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Perspectives
Méditerranéennes
Chroniques
méditerranéennes
par
Hubert
JOLY
Méditerranée
La civilisation
s'arrête-t-elle là où s'arrêtent
les embruns de la Méditerranée?
En reprenant toutes ces
impressions de voyage qui s'étalent sur une vingtaine
d'années, je ne me sens, moi le lorrain, que
méditerranéen.
Sur les bords de cette
mer, que ce soit sur les débris de la Grêce,
sous les voûtes baroques, ou dans les montagnes de
l'Afrique du Nord, j'ai le sentiment de participer davantage
à l'humanité.
Là, le tragique
de la condition humaine se révèle plus
crûment que sous l'apparat des oripeaux dont l'Europe
le dissimule. Le contraste entre richesse et
pauvreté, pouvoir et dépendance, est plus
criant qu'au Nord, le sentiment de la jeunesse qu'elle est
sans avenir, plus aigu.
Nous voyons mieux les
défauts des autres que nos insuffisances et nous
avons beaucoup de mal à accepter qu'ils ne suivent
pas notre modèle. Nous sommes prêts à
leur laisser le pittoresque, le chèche et la cuisine
épicée, mais nous avons peine à
admettre qu'ils puissent avoir d'autres objectifs, d'autres
valeurs.
La tolérance
exige un effort conscient et renouvelé que chaque
impact d'étrangeté ou d'inattendu peut
remettre en cause chaque matin.
Car ces pays sont tout
autant envoûtants que décourageants.
On redira une fois de
plus le charme de la civilisation arabo-musulmane sous les
cieux sub-arides. Le mariage de l'exhubérance
végétale et de la ruine islamique exerce un
attrait inépuisable peut-être dû à
un triple dépaysement, humain, végétal
et architectural. Ce monde inégalitaire, violent,
totalement injuste, a besoin d'être regardé
à travers ces prismes pour être supportable.
Encore ne le serait-il sans doute pas longtemps si nous
n'avions pas la faculté de le quitter dès
qu'il nous lasse. Au moins sert-il de repoussoir au
nôtre, comme le nôtre lui rend un service
identique.
Hubert JOLY
1988
- Perspectives et
chroniques Méditerranéennes
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