L'écologie étudie les relations
entre les communautés d'êtres vivants et
leur environnement physique. Autrement dit, elle essaie
de comprendre comment des molécules organiques de
grande taille s'assemblent pour constituer des organismes
capables de réagir et même de penser. C'est
une ambition vertigineuse, une synthèse
située à l'horizon de nos connaissances,
une tapisserie de Pénélope qu'il faut
remettre en chantier chaque matin.
Pour démêler l'écheveau du monde
des vivants, il faut en tirer un fil d'Ariane capable
d'ordonner l'ensemble de l'ouvrage. La succession des
chapitres repose donc sur une idée simple :
l'ensemble des phénomènes
écologiques est une chaîne de
transformations d'énergie couplées à
des transmissions d'information, qui s'est amorcée
dès l'aube des temps géologiques. Le
présent ouvrage n'est qu'un maillon de ces
innombrables transmissions d'information et il a besoin,
en retour, des critiques de ceux qui auront eu le courage
de le lire. Si je livre ce manuscrit aux aléas du
monde, c'est pour que ces critiques
espérées puissent naître et provoquer
les remaniements et les compléments les plus
nécessaires. De la discussion jaillit la
lumière...
Pour résumer l'esprit dans lequel j'ai
travaillé, je ne peux que vous dire, comme au
début de Lucien Leuwen :
"Lecteur bénévole,
" Écoutez le titre que vous donne. En
vérité, si vous n'étiez pas
bénévole et disposé à prendre
en bonne part les paroles que je vais vous
présenter, je ne vous conseillerais pas d'aller
plus avant. Ceci fut écrit en songeant à un
petit nombre de lecteurs que je connais et à
d'autres que je ne connais pas, ce dont bien me
fâche : j'eusse trouvé tant de plaisir
à passer les soirées avec eux !
" Dans l'espoir d'être entendu, je ne me suis
point astreint à garder les avenues contre une
critique de mauvaise humeur. Pour être
académique et disert, il fallait un talent qui
manque, et ensuite ajouter à ceci 150 pages de
périphrases...
"Adieu, ami lecteur ; songez à ne pas passer
votre vie à haïr ni à avoir peur."
LE RAYONNEMENT SOLAIRE ET SES ROLES MAJEURS EN
ECOLOGIE
Le rôle le plus évident du Soleil
vis-à-vis de la biosphère est de fournir de
l'énergie radiative, en surabondance, dans une
étroite gamme de longueur d'ondes. Après
avoir précisé la quantité et les
qualités de cette avalanche d'énergie, nous
verrons qu'elle apporte aussi l'information qui a
structuré toute la biosphère
11 LE RAYONNEMENT SOLAIRE
111 LA QUANTITE D'ENERGIE SOLAIRE QUI ATTEINT LA
TERRE
111.1 La constante solaire
Une surface exposée aux rayons du Soleil dans
la haute atmosphère reçoit environ 2
calories par minute et par centimètre
carré, c'est-à-dire, une quantité de
chaleur capable d'élever de deux degrés la
température d'un cm3) d'eau, soit :
- 2 . 4,185 joules par minute et par cm2
- 8,37 joules par minute et par cm2
- (0,14 watt par cm2) soit 1,4 kW par m2
- ou encore environ 1.000 kilocalories par cm2) et
par an.
Cette quantité est souvent nommée
"constante solaire". A titre de comparaison, le flux de
chaleur qui vient des profondeurs de la terre est de
0,005 calories par cm2) et par heure, soit moins de 0,004
pour cent de la constante solaire.
Considérons maintenant le globe terrestre : sa
face exposée au Soleil a une surface de
127.000.000 km2), et l'énergie qu'elle
reçoit en une seconde vaut :
- 127.000.000 . 1 000 . 1 000 . 1 000 . 1,4 kW
- soit 1,78 . 10 puissance 14 kW
- soit encore 1,78 . 10*14 kW
Ceci correspondrait à la combustion de soixante
dix millions de tonnes de pétrole en une seconde
(soit deux cent super-pétroliers explosant en une
seconde), ou à la dissipation, en une seconde, de
l'énergie d'une bombe atomique de puissance
moyenne (celle d'Hiroshima a libéré 1,4 .
10*14 joules).
111.2 L'origine des photons solaires
L'énergie nécessaire au fonctionnement
de tous les systèmes biologiques vient directement
ou indirectement du Soleil. Actuellement, le Soleil est
composé de 70 % d'hydrogène, 28 %
d'hélium et 2 % d'oxygène, de carbone, de
fer, etc. Sa température interne atteint 15
millions de degrés Celsius alors qu'elle est
voisine de 5.800 °C à sa surface. Elle
résulte d'un ensemble complexe de réactions
nucléaires (cycle de BETHE) où quatre
atomes d'hydrogène se transforment en un atome
d'hélium, en produisant 6,1 . 10*8 kilocalories
(ou 2,58 . 10*12 joules) par atome-gramme
d'hélium, et en perdant 0,7% de leur masse, soit
28,7 milligrammes.
Au total, l'énergie produite atteint 4 . 10*23
kW, et 564 millions de tonnes d'hydrogène seraient
brûlés chaque seconde. Cette quantité
n'est pas négligeable par rapport à la
masse totale du Soleil (2 . 10*27 tonnes) et le Soleil
évolue progressivement ; il est actuellement dans
une phase d'augmentation de sa production
d'énergie, et la température de la surface
de la Terre atteindra 500 degrés dans quelques
milliards d'années. En conséquence,
l'ensemble de phénomènes que nous appelons
"la vie" a accompli plus des trois cinquièmes de
son existence, et notre mode de vie est transitoire, et
presque éphémère ...
111.3 Les variations locales de l'énergie
reçue
Les deux calories par cm2 que nous recevons du Soleil
sont un maximum qui serait atteint seulement pour les
points du globe où les rayons arrivent
perpendiculairement au sol. Pour tous les autres points,
il faut multiplier ce chiffre par le cosinus de la
latitude, ce qui entraîne, en moyenne, une
réduction de moitié. Il faut tenir compte
aussi de la nébulosité, de la diffusion du
rayonnement, etc. Finalement, les variations à la
surface du globe terrestre de la quantité
d'énergie reçue au sol en une année
sont indiquées sur la figure 11-2. Les variations
de l'énergie reçue au cours d'une
année, à l'observatoire de Paris, sont
indiquées sur la figure 11-3.
Au total, la Terre reçoit en une année
une énergie égale à :
- 1,78 . 10*14 kW . 86 400 sec/jour . 365
jours)
- = 1,78 . 3,15 . 10*21 kJ)
- = 5,6 . 10*21 kJ )
- = 5,6 . 4,18 . 10*21 kcal)
- = 1,4 . 10*24 cal)
- = 1,4 . 10*14 tonnes
d'équivalents-pétrole (tep)
- = 1,4 . 100.000.000.000.000 de tonnes de
pétrole
A titre indicatif, le total de l'énergie
absorbée par la photosynthèse sur
l'ensemble du globe terrestre est inférieur au
centième de cette quantité. En ce qui nous
concerne plus directement, la ration alimentaire d'un
homme doit comprendre au moins 2 500 calories par jour ;
en conséquence, l'humanité consomme 4 .
10*9 . 2 500 cal/jour . 365 jours = 3,65 . 10*15 calories
par an, c'est-à-dire un milliardième de
l'énergie reçue. Cette cascade de
transformations à très faible rendement
n'est pas due au hasard, et la trame de cet ouvrage est
de chercher pourquoi ce gaspillage apparent se
produit.
Lorsque les nuages de poussières volcaniques
obscurcissent le ciel, le système
énergétique de la biosphère n'est
plus alimenté, la végétation
dépérit et de nombreuses espèces
disparaissent. La dernière éruption grave
est celle du volcan indonésien Tambora qui a
explosé en 1816, en passant de 4.300 m de haut
à 1.800 m, et en émettant un nuage de
poussières qui a refroidi même le nord de
l'Amérique : cette année-là, il a
neigé en juin et gelé en août
à la latitude de Naples. Un "super volcan"enfoui
sous des sédiments, le mont Toba
(Indonésie) a explosé il y a 72.000 ans :
le nuage aurait occulté plus de 90 % de la
lumière solaire pendant 6 ans en faisant
localement chuter la température de 15 °C.
Les anthropologues pensent qu'une des conséquences
de cette catastrophe a été une diminution
de la population des Homo sapiens dont le nombre aurait
été réduit à quelques
dizaines de milliers de personnes. En Papouasie, en
Nouvelle Zélande, dans le parc national de
Yellowstone (Wyoming), d'autres géants endormis
risquent d'éternuer dramatiquement.
Le Soleil envoie son rayonnement dans toutes les
directions, et la Terre en capte seulement un dix
milliardième. A l'échelle du
millénaire, l'énergie reçue par la
Terre n'est pas constante, parce qu'elle varie en raison
de phénomènes astronomiques
étudiés par Mutin Milankovic :
l'excentricité de l'orbite de la Terre autour du
Soleil varie selon un cycle de 100.000 ans, l'inclinaison
de l'axe des pôles par rapport au plan de l'orbite
terrestre (nommé écliptique) varie selon un
cycle de 41.000 ans, et la position des solstices et des
équinoxes sur cet orbite fait un tour complet en
21.000 ans (c'est la précession des
équinoxes). Ces variations sont vraisemblablement
à l'origine des glaciations du Quaternaire (fig.
11-1 et § 242, 423 et 842).
112 LA QUALITE DE L'ENERGIE RADIATIVE : SA LONGUEUR
D'ONDE
Pour des raisons qui seront examinées à
la fin de ce chapitre, il est important de prendre en
compte la "qualité" de l'énergie qui nous
est donnée par le Soleil : c'est un rayonnement
électro-magnétique, qui comprend toute une
gamme de longueurs d'onde, selon les lois de STEFAN et de
WIEN (voir l'annexe 1 de ce chapitre). La longueur d'onde
où la puissance est maximale est voisine de 0,5
microns ; la quasi-totalité de l'énergie
émise par le Soleil est située dans le
domaine 0,25 microns à 5 microns, et la plus
grande partie de cette énergie est comprise entre
0,4 microns et 0,8 microns (= 400 nm à 800 nm)1
(cf. fig. 11-4).
La fraction de courte longueur d'onde du rayonnement
solaire est diffusée par les molécules
d'air selon la loi de RAYLEIGH, proportionnellement
à l'inverse de la quatrième puissance de la
longueur d'onde du rayonnement :
D = k . 1 / L*4
En conséquence, il n'arrive au sol qu'une
fraction de la totalité du rayonnement :
ultra-violet visible infra-rouge
en microns : 0,22 0,26 0,30 0,35 0,37 0,40
0,45 0,55 0,75 0,95
% transmis : 1% 10% 30% 50% 60% 70% 80% 90% 97%
99%
De plus, les gaz de l'air absorbent environ 10% de
l'énergie incidente dans certaines bandes
étroites du spectre solaire ; finalement, le
spectre du rayonnement "visible" disponible au niveau du
sol par ciel clair est indiqué sur la figure 11-4.
La position de ce domaine par rapport à l'ensemble
des ondes électromagnétiques est
indiqué sur la figure 11-5.
Pour ce qui concerne le plus directement les hommes et
les femmes, le rayonnement ultra-violet qui traverse
l'épiderme des humains régule la production
de la vitamine D3 qui, à son tour, active
l'hormone de croissance anti-rachitique. Inversement, les
UV-A (320 nm à 400 nm) et les UV-B (280 nm
à 320 nm) attaquent l'ADN des cellules de la peau
et provoquent des cancers ; ils réduisent aussi la
stabilité du génome de certaines plantes
(G. RIES et al., 2000)
A titre de curiosité, les UV-A et les UV-B ne
jouent pas le même rôle pour le bronzage des
vacanciers et pour les coups de soleil.
Enfin, une infime part du rayonnement est
constituée de protons, qui ont peut-être une
influence sur les capacités d'absorption de
l'atmosphère, et sur la teneur en ozone de la
stratosphère (§ 122, 212, 214 et 843).
113 LA GAMME DU RAYONNEMENT « VISIBLE »
L'étroitesse de la gamme des radiations qui
arrivent au sol permet de quitter un instant la physique
et l'astronomie, pour faire une première incursion
dans le domaine biologique : la figure 11-4 montre que la
gamme des rayonnements que nous recevons du Soleil est
nommée « rayonnement visible ; ce n'est pas
une coïncidence heureuse produite par un hasard
bienveillant ; au contraire, elle s'explique parce que
l'il s'est développé, au cours de
l'évolution, de manière à utiliser
"au mieux" les possibilités de perception offertes
par la gamme des radiations qui arrivent en grande
quantité jusqu'au sol.
Déjà, certains êtres
unicellulaires sont sensibles précisément
aux longueurs d'onde de la lumière du Soleil et
possèdent un "phototropisme"
général, positif ou négatif qui les
conduit vers territoires favorables : les Algues
flagellées Chlamydomonas pour se rapprocher de la
lumière, ou pour se mettre à l'abri. Le
préliminaire de l'il apparaît chez les
Amibes hétérotrophes qu'il aide à
capturer leurs proies : quand un corpuscule passe devant
leur tache oculaire sensible au rayonnement solaire, il
fait de l'ombre et l'Amibe développe alors ses
tentacules pour le capturer. Cet avantage s'est
développé en milieu aquatique au point que
le diamètre des yeux des Calmars Architeuthis dux
atteint 30 cm.
A ce sujet, une remarque complémentaire
s'impose : les caractères qui permettent de
séparer les animaux des végétaux
sont rarement absolus, puisqu'il existe des
végétaux hétérotrophes, des
animaux fixés, des plantes carnivores (les
Drosera, les Nepentes, etc. § 623), des plantes
hétérotrophes qui consomment la sève
produite par d'autres plantes, etc. Parmi ces
caractères distinctifs, la présence de
l'il est l'un des seuls qui soit strictement propre
aux animaux. Finalement, un raccourci audacieux
conduirait à dire que les yeux des animaux sont
issus de la prédation.
Une autre utilisation du rayonnement solaire par des
animaux est plus inattendue : les Dinoflagellés
Pyrocystis lunula et Pyrocystis noctiluca produisent de
la lumière à 480 nanomètres avec
leur protéine nommée luciférine
(analogue à celle des Vers luisants) lorsque l'eau
est agitée par des Crevettes qui viennent s'en
nourrir ; cette lumière leur rend service parce
qu'elle attire les prédateurs des Crevettes !
Ce type de remarque, où l'évolution est
présentée sous une forme très
finaliste, ne doit pas être considéré
comme une explication causale (qui serait très
entachée d'anthropomorphisme) mais comme un
raccourci imagé, commode pour se faire
comprendre.
114 L'ALTERNANCE DES JOURS ET DES NUITS
L'alternance des jours et des nuits (rythme
"circadien") règle certaines phases du
développement des plantes qui, par exemple, ont
besoin de jours longs pour fleurir. Cette
régulation passe souvent par
l'intermédiaire des phytochromes. Le phytochrome
sensible à l'infra-rouge lointain de longueur
d'onde égale à 730 nanomètres induit
la floraison ; au contraire, le phytochrome sensible au
rouge clair (660 nanomètres) inhibe la
floraison.
Au printemps, l'allongement des jours transforme le
phytochrome 660 en phytochrome 730, et permet à la
floraison de se déclencher à la
période favorable. Exposer la plante pendant
quelques secondes à un rayon laser de 660 nm
produit le même effet ; inversement, un laser de
730 nm inhibe la floraison. Ceci peut rendre service aux
horticulteurs, aussi bien pour empêcher les salades
de monter à graine que pour déclencher la
floraison des oeillets à la date optimale.
12 LA CIRCULATION ATMOSPHERIQUE
Au total, l'énergie donnée par le
Soleil, qui est la "source chaude" alimentant la
biosphère (cf. annexe 1-1) repart en
totalité vers les espaces intersidéraux
après avoir animé les mouvements de
l'atmosphère et tout le système de la
biosphère.
121 LE BILAN ENERGETIQUE GLOBAL DE LA TERRE ET DE
L'ATMOSPHERE
A l'échelle de quelques années, la Terre
conserve une température moyenne stable, et elle
n'accumule pas d'énergie thermique. Un
équilibre entre les "arrivées" et les
"sorties" d'énergie est donc établi, et la
totalité de l'énergie solaire reçue
par la Terre est renvoyée vers les espaces
intersidéraux.
Les bilans sont loin d'être parfaitement
analysés, mais des ordres de grandeur peuvent
être déduits des chiffres plus ou moins
concordants de plusieurs auteurs (M. BUDYKO, 1974 ; J.
TRIPLET et G. ROCHE, 1971). L'ensemble est
présenté sur la figure 12-1, qu'il est
utile de commenter pour bien saisir les voies de transit
de l'énergie ré-émise par la Terre
:
- 30% de l'énergie solaire incidente sont
directement renvoyés vers les espaces
intersidéraux, sous forme de rayonnement de courte
longueur d'onde réfléchi par les nuages
(17%), l'atmosphère (3%) et le sol ou la
végétation (10%) ; en d'autres termes,
l'albedo (§ 31 et Annexe 1-1) moyenne de la Terre et
de son atmosphère est égale à 0,3
;
- - 17% sont absorbés par la vapeur d'eau et
les poussières de l'atmosphère ; la
majeure part de ces 17% est temporairement
utilisée pour évaporer l'eau des nuages,
puis remise en liberté dans l'atmosphère
lorsque la vapeur d'eau (transparente) incluse dans
l'atmosphère se condense pour donner de
nouveaux nuages ;
- - les 53% qui arrivent au sol sont totalement
ré-exportés, plus ou moins directement
:
- = 6 % sont émis par le sol et la
végétation sous la forme de radiations
de grande longueur d'onde et vont directement vers le
espaces intersidéraux ;
- = 12 % sont aussi émis par le sol et la
végétation, mais sont absorbés
par l'atmosphère ;
- = 35 % sont transmis par convection et par
conduction à l'atmosphère (6%
réchauffent l'atmosphère, sous la forme
de chaleur sensible et 29% évaporent de
l'eau).
Les 64 % qui sont temporairement
hébergés dans l'atmosphère viennent
de trois sources :
- - 17 % viennent directement du rayonnement solaire
;
- - 12 % viennent du rayonnement émis par le
sol et la végétation ;
- - 35 % ont été transmis par le sol
et la végétation).
Ils sont ensuite envoyés eux aussi vers les
espaces intersidéraux sous la forme de rayonnement
de courte longueur d'onde.
Un autre aspect du bilan est que l'émission
totale en grande longueur d'onde vaut 70% du rayonnement
solaire reçu, qui se décomposent ainsi
:
- - 6% sont émis directement par la Terre (y
compris par la végétation) ;
- - 17% ont été absorbés lors
de l'arrivée du rayonnement solaire dans
l'atmosphère, et sont ré-émis par
l'atmosphère, les poussières et les
nuages ;
- - 12% ont été émis par la
Terre, absorbés par l'atmosphère, les
poussières et les nuages, et sont
ré-émis vers les espaces
intersidéraux ;
- - 35% ont été transmis de la Terre
à l'atmosphère, puis
ré-émis par celle-ci.
Ce bilan équilibré est valable pour
l'ensemble du globe, mais il est nettement positif pour
les latitudes tropicales, et nettement négatif
pour les zones polaires. Il faut donc qu'un
système de compensation s'établisse,
grâce aux courants océaniques et à la
circulation atmosphérique. Les courants
océaniques sont lents, et ils ne
transfèrent vers les pôles que 10 % de
l'énergie excédentaire. L'air se
déplace beaucoup plus vite, et un double courant
s'établit : en haute altitude, de l'air chaud et
humide va vers les pôles, alors que, à basse
altitude, de l'air froid et sec va vers
l'équateur.
Les océans absorbent mille fois plus de
calories que les continents, en particulier parce que la
chaleur latente d'évaporation de l'eau (voir
Annexe 1-3) est beaucoup plus élevée que la
chaleur spécifique de la terre. De fait,
l'évaporation d'un litre d'eau absorbe 539.000
calories, alors que le réchauffement de 1°C
d'un kilogramme de terre absorbe environ 2.000 calories.
En conséquence, c'est surtout l'évaporation
de l'eau des mers équatoriales (et la condensation
de cette eau dans les zones tempérées et
froides sous forme de pluie) qui assure
l'équilibre thermique de l'ensemble. Cette
circulation atmosphérique "méridienne",
modulée par la force de Coriolis, sera
étudiée dans le paragraphe 13, après
avoir examiné les mouvements verticaux de
l'atmosphère.
122 LES PROFILS VERTICAUX DE TEMPERATURE DANS LA
HAUTE ATMOSPHERE
Si l'atmosphère était transparente pour
le rayonnement infra-rouge émis par le sol et la
végétation (§ 312), la
température « radiative »
d'équilibre de la Terre serait de - 18°C (G.
ISRAEL, 1985). C'est l'effet de serre qui porte la
température observée à +14°C,
soit 32°C de plus que la température
"radiative". L'altitude où sont atteints les -
18°C qui correspondent à l'équilibre
est voisine de 2.000 m. Nous verrons dans le paragraphe
842 que l'augmentation de la teneur en CO2 de
l'atmosphère augmente l'effet de serre alors que
les poussières émises par les volcans le
diminuent.
Les transformations de l'énergie au sein de
l'atmosphère sont très complexes. Leur
résultat est que le refroidissement
régulier de l'air en altitude, qui nous
paraît une évidence, a lieu seulement dans
la basse atmosphère (nommée la
troposphère, parce qu'elle est le siège de
mouvements divers...). Au-delà, trois gradients
alternés se succèdent (fig. 12-2 et
Atlas).
Au-dessus de la troposphère se trouve la
tropopause ; elle est située à 8 km
d'altitude, dans les régions polaires, avec une
température de - 50 degrés C, et, dans la
zone équatoriale, à 17 km, avec une
température de - 80 degrés C.
Ensuite, la température croît à
nouveau régulièrement, au sein de la
stratosphère (10 km à 50 km) où se
trouve la couche d' ozone qui absorbe le rayonnement
situé juste au-delà du violet, entre 0,18
et 0,3 microns, qui tuerait les êtres vivants
actuels (§ 214 et 843). Cette couche est très
ténue, et son épaisseur serait de 3 mm si
elle était comprimée à la pression
qui règne au niveau du sol. Au dessus de la
stratosphère se trouve la stratopause, où
la température est voisine de 0 à 10
degrés C. Au-delà, dans la
mésosphère, elle décroît
à nouveau jusqu'à 85 km (mésopause),
puis croît à nouveau dans la
thermosphère, qui va jusqu'à 500 km.
La couche située entre 80 km et 150 km est
aussi nommée ionosphère par ce qu'elle
contient les ceintures ionisées qui
réfléchissent les ondes radio de courte
longueur d'onde (qui sont la cause des « orages
magnétiques ») et les aurores polaires
(nommées aurores boréales dans
l'hémisphère nord). Celles-ci ont pour
origine des flux d'électrons et de protons
éjectés par le Soleil à grande
vitesse (500 km/sec à 1.000 km/sec) qui sont
attirés par le champ magnétique des 2
pôles et provoquent la luminescence des ions de
l'ionosphère, sous la forme de draperies bleues et
vertes, avec des nuances jaunes et rouges.
L'azote et l'oxygène des hautes couches
absorbent le rayonnement X, qui pourrait nous être
néfaste.
A partir de 500 km d'altitude, les atomes et les ions
sont relativement éloignés les uns des
autres, et la température n'a de sens que dans la
physique de la cinétique des particules ; elle
atteint plus de 1.000°C vers 3.000 km, dans une
atmosphère composée surtout d'hélium
et d'hydrogène.
Ajoutons enfin que 99% de la masse de
l'atmosphère terrestre sont inclus dans la
troposphère et dans la stratosphère, qui
représentent une pellicule très mince,
d'épaisseur inférieure à 1% du rayon
de la Terre. C'est une des raisons qui justifient leur
intégration dans la biosphère.
123 LA STABILITE ET L'INSTABILITE DE L'AIR DANS LA
BASSE ATMOSPHERE
123.1 Explication générale
L'air chaud monte dans l'atmosphère, (bien
qu'il fasse plus froid en altitude) : il suffit de
regarder le bourgeonnement d'un cumulus (cf. §
123.2), ou les orbes du vol plané d'une Buse, pour
voir que des "ascendances" peuvent naître dans
l'air atmosphérique.
Dans quelles conditions apparaît cette
instabilité ? Pour le comprendre,
considérons un petit volume d'air, V1,
situé à l'altitude H1, en imaginant qu'il
est enfermé dans un ballonnet élastique
(fig. 12-3) ; il est en équilibre avec l'air qui
l'entoure si son poids est exactement égal
à la poussée d'Archimède qu'il
reçoit de la part de toutes les molécules
d'air qui l'entourent.
Les mouvements aléatoires de
l'atmosphère peuvent cependant conduire le
ballonnet à monter un peu, jusqu'à
l'altitude H2, par exemple ; en montant, il se dilate,
puisque la pression atmosphérique diminue quand
l'altitude augmente. En se dilatant, il se refroidit, par
un phénomène nommé "détente
adiabatique" ; ce refroidissement est l'inverse de
l'échauffement que produit une compression (cet
échauffement est sensible, par exemple, dans la
main qui tient une pompe de bicyclette, pendant que l'on
gonfle un pneu). La dilatation produit un
refroidissement, parce qu'elle est un travail, qui
consomme de l'énergie aux dépens de
l'agitation désordonnée des
molécules d'air du ballonnet ; ce
prélèvement d'énergie ralentit, en
moyenne, les molécules et ceci correspond
exactement à une diminution de la
température de l'air du ballonnet, puisque la
température est précisément le
résultat de cette agitation des molécules
du ballonnet. Dans l'air sec, le coefficient de
décroissance de la température est de
1°C par km d'altitude ; dans l'air humide, il est
compris entre 0,4°C et 1°C par km.
Comparons maintenant la température de l'air du
ballonnet et celle de l'air environnant situé
à l'altitude H2 : si l'air du ballonnet est devenu
plus froid que l'air qui l'entoure, il sera aussi plus
dense, et il redescendra ; l'atmosphère sera alors
"stable". Si, au contraire, malgré le
refroidissement dû à la détente,
l'air du ballonnet est plus chaud que l'air qui l'entoure
à l'altitude H2, il sera aussi plus léger
que cet air ambiant, et il montera encore plus ;
l'atmosphère sera alors "instable" ; en effet une
faible ascension aléatoire s'accentue alors
automatiquement, en une boucle de rétro-action
positive. L'instabilité s'installe ainsi, en
moyenne, quand la température de l'air
décroît de plus de 1°C par 100
mètres.
En résumé, si une petite ascension
"accidentelle" du ballonnet suffit pour entraîner
une ascension de plus grande ampleur, l'atmosphère
est instable. Cette instabilité se produit quand
le "gradient" réel de température de
l'atmosphère est plus intense que le "gradient de
détente adiabatique"de l'air. Les nuages qui se
produisent alors sont des "cumulus". C'est le cas, en
particulier, quand une masse d'air froid survole des
terres relativement chaudes. Nous verrons ainsi, dans le
paragraphe 135 (figure 13-5), que l'air qui arrive
à la suite d'un "front froid" produit des cumulus.
De même, par un matin de brouillard, quand la Terre
se réchauffe fortement l'influence du rayonnement
solaire, le gradient réel augmente, et le
brouillard "se lève".
Le raisonnement qui vient d'être fait ne
s'applique pas à une couche d'air tout
entière. En effet, si l'air monte en un endroit,
il doit redescendre ailleurs, et l'instabilité se
traduit par une combinaison de courants ascendants et de
courants descendants accolés. Quand un avion passe
d'une ascendance à un courant descendant, il est
brutalement rabattu vers le sol, donnant aux passagers
l'impression d'un "trou d'air".
123.2 Les nuages
C'est J.-B. de Monet, chevalier de Lamarck qui a
proposé, en 1776-1788, dans ses
"Phénomènes de l'atmosphère", la
classification des nuages que nous continuons à
utiliser, mais c'est L. Howard qui, plus tard, a repris
ses idées en y ajoutant les noms à
consonance latine tels que cumulus, stratus, nimbus,
cirrus.
Lorsque l'air instable monte et se refroidit, la
vapeur d'eau qu'il contient en arrive souvent à se
condenser en petites gouttelettes qui constituent un
cumulus. Ce phénomène se produit couramment
en climat tropical humide, où l'on voit des
"flottes de cumulus" apparaître au milieu de la
journée, quand le Soleil a réchauffé
la terre qui était couverte de rosée
matinale. Nos climats, des masses d'air stable peuvent
côtoyer des masses d'air instable, à
l'échelle de quelques kilomètres. Ainsi,
les marais et les sols humides de la Camargue se
réchauffent moins vite, au cours de la
journée, que les sols environnants ; les courants
ascendants sont alors moins forts au-dessus de la
Camargue, et il y a moins de condensations nuageuses
pendant la matinée. Ceci a été
régulièrement vérifié ces
dernières années, grâce aux
photographies prises régulièrement vers 11
heures du matin par le satellite Landsat.
L'importance essentielle de l'instabilité est
que les ascendances entraînent une condensation de
la vapeur d'eau contenue dans l'air, et provoquent la
formation de nuages verticaux. Ainsi, lorsque le Soleil a
chauffé toute la matinée un territoire
chargé d'humidité, plusieurs
phénomènes s'enchaînent :
- - le gradient de température augmente,
- - l'air devient instable,
- - les ascendances produisent ces nuages qui
bourgeonnent comme des choux-fleurs, et que l'on nomme
cumulus.
Si les ascendances s'amplifient, les cumulus
noircissent, se gonflent, et deviennent des
cumulo-nimbus, puis des nimbus, dont le sommet est en
forme d'enclume et qui sont chargés
d'éclairs, de grêle et d'orages.
Que se passe-t-il au sommet des cumulus ? L'eau qui
s'est condensée dans les colonnes ascendantes a
donné de la chaleur (à l'inverse de l'eau
qui "prend" de la chaleur pour s'évaporer) ; l'air
en a bénéficié, et le gradient de
température est devenu plus faible. En
conséquence, l'instabilité de l'air
diminue, les mouvements ascendants ralentissent et
s'arrêtent. L'air froid, qui a perdu son
humidité, redescend alors sur les flancs du nuage
et produit des courants descendants, qui donnent des
"trous d'air" (cf. fin du paragraphe 123.1).
En moyenne, les nuages contiennent 0,2 grammes d'eau
liquide par mètre cube, soit 200 tonnes pour un
nuage d'un kilomètre cube. Mais les nuages denses
en contiennent beaucoup plus. J.-P. CHALON (2002) donne
quelques exemples : un petit cumulo-nimbus, dont le
volume est voisin de 1 km3, contient 10.000 tonnes d'eau
sous forme de vapeur et 500 tonnes d'eau sous forme de
gouttelettes. Un gros cumulo-nimbus occupe 1 000 km3
(l'ordre de grandeur de ses dimensions est 10 km . 10 km
. 10 km) ; il peut contenir jusqu'à 1 milliard de
tonnes d'eau (soit le poids de 500.000 automobiles) dont
plusieurs millions de tonnes d'eau liquide et de glace,
et il peut déverser 4.000 tonnes de pluie par
seconde. Pourquoi cette masse considérable ne
tombe-t-elle pas immédiatement ? En partie parce
que des courants ascendants l'entraîne vers le
Soleil, mais surtout parce que l'air humide est moins
dense que l'air sec !
123.3 Les gradients atmosphériques
Pour suivre ces ascendances, les
météorologues envoient dans
l'atmosphère des ballons-sondes munis de
thermomètres, afin de déterminer le profil
des températures réelles. Ils y ajoutent
des hygromètres parce que le raisonnement
précédent doit être
complété par des calculs plus complexes
pour tenir compte du refroidissement dû à la
condensation de la vapeur d'eau.
Ces mesures ont permis de calculer des gradients
moyens (pour lesquels l'air est stable) : la
décroissance moyenne de la température de
l'air dans la troposphère varie entre - 5°C
et - 6,5°C pour 1.000 m, et la décroissance
de la pression est logarithmique. Au niveau de la mer, on
perd 1 mb en montant de 8,4 m ; à 3 km, la
décroissance est de 1 mb pour 11,3 m, et, à
5,5 km, la décroissance est de 1 mb pour 14,8
m.
Le résultat est résumé dans le
tableau ci-dessous :
|
Alt
(km)
|
0
|
1
|
2
|
3
|
4
|
5
|
6
|
7
|
8
|
9
|
|
Pression
(mb
|
1013
|
795
|
701
|
616
|
540
|
472
|
411
|
356
|
307
|
899
|
|
Temp.
(¬°C)
|
15
|
8,5
|
2
|
-4,5
|
-11
|
-17
|
-24
|
-30
|
-37
|
43,5
|
En montagne, la situation est souvent complexe. Par
exemple, entre Briançon (1.324 m) et une station
située à 2.030 m au col du Lautaret (J.
RONCHAIL, 1980), le gradient moyen mensuel a varié
de 0°C à - 14,7°C au cours des 11
premiers mois de l'année 1978. Ce gradient est
plus faible la nuit que le jour, puisque la moyenne
mensuelle du gradient des températures minimales,
atteintes à la fin de la nuit, est, au cours de
cette période, de - 2,4°C, alors que la
moyenne mensuelle du gradient des températures
maximales y est de - 10,1°C. Cette faiblesse du
gradient des minimums résulte de la descente de
l'air froid (plus dense) dans les vallées, au
cours de la nuit, surtout quand la région est dans
une situation anticyclonique (cf. § 124 et §
15) ; il fait alors presque aussi froid dans les
vallées que sur la montagne. Au contraire, dans la
journée, l'énergie radiative venant du
Soleil s'accumule mieux dans la vallée que sur le
haut des versants balayés par le vent ; les
vallées sont plus chaudes et les sommets plus
froids, et le gradient s'accentue.
Le gradient thermique varie aussi au fil des saisons
:
|
|
avril 1978
|
nov. 78
|
|
moyenne du gradient des
minimums
|
4,5
|
0
|
|
moyenne du gradient des
maximums
|
14,7
|
7,8
|
Cette variation saisonnière vient de ce que,
dans cette région, l'amplitude des variations
diurnes est proportionnelle à la quantité
de rayonnement reçu ; en effet, l'amplitude diurne
est grande en été, parce que le Soleil
chauffe fortement la terre au cours de la journée,
et que le ciel est souvent dégagé de nuages
au cours de la nuit, où la terre se refroidit en
envoyant un important rayonnement infrarouge (5 à
20 microns) vers les espaces intersidéraux. Au
contraire, en hiver, le Soleil reste bas, et le ciel est
souvent couvert ; les gradients sont moins intenses.
Le gradient de température peut atteindre
jusqu'à - 4°C par 100 m quand la terre est
très chaude. A l'opposé il peut être
inversé au voisinage du sol quand celui-ci est
plus froid que l'atmosphère. Ceci se produit en
particulier quand la terre se refroidit en fin
d'après-midi. L'atmosphère est alors
très stable, au point que les fumées
urbaines et les émissions de gaz industriels (SO2
et SO3 en particulier) restent au-dessus des villes.
Cette situation est si nocive que l'activité
industrielle doit alors être stoppée pendant
quelques heures dans certaines villes industrielles
telles que Toronto.
Pendant les nuits claires, la Terre se refroidit
beaucoup, et l'eau contenue dans l'air se condense en
donnant de la rosée, et quelquefois du brouillard,
surtout dans les dépressions où l'air froid
descend et s'accumule.
124 LES MOUVEMENTS HORIZONTAUX DE LA BASSE
ATMOSPHERE
Regardons maintenant une fraction de
l'atmosphère couvrant quelques millions de
kilomètres carrés. La pression n'y est pas
uniforme, et l'air va spontanément des hautes
pressions (anticyclones) vers les basses pressions (ou
dépressions), mais il n'y va pas en ligne droite,
parce que la rotation de la terre (30 km par seconde,
soit 1.670 km/h, à l'Équateur)
déplace à chaque instant le "but
visé". Ceci se comprend aisément dans le
cas d'une masse d'air partant du Sahara pour aller vers
le Gabon : pendant que l'air se déplace vers le
sud, il arrive sur des zones où la Terre tourne
vers l'est avec une vitesse plus grande que dans la zone
d'où il est parti. La dépression n'arrive
pas au Gabon, puisque ce pays a déjà
défilé vers l'est pendant que la masse
d'air commençait à se déplacer
(figure 12-4). Finalement, la masse d'air arrivera
à droite de la dépression gabonaise,
s'enroulant en quelque sorte autour d'elle. Dans
l'hémisphère nord, la masse d'air est ainsi
"déviée" vers la droite ; dans
l'hémisphère sud, tout s'inverse, et la
masse d'air est déviée vers sa gauche.
Plus généralement, quand un mobile M, de
coordonnées géographiques X et Y, se
déplace avec une vitesse Vr à la surface de
la Terre, sa vitesse absolue, Va (par rapport à un
système de coordonnées indépendant
de la position de la Terre) est bien la somme
géométrique de sa vitesse relative par
rapport à la surface de la Terre, Vr, et de la
vitesse propre de la Terre, nommée vitesse
d'entraînement, Ve.
Vr, la vitesse relative, à pour
composantes
Vx = dX/dt
et Vy = dY/dt
Ve, la vitesse d'entraînement, se
décompose en une translation OO' et une rotation
w.
La vitesse absolue du mobile, Va, est sa vitesse par
rapport à un système d'axes de
coordonnées sidérales indépendant de
la position de la terre ; si les coordonnées du
mobile par rapport à ce système
sidéral sont X, Y, Z, la vitesse absolue a pour
composantes dX/dt, dY/dt, dZ/dt, dérivées
de X,Y, et Z par rapport au temps.
L'accélération absolue de M par rapport
à ce système est :
Ga = dVa/dt
Les composantes de Ga sont d2X/dt2, d2Y/dt2, d2Z/dt2,
et l'on démontre en quelques lignes que Ga n'est
pas égal à la somme de
l'accélération relative et de
l'accélération d'entraînement, parce
qu'il faut leur ajouter une accélération
complémentaire, dite accélération de
Coriolis, liée à la rotation de la vitesse
d'entraînement. Or la Terre tourne sur
elle-même en 24 heures, ce qui correspond à
463 m/seconde à l'Equateur, soit 1.670 km/h.1
Cette accélération existe même si
l'accélération d'entraînement et
l'accélération relative sont nulles. Il y
correspond une force, dite force de Coriolis, qui se
manifeste dès qu'un mobile se déplace
à la surface de la Terre. Cette force est
perpendiculaire à l'axe des pôles et
perpendiculaire au vecteur qui représente la
vitesse relative du mobile. Sa composante horizontale est
du même ordre de grandeur que la force horizontale
qui pousse l'air des anticyclones vers les
dépressions, et elle est perpendiculaire à
la direction du mouvement (Vr), vers la droite dans
l'hémisphère nord, vers la gauche dans
l'hémisphère sud. Il y aura
équilibre "dynamique" si la vitesse de la masse
d'air est telle que la force de Coriolis équilibre
exactement la résultante des forces horizontales.
Cet équilibre sera atteint si la vitesse relative
Vr du mobile est perpendiculaire à la composante
horizontale des forces de pression.
Finalement, les vents sont orientés presque
parallèlement aux isobares (fig. 12-3) et non pas
selon la direction qui va du centre des anticyclones vers
le centre des dépressions.
13 LES PRINCIPAUX CLIMATS DU MONDE
Le Soleil tient plusieurs rôles dans le jeu des
phénomènes biologiques et PLATON
écrivait déjà, cinq siècles
avant notre ère : "c'est le Soleil qui fait les
saisons et les années, qui gouverne tout dans le
monde visible et qui, d'une certaine manière, est
la cause de tout ce qu'il voit." (République, VII,
516 b).
L'ensemble de l'atmosphère et de la surface des
continents et des océans est une gigantesque
machine thermique où l'air est brassé par
les vents et où l'eau ne cesse de passer de la
phase liquide à la phase gazeuse (cf. § 41),
et inversement. Ces phénomènes s'ordonnent
à la surface du globe en fonction de la latitude,
selon de grandes ceintures, nommées "zones" par le
mathématicien grec Thalès (mort vers av.
J-C.). Un « Abrégé de
géographie » de 1716, qui se
réfère aux cartes publiées par
l'Académie des sciences, commence aussi sa
description du monde par l'étude des « zones
» climatiques.
Pour en comprendre la succession, le plus simple est
de partir de la zone équatoriale où le
climat résulte directement de l'action du
Soleil.
131 LA ZONE EQUATORIALE
La figure 13-1 permet de voir que la durée des
jours et des nuits varie au cours des saisons : par
exemple, le 21 décembre, la partie ombrée
de la ligne qui représente le tropique du Cancer
est plus longue que la partie éclairée de
cette ligne. Cependant, à l'Équateur, les
jours et les nuits sont toujours égaux, et le
Soleil est exactement au zénith à midi le
20 mars et le 23 septembre ; au solstice
d'été, sa trajectoire reste tout
entière dans la partie septentrionale du ciel, et,
à midi, il monte seulement jusqu'à
66°33' de hauteur au-dessus de l'horizon (et
23°27' d'écart du zénith) ; au
contraire, au solstice d'hiver, le Soleil reste dans la
partie méridionale du ciel, et atteint aussi
66°33' de hauteur.
En résumé, pour les personnes qui vivent
à l'équateur, sa trajectoire paraît
se balancer, de chaque côté du
zénith, un peu au nord pendant notre
été, un peu au sud pendant notre hiver. Ces
oscillations ne sont pas suffisantes pour entraîner
des variations importantes de la température au
cours des saisons, et les moyennes mensuelles varient
seulement de 1 ou 2 degrés Celsius autour de la
moyenne annuelle (généralement voisine de
26°C).
La zone équatoriale reçoit beaucoup
d'énergie solaire, puisqu'elle est presque
perpendiculaire aux rayons du Soleil. Cette
énergie radiative se transforme surtout en
"chaleur latente de vaporisation" de l'eau disponible.
Très souvent, la chaleur reçue pendant le
jour produit suffisamment de nuages pour qu'un orage se
déclenche en fin d'après-midi, et que la
nuit soit humide ou même brumeuse, Finalement, les
variations diurnes de la température atteignent
souvent 3 à 5°C, et cette "amplitude diurne"
est plus grande que l'amplitude saisonnière (qui
est la différence entre la moyenne des
températures du mois le plus chaud et la moyenne
des températures du mois le plus froid).
La zone équatoriale est assez fortement
arrosée, mais les deux saisons où le Soleil
passe au zénith sont les plus pluvieuses. Au
contraire, les deux solstices correspondent à de
petites saisons sèches.
Puisque l'air est fortement chauffé dans la
zone équatoriale, il y monte, comme dans une
cheminée, et l'équateur correspond à
une ceinture de basses pressions, vers laquelle
convergent des vents réguliers, les alizés.
Ceux-ci amorcent leur trajectoire selon une direction
nord-sud dans l'hémisphère nord (et
sud-nord dans l'hémisphère sud), mais nous
avons vu au paragraphe 124 que
l'accélération de Coriolis (qui naît
dès qu'un mobile se déplace à la
surface de la sphère terrestre) les dévie
vers la droite dans l'hémisphère nord, et
vers la gauche dans l'hémisphère sud. Le
schéma final est présenté sur la
figure 13-2.
La zone de convergence inter-tropicale est
occupée par de l'air humide et souvent instable,
qui produit de puissants cumulo-nimbus montant
jusqu'à 15.000 m ; pendant les périodes de
stabilité, des voiles d'alto-stratus et de
cirro-stratus en plusieurs nappes s'établissent
fréquemment.
La "cheminée équatoriale" est
quelquefois nommée ZIC (zone intertropicale de
convergence).
En fait, c'est seulement sur les océans que le
système fonctionne aussi simplement. Sur les
continents, et en particulier sur le Sahara
(d'après M. LEROUX, 1976), il s'établit
plutôt un "front inter-tropical" (F.I.T.) parce que
l'air se réchauffe au contact du sol
surchauffé et devient moins dense. Une
dépression d'une dizaine de millibars s'installe
alors entre 25 et 30 degrés de latitude, et la
coupe verticale devient un peu plus compliquée.
Les pluies issues de ce froid sont plus orageuses, et il
s'établit souvent une ligne de "grains" (fig.
13-3) sur la frange méridionale des alizés
(renforcés par des injections d'air polaire),
entre le lac Tchad et la boucle du Niger.
Les alizés entraînent les eaux
superficielles des océans en créant des
courants marins dirigés vers l'ouest aux latitudes
proches des deux Tropiques (fig. 13-6). L'air se charge
alors de vapeur d'eau, et les alizés apportent
ainsi de l'air tiède et humide sur les parties
orientales des continents, en particulier sur l'Amazonie,
sur les Caraïbes, sur le nord-est de l'Australie et
sur le sud de la Chine.
132 LES ZONES TROPICALES
Éloignons-nous de l'équateur, vers le
nord par exemple. La saison sèche d'hiver,
correspondant à la saison où le Soleil est
au-dessus de l'hémisphère sud, sera de plus
en plus marquée, et, au contraire, la saison
sèche d'été sera très courte,
puisque les deux passages du Soleil au zénith, qui
encadrent le solstice d'été, seront
très rapprochés. On va ainsi
progressivement du régime équatorial,
à deux saisons sèches égales, vers
les régimes tropicaux à deux saisons
sèches inégales, puis au régime
tropical pur, à une seule saison sèche. En
Afrique, cette succession correspond au passage de la
zone guinéenne à la zone
sahélienne.
Le "balancement" annuel de la cheminée
équatoriale autour de l'équateur
entraîne un déplacement du système
des vents et des fronts, qui est illustré par la
figure 13-4 pour le cas de l'Afrique. En outre, les
masses d'air qui viennent du Golfe de Guinée sont
humides et elle donnent naissance à des "lignes de
grains" qui se déplacent vers l'ouest et souvent
se rechargent en humidité sur l'Atlantique avant
d'aller donner des cyclones dans le golfe du Mexique. A
haute altitude, les courant-jets vont aussi de l'est
à l'ouest (Madden-Julian). Il est souvent
parlé de "mousson" pour les pluies du Sahel
africain, mais il est préférable de limiter
l'usage de ce terme aux phénomènes de
l'océan Indien. Le changement climatique
différencie encore plus ces deux types de climats,
parce qu'il apporte des pluies supplémentaires en
Inde alors qu'il augmente la sécheresse dans le
Sahel africain.
Le total des pluies annuelles diminue
régulièrement au fur et à mesure que
l'on s'éloigne de l'Equateur, et il est de plus en
plus variable d'une année à l'autre. Les
plantes les mieux adaptées à cette
irrégularité sont les plantes annuelles.
PH. DAGET ET AL. (1991) ont suivi l'évolution du
recouvrement de 48 espèces annuelles dans une
savane parcourue par les troupeaux à 450 km au
nord-est de Dakar, dans le Ferlo sahélien : le
recouvrement spécifique de Zornia glochidiata, par
exemple entre 1981 et 1988 est égal à 51 %,
78 %, 4 %, 0,1 %, 56 %, 75 % et 59 %. et il est
expliqué pour 92 % par les précipitations
de septembre et de juillet qui varient entre 53 mm et 179
mm.
133 LES ZONES DES GRANDS DESERTS
De chaque côté de la zone d'ascension de
l'air équatorial, que le Soleil "promène"
d'un tropique à l'autre au fil des saisons,
s'étendent, au nord et au sud, des zones de
stagnation d'air sec (hautes pressions, dites
"anticyclones" indiquées sur les figures 13-2,
13-4, 13-5), où se trouvent les grands
déserts (Sahara et Kalahari en Afrique, Sonora en
Amérique du Nord, Atacama en Amérique du
Sud, et Victoria en Australie).
Cette simple énumération souligne que
c'est sur la partie occidentale des continents que se
développent les grands déserts. Ceci est
dû en partie à un phénomène
annexe : il existe, à l'échelle des
océans, un système de courants, qui
constituent des cellules plus ou moins elliptiques. La
circulation s'y fait de l'équateur vers les
pôles dans la partie occidentale des océans,
et des pôles vers l'équateur dans la partie
orientale (fig. 13-6). En conséquence, ce sont des
courants froids qui baignent les parties occidentales des
continents, et ils en accentuent le caractère
désertique même quand ils provoquent des
brouillards côtiers (nommés neblines).
Les courants océaniques jouent un rôle
capital dans la régulation thermique du globe (J.
WHITEHEAD, 1998) et nous y reviendrons dans le paragraphe
842.5.
En outre, les alizés, qui vont toujours vers
l'ouest, arrivent sur ces zones après avoir
parcouru des continents où ils n'ont pas pu se
charger d'humidité.
Les zones désertiques actuelles n'ont pas
toujours existé dans leur répartition
actuelle, car elles dépendent de
phénomènes qui sont très sensibles
aux bilans énergétiques méridiens.
Il faut savoir, par exemple, que les ceintures
anticycloniques tropicales et polaires n'existent plus en
altitude ; au contraire, le profil méridien des
isobares situées au-dessus de l'isobare 700 mb
décroît régulièrement de
l'Équateur vers les pôles, qui correspondent
à une intense dépression, où le vent
circule constamment d'ouest en est.
Les climats désertiques sont couramment
définis par la rareté des
précipitations, mais les déserts absolus,
où il ne pleut pratiquement jamais, sont
rarissimes. Sur la plus grande partie des déserts,
il pleut quelquefois, mais les pluies sont très
irrégulières, et la
végétation est obligée d'utiliser
des processus extrêmes pour s'adapter à
cette non-prévisibilité.
Une étude attentive permet cependant de
déceler une variation progressive du sud au nord
d'un grand désert tel que le Sahara : au sud, les
pluies ont plutôt lieu pendant l'été,
comme dans la zone tropicale, alors qu'au nord, elles ont
plutôt lieu pendant l'hiver, qui est relativement
froid.
134 LES ZONES MEDITERRANEENNES
Les deux zones de hautes pressions (ou anticyclones)
comprises entre 20 et 30 degrés de latitude (nord
et sud) sont couvertes par des masses d'air stagnantes,
en « subsidence » (fig. 13-2 et 13-5) ;
celles-ci alimentent par leur face polaire des vents
réguliers qui vont de l'ouest à l'est (fig.
13-2) ; ces vents sont nommés "quarantièmes
rugissants" dans l'hémisphère sud,
où ils se déploient sans frein sur les
trois océans.
La frange septentrionale du Sahara est
caractérisée par une augmentation
progressive des pluies de la saison froide, et le
maintien d'une saison sèche en été
quand les anticyclones sont le plus loin de
l'équateur. Ce type de climat est dit
méditerranéen, puisqu'il règne
autour de la Méditerranée, mais il existe
aussi en Californie, au Chili, dans la province du Cap,
et à l'ouest de l'Australie.
Une variante très atténuée peut
sans doute aussi être décelée au
Japon. En effet, il existe autour de la Mer
Intérieure, et en particulier dans l'île de
Kyushu (I. MIYATA, 1981), d'importantes forêts
d'arbres à feuillage persistant (Castanopsis
cuspidata, Cyclobalanopsis gilva), et 4 autres
espèces du même genre, Machilus thunbergii,
Distylium racemosum, etc.). Ces forêts
sempervirentes ne suffisent évidemment pas pour
dire que le climat est méditerranéen, mais
elles obligent au moins à se demander comment les
variations climatiques du Quaternaire ont produit ce type
de formation.
Ph. DAGET (1980) a comparé plusieurs modes de
délimitation du climat
méditerranéen. Il discute en particulier la
valeur relative de la limite biogéographique de
l'Olivier, en particulier parce que la limite d'extension
d'une plante cultivée dépend trop des
techniques agricoles et de la conjoncture
économique.
Les Romantiques qui redécouvraient la
Côte d'azur et la Toscane ont répandu
l'idée de la douceur de l'hiver dans les climats
méditerranéens, E. de MARTONNE (1929) les a
suivis en prenant le critère des
températures minimales du mois le plus froid (m)
supérieures à 5°C. Mais cette
manière de voir oublie que les montagnes de
l'Atlas ou de Turquie sont extrêmement froides,
quoiqu'elles soient situées indiscutablement dans
la zone méditerranéenne. Les auteurs plus
récents fixent cette limite à m > 2 ou m
> 0, mais cette convention ne résout pas le
problème des hautes montagnes
méditerranéennes.
C'est pourquoi Ph. DAGET confirme que la
"sécheresse estivale" est le premier
caractère discriminant de la
méditerranéité, et qu'elle s'exprime
utilement à l'aide du coefficient d'EMBERGER :
S = Pe/ME
où Pe est la somme des précipitations
des trois mois d'été (juin, juillet et
août), et ME la moyenne des maximums quotidiens de
la température au cours de ces trois mois.
Pour le Languedoc et la Provence, la limite semble
pouvoir être placée à S < 7 mais
pour l'Espagne du Nord, la Bulgarie, le Caucase et le
Moyen Orient, il semble préférable de
prendre S < 5. En outre, l'indice de
continentalité pluviale d'ANGOT, (C =
précipitations des six mois les plus
chauds/précipitations des six mois les plus
froids) est inférieur à l'unité dans
les régions méditerranéennes, et
l'indice de continentalité thermique de GORCZINSKI
modifié par CONRAD doit être
inférieur à 25°C.
De l'Italie à l'Iran s'étend la limite
qui sépare les climats
méditerranéens (à sécheresse
estivale) des climats tempérés continentaux
qui bénéficient de pluies d'orage en
été. Le long de cette limite, l'indice de
continentalité pluviale C (= précipitations
des six mois les plus chauds/précipitations des
six mois les plus froids) est voisin de 1.
De même, pour qu'un climat soit nettement
méditerranéen, il faut que le coefficient
de continentalité thermique K' soit
inférieur à 25 :
K' = (1,7 A / sin(phi + 10 + 9h)) - 14
avec :
- - A : amplitude thermique moyenne,
- - phi : latitude,
- - h : altitude
135 LES ZONES TEMPEREES
Au-delà, en allant vers le nord,
s'étendent les climats tempérés,
dominés par la circulation "zonale" des vents
d'ouest. La dominance de ces vents, dont l'ensemble
constitue les deux "tourbillons circumpolaires", se
comprend si l'on se souvient que les masses d'air venant
des anticyclones tropicaux et montant vers les latitudes
moyennes sont entraînées par la Terre avec
une grande vitesse, vers l'est, alors que la rotation de
la Terre affecte peu les masses d'air polaire ;
finalement, quand les masses d'air tropicales arrivent
dans la région tempérée, elles
continuent à avancer, sur leur lancée, vers
l'est.
Les climats tempérés sont
"océaniques" sur les côtes occidentales, et
l'écart entre les températures de l'hiver
et de l'été y est relativement faible,
parce que le « volant thermique » de l'eau des
océans est beaucoup plus fort que celui de la
terre des continents, en particulier parce que
l'évaporation de l'eau, en été,
absorbe une quantité de chaleur
considérable. Pour l'Europe occidentale, la
chaleur apportée par le Gulf Stream est un
complément faible mais non négligeable.
Le climat devient de plus en plus « continental
» au fur et à mesure que les masses d'air
survolent les continents. Ceux-ci se réchauffent
(et se refroidissent) plus vite que les océans, et
les variations annuelles des températures y sont
beaucoup plus accentuées. En outre, les
turbulences ascendantes qui s'établissent en
été au-dessus des terres
surchauffées entraînent l'apparition
d'orages, qui apportent des précipitations
estivales. Au contraire, en hiver, les continents se
refroidissent intensément ; l'air qui les surmonte
se refroidit aussi ; il devient plus dense et plus stable
; ainsi, de hautes pressions s'établissent,
capables de contrer les vents d'ouest et d'envoyer des
vents d'est glacés vers les côtes maritimes
occidentales.
La zone des vents d'ouest est fragmentée, le
long des parallèles, en une succession de cellules
de basses pressions « cycloniques ». Les
courbes qui expriment la forme de ces immenses cuvettes
sont les isobares, équivalentes aux courbes de
niveau concentriques qui entourent un lac. On pourrait
penser que l'air va en droite ligne de l'anticyclone vers
le centre de la dépression mais, ainsi que nous
l'avons vu au paragraphe 124,
l'accélération de Coriolis détourne
les masses d'air vers leur droite dans
l'hémisphère nord, et la dépression
y sera ainsi entourée d'un grand tourbillon qui
tourne en sens inverse des aiguilles d'une montre.
Finalement, les vents sont presque parallèles aux
isobares et d'autant plus forts que celles-ci sont plus
serrées.
Le centre de la dépression est constitué
par la pointe d'un "coin" d'air chaud qui vient se
glisser dans les masses d'air arctique (ou antarctique).
Le contact entre ces masses d'air provoque des
phénomènes qui peuvent être
caractérisés sur une coupe verticale,
d'orientation ouest-est (fig. 13-7).
Le coin d'air chaud progresse vers l'est en
écrasant l'air froid sous sa masse. Au contact des
deux masses d'air (« front chaud »), la vapeur
d'eau incluse dans l'air chaud se condense en donnant une
série de nuages de plus en plus bas, qui se
transforment souvent en pluies. A l'ouest de la
perturbation, l'air froid dense situé à
l'arrière du coin d'air chaud soulève ce
dernier, et produit un "front froid" souvent ourlé
de cumulo-nimbus (la classification des nuages est assez
récente, puisqu'elle vient de J.-B. de LAMARCK et
elle reste encore imparfaite, mais il est utile de la
connaître pour distinguer les types de temps, qui
sont essentiels dans la bioclimatologie la plus
moderne).
Un observateur au sol, situé dans la zone des
vents d'ouest, voit ainsi se succéder trois masses
d'air, séparées par deux fronts :
- une masse d'air froid, souvent peuplée de
cumulus pendant la journée ; le gradient
réel de température entre le sol,
relativement chaud, et le haut de cette masse d'air
froid est plus fort que le gradient de détente
adiabatique (cf. § 123) ; en conséquence,
l'air est un peu instable ; le vent y est du secteur
sud-ouest ;
- le front chaud, accompagné de stratus de
plus en plus bas et souvent d'une pluie fine ; le
gradient de température devient plus faible que
le gradient de détente adiabatique, et l'air
devient stable ; il est porté par un vent
d'ouest ;
- la masse d'air chaud ;
- le front froid, généralement un peu
orageux (puisque le gradient de température y
est fort) et presque toujours porteur d'averses ; son
passage s'accompagne d'une "montée" du vent
vers le noroît ;
- une masse d'air froid, qui apporte souvent du ciel
bleu entre les cumulus, puis du beau temps.
En altitude, vers 12 km, près de la
discontinuité de la tropopause, dans la zone
où s'affrontent l'air polaire et l'air tropical
(CF. J. TRIPLET ET G. ROCHE, 1971) s'établit
périodiquement un courant-jet, qui peut atteindre
100 m/s, surtout en hiver.
136 LES ZONES POLAIRES
Au nord de la trajectoire des dépressions,
règnent les masses d'air polaire, qui
correspondent habituellement à un anticyclone. En
effet, l'air froid des pôles est dense et il
"descend" vers les latitudes plus basses. Au cours de ce
déplacement, la force de Coriolis le dévie
vers l'ouest aussi bien dans l'hémisphère
nord que dans l'hémisphère sud.
Cet air froid rencontre, au voisinage de 60° de
latitude, l'air tempéré tiède et il
en condense alors la vapeur d'eau. En conséquence,
le temps y est souvent brumeux, et les inversions de
température y sont fréquentes.
137 VUE D'ENSEMBLE : UNE CLASSIFICATION GENERALE
DES CLIMATS
La classification des climats à
l'échelle du monde commence à pouvoir
être reliée aux grands types de
végétation, en particulier si l'on ordonne
les climats en fonction de caractères importants
pour la vie des végétaux, en suivant, par
exemple, une synthèse déduite de celle de
L. EMBERGER (1945), qui hiérarchise les
caractères de la manière suivante :
- - le premier de ces caractères est
l'opposition entre les climats désertiques et
les climats non désertiques ;
- - le second est le type de photopériodisme
;
- - le troisième est l'amplitude des
variations thermiques saisonnières ;
- - le quatrième est la présence d'une
(ou deux) saisons sèches ;
- - le cinquième est la "forme" de climat,
c'est-à-dire le degré de
sécheresse (celle-ci peut être constante
au cours de l'année, ou concentrée en
une ou deux saisons sèches) ;
- - le sixième est la « variante »,
qui dépend des froids hivernaux.
La classification peut alors être
présentée sous une forme simple :
- 1 - Climats désertiques
(c'est-à-dire où les
précipitations ne surviennent pas tous les
ans)
- 11 - Climats désertiques
équatoriaux, où les jours et les nuits
sont égaux tout au long de l'année ; ils
sont localisés dans des plaines, à
l'exception de quelques montagnes du sud du
Pérou ; la température y est
élevée tout au long de
l'année.
- 12 - Climats désertiques tropicaux,
où le rythme photopériodique quotidien
est presque constant et les saisons thermiques peu
prononcées ; ils sont chauds toute
l'année (Chili, entre 25 degrés N et la
frontière septentrionale ; S-O de l'Afrique,
entre 18 degrés S et 30 degrés S ;
littoral de l'Érythrée ; Arabie
méridionale ; région d'Aden).
- 13 - Climats désertiques à saisons
thermiques prononcées et à
photopériodisme quotidien nettement
inégal.
- 131 - à hivers relativement chauds (Basse
Californie, Sahara). Les maxima mensuels de
température y atteignent 50 °C en Irak, 57
°C en Libye et en Californie. L'amplitude
thermique diurne peut y atteindre 50 °C.
- 132 - à hivers moyennement froids (Sahara
oriental ; Nord de la Californie)
- 133 - à hivers très froids
(Turkestan oriental).
- 2 - Climats non désertiques, où il
pleut tous les ans, au moins pendant certaines
saisons.
- 21 - Climats intertropicaux, à
photopériodisme uniquement quotidien.
- 211 - Climats isothermes : durée des jours
et durée des nuits presque égales.
- 211.1 - Pas de saison sèche (lorsque ces
climats sont secs, ils le sont par l'abaissement
général de la pluviosité) :
Ce sont les climats équatoriaux typiques. Il en
existe plusieurs formes, telles que :
- - le climat équatorial humide, où
les moyennes mensuelles varient seulement de 1 ou 2
degrés Celsius autour de la moyenne annuelle
(généralement voisine de 26°C) ;
les
- variations diurnes de la température
atteignent souvent 3 à 5°C ; les
précipitations peuvent atteindre 2.000 mm
à 4.000 mm.
- - le climat équatorial subhumide,
- - le climat équatorial semi-aride,
- - le climat équatorial aride,
- - le climat équatorial per-aride,
- - le climat équatorial de
haute-montagne.
211.2 Deux saisons sèches, l'une (celle qui
correspond, sur l'hémisphère nord, à
notre été) étant la moins
accusée, l'autre très nette,
coïncidant avec notre hiver. Ce sont les climats
subéquatoriaux (mêmes formes que ci- dessus,
sous 211.1).
212 - Climats à saisons thermiques
marquées ; durées des jours et des nuits
nettement, mais faiblement, inégales.
Pluviosité concentrée sur la période
correspondant à une période chaude : ce
sont les climats tropicaux.
Suivant l'intensité et la durée de la
saison sèche, on peut distinguer au moins cinq
formes : humide (où les précipitations
annuelles atteignent 12 mètres en Inde),
subhumide, semi-aride, aride, saharienne (très
aride) et une forme de haute montagne, ainsi que des
variantes (chaude et moins chaude) pour chacune
d'elles.
22 - Climats extratropicaux, à
photopériodisme quotidien et saisonnier ou
uniquement saisonnier, à saisons thermiques.
221 - Climats sans saison très froide (y
compris des climats relativement secs, où la
sécheresse est due à un abaissement
général de la pluviosité). Ces
climats sont souvent dits tempérés. Les
formes de ces climats ne sont pas encore connues, mais il
y a sûrement des formes homologues des climats
précédents (humide, subhumide, semi-aride,
aride, per-aride et haute montagne) avec des variantes
chaudes ou froides, suivant les températures
hivernales.
221.1 - Climats sans saison sèche
régulière (climats océaniques quand
la proximité de l'océan atténue les
contrastes thermiques)
221.2 - Climats à saison sèche
hivernale, où la pluviosité est
concentrée sur la saison chaude.
Ces climats sont souvent dits continentaux et
présentent les mêmes formes que les climats
océaniques. L'amplitude thermique annuelle atteint
67 °C en Sibérie.
221.3 - Climats à saison sèche estivale,
où la pluviosité est concentrée sur
les saisons froides.
Ce sont les climats méditerranéens.
Formes reconnues :
- - climat méditerranéen per-aride
(saharien),
- - climat méditerranéen aride,
- - climat méditerranéen
semi-aride,
- - climat méditerranéen
subhumide,
- - climat méditerranéen humide,
- - climat méditerranéen de haute
montagne.
Chacun de ces climats peut, à son tour,
être décomposé en plusieurs
variantes, suivant que la moyenne des minimums du mois le
plus froid est nettement supérieure à 0
degré, autour de 0 degré, ou nettement en-
dessous de 0 degré.
222 - Climat du soleil de minuit, à
photopériodisme plus ou moins bi-saisonnier ;
climats froids.
222.1 - Climats ayant encore une alternance
quotidienne des jours et des nuits, mais
photopériodisme déséquilibré
à très longs jours en été et
très longues nuits en hiver : ce sont les climats
subpolaires dont les formes ne sont pas définies),
mais il existe sûrement un climat sub-antarctique,
caractérisé par un régime thermique
quasi équatorial, de très faible amplitude,
même en hiver (Kerguélen, Shetland du Sud,
Orcades du Sud, et la Terre de Graham).
222.2 - Climats tendant vers 6 mois de nuit et 6 mois
de jour : ce sont les climats polaires. On y distingue
quelquefois, pour l'Antarctique :
- - un climat polaire continental,
- - un climat polaire glacial, où la
température peut descendre jusqu'à
- - 89 °C (à la base de Vostok), avec
des précipitations presque nulles (situation
anticyclonique permanente).
L'évolution des climats est examinée en
particulier dans le paragraphe 23.
14 LES PHENOMENES CLIMATIQUES REGIONAUX ET
LOCAUX
141 LES MOUSSONS
Le phénomène des moussons est en
opposition avec la circulation générale.
C'est pourquoi il doit être considéré
comme "régional", quoiqu'il s'étende sur
tout le sud du continent asiatique.
Il a été vu, dans les paragraphes 121 et
131, que la circulation méridienne globale est
régie par l'alternance des zones de basses et de
hautes pressions (figure 13-3) ; cette alternance est
nette au-dessus des océans, mais elle est
perturbée par les grandes masses continentales, et
en particulier par le continent asiatique, où la
Sibérie est extrêmement froide en hiver : la
masse d'air froid qui couvre en hiver la Sibérie
est plus dense que les masses d'air voisines (puisque
l'air froid est plus "lourd" que l'air chaud). En
conséquence, la pression atmosphérique est
plus forte au-dessus de la Sibérie et elle
atteint, en moyenne, 1.035 mb (et elle est montée
jusqu'à 1.083 mb le 31 décembre 1968), et
il apparaît un anticyclone de Sibérie qui
irradie des flux d'air sec (mousson d'hiver) vers le
sous-continent indien et l'Indonésie (fig. 14 -1).
Au contraire, en été, le continent
surchauffé constitue une dépression qui
fait appel d'air, et attire les masses d'air tiède
et humide qui stagnent au-dessus de l'Océan indien
(mousson d'été).
Le caractère original de ce
phénomène est le renversement brutal des
courants atmosphériques, qui s'effectue en
quelques jours, en particulier pour l'arrivée de
la mousson pluvieuse, accompagnée d'orages
désirés et
célébrés.
La mousson accompagne l'apparition d'El Nino : la
mousson d'été rafraîchit
habituellement la « piscine » d'eau chaude qui
stagne près de l'Indonésie ; quand ce
rafraîchissement est insuffisant, le courant chaud
qui va d'Indonésie vers le Chili s'intensifie et
apporte de la chaleur jusqu'à Noël, la
fête d'El Nino, l'Enfant-Jésus ; les bancs
d'anchois ne trouvent plus les eaux froides de la
remontée océanique (upwelling)
située au large du Chili ; des pluies
torrentielles arrivent sur les Andes et quelquefois sur
la Californie, avec leur cortège
d'épidémies ; inversement, la
sécheresse sévit sur l'Inde et
l'Indonésie ; les typhons sont plus
fréquents sur le Pacifique et les ouragans plus
rares sur l'Atlantique ; les courants-jets de haute
altitude sont déviés, etc.
Sur les autres continents, des
phénomènes saisonniers qui
présentent quelques analogies avec les moussons
sont aussi observés (M. LEROUX, 1974, 1975) : en
Afrique équatoriale (fig. 13-4), en Amazonie et au
nord de l'Australie, pendant la saison chaude, une
dépression continentale attire les masses d'air
humides venant des océans. Ce
phénomène ne s'accompagne pas d'une
inversion saisonnière de la direction du
déplacement des masses d'air, et il n'est qu'une
simple déviation des alizés à la fin
de leur parcours. Il est un peu abusif de le nommer
"mousson", parce que ce terme d'origine arabe ("mausim" =
saison) mérite de caractériser les
oppositions saisonnières radicales.
142 LA BRISE DE TERRE ET LA BRISE
DE MER
En moyenne, 88% de l'énergie envoyée par
le Soleil sur la mer est transformée en chaleur
latente d'évaporation. Plus
précisément, pour élever de un
degré la température d'un gramme d'eau, il
faut 1 calorie (mais il faut 600 calories,
c'est-à-dire 2.500 joules, pour le vaporiser,
alors qu'il en suffit de 80 pour faire fondre 1 g de
glace). En conséquence, la mer se réchauffe
moins vite que la terre, au cours de la journée,
et la terre cède une partie de sa chaleur à
l'air qui se dilate et monte, produisant un appel d'air.
Celui-ci se traduit au niveau du rivage par un vent
frais, la "brise de mer", qui s'établit au cours
des heures chaudes (fig. 14 -2a).
La nuit, au contraire, la terre se refroidit plus vite
que la mer parce qu'elle rayonne plus de chaleur vers les
espaces intersidéraux ; l'air situé
au-dessus de la terre se refroidit par contact ; il
devient plus dense, et alimente la "brise de terre" (fig.
14 -2b).
Dans la région des Grands Lacs du nord-est de
l'Amérique, lorsque des masses d'air froid
arctique (dont la température est comprise entre -
10°C et - 20°C) arrivent au-dessus des lacs,
elles se réchauffent, puis s'élèvent
et engendrent des nuages. La condensation de la vapeur
d'eau et sa solidification en neige donnent des calories
à l'air ambiant, qui se réchauffe et monte
encore plus, et ainsi de suite jusqu'à
épuisement de la vapeur d'eau contenue dans l'air.
Finalement, la région des Grands Lacs
reçoit nettement plus de neige que le
Labrador.
143 LES BRISES DE MONTAGNE
Des phénomènes analogues se produisent
dans les vallées, où les versant
exposés perpendiculairement aux rayons du Soleil
sont à l'origine d'ascendances qui appellent l'air
du fond de la vallée ; c'est la brise d'aval (sauf
au-dessus des glaciers où une couche d'air froid,
épaisse de quelques dizaines de mètres,
descend régulièrement, de jour comme de
nuit ; c'est le "vent du glacier"). La nuit, l'air froid
descend la vallée par gravité, donnant lieu
à la brise d'amont. A la fin de la nuit, l'air du
fond de la vallée est plus froid que celui qui le
surmonte ; il y a donc souvent une inversion de
température qui favorise la condensation des
brouillards, dans une atmosphère calme. Ensuite,
le Soleil chauffe le sol dans les vallées ce qui
entraîne un réchauffement de l'air des
vallées et une montée de cet air chaud vers
le haut.
Ces alternances sont à l'origine du dicton bien
souvent vérifié :
"Nuages sur les monts reste à la
maison,
nuages dans la vallée, va à ta
journée."
144 LE FOEHN
Quand une masse d'air monte pour franchir une
chaîne de montagnes, elle se refroidit ; la vapeur
d'eau s'y condense en donnant un niveau de nuages ou de
brouillards, souvent à partir de 800 m environ
(c'est l'"étage des brouillards",
généralement favorable au Hêtre).
Après avoir passé la crête, la
masse d'air sec descend sur l'autre versant, et se
réchauffe, devenant ainsi encore plus sèche
(fig. 14 -3). En effet, la pression de vapeur saturante,
Ps, est une fonction régulièrement
croissante de la température :
|
T en °C
|
Ps en mb
|
|
-20
-18
-16
-14
-12
-10
|