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Perspectives
Méditerranéennes
Chroniques
méditerranéennes
par
Hubert
JOLY
Damas
Opulence de l'oasis aux
cyprès, tapie aux pieds du Kassioun aride, chant de
la Barada dans le vallon, rayonnement des soieries parmi les
bourdonnements de la foule, prestige des fragments antiques,
pas de Paul, chef du Baptiste, portiques et faïences,
Damas échappe à la description.
Jamais mélange
plus étonnant, et dans l'Histoire plus
détonant, que celui des peuples qui se sont
croisés sur le chemin de Damas. Aux yeux de
l'occidental non averti, est-il une ville qui soit plus
différente de la représentation que l'on se
fait de l'Orient, depuis les rives de la Seine ?
Dans ce brassage de
peuples, à peine peut-on reconnaitre les traits des
gens de la montagne, au nez busqué et au visage
étroit, mais on y chercherait en vain le
caractère arabe tel qu'on croit le voir par exemple
au Maghreb, ou même encore en Egypte.
Ville de contrastes dans
un pays de contrastes, où les abricotiers croulent de
fruits aux marges du désert, où le soleil
accablant laisse indifférentes et souveraines les
neiges de l'Hermon, où les brebis ancestrales
semblent garder les batteries de fusées SAM,
où les orges et les blés dorés des
campagnes romaines d'antan côtoient la pierre noire de
Bosra, telles apparaissent aujourd'hui Damas et la
Syrie.
Indéchiffrable
Orient. Pleins des images héritées de notre
culture héllénique ou tirées de Racine,
Montesquieu ou Barrès, nous en avons conçu une
représentation chatoyante, poétique et
raffinée qui échappe à la
réalité mais à laquelle nous demeurons
attachés comme à ses rêves un
enfant.
Aussi les images que
nous recueillons de nos voyages viennent-elles se superposer
dans notre âme à celles que nous avons
conservées de nos souvenirs, comme une pellicule
déjà impressionnée par la
lumière du passé. De sorte qu'il nous est
impossible d'avoir une vision nette et objective des fait
car nous ne pouvons plus séparer la légende de
la vie, la mémoire de la vision, ni l'histoire du
présent.
Il en résulte une
sorte de vertige coloré, plein d'odeurs et
d'épices, de soleil et de poussière,
d'où monte par instant le flamboiement de rêves
inassouvis, le désir de remonter aux sources du monde
connu, la soif de connaitre cette humanité qui se
dérobe à l'analyse.
Mais peut-être
est-il imprudent de vouloir à tout prix analyser,
catégoriser, classer les hommes ? Ne vaut-il pas
mieux se montrer moins ambitieux, vivre sans chercher
à tout comprendre, accepter la lumière
d'où qu'elle vienne et travailler avec ceux qui
donnent leurs bras et partagent notre faim ?
Hubert JOLY
1980
- Perspectives et
chroniques Méditerranéennes
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