|
        
|
Perspectives
Méditerranéennes
Chroniques
méditerranéennes
par
Hubert
JOLY
Octave
Oui, j'ai couru dans
Rome. Comme un fou que j'étais et que je suis
encore ! J'ai battu le record olympique des
églises baroques et me suis emparé des bottes
de l'ogre pour dévorer Saint-Pierre. De Santa-Maria
del popolo à Saint-Louis des Français, j'ai
fait la chasse aux Caravage et du pont Saint-Ange à
la villa Borghèse, j'ai reluqué tous les
Bernin.
Mais je me suis offert
aussi des plaisirs plus canaille. Comment ne pas trouver au
café de la piazza Navone un gout plus
épicé quand on le déguste en spectateur
du cirque maxime ? Beaucoup de petits recoins laissent
encore entrevoir des gravures de Callot qui m'ont plus
touché que les fresques de la Sixtine et je
préfère de beaucoup le Campo vaccino du
Lorrain aux débris poussiéreux du
Forum.
Toujours tout seul aux
heures chaudes de l'après-midi quand nul ne se
hasarde au dehors, j'ai trouvé ce que je cherchais le
moins et qui m'a le plus surpris car je l'ignorais
totalement : je marchais le long du Tibre, à
l'ombre des grands platanes, lorsque je suis tombé
sur un grand tertre herbu, une sorte de gigantesque
cocotte-minute, entourée d'un carré de
grilles. Qu'était-ce que cette chose qui paraissait
abandonnée ? Il a fallu que je tombe sur une
plaque pour découvrir que c'était le
mausolée d'Auguste.
Il y a beau temps, je
pense, que la tombe est vide et que les cendres d'Octave
sont dans le gazon, mais ce gros tas de terre a duré
déjà plus de 2 000 ans. Entre les
pyramides et Rome, la course est engagée :
où donc les promoteurs seront-ils les plus rapides
pour éliminer les traces encombrantes de ces
bâtisseurs d'empires ?
Hubert JOLY
1985
- Perspectives et
chroniques Méditerranéennes
-
|