition
alors qu'il existe au moins 38 sons ou phonèmes
en français.
-
- Il faut donc faire appel à de très
nombreuses combinaisons de lettres pour rendre les
voyelles nasales /en/, /an/, /on/, /un/,
/in/, mais aussi /eu/, /oi/, /ou/, /ai/, /ei/,
/au/, et encore
- /ch/ ou /ph/, sans parler du cas des
consonnes doubles dont certaines se prononcent toutes
les deux et d'autres comme une consonne unique
(ville prononcé comme vile).
-
- Notons que le latin n'a qu'une seule lettre
v pour correspondre à notre /v/
et à notre /ou/, alors que notre son
/u/ n'existe pas en latin.
-
- En revanche, nous utilisons le w pour
rendre le son /v/ comme dans wagon. Quand il se
prononce /ou/, c'est uniquement dans des mots
empruntés plus ou moins durablement à
l'anglais comme week-end ou web.
Dans le système orthographique du
français, c'est une consonne dont on aurait
très bien pu faire l'économie.
-
- On pourrait en dire autant du k de
képi (origine allemande) ou
kiosque (origine turque) et bien qu'il vienne
aussi en droite ligne du grec pour la transcription de
kilo et de bien d'autres racines grecques.
Cette transcription pourrait à la limite se
justifier si l'on veut maintenir le son c dur
devant i, kinétoscope), e
(kératine) et y comme dans
kyste. Mais on constate qu'une prononciation
concurrente s'est établie avec c doux
comme dans cinéma,
céphalée pour des mots dont la
racine grecque était aussi porteuse d'un
kappa, kiné ou kephalos.
-
- La fonction de k prononcé dur est le
plus souvent remplie en français devant a,
o, u par un c comme dans cascade, colon,
cure-dent, cuisine, mais aussi par qu
dans qui, que, quoi, par q en finale
dans l'unique mot coq et par cq dans
l'adjectif féminin grecque.
-
- On trouve même pour rendre le c dur
la combinaison ch pour des mots venus du grec
comme chiromancie ou chiasme...
-
- Reconnaissons humblement que même pour les
mots venus du grec, l'incohérence est totale.
La surabondance de moyens pour traduire le son
c dur ou k n'est donc pas
justifiée autrement que par l'inertie de
l'usage...
-
- On comprendra un peu mieux l'orthographe du
français si l'on sait que toutes les voyelles
se prononcent même si elles donnent naissance
à des prononciations supplémentaires
lorsqu'elles sont groupées par deux. Une seule
exception oignon où i ne se
prononce pas.
-
- Même, le /e/ non accentué qu'on dit
muet à la fin d'un mot (flamme, joie, taie,
poire, mère, etc) et sourd quand il est
à l'intérieur du mot (batterie)
n'est pourtant pas totalement muet.
-
- Selon les régions et
particulièrement dans le sud de la France, il
est prononcé plus ou moins nettement selon les
personnes et constitue un élément
reconnaissable de l'accent du Midi.
-
- En outre, dans des mots qui sont des
féminins de mots masculins se terminant par une
voyelle nasale, le e du féminin provoque
ce qu'on appelle la dénasalisation et
sépare phonétiquement le a, le
e, le i, le o, le u, et
même le y, du n ou du m
auxquels ils étaient liés (ex. moyen,
moyenne).
-
- Dans les autres cas, il rend au féminin sa
valeur phonétique à la lettre finale non
prononcée au masculin (muet, muette, lapin,
lapine, humain, humaine, etc).
-
- Pour être plus complet, il faudrait aussi
dire que le e se prononce parfois a
comme dans femme, ou comme dans les adverbes
dérivés d'adjectifs en ent du
type ardemment, prudemment, alors que,
au contraire, la voyelle nasale on se prononce
/e/ comme dans la première syllabe de
monsieur tandis que le groupe ai se
prononce également /e/ dans la première
syllabe de faisais, faisait, faisions, faisiez,
faisaient ou de faisan...
-
- Si toutes les voyelles se prononcent (c'est leur
fonction de donner une réalisation aux
consonnes), il est de nombreux cas en français
où des consonnes écrites ne se
prononcent pas et ont donc une valeur zéro,
comme on le voit dans les exemples suivants :
-
- b dans plomb,
- c dans accroc, respect,
suspect...
- d dans pied, chaud,
froid, grand-mère...
- f dans ufs,
bufs ou même clef
- g dans poing, coing,
amygdale
- h dans ahuri, bahut,
chahut, tohu-bohu, huit,
huissier
- i ne se prononce pas dans oignon...
et, bien sur, se prononce différemment
de sa valeur de base dans les combinaisons oi, ai,
ei
- j
- k dans crack (rare)...
- l dans aulx (pluriel de ail)
rare..., mais aussi fusil, persil, fils
(contraire de père), soûl
- m
- n
- p dans temps, camp,
champ, compter, comptable, sculpter
- q
- r dans soulier, terrier,
panier...
- s dans sous, dessous,
dessus et tous les pluriels,
prononcé ou non selon les cas dans tous,
os, par exemple, tous les hommes, les
os du visage...
- t dans doigt, sot,
cabinet, serpent, droit
...
- v
- w
- x dans chevaux, cheveux,
heureux .et la fameuse série des
bijoux, cailloux, choux, etc.....
- y dans soyez,
noyer
- z dans savez, soyez,
nez.et toutes les deuxièmes
personnes du pluriel.
-
- Puisque le w ne joue pas le rôle de
semiconsonne en français, le y est la
seule semiconsonne. Comme semiconsonne il sert
à trascrire un son /ill / comme on
vient de le voir dans le tableau avec soyez et
noyer, son qu'on retrouve par ailleurs
autrement transcrit dans famille.
-
- Quand il est voyelle, il transcrit un son
/i/ et, le plus souvent rappelle un upsilon
venu du grec comme celui de j u s i V qui a
donné notre physique.
-
- Il ne suffit pas qu'une même lettre puisse
adopter selon les mots diverses prononciations.
-
- On constate aussi, symétriquement, que
plusieurs lettres peuvent servir à
représenter le même son.
- Si les sons /a/ et /u/ ne sont
jamais transcrits autrement que par les lettres
a et u, le son /o/ peut
être rendu par un grand nombre de combinaisons
graphiques comme /au/ et / aus/ dans
gruau et dans les pluriels des mots en
au, /ot/ comme dans sot, idiot,
petiot, /eau/ comme dans ruisseau,
chapeau, /aut/ comme dans saut, bien
entendu /aux/ comme dans de nombreux pluriels
du type chevaux, vitraux.
-
- En dépit de toutes ces complications,
reconnaissons qu'il y a tout de même des
constantes.
-
- Les lettres a et u ont toujours leur
valeur /a/ et /u/ sauf quand elles sont
combinées avec n ou m pour donner
une voyelle nasale comme dans palan ou
sombre, un, chacun, et quand
elles sont suivies d'un n ou d'un m
réalisé en fin de mot comme dans
Gram, (rare car venant d'un nom propre
étranger) summum, maximum, optimum,
décorum, d'origine latine, mais aussi
rhum.
-
- Il y a tant de variétés de
prononciation et d'usage des différentes
lettres que seule une sorte de tableau sommaire peut
essayer d'en rendre compte :
-
- PARTICULARITES DES DIFFERENTES LETTRES
-
- a
- ne se redouble pas sauf dans des compositions
préfixales du type
intraalvéolaire qui ne
nécessitent pas de trait d'union entre les deux
a puisqu'ils se prononcent tous les deux.
- En composition avec d'autres voyelles, il produit
/ai/, /au/, comme dans lait,
chaud
- Suivi d'un e non accentué, il
apparait dans des mots d'origine
étrangère comme maelstrom, maestria,
maestro, la prononciation des deux voyelles
consécutives se conservant.
- Il conserve également sa prononciation
lorsqu'il est suivi d'un é, comme dans
aérien, ou d'un è comme
dans aède, quand il est suivi d'une
voyelle portant un tréma comme dans
haïr, haïk, ou quand il est suivi
d'un o comme dans cacao.
- En composition avec n ou m, on a vu qu'il forme la
voyelle nasale /an/ ou /am/ comme dans
plan, ruban, ambre, cambrer, pampre.
- Il reçoit un accent circonflexe qui lui
donne la valeur de /a fermé/ dans des
mots comme pâte, pâtre,
marâtre.
- Avec un accent grave, il apparait dans la
préposition à qui se distingue de
la troisième personne du singulier du
présent de l'indicatif du verbe avoir,
dans l'adverbe là, la
préposition voilà. Il ne
reçoit jamais d'accent aigu. Et
jusqu'à présent, pas de tréma, la
fonction de ce dernier étant remplie par un
trait d'union comme dans intra-urbain, et le
verbe haïr comme le mot
haïk.
- Notons que le a ne se prononce pas dans des
mots comme août et saoul vieilli
qu'on trouve de plus en plus écrit comme les
mots de sa famille soûl, soûler,
soûlard, soûlaud, soûlerie.
-
b
- En français, b ne se redouble pas
sauf dans les mots dérivés de
abbé, rabbin, sabbat (le redoublement du
b est d'origine sémitique).
- Il forme un groupe consonantique avec l et
r comme dans blond, brun.
-
- c
- se prononce c dur (postérieur)=
(/k/) devant a, o et u. Devant ces trois lettres la
prononciation c doux (antérieur) = /s/
est obtenue avec une cédille comme dans
ça, tronçon, glaçure.
- c doux (antérieur) devant e,
i et y comme dans cerveau et
cigogne ou alcyon (rare), mais aussi
dans cycle.
- forme un groupe consonantique avec l et
r comme dans clinique, clou, cri, crochet,
cruche, écrevisse,
écluse...
- ne se prononce pas en finale dans certains mots
comme accroc, escroc,
- se redouble avec le son c dur dans des mots comme
accord, accabler, accourir, mais avec la
prononciation d'un seul c dur
(postérieur),
- se redouble avec le son /x/ ou /ks/
dans des mots comme accident, accès,
accent,
- suivi d'un h se prononce /ch/ comme dans
chien et chat dans la plupart des cas.
- Plus rarement dans des mots venus du grec, le
ch se prononce c dur (postérieur) =/k/
comme dans chiromancie, chitine, chiasme,
chaos. A l'exception du dernier, ce sont souvent
des mots savants.
- suivi d'un q se prononce comme c dur
(postérieur) dans des mots comme grecque
(rare) ou dans acquis
-
- d
- ne se redouble pas en français sauf dans
des compositions préfixales du type
addendum, additif, addition, addiction ou les
deux d se prononcent toujours, ce qui ne pose pas de
problème, et dans quelques mots d'origine
étrangère comme ceux formés sur
Bouddha : bouddhique, bouddhisme où
les deux d se prononcent comme un seul.
-
- e
- non accentué ne se redouble pas en
français contrairement à l'anglais
où l'on trouve des mots comme week
- è n'est jamais suivi d'un e non
accentué,
- è se rencontre à titre exceptionnel
dans des mots dont la dernière syllabe
fermée graphiquement, c'est-à-dire se
terminant par la consonne s comme dans
accès, succès, procès. Il
s'agit là d'une exception à la
règle de distribution des accents sur les mots
français,
- é est souvent suivi d'un e du
féminin comme dans fermée. A
titre exceptionnel on trouve éé
comme dans créé ou
créée,
- ê apparait en syllabe ouverte dans des mots
comme chêne ou dans des syllabes
fermées comme forêt où il
se prononce comme /è/. La plupart du
temps, cet accent circonflexe rappelle un s
disparu comme dans forestier.
- e suivi de i donne la combinaison
/ei/, suivi de u, donne les combinaisons
/eu/, soit e fermé comme
dans feu et deux, soit e
ouvert comme dans beurre, cur,
fleur.
-
- Il existe une règle assez rigoureuse de
distribution ou d'absence des accents grave et aigu
en français. On l'énoncera plus tard.
Malheureusement, elle souffre de trois types
d'exception :
- elle ne concerne pas l'accent circonflexe qui
concurrence l'accent grave en syllabe ouverte ou
l'absence d'accent en syllabe finale fermée
comme c'est le cas de forêt, alors
qu'il est conservé dans les mots comme
forestier, foresterie.
- à l'initiale, le é qui
devrait devant une syllabe muette ou sourde se
transformer en è demeure comme dans
édredon, échelon,
épeler, et aussi dans
médecin.
- en finale des syllabes fermées par une
consonne comme dans accès, excès,
procès qui ne devraient pas porter
d'accent le maintiennent pourtant. Dans ces trois
mots le s final appartient au radical du mot. Dans
les pluriels des mots en é du type
côté, facilité,
hanté, la formation du pluriel en
côtés, facilités,
hantés ne modifie pas l'accent aigu du
é
-
-
- f
- même quand il est redoublé se
prononce toujours comme un f simple (effet,
effeuiller, efficace, affiche, affaisser),
- ne se prononce pas dans quelques cas où il
est la relique d'un v latin disparu de clavem,
ovum ou boves : clef et dans
les pluriels ufs et
bufs,
- supplanté par le couple /ph/ dans
des mots venant du grec et dont on a voulu à
tort plutôt qu'à raison rappeler
l'origine. Il s'agit souvent de mots savants à
l'origine mais si nos voisins d'Italie et d'Espagne ne
sont nullement gênés d'écrire
foto là où nous écrivons
photo, les pays anglosaxons et germaniques ont,
comme nous, préféré conserver
le ph.
-
- g
- se redouble rarement en français, sauf dans
des mots comme suggestion où les deux
g sont prononcés successivement, le
premier dur postérieur) et le second doux
(antérieur),et sauf dans des mots appartenant
aux familles de agglomérer, agglutiner et
aggraver où il est prononcé
comme un seul g,
- se prononce g dur (postérieur)
devant a, o, u comme dans gare, golfe,
goitre, gustatif
- suivi d'un u, il se prononce g dur
comme dans guerre ou guide
- suivi d'un e, il se prononce /j/
lorsque le groupe ge est suivi d'un a,
d'un o comme dans geai, pigeon,
gageure,
- suivi d'un d'un é, d'un e, d'un i
ou d'un y, il est prononcé
/j/ comme dans géographie,
géologie, geyser, gymnastique
(le dernier rare),
- n'est pas prononcé, comme nous l'avons
déjà vu dans des mots comme coing,
poing où il n'a qu'une valeur
étymologique (cognassier,
poignée),
- suivi d'un n, g se prononce
tantôt /ny/ comme dans agneau, ligne,
bagnard, tantôt /gn/comme dans
agnostique, gnose (rare).
-
- h
- non seulement ne se redouble jamais en
français mais au surplus ne se prononce
jamais,
- combiné avec le c il donne le son
/ch/ ou le son /k/, et avec le p,
le son /ph/ soit f,
-
- En outre, il a deux autres
fonctions :
- à l'initiale dans certains mots, il
empêche la liaison ou l'élision avec
l'article le haricot, la hache et non
"l'haricot "ou "l'hache", pas plus que
un (n)haricot, un(e) hache.
- à l'intérieur des mots, il
sépara phonétiquement deux voyelles
comme dans ahuri, bahut, chahut et joue le
même rôle qu'un tréma sur la
première voyelle ou qu'un trait d'union les
séparant,
- l'appellation de h aspiré qu'on lui
donne dans ce cas ne convient pas car il n'est en
réalité ni aspiré ni
expiré. On devrait parler d'un h
barrière mais cette expression n'est
pas employée.
-
- i
- ne se redouble pas en français sauf dans
des compositions préfixales comme
antiinfectieux, les deux i se prononçant
successivement sans risque de faute de lecture (et
donc sans trait d'union).
- Il se combine avec ll pour donner une
prononciation y comme dans houille,
souiller.
-
- j
- ne se redouble pas en français sauf
très rarement dans des mots d'origine arabe
comme hajj transcrit le plus souvent en fait
par hadj,
- concurrencé par le groupe ge dans
des mots dont le radical comporte la lettre g
comme dans pigeon, cageot. Noter le cas
unique du mot gageure risquant de faciliter une
prononciation fautive en /eu/, alors que
le mot se prononce comme s'il s'écrivait
gajure. On a préféré
conserver la racine de gage dans le
dérivé. Toutefois, pour
éviter la faute de prononciation,
l'Académie a accepté en 1990 une
graphie gageüre.
-
- k
- ne se redouble pas en français,
- surtout présent dans des mots d'origine
grecque sous les formes concurrentes ka ou
ca dans kata- ou cata-, ki
comme dans kilo, ké comme dans
kérato- ou dans des mots d'origine
étrangère comme karst, képi,
koala, kapock, coke mais
caoutchouc,...
- existe en combinaison avec c dans des mots
d'origine anglaise comme crack,
- Il est concurrencé par le c devant
les lettres a, o, u, et par le groupe qu
dans des mots principalement d'origine latine mais
sans correspondance rigoureuse comme qui, que ,
quoi, quand, mais cirque qui vient de
circus,
- utilisé comme forme d'esprit
d'indépendance orthographicopolitique dans un
mot comme kanak à la place de la graphie
conventionnelle canaque.
- suivi d'un h, il sert à transcrire
la lettre arabe kha qui correspond soit au
ch allemand de Buch, soit à la
jota (j) espagnole, comme dans des noms
rares comme cheikh que le Petit Robert
orthographie cheik avec une prononciation en
/ek/ ou des prénoms du type Khalid,
Khadija.
-
- l
- se redouble fréquemment sans
cohérence pour traduire le son l dans
ville, village, mille, vallée,
prononcé avec un seul l, mais
avec deux l successifs dans villa
et vallum qui sont pourtant entrés
depuis longtemps dans l'usage français,
- doublé, le l acquiert aussi la
prononciation /y/ (semiconsonne) dans des mots
comme fille, famille, piller, paille,
houille, où il suit un i, rappelant des
formes latines filia, familia ou
italiennes.
- Il acquiert une prononciation spéciale
derrière ai (travail, bail,
etc).
-
- m
- se redouble souvent dans des mots d'origine latine
qui n'ont qu'un m comme femina qui a
donné femme en raison de la
nasalisation, car femelle n'a qu'un m ou
dans des mots d'origine latine comme somme, pomme,
comme.
- on le trouve aussi doublé et
prononcé deux m successifs dans des mots comme
sommet, summum,
- prononcé sonore comme dans dam, boum,
toutim, aluminium,
- en revanche, m ne se prononce pas dans des
mots comme damner, condamner
-
- n
-
- se redouble très fréquemment
derrière 13 ou 14 suffixes et ne se redouble
pas derrière 13 ou 14 autres... et cela avec
beaucoup d'exceptions, de sorte qu'aucune règle
claire de redoublement ne peut être
dégagée.
-
- Toutefois les mots masculins se terminant par
on ont généralement un
féminin en onne. De même,
devant le suffixe el on écrit
traditionnel, rationnel, notionnel,
additionnel,...
- n'est généralement pas
redoublé devant des mots d'origine italienne
comme cicerone, mascarpone...
- prononcé sonore en finale comme dans
éden, amen,
-
- Une des rares
« règles » d'orthographe
facile à retenir :
- Derrière i et u, n et m ne se
redoublent pas sauf dans les compositions
préfixales en in ou im du type
innommable ou immangeable et dans le
mot tunnel.
- L'exception du mot tunnel provient de
son origine française tonnelle
déformée par les Anglais.
-
- o
- se redouble en français dans des
compositions du type coopération ou dans
des mots d'origine grecque comme zoo, où
ces deux o se prononcent toujours
successivement et jamais /ou/ comme le font
à tort les snobs de l'anglais, sauf dans le mot
alcool venu de l'arabe où les deux
o se prononcent comme un seul.
- se combine avec i pour donner le son /oi/
et avec u pour donner le son /ou/.
-
-
- Se prononce habituellement comme dans
bufs, ufs, mais aussi comme dans
uf et buf. Mais il y a une
exception dans cuménique qui se
prononce /écuménique/...
- En outre, o suivi de e se prononce
/oi/ comme dans poële ou
moelle.
-
- p
-
- se redouble fréquemment sans jamais
être prononcé comme deux p successifs
dans des mots comme opposition, opportunité,
hippique, oppossum, appétit, appel.
-
- q
- n'est jamais redoublé,
- associé à un c dans acquisition,
grecque
- toujours associé à u dans des mots
d'origine latine comme qui, que , quoi, quand
mais aussi d'autres origines comme quetchua,
quinoa,
- isolé, en finale, dans un seul mot
coq
- non suivi d'un u dans de très rares
mots d'origine persane ou arabe comme qanat,
qanun
-
- r
- fréquemment redoublé dans des mots
comme arraisonner, arrêter, erre, Dans
tous ces mots, il se prononce comme un seul
r,
- se prononce comme deux r successifs dans
les futurs et conditionnels de verbes du 3e
groupe dont le radical se termine par un r
comme courir (courra, courrait,
mourra, mourrait),
- combiné avec b, f, p,v pour former
un groupe consonantique br, fr , pr, vr
qui, dans le découpage des syllabes graphiques,
se compte que comme une seule consonne et permet donc
d'accentuer avec un accent grave la syllabe
précédente comportant un e :
célèbre,
funèbre, lèpre,
lèvre.
-
- s
- se prononce avec sa valeur de base s dur
quand il est situé entre une voyelle et une
consone ou une consonne et une voyelle comme dans
absolu, astre, bestial,
tsé-tsé,
- placé entre deux voyelles, il se prononce
/z/ comme dans rose, asile, isocèle,
usine, sauf dans les cas où il est à
l'initiale d'un composé
précédé d'un préfixe
terminé par une voyelle comme dans
antisismique, asexué, archisucré,
ou quand il entre dans une composition dont le sens
des composés est encore senti comme dans
vraisemblable, archisec et des mots
nouveaux.
- doublé, il se prononce comme un seul s dur
comme dans assez, terrasse, osseux,
tassé,
- n'est pas prononcé à la fin de mots
dont il ferme la dernière syllabe comme
es, est (du verbe être),
succès, accès et bien entendu
dans tous les pluriels où il demeure muet,
- se prononce en finale dans des mots latins ou
étrangers comme corpus,
- se prononce doux /z/ dans les liaisons avec
les articles ou pronoms au pluriel: ils
arrivent, les oiseaux, ces énergumènes,
nous étions, vous osez.
- dans une de prononciation emphatique relevant du
discours officiel ou de l'éloquence religieuse,
il lui arrive d'être prononcé comme dans
la phrase de Pascal : / les espaces
zinfinis/, ou en poésie pour obtenir
le nombre de pieds recherchés et cela devient
une licence poétique : Mes
étoiles zau ciel avaient un doux
froufrou.
- mais insupportable dans les médias quand
elle aboutit à séparer le s de la
fin du mot et à le rattacher à la
voyelle initiale du mot suivant comme dans
l'exemple : /les
eaux---zusées/.
-
- t
- souvent redoublé pose le même
problème que le l dans les verbes en
-eler et en eter,
- jusqu'au XVIIIe siècle (1740), le
redoublement de ces deux consonnes servait à
rendre la prononciation e ouvert à une
époque où l'accent grave n'avait pas
encore été inventé. Depuis
l'invention de l'accent grave, il existe une
concurrence entre les formes elle et
-èle et les formes -ette et
ète comme dans j'appelle et je
pèle ou je jette et
j'achète,
- en 1990, l'Académie a accepté la
solution de l'accent grave pour beaucoup de verbes
rares comme décolleter et
empaqueter sans toucher à
j'appelle et je jette trop
fréquents,
- dans les mots grammaticaux comme quelle,
cette, l'usage de la consonne double s'est
maintenu.
-
- u
- ne se redouble pas sauf dans des formes rares
où la finale du radical en u
s'agrège avec un suffixe en um comme
dans continuum, ou un suffixe ure comme
dans nouure.
- se combine avec le a pour donner /au/, avec
e pour donner /eu/ avec le o pour donner
/ou/.
-
- v
-
- Il ne se redouble pas en français. mais il
est concurrencé par le w dans la graphie
de mots d'origine étrangère comme
wagon.
-
- w
- ne se redouble pas en français,
- se prononce comme v dans wagon,
- correspond à une prononciation /ou/ dans un
certain nombre de mots d'origine wallone ou
anglosaxonne précisément comme dans
wallon mais aussi week-end ou
web, wapiti.
-
- x
- ne se redouble jamais, utilisé pour noter
trois prononciations : /s/ comme dans
six ou soixante, /gz/ comme dans
examen, /ks/ comme dans lexique,
- est concurrencé par cc dans des mots
comme accès, accident
- peut être suivi d'un c non
prononcé dans des mots comme exception,
excité, excipient.
-
- z
- ne se redouble pas en français sauf dans
quelques mots d'origine italienne comme lazzi
et pizza où les deux z se
prononcent /dz/
- pas prononcé du tout dans des syllabes
finales fermées des terminaisons verbales de la
seconde personne du pluriel comme venez,
savez, soyez et dans des mots comme nez.
Son rôle est alors de suppléer
à l'absence d'accent aigu sur le e.
-
- Avant le XVIIIe siècle et la mise en
uvre de l'accent grave, le redoublement de la
consonne était le moyen graphique
utilisé pour transcrire le son /e ouvert/
devant une consonne. Depuis que l'usage de l'accent
grave a été introduit dans nos habitudes
d'écriture (1740), il y a concurrence entre le
système ancien et le système
récent, d'où des graphies comme violet
> violette (ancien système) et discret >
discrète (nouveau système).
-
- La question des consonnes doubles est difficile
à résoudre. Toutefois, en cas de
difficultés, on pourra chercher dans les pistes
suivantes :
- prononciation de deux consonnes successives
donc pas de problème (irréel,
suggestion, illisible, transsaharien,
transsexuel), existence d'un mot de la
même famille dans lequel on connait la
présence de la consonne double (pelle,
pelletée)
- présence d'un e prononcé e ouvert
devant la consonne présumée
double,
- présence d'un préfixe comme a(d),
in ( im, ir), mais il ne s'agit que de pistes, seule
la mémoire visuelle pouvant
véritablement trancher la question tellement il
y a de cas de figure variés.
-
- Quelques autres cas compliqués :
- les finales en ciel, tiel,
tendanciel, mais différentiel,
interstitiel, prudentiel,
-
- En première approche, l'existence d'un mot
de base en c comme tendance ou
différence et prudence peut faire
penser à une dérivation en ciel
mais l'existence d'un adjectif en ant,
-ent comme différent,
prudent entraine la finale en tiel,
alors qu'il n'existe pas d'adjectif
tendant.
- On voit bien que cette recherche n'est pas absolue
puisqu'il n'existe qu'une base interstice... et
que préférentiel ne correspond
pas à un adjectif
préférent...
- les finales en elle, èle, -ette,
-ète
- C'est notamment le cas des verbes en eler et en
eter. Les deux plus fréquents appeler et
jeter se conjuguent en j'appelle et je
jette avec e non accentué et
redoublement de la consonne.
- Ce sont les plus fréquents. Cinq verbes,
acheter, empaqueter, étiqueter, geler
et peler et qui sont d'un usage assez
fréquent, surtout le premier, se conjuguent en
j'achète, j'empaquète,
je gêle, je pèle, et
j'étiquète.
-
- Tous les autres sont des verbes assez rares
(carreler, épousseter,
écerveler...) que l'Académie demande
de conjuguer sur le même modèle mais que
l'on rencontre essentiellement dans leur forme
à l'infinitif ou au participe ce qui ne pose,
en fait, pas de problème.
-
- Mais on a vu que beaucoup de mots anciens comme
violette, celle, cette, quelle, nette,
muette), entrés dans le Dictionnaire
avant 1740 et l'introduction de l'accent grave,
redoublaient aussi leur consonne l ou t.
Le cas est aussi celui des finales en esse
(largesse, faiblesse, pauvresse) où le
s est redoublé pour être
prononcé dur.
-
- Pour le reste, il faut se résigner
à les apprendre (ou à les
réapprendre) cas par cas.
-
- maitriser les accents
- L'utilisation des accents en français n'a
rien à voir avec la prononciation
supposée des mots qui est d'ailleurs
très variable dans les différentes
régions de la francophonie.
-
- Pour savoir si l'on doit mettre un accent, il
faut d'abord procéder à un
découpage des mots en syllabes
graphiques.
-
- On obtient les syllabes graphiques en
plaçant une barre après chaque voyelle
(cé/lé/ri/) sauf quand cette
voyelle est suivie de deux consonnes ou plus :
dans ce cas, la barre est placée près la
première consonne (res/pec/t ,
des/cen/dre, mon/ter. Cas particulier : les
groupes bl, br, cl, dr, cr, gl, gr, pl, pr qui
sont agglutinés sont comptés pour une
seule consonne. x en revanche est compté
pour deux.
-
- Les syllabes graphiques ouvertes sont celles
qui se terminent par une voyelle, les syllabes
graphiques fermées sont celles qui se terminent
par une consonne.
- Dans les syllabes graphiques fermées, le
e prononcé e ouvert ou e
moyen ne prend pas d'accent.
-
- Lorsqu'une syllabe graphique ouverte se termine
par un e qui n'est ni sourd ni muet, il n'y a
toujours un accent aigu :
té/lévi/sion/,
cé/lé/ri/té/,
cé/lé/bri/té/.
- Lorsqu'une syllabe graphique se termine par une
consonne, il n'y a pas d'accent :
té/les/co/pe, lex/i/que, mes/quin/,
tes/sel/le, pel/le, ex/em/ple,
ex/cep/tion.
- Lorsqu'une syllabe graphique ouverte est suivie
d'une syllabe contenant un e sourd ou muet, on
écrit un accent grave (ou circonflexe dans
certains mots) cè/dre, fe/nê/tre,
j'a/chè/ve, a/rê/te,
ar/ba/lè/te.
-
- Exception à cette dernière
proposition: lorsque le /e/ commence un mot, il
porte quand même un accent aigu :
é/dre/don, é/cre/vis/se,
é/le/va/ge. Egalement
médecin.
- En vertu de ces principes, il vaudrait mieux
écrire té/les/ki plutôt que
té/lé/ski, comme
téles/co/pe/ . Mais dans
té/lé/ski,
l'élément de composition
télé est encore senti comme
indépendant alors que dans
télescope il a perdu son
autonomie.
-
- Les oppositions de prononciation :
- Il en existe plusieurs cas :
- entre brin (d'herbe) et brun
(couleur)
- entre pâte (à pain) et
patte (de poule)
- entre côte (à gravir) et
cotte (de maille) ou cote (à
inscrire)
- entre jeûne (du ramadan) et
jeune (homme)
- entre de (marque du génitif) et
deux (chiffre)
- entre taie (d'oreiller) et thé
(boisson)
- A chaque fois la solution orthographique est
différente et doit être
mémorisée...
-
- DEPANNAGE
- En cas de difficultés, n'oubliez pas
de consulter votre dictionnaire de langue habituel
(Robert, Larousse, Hachette par exemple).
-
- S'il ne vous permet pas de trouver la
réponse, notre service de dépannage
gratuit sur Internet : ORTHONET devrait vous
aider à résoudre votre
difficulté.
-
- L'ALPHABET PHONETIQUE INTERNATIONAL
-
- Un mot encore pour ceux qui ont fait de la
phonétique et connaissent l'alphabet
phonétique international.
-
- On a vu que le français disposait de 26
lettres mais que la langue française
possédait au moins 38 phonèmes auxquels
il faut encore en ajouter 2 pour rendre d'une part le
/ing/ de dancing et la jota (j)
espagnole qu'on trouve aussi en allemand avec
ch comme dans Bach, Buche ou avec
kh en arabe comme dans khamsin,
khadija.
-
- Il peut donc être utile de connaitre le
tableau des correspondances entre L'alphabet
phonétique international et les graphies
françaises correspondantes.
- 1) les voyelles
- [i] épicé, il,
nous mîmes, collyre
- [e] aisé,
éléphant,
édredon, passer, chez,
poupée
- [e] poulet, forêt,
chèvre, tête, lait,
espèce
- [a] assis, patte,
mat
- [ ] pâte, tas,
las
- [ ] porte, sonner,
soleil, dot
- [o] mot, fantôme,
veau, aujourd'hui, zone,
croc
- [u] caillou, tour,
tout
- [y] (parce que le y vient de u grec)
grue, nous fûmes,
légume, nu, plus,
but
- [ ] il veut, feu,
fumeux, nud, bufs,
ufs
- [] peur, preuve, neuf,
uf (keum, meuf, keuf)
- [ ] venir, premier
- [ ] crin, train, chien,
tien
- [ ] sans, vent,
chant, champ, plan
- [ ] plomb, cochon,
bon
- [ ] brun, lundi,
importun
-
- On voit qu'il existe en français seize
voyelles, entre les voyelles ouvertes et les voyelles
fermées et en comptant les voyelles nasales,
alors qu'il n'y a que cinq voyelles
répertoriées dans l'alphabet, y
étant une semiconsonne.
- Notons au passage les pièges :
- le [] phonétique n'est pas le
même que le // graphique qui n'a pas la
même prononciation dans bufs et
ufs.
- le [y] phonétique correspond
à la prononciation de la graphie /u/ et non pas
à celle de la graphie /y/ qui est
tantôt prononcée /i/ comme dans
lyre tantôt /ill/ comme dans
payer, noyer.
- le [u] phonétique ne se prononce
pas comme le /u/ graphique mais comme le
/ou/ graphique.
-
- 2)les semiconsonnes
- [j] yeux, lieu, panier, pied
- [w] foie, oui, toi, poids, loua
- [] huile, je suis, puits
-
- Là encore des pièges :
- le [j] phonétique ne se prononce
pas comme le /j/ graphique/
- le [w] phonétique ne se prononce
pas comme le /w/ graphique qui est un v
comme wagon sauf dans la plupart des emprunts
à l'anglais.
-
- les consonnes
- [p] père,
papillon
- [t] toi, tout, terre,
patte
- [k] col, couscous,
quoi, kilo
- [b] bâton, bon,
abbé
- [d] dame, radis
- [g] gare, grille,
gros, bague
- [f] feuille, flan,
phare, photo
- [s] silence, sourd,
celui, cette, ça,
hameçon, passe
- [ ] chercher, schéma,
mèche
- [v] vouloir, vivre,
travail
- [z] zéro, rose,
maison, vous avez
- [ ] jalon, j'ai,
gelée, geai
- [l] lever, sol,
seul
- [ ] rire, barre
- [m] maman, muet,
flamme
- [n] non, nul, bonne,
animal
- [ ] saigner, vigne, agneau,
oignon
- [h] hache, horizon],
lettre qui ne se prononce pas en français et
n'est ni expiré ni inspiré, ni
aspiré.
- ['] absence de liaison comme dans
des héros, des
haches, des haricots
-
- Là, il n'y a pas de piège, au moins
quand on sait les formes multiples que peuvent prendre
[k], [s], [g], et même
[z]. Observer que le /r/ français,
appelé r parisien ou r
grasseyé et qui est transcrit par [
] en alphabet phonétique n'est pas le /ra/
de l'arabe mais le /ghein/.
-
- En conclusion, les mots français sont
porteurs de leur histoire qui est très
variée de sorte que,,, selon les
époques, des solutions différentes ont
été adoptées pour leur graphie.
Très peu de règles peuvent être
mémorisées. Il ne faut toutefois pas se
désespérer car la puissance de la
mémoire visuelle permet de mémoriser
avec succès beaucoup de
particularités : la lecture
fréquente est donc le moyen le plus sur
d'enregistrer l'orthographe lexicale : on fait
plus souvent des fautes dues à l'inattention
que de fautes sur les mots à graphie complexe.
Donc bon courage.
-
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