L'écologie étudie les relations
entre les communautés d'êtres vivants et
leur environnement physique. Autrement dit, elle essaie
de comprendre comment des molécules organiques de
grande taille s'assemblent pour constituer des organismes
capables de réagir et même de penser. C'est
une ambition vertigineuse, une synthèse
située à l'horizon de nos connaissances,
une tapisserie de Pénélope qu'il faut
remettre en chantier chaque matin.
Pour démêler l'écheveau du monde
des vivants, il faut en tirer un fil d'Ariane capable
d'ordonner l'ensemble de l'ouvrage. La succession des
chapitres repose donc sur une idée simple :
l'ensemble des phénomènes
écologiques est une chaîne de
transformations d'énergie couplées à
des transmissions d'information, qui s'est amorcée
dès l'aube des temps géologiques. Le
présent ouvrage n'est qu'un maillon de ces
innombrables transmissions d'information et il a besoin,
en retour, des critiques de ceux qui auront eu le courage
de le lire. Si je livre ce manuscrit aux aléas du
monde, c'est pour que ces critiques
espérées puissent naître et provoquer
les remaniements et les compléments les plus
nécessaires. De la discussion jaillit la
lumière...
Pour résumer l'esprit dans lequel j'ai
travaillé, je ne peux que vous dire, comme au
début de Lucien Leuwen :
"Lecteur bénévole,
" Écoutez le titre que vous donne. En
vérité, si vous n'étiez pas
bénévole et disposé à prendre
en bonne part les paroles que je vais vous
présenter, je ne vous conseillerais pas d'aller
plus avant. Ceci fut écrit en songeant à un
petit nombre de lecteurs que je connais et à
d'autres que je ne connais pas, ce dont bien me
fâche : j'eusse trouvé tant de plaisir
à passer les soirées avec eux !
" Dans l'espoir d'être entendu, je ne me suis
point astreint à garder les avenues contre une
critique de mauvaise humeur. Pour être
académique et disert, il fallait un talent qui
manque, et ensuite ajouter à ceci 150 pages de
périphrases...
"Adieu, ami lecteur ; songez à ne pas passer
votre vie à haïr ni à avoir peur."
LE RAYONNEMENT SOLAIRE ET SES ROLES MAJEURS EN
ECOLOGIE
Le rôle le plus évident du Soleil
vis-à-vis de la biosphère est de fournir de
l'énergie radiative, en surabondance, dans une
étroite gamme de longueur d'ondes. Après
avoir précisé la quantité et les
qualités de cette avalanche d'énergie, nous
verrons qu'elle apporte aussi l'information qui a
structuré toute la biosphère
11 LE RAYONNEMENT SOLAIRE
111 LA QUANTITE D'ENERGIE SOLAIRE QUI ATTEINT LA
TERRE
111.1 La constante solaire
Une surface exposée aux rayons du Soleil dans
la haute atmosphère reçoit environ 2
calories par minute et par centimètre
carré, c'est-à-dire, une quantité de
chaleur capable d'élever de deux degrés la
température d'un cm3) d'eau, soit :
- 2 . 4,185 joules par minute et par cm2
- 8,37 joules par minute et par cm2
- (0,14 watt par cm2) soit 1,4 kW par m2
- ou encore environ 1.000 kilocalories par cm2) et
par an.
Cette quantité est souvent nommée
"constante solaire". A titre de comparaison, le flux de
chaleur qui vient des profondeurs de la terre est de
0,005 calories par cm2) et par heure, soit moins de 0,004
pour cent de la constante solaire.
Considérons maintenant le globe terrestre : sa
face exposée au Soleil a une surface de
127.000.000 km2), et l'énergie qu'elle
reçoit en une seconde vaut :
- 127.000.000 . 1 000 . 1 000 . 1 000 . 1,4 kW
- soit 1,78 . 10 puissance 14 kW
- soit encore 1,78 . 10*14 kW
Ceci correspondrait à la combustion de soixante
dix millions de tonnes de pétrole en une seconde
(soit deux cent super-pétroliers explosant en une
seconde), ou à la dissipation, en une seconde, de
l'énergie d'une bombe atomique de puissance
moyenne (celle d'Hiroshima a libéré 1,4 .
10*14 joules).
111.2 L'origine des photons solaires
L'énergie nécessaire au fonctionnement
de tous les systèmes biologiques vient directement
ou indirectement du Soleil. Actuellement, le Soleil est
composé de 70 % d'hydrogène, 28 %
d'hélium et 2 % d'oxygène, de carbone, de
fer, etc. Sa température interne atteint 15
millions de degrés Celsius alors qu'elle est
voisine de 5.800 °C à sa surface. Elle
résulte d'un ensemble complexe de réactions
nucléaires (cycle de BETHE) où quatre
atomes d'hydrogène se transforment en un atome
d'hélium, en produisant 6,1 . 10*8 kilocalories
(ou 2,58 . 10*12 joules) par atome-gramme
d'hélium, et en perdant 0,7% de leur masse, soit
28,7 milligrammes.
Au total, l'énergie produite atteint 4 . 10*23
kW, et 564 millions de tonnes d'hydrogène seraient
brûlés chaque seconde. Cette quantité
n'est pas négligeable par rapport à la
masse totale du Soleil (2 . 10*27 tonnes) et le Soleil
évolue progressivement ; il est actuellement dans
une phase d'augmentation de sa production
d'énergie, et la température de la surface
de la Terre atteindra 500 degrés dans quelques
milliards d'années. En conséquence,
l'ensemble de phénomènes que nous appelons
"la vie" a accompli plus des trois cinquièmes de
son existence, et notre mode de vie est transitoire, et
presque éphémère ...
111.3 Les variations locales de l'énergie
reçue
Les deux calories par cm2 que nous recevons du Soleil
sont un maximum qui serait atteint seulement pour les
points du globe où les rayons arrivent
perpendiculairement au sol. Pour tous les autres points,
il faut multiplier ce chiffre par le cosinus de la
latitude, ce qui entraîne, en moyenne, une
réduction de moitié. Il faut tenir compte
aussi de la nébulosité, de la diffusion du
rayonnement, etc. Finalement, les variations à la
surface du globe terrestre de la quantité
d'énergie reçue au sol en une année
sont indiquées sur la figure 11-2. Les variations
de l'énergie reçue au cours d'une
année, à l'observatoire de Paris, sont
indiquées sur la figure 11-3.
Au total, la Terre reçoit en une année
une énergie égale à :
- 1,78 . 10*14 kW . 86 400 sec/jour . 365
jours)
- = 1,78 . 3,15 . 10*21 kJ)
- = 5,6 . 10*21 kJ )
- = 5,6 . 4,18 . 10*21 kcal)
- = 1,4 . 10*24 cal)
- = 1,4 . 10*14 tonnes
d'équivalents-pétrole (tep)
- = 1,4 . 100.000.000.000.000 de tonnes de
pétrole
A titre indicatif, le total de l'énergie
absorbée par la photosynthèse sur
l'ensemble du globe terrestre est inférieur au
centième de cette quantité. En ce qui nous
concerne plus directement, la ration alimentaire d'un
homme doit comprendre au moins 2 500 calories par jour ;
en conséquence, l'humanité consomme 4 .
10*9 . 2 500 cal/jour . 365 jours = 3,65 . 10*15 calories
par an, c'est-à-dire un milliardième de
l'énergie reçue. Cette cascade de
transformations à très faible rendement
n'est pas due au hasard, et la trame de cet ouvrage est
de chercher pourquoi ce gaspillage apparent se
produit.
Lorsque les nuages de poussières volcaniques
obscurcissent le ciel, le système
énergétique de la biosphère n'est
plus alimenté, la végétation
dépérit et de nombreuses espèces
disparaissent. La dernière éruption grave
est celle du volcan indonésien Tambora qui a
explosé en 1816, en passant de 4.300 m de haut
à 1.800 m, et en émettant un nuage de
poussières qui a refroidi même le nord de
l'Amérique : cette année-là, il a
neigé en juin et gelé en août
à la latitude de Naples. Un "super volcan"enfoui
sous des sédiments, le mont Toba
(Indonésie) a explosé il y a 72.000 ans :
le nuage aurait occulté plus de 90 % de la
lumière solaire pendant 6 ans en faisant
localement chuter la température de 15 °C.
Les anthropologues pensent qu'une des conséquences
de cette catastrophe a été une diminution
de la population des Homo sapiens dont le nombre aurait
été réduit à quelques
dizaines de milliers de personnes. En Papouasie, en
Nouvelle Zélande, dans le parc national de
Yellowstone (Wyoming), d'autres géants endormis
risquent d'éternuer dramatiquement.
Le Soleil envoie son rayonnement dans toutes les
directions, et la Terre en capte seulement un dix
milliardième. A l'échelle du
millénaire, l'énergie reçue par la
Terre n'est pas constante, parce qu'elle varie en raison
de phénomènes astronomiques
étudiés par Mutin Milankovic :
l'excentricité de l'orbite de la Terre autour du
Soleil varie selon un cycle de 100.000 ans, l'inclinaison
de l'axe des pôles par rapport au plan de l'orbite
terrestre (nommé écliptique) varie selon un
cycle de 41.000 ans, et la position des solstices et des
équinoxes sur cet orbite fait un tour complet en
21.000 ans (c'est la précession des
équinoxes). Ces variations sont vraisemblablement
à l'origine des glaciations du Quaternaire (fig.
11-1 et § 242, 423 et 842).
112 LA QUALITE DE L'ENERGIE RADIATIVE : SA LONGUEUR
D'ONDE
Pour des raisons qui seront examinées à
la fin de ce chapitre, il est important de prendre en
compte la "qualité" de l'énergie qui nous
est donnée par le Soleil : c'est un rayonnement
électro-magnétique, qui comprend toute une
gamme de longueurs d'onde, selon les lois de STEFAN et de
WIEN (voir l'annexe 1 de ce chapitre). La longueur d'onde
où la puissance est maximale est voisine de 0,5
microns ; la quasi-totalité de l'énergie
émise par le Soleil est située dans le
domaine 0,25 microns à 5 microns, et la plus
grande partie de cette énergie est comprise entre
0,4 microns et 0,8 microns (= 400 nm à 800 nm)1
(cf. fig. 11-4).
La fraction de courte longueur d'onde du rayonnement
solaire est diffusée par les molécules
d'air selon la loi de RAYLEIGH, proportionnellement
à l'inverse de la quatrième puissance de la
longueur d'onde du rayonnement :
D = k . 1 / L*4
En conséquence, il n'arrive au sol qu'une
fraction de la totalité du rayonnement :
ultra-violet visible infra-rouge
en microns : 0,22 0,26 0,30 0,35 0,37 0,40
0,45 0,55 0,75 0,95
% transmis : 1% 10% 30% 50% 60% 70% 80% 90% 97%
99%
De plus, les gaz de l'air absorbent environ 10% de
l'énergie incidente dans certaines bandes
étroites du spectre solaire ; finalement, le
spectre du rayonnement "visible" disponible au niveau du
sol par ciel clair est indiqué sur la figure 11-4.
La position de ce domaine par rapport à l'ensemble
des ondes électromagnétiques est
indiqué sur la figure 11-5.
Pour ce qui concerne le plus directement les hommes et
les femmes, le rayonnement ultra-violet qui traverse
l'épiderme des humains régule la production
de la vitamine D3 qui, à son tour, active
l'hormone de croissance anti-rachitique. Inversement, les
UV-A (320 nm à 400 nm) et les UV-B (280 nm
à 320 nm) attaquent l'ADN des cellules de la peau
et provoquent des cancers ; ils réduisent aussi la
stabilité du génome de certaines plantes
(G. RIES et al., 2000)
A titre de curiosité, les UV-A et les UV-B ne
jouent pas le même rôle pour le bronzage des
vacanciers et pour les coups de soleil.
Enfin, une infime part du rayonnement est
constituée de protons, qui ont peut-être une
influence sur les capacités d'absorption de
l'atmosphère, et sur la teneur en ozone de la
stratosphère (§ 122, 212, 214 et 843).
113 LA GAMME DU RAYONNEMENT « VISIBLE »
L'étroitesse de la gamme des radiations qui
arrivent au sol permet de quitter un instant la physique
et l'astronomie, pour faire une première incursion
dans le domaine biologique : la figure 11-4 montre que la
gamme des rayonnements que nous recevons du Soleil est
nommée « rayonnement visible ; ce n'est pas
une coïncidence heureuse produite par un hasard
bienveillant ; au contraire, elle s'explique parce que
l'il s'est développé, au cours de
l'évolution, de manière à utiliser
"au mieux" les possibilités de perception offertes
par la gamme des radiations qui arrivent en grande
quantité jusqu'au sol.
Déjà, certains êtres
unicellulaires sont sensibles précisément
aux longueurs d'onde de la lumière du Soleil et
possèdent un "phototropisme"
général, positif ou négatif qui les
conduit vers territoires favorables : les Algues
flagellées Chlamydomonas pour se rapprocher de la
lumière, ou pour se mettre à l'abri. Le
préliminaire de l'il apparaît chez les
Amibes hétérotrophes qu'il aide à
capturer leurs proies : quand un corpuscule passe devant
leur tache oculaire sensible au rayonnement solaire, il
fait de l'ombre et l'Amibe développe alors ses
tentacules pour le capturer. Cet avantage s'est
développé en milieu aquatique au point que
le diamètre des yeux des Calmars Architeuthis dux
atteint 30 cm.
A ce sujet, une remarque complémentaire
s'impose : les caractères qui permettent de
séparer les animaux des végétaux
sont rarement absolus, puisqu'il existe des
végétaux hétérotrophes, des
animaux fixés, des plantes carnivores (les
Drosera, les Nepentes, etc. § 623), des plantes
hétérotrophes qui consomment la sève
produite par d'autres plantes, etc. Parmi ces
caractères distinctifs, la présence de
l'il est l'un des seuls qui soit strictement propre
aux animaux. Finalement, un raccourci audacieux
conduirait à dire que les yeux des animaux sont
issus de la prédation.
Une autre utilisation du rayonnement solaire par des
animaux est plus inattendue : les Dinoflagellés
Pyrocystis lunula et Pyrocystis noctiluca produisent de
la lumière à 480 nanomètres avec
leur protéine nommée luciférine
(analogue à celle des Vers luisants) lorsque l'eau
est agitée par des Crevettes qui viennent s'en
nourrir ; cette lumière leur rend service parce
qu'elle attire les prédateurs des Crevettes !
Ce type de remarque, où l'évolution est
présentée sous une forme très
finaliste, ne doit pas être considéré
comme une explication causale (qui serait très
entachée d'anthropomorphisme) mais comme un
raccourci imagé, commode pour se faire
comprendre.
114 L'ALTERNANCE DES JOURS ET DES NUITS
L'alternance des jours et des nuits (rythme
"circadien") règle certaines phases du
développement des plantes qui, par exemple, ont
besoin de jours longs pour fleurir. Cette
régulation passe souvent par
l'intermédiaire des phytochromes. Le phytochrome
sensible à l'infra-rouge lointain de longueur
d'onde égale à 730 nanomètres induit
la floraison ; au contraire, le phytochrome sensible au
rouge clair (660 nanomètres) inhibe la
floraison.
Au printemps, l'allongement des jours transforme le
phytochrome 660 en phytochrome 730, et permet à la
floraison de se déclencher à la
période favorable. Exposer la plante pendant
quelques secondes à un rayon laser de 660 nm
produit le même effet ; inversement, un laser de
730 nm inhibe la floraison. Ceci peut rendre service aux
horticulteurs, aussi bien pour empêcher les salades
de monter à graine que pour déclencher la
floraison des oeillets à la date optimale.
12 LA CIRCULATION ATMOSPHERIQUE
Au total, l'énergie donnée par le
Soleil, qui est la "source chaude" alimentant la
biosphère (cf. annexe 1-1) repart en
totalité vers les espaces intersidéraux
après avoir animé les mouvements de
l'atmosphère et tout le système de la
biosphère.
121 LE BILAN ENERGETIQUE GLOBAL DE LA TERRE ET DE
L'ATMOSPHERE
A l'échelle de quelques années, la Terre
conserve une température moyenne stable, et elle
n'accumule pas d'énergie thermique. Un
équilibre entre les "arrivées" et les
"sorties" d'énergie est donc établi, et la
totalité de l'énergie solaire reçue
par la Terre est renvoyée vers les espaces
intersidéraux.
Les bilans sont loin d'être parfaitement
analysés, mais des ordres de grandeur peuvent
être déduits des chiffres plus ou moins
concordants de plusieurs auteurs (M. BUDYKO, 1974 ; J.
TRIPLET et G. ROCHE, 1971). L'ensemble est
présenté sur la figure 12-1, qu'il est
utile de commenter pour bien saisir les voies de transit
de l'énergie ré-émise par la Terre
:
- 30% de l'énergie solaire incidente sont
directement renvoyés vers les espaces
intersidéraux, sous forme de rayonnement de courte
longueur d'onde réfléchi par les nuages
(17%), l'atmosphère (3%) et le sol ou la
végétation (10%) ; en d'autres termes,
l'albedo (§ 31 et Annexe 1-1) moyenne de la Terre et
de son atmosphère est égale à 0,3
;
- - 17% sont absorbés par la vapeur d'eau et
les poussières de l'atmosphère ; la
majeure part de ces 17% est temporairement
utilisée pour évaporer l'eau des nuages,
puis remise en liberté dans l'atmosphère
lorsque la vapeur d'eau (transparente) incluse dans
l'atmosphère se condense pour donner de
nouveaux nuages ;
- - les 53% qui arrivent au sol sont totalement
ré-exportés, plus ou moins directement
:
- = 6 % sont émis par le sol et la
végétation sous la forme de radiations
de grande longueur d'onde et vont directement vers le
espaces intersidéraux ;
- = 12 % sont aussi émis par le sol et la
végétation, mais sont absorbés
par l'atmosphère ;
- = 35 % sont transmis par convection et par
conduction à l'atmosphère (6%
réchauffent l'atmosphère, sous la forme
de chaleur sensible et 29% évaporent de
l'eau).
Les 64 % qui sont temporairement
hébergés dans l'atmosphère viennent
de trois sources :
- - 17 % viennent directement du rayonnement solaire
;
- - 12 % viennent du rayonnement émis par le
sol et la végétation ;
- - 35 % ont été transmis par le sol
et la végétation).
Ils sont ensuite envoyés eux aussi vers les
espaces intersidéraux sous la forme de rayonnement
de courte longueur d'onde.
Un autre aspect du bilan est que l'émission
totale en grande longueur d'onde vaut 70% du rayonnement
solaire reçu, qui se décomposent ainsi
:
- - 6% sont émis directement par la Terre (y
compris par la végétation) ;
- - 17% ont été absorbés lors
de l'arrivée du rayonnement solaire dans
l'atmosphère, et sont ré-émis par
l'atmosphère, les poussières et les
nuages ;
- - 12% ont été émis par la
Terre, absorbés par l'atmosphère, les
poussières et les nuages, et sont
ré-émis vers les espaces
intersidéraux ;
- - 35% ont été transmis de la Terre
à l'atmosphère, puis
ré-émis par celle-ci.
Ce bilan équilibré est valable pour
l'ensemble du globe, mais il est nettement positif pour
les latitudes tropicales, et nettement négatif
pour les zones polaires. Il faut donc qu'un
système de compensation s'établisse,
grâce aux courants océaniques et à la
circulation atmosphérique. Les courants
océaniques sont lents, et ils ne
transfèrent vers les pôles que 10 % de
l'énergie excédentaire. L'air se
déplace beaucoup plus vite, et un double courant
s'établit : en haute altitude, de l'air chaud et
humide va vers les pôles, alors que, à basse
altitude, de l'air froid et sec va vers
l'équateur.
Les océans absorbent mille fois plus de
calories que les continents, en particulier parce que la
chaleur latente d'évaporation de l'eau (voir
Annexe 1-3) est beaucoup plus élevée que la
chaleur spécifique de la terre. De fait,
l'évaporation d'un litre d'eau absorbe 539.000
calories, alors que le réchauffement de 1°C
d'un kilogramme de terre absorbe environ 2.000 calories.
En conséquence, c'est surtout l'évaporation
de l'eau des mers équatoriales (et la condensation
de cette eau dans les zones tempérées et
froides sous forme de pluie) qui assure
l'équilibre thermique de l'ensemble. Cette
circulation atmosphérique "méridienne",
modulée par la force de Coriolis, sera
étudiée dans le paragraphe 13, après
avoir examiné les mouvements verticaux de
l'atmosphère.
122 LES PROFILS VERTICAUX DE TEMPERATURE DANS LA
HAUTE ATMOSPHERE
Si l'atmosphère était transparente pour
le rayonnement infra-rouge émis par le sol et la
végétation (§ 312), la
température « radiative »
d'équilibre de la Terre serait de - 18°C (G.
ISRAEL, 1985). C'est l'effet de serre qui porte la
température observée à +14°C,
soit 32°C de plus que la température
"radiative". L'altitude où sont atteints les -
18°C qui correspondent à l'équilibre
est voisine de 2.000 m. Nous verrons dans le paragraphe
842 que l'augmentation de la teneur en CO2 de
l'atmosphère augmente l'effet de serre alors que
les poussières émises par les volcans le
diminuent.
Les transformations de l'énergie au sein de
l'atmosphère sont très complexes. Leur
résultat est que le refroidissement
régulier de l'air en altitude, qui nous
paraît une évidence, a lieu seulement dans
la basse atmosphère (nommée la
troposphère, parce qu'elle est le siège de
mouvements divers...). Au-delà, trois gradients
alternés se succèdent (fig. 12-2 et
Atlas).
Au-dessus de la troposphère se trouve la
tropopause ; elle est située à 8 km
d'altitude, dans les régions polaires, avec une
température de - 50 degrés C, et, dans la
zone équatoriale, à 17 km, avec une
température de - 80 degrés C.
Ensuite, la température croît à
nouveau régulièrement, au sein de la
stratosphère (10 km à 50 km) où se
trouve la couche d' ozone qui absorbe le rayonnement
situé juste au-delà du violet, entre 0,18
et 0,3 microns, qui tuerait les êtres vivants
actuels (§ 214 et 843). Cette couche est très
ténue, et son épaisseur serait de 3 mm si
elle était comprimée à la pression
qui règne au niveau du sol. Au dessus de la
stratosphère se trouve la stratopause, où
la température est voisine de 0 à 10
degrés C. Au-delà, dans la
mésosphère, elle décroît
à nouveau jusqu'à 85 km (mésopause),
puis croît à nouveau dans la
thermosphère, qui va jusqu'à 500 km.
La couche située entre 80 km et 150 km est
aussi nommée ionosphère par ce qu'elle
contient les ceintures ionisées qui
réfléchissent les ondes radio de courte
longueur d'onde (qui sont la cause des « orages
magnétiques ») et les aurores polaires
(nommées aurores boréales dans
l'hémisphère nord). Celles-ci ont pour
origine des flux d'électrons et de protons
éjectés par le Soleil à grande
vitesse (500 km/sec à 1.000 km/sec) qui sont
attirés par le champ magnétique des 2
pôles et provoquent la luminescence des ions de
l'ionosphère, sous la forme de draperies bleues et
vertes, avec des nuances jaunes et rouges.
L'azote et l'oxygène des hautes couches
absorbent le rayonnement X, qui pourrait nous être
néfaste.
A partir de 500 km d'altitude, les atomes et les ions
sont relativement éloignés les uns des
autres, et la température n'a de sens que dans la
physique de la cinétique des particules ; elle
atteint plus de 1.000°C vers 3.000 km, dans une
atmosphère composée surtout d'hélium
et d'hydrogène.
Ajoutons enfin que 99% de la masse de
l'atmosphère terrestre sont inclus dans la
troposphère et dans la stratosphère, qui
représentent une pellicule très mince,
d'épaisseur inférieure à 1% du rayon
de la Terre. C'est une des raisons qui justifient leur
intégration dans la biosphère.
123 LA STABILITE ET L'INSTABILITE DE L'AIR DANS LA
BASSE ATMOSPHERE
123.1 Explication générale
L'air chaud monte dans l'atmosphère, (bien
qu'il fasse plus froid en altitude) : il suffit de
regarder le bourgeonnement d'un cumulus (cf. §
123.2), ou les orbes du vol plané d'une Buse, pour
voir que des "ascendances" peuvent naître dans
l'air atmosphérique.
Dans quelles conditions apparaît cette
instabilité ? Pour le comprendre,
considérons un petit volume d'air, V1,
situé à l'altitude H1, en imaginant qu'il
est enfermé dans un ballonnet élastique
(fig. 12-3) ; il est en équilibre avec l'air qui
l'entoure si son poids est exactement égal
à la poussée d'Archimède qu'il
reçoit de la part de toutes les molécules
d'air qui l'entourent.
Les mouvements aléatoires de
l'atmosphère peuvent cependant conduire le
ballonnet à monter un peu, jusqu'à
l'altitude H2, par exemple ; en montant, il se dilate,
puisque la pression atmosphérique diminue quand
l'altitude augmente. En se dilatant, il se refroidit, par
un phénomène nommé "détente
adiabatique" ; ce refroidissement est l'inverse de
l'échauffement que produit une compression (cet
échauffement est sensible, par exemple, dans la
main qui tient une pompe de bicyclette, pendant que l'on
gonfle un pneu). La dilatation produit un
refroidissement, parce qu'elle est un travail, qui
consomme de l'énergie aux dépens de
l'agitation désordonnée des
molécules d'air du ballonnet ; ce
prélèvement d'énergie ralentit, en
moyenne, les molécules et ceci correspond
exactement à une diminution de la
température de l'air du ballonnet, puisque la
température est précisément le
résultat de cette agitation des molécules
du ballonnet. Dans l'air sec, le coefficient de
décroissance de la température est de
1°C par km d'altitude ; dans l'air humide, il est
compris entre 0,4°C et 1°C par km.
Comparons maintenant la température de l'air du
ballonnet et celle de l'air environnant situé
à l'altitude H2 : si l'air du ballonnet est devenu
plus froid que l'air qui l'entoure, il sera aussi plus
dense, et il redescendra ; l'atmosphère sera alors
"stable". Si, au contraire, malgré le
refroidissement dû à la détente,
l'air du ballonnet est plus chaud que l'air qui l'entoure
à l'altitude H2, il sera aussi plus léger
que cet air ambiant, et il montera encore plus ;
l'atmosphère sera alors "instable" ; en effet une
faible ascension aléatoire s'accentue alors
automatiquement, en une boucle de rétro-action
positive. L'instabilité s'installe ainsi, en
moyenne, quand la température de l'air
décroît de plus de 1°C par 100
mètres.
En résumé, si une petite ascension
"accidentelle" du ballonnet suffit pour entraîner
une ascension de plus grande ampleur, l'atmosphère
est instable. Cette instabilité se produit quand
le "gradient" réel de température de
l'atmosphère est plus intense que le "gradient de
détente adiabatique"de l'air. Les nuages qui se
produisent alors sont des "cumulus". C'est le cas, en
particulier, quand une masse d'air froid survole des
terres relativement chaudes. Nous verrons ainsi, dans le
paragraphe 135 (figure 13-5), que l'air qui arrive
à la suite d'un "front froid" produit des cumulus.
De même, par un matin de brouillard, quand la Terre
se réchauffe fortement l'influence du rayonnement
solaire, le gradient réel augmente, et le
brouillard "se lève".
Le raisonnement qui vient d'être fait ne
s'applique pas à une couche d'air tout
entière. En effet, si l'air monte en un endroit,
il doit redescendre ailleurs, et l'instabilité se
traduit par une combinaison de courants ascendants et de
courants descendants accolés. Quand un avion passe
d'une ascendance à un courant descendant, il est
brutalement rabattu vers le sol, donnant aux passagers
l'impression d'un "trou d'air".
123.2 Les nuages
C'est J.-B. de Monet, chevalier de Lamarck qui a
proposé, en 1776-1788, dans ses
"Phénomènes de l'atmosphère", la
classification des nuages que nous continuons à
utiliser, mais c'est L. Howard qui, plus tard, a repris
ses idées en y ajoutant les noms à
consonance latine tels que cumulus, stratus, nimbus,
cirrus.
Lorsque l'air instable monte et se refroidit, la
vapeur d'eau qu'il contient en arrive souvent à se
condenser en petites gouttelettes qui constituent un
cumulus. Ce phénomène se produit couramment
en climat tropical humide, où l'on voit des
"flottes de cumulus" apparaître au milieu de la
journée, quand le Soleil a réchauffé
la terre qui était couverte de rosée
matinale. Nos climats, des masses d'air stable peuvent
côtoyer des masses d'air instable, à
l'échelle de quelques kilomètres. Ainsi,
les marais et les sols humides de la Camargue se
réchauffent moins vite, au cours de la
journée, que les sols environnants ; les courants
ascendants sont alors moins forts au-dessus de la
Camargue, et il y a moins de condensations nuageuses
pendant la matinée. Ceci a été
régulièrement vérifié ces
dernières années, grâce aux
photographies prises régulièrement vers 11
heures du matin par le satellite Landsat.
L'importance essentielle de l'instabilité est
que les ascendances entraînent une condensation de
la vapeur d'eau contenue dans l'air, et provoquent la
formation de nuages verticaux. Ainsi, lorsque le Soleil a
chauffé toute la matinée un territoire
chargé d'humidité, plusieurs
phénomènes s'enchaînent :
- - le gradient de température augmente,
- - l'air devient instable,
- - les ascendances produisent ces nuages qui
bourgeonnent comme des choux-fleurs, et que l'on nomme
cumulus.
Si les ascendances s'amplifient, les cumulus
noircissent, se gonflent, et deviennent des
cumulo-nimbus, puis des nimbus, dont le sommet est en
forme d'enclume et qui sont chargés
d'éclairs, de grêle et d'orages.
Que se passe-t-il au sommet des cumulus ? L'eau qui
s'est condensée dans les colonnes ascendantes a
donné de la chaleur (à l'inverse de l'eau
qui "prend" de la chaleur pour s'évaporer) ; l'air
en a bénéficié, et le gradient de
température est devenu plus faible. En
conséquence, l'instabilité de l'air
diminue, les mouvements ascendants ralentissent et
s'arrêtent. L'air froid, qui a perdu son
humidité, redescend alors sur les flancs du nuage
et produit des courants descendants, qui donnent des
"trous d'air" (cf. fin du paragraphe 123.1).
En moyenne, les nuages contiennent 0,2 grammes d'eau
liquide par mètre cube, soit 200 tonnes pour un
nuage d'un kilomètre cube. Mais les nuages denses
en contiennent beaucoup plus. J.-P. CHALON (2002) donne
quelques exemples : un petit cumulo-nimbus, dont le
volume est voisin de 1 km3, contient 10.000 tonnes d'eau
sous forme de vapeur et 500 tonnes d'eau sous forme de
gouttelettes. Un gros cumulo-nimbus occupe 1 000 km3
(l'ordre de grandeur de ses dimensions est 10 km . 10 km
. 10 km) ; il peut contenir jusqu'à 1 milliard de
tonnes d'eau (soit le poids de 500.000 automobiles) dont
plusieurs millions de tonnes d'eau liquide et de glace,
et il peut déverser 4.000 tonnes de pluie par
seconde. Pourquoi cette masse considérable ne
tombe-t-elle pas immédiatement ? En partie parce
que des courants ascendants l'entraîne vers le
Soleil, mais surtout parce que l'air humide est moins
dense que l'air sec !
123.3 Les gradients atmosphériques
Pour suivre ces ascendances, les
météorologues envoient dans
l'atmosphère des ballons-sondes munis de
thermomètres, afin de déterminer le profil
des températures réelles. Ils y ajoutent
des hygromètres parce que le raisonnement
précédent doit être
complété par des calculs plus complexes
pour tenir compte du refroidissement dû à la
condensation de la vapeur d'eau.
Ces mesures ont permis de calculer des gradients
moyens (pour lesquels l'air est stable) : la
décroissance moyenne de la température de
l'air dans la troposphère varie entre - 5°C
et - 6,5°C pour 1.000 m, et la décroissance
de la pression est logarithmique. Au niveau de la mer, on
perd 1 mb en montant de 8,4 m ; à 3 km, la
décroissance est de 1 mb pour 11,3 m, et, à
5,5 km, la décroissance est de 1 mb pour 14,8
m.
Le résultat est résumé dans le
tableau ci-dessous :
|
Alt
(km)
|
0
|
1
|
2
|
3
|
4
|
5
|
6
|
7
|
8
|
9
|
|
Pression
(mb
|
1013
|
795
|
701
|
616
|
540
|
472
|
411
|
356
|
307
|
899
|
|
Temp.
(¬°C)
|
15
|
8,5
|
2
|
-4,5
|
-11
|
-17
|
-24
|
-30
|
-37
|
43,5
|
En montagne, la situation est souvent complexe. Par
exemple, entre Briançon (1.324 m) et une station
située à 2.030 m au col du Lautaret (J.
RONCHAIL, 1980), le gradient moyen mensuel a varié
de 0°C à - 14,7°C au cours des 11
premiers mois de l'année 1978. Ce gradient est
plus faible la nuit que le jour, puisque la moyenne
mensuelle du gradient des températures minimales,
atteintes à la fin de la nuit, est, au cours de
cette période, de - 2,4°C, alors que la
moyenne mensuelle du gradient des températures
maximales y est de - 10,1°C. Cette faiblesse du
gradient des minimums résulte de la descente de
l'air froid (plus dense) dans les vallées, au
cours de la nuit, surtout quand la région est dans
une situation anticyclonique (cf. § 124 et §
15) ; il fait alors presque aussi froid dans les
vallées que sur la montagne. Au contraire, dans la
journée, l'énergie radiative venant du
Soleil s'accumule mieux dans la vallée que sur le
haut des versants balayés par le vent ; les
vallées sont plus chaudes et les sommets plus
froids, et le gradient s'accentue.
Le gradient thermique varie aussi au fil des saisons
:
|
|
avril 1978
|
nov. 78
|
|
moyenne du gradient des
minimums
|
4,5
|
0
|
|
moyenne du gradient des
maximums
|
14,7
|
7,8
|
Cette variation saisonnière vient de ce que,
dans cette région, l'amplitude des variations
diurnes est proportionnelle à la quantité
de rayonnement reçu ; en effet, l'amplitude diurne
est grande en été, parce que le Soleil
chauffe fortement la terre au cours de la journée,
et que le ciel est souvent dégagé de nuages
au cours de la nuit, où la terre se refroidit en
envoyant un important rayonnement infrarouge (5 à
20 microns) vers les espaces intersidéraux. Au
contraire, en hiver, le Soleil reste bas, et le ciel est
souvent couvert ; les gradients sont moins intenses.
Le gradient de température peut atteindre
jusqu'à - 4°C par 100 m quand la terre est
très chaude. A l'opposé il peut être
inversé au voisinage du sol quand celui-ci est
plus froid que l'atmosphère. Ceci se produit en
particulier quand la terre se refroidit en fin
d'après-midi. L'atmosphère est alors
très stable, au point que les fumées
urbaines et les émissions de gaz industriels (SO2
et SO3 en particulier) restent au-dessus des villes.
Cette situation est si nocive que l'activité
industrielle doit alors être stoppée pendant
quelques heures dans certaines villes industrielles
telles que Toronto.
Pendant les nuits claires, la Terre se refroidit
beaucoup, et l'eau contenue dans l'air se condense en
donnant de la rosée, et quelquefois du brouillard,
surtout dans les dépressions où l'air froid
descend et s'accumule.
124 LES MOUVEMENTS HORIZONTAUX DE LA BASSE
ATMOSPHERE
Regardons maintenant une fraction de
l'atmosphère couvrant quelques millions de
kilomètres carrés. La pression n'y est pas
uniforme, et l'air va spontanément des hautes
pressions (anticyclones) vers les basses pressions (ou
dépressions), mais il n'y va pas en ligne droite,
parce que la rotation de la terre (30 km par seconde,
soit 1.670 km/h, à l'Équateur)
déplace à chaque instant le "but
visé". Ceci se comprend aisément dans le
cas d'une masse d'air partant du Sahara pour aller vers
le Gabon : pendant que l'air se déplace vers le
sud, il arrive sur des zones où la Terre tourne
vers l'est avec une vitesse plus grande que dans la zone
d'où il est parti. La dépression n'arrive
pas au Gabon, puisque ce pays a déjà
défilé vers l'est pendant que la masse
d'air commençait à se déplacer
(figure 12-4). Finalement, la masse d'air arrivera
à droite de la dépression gabonaise,
s'enroulant en quelque sorte autour d'elle. Dans
l'hémisphère nord, la masse d'air est ainsi
"déviée" vers la droite ; dans
l'hémisphère sud, tout s'inverse, et la
masse d'air est déviée vers sa gauche.
Plus généralement, quand un mobile M, de
coordonnées géographiques X et Y, se
déplace avec une vitesse Vr à la surface de
la Terre, sa vitesse absolue, Va (par rapport à un
système de coordonnées indépendant
de la position de la Terre) est bien la somme
géométrique de sa vitesse relative par
rapport à la surface de la Terre, Vr, et de la
vitesse propre de la Terre, nommée vitesse
d'entraînement, Ve.
Vr, la vitesse relative, à pour
composantes
Vx = dX/dt
et Vy = dY/dt
Ve, la vitesse d'entraînement, se
décompose en une translation OO' et une rotation
w.
La vitesse absolue du mobile, Va, est sa vitesse par
rapport à un système d'axes de
coordonnées sidérales indépendant de
la position de la terre ; si les coordonnées du
mobile par rapport à ce système
sidéral sont X, Y, Z, la vitesse absolue a pour
composantes dX/dt, dY/dt, dZ/dt, dérivées
de X,Y, et Z par rapport au temps.
L'accélération absolue de M par rapport
à ce système est :
Ga = dVa/dt
Les composantes de Ga sont d2X/dt2, d2Y/dt2, d2Z/dt2,
et l'on démontre en quelques lignes que Ga n'est
pas égal à la somme de
l'accélération relative et de
l'accélération d'entraînement, parce
qu'il faut leur ajouter une accélération
complémentaire, dite accélération de
Coriolis, liée à la rotation de la vitesse
d'entraînement. Or la Terre tourne sur
elle-même en 24 heures, ce qui correspond à
463 m/seconde à l'Equateur, soit 1.670 km/h.1
Cette accélération existe même si
l'accélération d'entraînement et
l'accélération relative sont nulles. Il y
correspond une force, dite force de Coriolis, qui se
manifeste dès qu'un mobile se déplace
à la surface de la Terre. Cette force est
perpendiculaire à l'axe des pôles et
perpendiculaire au vecteur qui représente la
vitesse relative du mobile. Sa composante horizontale est
du même ordre de grandeur que la force horizontale
qui pousse l'air des anticyclones vers les
dépressions, et elle est perpendiculaire à
la direction du mouvement (Vr), vers la droite dans
l'hémisphère nord, vers la gauche dans
l'hémisphère sud. Il y aura
équilibre "dynamique" si la vitesse de la masse
d'air est telle que la force de Coriolis équilibre
exactement la résultante des forces horizontales.
Cet équilibre sera atteint si la vitesse relative
Vr du mobile est perpendiculaire à la composante
horizontale des forces de pression.
Finalement, les vents sont orientés presque
parallèlement aux isobares (fig. 12-3) et non pas
selon la direction qui va du centre des anticyclones vers
le centre des dépressions.
13 LES PRINCIPAUX CLIMATS DU MONDE
Le Soleil tient plusieurs rôles dans le jeu des
phénomènes biologiques et PLATON
écrivait déjà, cinq siècles
avant notre ère : "c'est le Soleil qui fait les
saisons et les années, qui gouverne tout dans le
monde visible et qui, d'une certaine manière, est
la cause de tout ce qu'il voit." (République, VII,
516 b).
L'ensemble de l'atmosphère et de la surface des
continents et des océans est une gigantesque
machine thermique où l'air est brassé par
les vents et où l'eau ne cesse de passer de la
phase liquide à la phase gazeuse (cf. § 41),
et inversement. Ces phénomènes s'ordonnent
à la surface du globe en fonction de la latitude,
selon de grandes ceintures, nommées "zones" par le
mathématicien grec Thalès (mort vers av.
J-C.). Un « Abrégé de
géographie » de 1716, qui se
réfère aux cartes publiées par
l'Académie des sciences, commence aussi sa
description du monde par l'étude des « zones
» climatiques.
Pour en comprendre la succession, le plus simple est
de partir de la zone équatoriale où le
climat résulte directement de l'action du
Soleil.
131 LA ZONE EQUATORIALE
La figure 13-1 permet de voir que la durée des
jours et des nuits varie au cours des saisons : par
exemple, le 21 décembre, la partie ombrée
de la ligne qui représente le tropique du Cancer
est plus longue que la partie éclairée de
cette ligne. Cependant, à l'Équateur, les
jours et les nuits sont toujours égaux, et le
Soleil est exactement au zénith à midi le
20 mars et le 23 septembre ; au solstice
d'été, sa trajectoire reste tout
entière dans la partie septentrionale du ciel, et,
à midi, il monte seulement jusqu'à
66°33' de hauteur au-dessus de l'horizon (et
23°27' d'écart du zénith) ; au
contraire, au solstice d'hiver, le Soleil reste dans la
partie méridionale du ciel, et atteint aussi
66°33' de hauteur.
En résumé, pour les personnes qui vivent
à l'équateur, sa trajectoire paraît
se balancer, de chaque côté du
zénith, un peu au nord pendant notre
été, un peu au sud pendant notre hiver. Ces
oscillations ne sont pas suffisantes pour entraîner
des variations importantes de la température au
cours des saisons, et les moyennes mensuelles varient
seulement de 1 ou 2 degrés Celsius autour de la
moyenne annuelle (généralement voisine de
26°C).
La zone équatoriale reçoit beaucoup
d'énergie solaire, puisqu'elle est presque
perpendiculaire aux rayons du Soleil. Cette
énergie radiative se transforme surtout en
"chaleur latente de vaporisation" de l'eau disponible.
Très souvent, la chaleur reçue pendant le
jour produit suffisamment de nuages pour qu'un orage se
déclenche en fin d'après-midi, et que la
nuit soit humide ou même brumeuse, Finalement, les
variations diurnes de la température atteignent
souvent 3 à 5°C, et cette "amplitude diurne"
est plus grande que l'amplitude saisonnière (qui
est la différence entre la moyenne des
températures du mois le plus chaud et la moyenne
des températures du mois le plus froid).
La zone équatoriale est assez fortement
arrosée, mais les deux saisons où le Soleil
passe au zénith sont les plus pluvieuses. Au
contraire, les deux solstices correspondent à de
petites saisons sèches.
Puisque l'air est fortement chauffé dans la
zone équatoriale, il y monte, comme dans une
cheminée, et l'équateur correspond à
une ceinture de basses pressions, vers laquelle
convergent des vents réguliers, les alizés.
Ceux-ci amorcent leur trajectoire selon une direction
nord-sud dans l'hémisphère nord (et
sud-nord dans l'hémisphère sud), mais nous
avons vu au paragraphe 124 que
l'accélération de Coriolis (qui naît
dès qu'un mobile se déplace à la
surface de la sphère terrestre) les dévie
vers la droite dans l'hémisphère nord, et
vers la gauche dans l'hémisphère sud. Le
schéma final est présenté sur la
figure 13-2.
La zone de convergence inter-tropicale est
occupée par de l'air humide et souvent instable,
qui produit de puissants cumulo-nimbus montant
jusqu'à 15.000 m ; pendant les périodes de
stabilité, des voiles d'alto-stratus et de
cirro-stratus en plusieurs nappes s'établissent
fréquemment.
La "cheminée équatoriale" est
quelquefois nommée ZIC (zone intertropicale de
convergence).
En fait, c'est seulement sur les océans que le
système fonctionne aussi simplement. Sur les
continents, et en particulier sur le Sahara
(d'après M. LEROUX, 1976), il s'établit
plutôt un "front inter-tropical" (F.I.T.) parce que
l'air se réchauffe au contact du sol
surchauffé et devient moins dense. Une
dépression d'une dizaine de millibars s'installe
alors entre 25 et 30 degrés de latitude, et la
coupe verticale devient un peu plus compliquée.
Les pluies issues de ce froid sont plus orageuses, et il
s'établit souvent une ligne de "grains" (fig.
13-3) sur la frange méridionale des alizés
(renforcés par des injections d'air polaire),
entre le lac Tchad et la boucle du Niger.
Les alizés entraînent les eaux
superficielles des océans en créant des
courants marins dirigés vers l'ouest aux latitudes
proches des deux Tropiques (fig. 13-6). L'air se charge
alors de vapeur d'eau, et les alizés apportent
ainsi de l'air tiède et humide sur les parties
orientales des continents, en particulier sur l'Amazonie,
sur les Caraïbes, sur le nord-est de l'Australie et
sur le sud de la Chine.
132 LES ZONES TROPICALES
Éloignons-nous de l'équateur, vers le
nord par exemple. La saison sèche d'hiver,
correspondant à la saison où le Soleil est
au-dessus de l'hémisphère sud, sera de plus
en plus marquée, et, au contraire, la saison
sèche d'été sera très courte,
puisque les deux passages du Soleil au zénith, qui
encadrent le solstice d'été, seront
très rapprochés. On va ainsi
progressivement du régime équatorial,
à deux saisons sèches égales, vers
les régimes tropicaux à deux saisons
sèches inégales, puis au régime
tropical pur, à une seule saison sèche. En
Afrique, cette succession correspond au passage de la
zone guinéenne à la zone
sahélienne.
Le "balancement" annuel de la cheminée
équatoriale autour de l'équateur
entraîne un déplacement du système
des vents et des fronts, qui est illustré par la
figure 13-4 pour le cas de l'Afrique. En outre, les
masses d'air qui viennent du Golfe de Guinée sont
humides et elle donnent naissance à des "lignes de
grains" qui se déplacent vers l'ouest et souvent
se rechargent en humidité sur l'Atlantique avant
d'aller donner des cyclones dans le golfe du Mexique. A
haute altitude, les courant-jets vont aussi de l'est
à l'ouest (Madden-Julian). Il est souvent
parlé de "mousson" pour les pluies du Sahel
africain, mais il est préférable de limiter
l'usage de ce terme aux phénomènes de
l'océan Indien. Le changement climatique
différencie encore plus ces deux types de climats,
parce qu'il apporte des pluies supplémentaires en
Inde alors qu'il augmente la sécheresse dans le
Sahel africain.
Le total des pluies annuelles diminue
régulièrement au fur et à mesure que
l'on s'éloigne de l'Equateur, et il est de plus en
plus variable d'une année à l'autre. Les
plantes les mieux adaptées à cette
irrégularité sont les plantes annuelles.
PH. DAGET ET AL. (1991) ont suivi l'évolution du
recouvrement de 48 espèces annuelles dans une
savane parcourue par les troupeaux à 450 km au
nord-est de Dakar, dans le Ferlo sahélien : le
recouvrement spécifique de Zornia glochidiata, par
exemple entre 1981 et 1988 est égal à 51 %,
78 %, 4 %, 0,1 %, 56 %, 75 % et 59 %. et il est
expliqué pour 92 % par les précipitations
de septembre et de juillet qui varient entre 53 mm et 179
mm.
133 LES ZONES DES GRANDS DESERTS
De chaque côté de la zone d'ascension de
l'air équatorial, que le Soleil "promène"
d'un tropique à l'autre au fil des saisons,
s'étendent, au nord et au sud, des zones de
stagnation d'air sec (hautes pressions, dites
"anticyclones" indiquées sur les figures 13-2,
13-4, 13-5), où se trouvent les grands
déserts (Sahara et Kalahari en Afrique, Sonora en
Amérique du Nord, Atacama en Amérique du
Sud, et Victoria en Australie).
Cette simple énumération souligne que
c'est sur la partie occidentale des continents que se
développent les grands déserts. Ceci est
dû en partie à un phénomène
annexe : il existe, à l'échelle des
océans, un système de courants, qui
constituent des cellules plus ou moins elliptiques. La
circulation s'y fait de l'équateur vers les
pôles dans la partie occidentale des océans,
et des pôles vers l'équateur dans la partie
orientale (fig. 13-6). En conséquence, ce sont des
courants froids qui baignent les parties occidentales des
continents, et ils en accentuent le caractère
désertique même quand ils provoquent des
brouillards côtiers (nommés neblines).
Les courants océaniques jouent un rôle
capital dans la régulation thermique du globe (J.
WHITEHEAD, 1998) et nous y reviendrons dans le paragraphe
842.5.
En outre, les alizés, qui vont toujours vers
l'ouest, arrivent sur ces zones après avoir
parcouru des continents où ils n'ont pas pu se
charger d'humidité.
Les zones désertiques actuelles n'ont pas
toujours existé dans leur répartition
actuelle, car elles dépendent de
phénomènes qui sont très sensibles
aux bilans énergétiques méridiens.
Il faut savoir, par exemple, que les ceintures
anticycloniques tropicales et polaires n'existent plus en
altitude ; au contraire, le profil méridien des
isobares situées au-dessus de l'isobare 700 mb
décroît régulièrement de
l'Équateur vers les pôles, qui correspondent
à une intense dépression, où le vent
circule constamment d'ouest en est.
Les climats désertiques sont couramment
définis par la rareté des
précipitations, mais les déserts absolus,
où il ne pleut pratiquement jamais, sont
rarissimes. Sur la plus grande partie des déserts,
il pleut quelquefois, mais les pluies sont très
irrégulières, et la
végétation est obligée d'utiliser
des processus extrêmes pour s'adapter à
cette non-prévisibilité.
Une étude attentive permet cependant de
déceler une variation progressive du sud au nord
d'un grand désert tel que le Sahara : au sud, les
pluies ont plutôt lieu pendant l'été,
comme dans la zone tropicale, alors qu'au nord, elles ont
plutôt lieu pendant l'hiver, qui est relativement
froid.
134 LES ZONES MEDITERRANEENNES
Les deux zones de hautes pressions (ou anticyclones)
comprises entre 20 et 30 degrés de latitude (nord
et sud) sont couvertes par des masses d'air stagnantes,
en « subsidence » (fig. 13-2 et 13-5) ;
celles-ci alimentent par leur face polaire des vents
réguliers qui vont de l'ouest à l'est (fig.
13-2) ; ces vents sont nommés "quarantièmes
rugissants" dans l'hémisphère sud,
où ils se déploient sans frein sur les
trois océans.
La frange septentrionale du Sahara est
caractérisée par une augmentation
progressive des pluies de la saison froide, et le
maintien d'une saison sèche en été
quand les anticyclones sont le plus loin de
l'équateur. Ce type de climat est dit
méditerranéen, puisqu'il règne
autour de la Méditerranée, mais il existe
aussi en Californie, au Chili, dans la province du Cap,
et à l'ouest de l'Australie.
Une variante très atténuée peut
sans doute aussi être décelée au
Japon. En effet, il existe autour de la Mer
Intérieure, et en particulier dans l'île de
Kyushu (I. MIYATA, 1981), d'importantes forêts
d'arbres à feuillage persistant (Castanopsis
cuspidata, Cyclobalanopsis gilva), et 4 autres
espèces du même genre, Machilus thunbergii,
Distylium racemosum, etc.). Ces forêts
sempervirentes ne suffisent évidemment pas pour
dire que le climat est méditerranéen, mais
elles obligent au moins à se demander comment les
variations climatiques du Quaternaire ont produit ce type
de formation.
Ph. DAGET (1980) a comparé plusieurs modes de
délimitation du climat
méditerranéen. Il discute en particulier la
valeur relative de la limite biogéographique de
l'Olivier, en particulier parce que la limite d'extension
d'une plante cultivée dépend trop des
techniques agricoles et de la conjoncture
économique.
Les Romantiques qui redécouvraient la
Côte d'azur et la Toscane ont répandu
l'idée de la douceur de l'hiver dans les climats
méditerranéens, E. de MARTONNE (1929) les a
suivis en prenant le critère des
températures minimales du mois le plus froid (m)
supérieures à 5°C. Mais cette
manière de voir oublie que les montagnes de
l'Atlas ou de Turquie sont extrêmement froides,
quoiqu'elles soient situées indiscutablement dans
la zone méditerranéenne. Les auteurs plus
récents fixent cette limite à m > 2 ou m
> 0, mais cette convention ne résout pas le
problème des hautes montagnes
méditerranéennes.
C'est pourquoi Ph. DAGET confirme que la
"sécheresse estivale" est le premier
caractère discriminant de la
méditerranéité, et qu'elle s'exprime
utilement à l'aide du coefficient d'EMBERGER :
S = Pe/ME
où Pe est la somme des précipitations
des trois mois d'été (juin, juillet et
août), et ME la moyenne des maximums quotidiens de
la température au cours de ces trois mois.
Pour le Languedoc et la Provence, la limite semble
pouvoir être placée à S < 7 mais
pour l'Espagne du Nord, la Bulgarie, le Caucase et le
Moyen Orient, il semble préférable de
prendre S < 5. En outre, l'indice de
continentalité pluviale d'ANGOT, (C =
précipitations des six mois les plus
chauds/précipitations des six mois les plus
froids) est inférieur à l'unité dans
les régions méditerranéennes, et
l'indice de continentalité thermique de GORCZINSKI
modifié par CONRAD doit être
inférieur à 25°C.
De l'Italie à l'Iran s'étend la limite
qui sépare les climats
méditerranéens (à sécheresse
estivale) des climats tempérés continentaux
qui bénéficient de pluies d'orage en
été. Le long de cette limite, l'indice de
continentalité pluviale C (= précipitations
des six mois les plus chauds/précipitations des
six mois les plus froids) est voisin de 1.
De même, pour qu'un climat soit nettement
méditerranéen, il faut que le coefficient
de continentalité thermique K' soit
inférieur à 25 :
K' = (1,7 A / sin(phi + 10 + 9h)) - 14
avec :
- - A : amplitude thermique moyenne,
- - phi : latitude,
- - h : altitude
135 LES ZONES TEMPEREES
Au-delà, en allant vers le nord,
s'étendent les climats tempérés,
dominés par la circulation "zonale" des vents
d'ouest. La dominance de ces vents, dont l'ensemble
constitue les deux "tourbillons circumpolaires", se
comprend si l'on se souvient que les masses d'air venant
des anticyclones tropicaux et montant vers les latitudes
moyennes sont entraînées par la Terre avec
une grande vitesse, vers l'est, alors que la rotation de
la Terre affecte peu les masses d'air polaire ;
finalement, quand les masses d'air tropicales arrivent
dans la région tempérée, elles
continuent à avancer, sur leur lancée, vers
l'est.
Les climats tempérés sont
"océaniques" sur les côtes occidentales, et
l'écart entre les températures de l'hiver
et de l'été y est relativement faible,
parce que le « volant thermique » de l'eau des
océans est beaucoup plus fort que celui de la
terre des continents, en particulier parce que
l'évaporation de l'eau, en été,
absorbe une quantité de chaleur
considérable. Pour l'Europe occidentale, la
chaleur apportée par le Gulf Stream est un
complément faible mais non négligeable.
Le climat devient de plus en plus « continental
» au fur et à mesure que les masses d'air
survolent les continents. Ceux-ci se réchauffent
(et se refroidissent) plus vite que les océans, et
les variations annuelles des températures y sont
beaucoup plus accentuées. En outre, les
turbulences ascendantes qui s'établissent en
été au-dessus des terres
surchauffées entraînent l'apparition
d'orages, qui apportent des précipitations
estivales. Au contraire, en hiver, les continents se
refroidissent intensément ; l'air qui les surmonte
se refroidit aussi ; il devient plus dense et plus stable
; ainsi, de hautes pressions s'établissent,
capables de contrer les vents d'ouest et d'envoyer des
vents d'est glacés vers les côtes maritimes
occidentales.
La zone des vents d'ouest est fragmentée, le
long des parallèles, en une succession de cellules
de basses pressions « cycloniques ». Les
courbes qui expriment la forme de ces immenses cuvettes
sont les isobares, équivalentes aux courbes de
niveau concentriques qui entourent un lac. On pourrait
penser que l'air va en droite ligne de l'anticyclone vers
le centre de la dépression mais, ainsi que nous
l'avons vu au paragraphe 124,
l'accélération de Coriolis détourne
les masses d'air vers leur droite dans
l'hémisphère nord, et la dépression
y sera ainsi entourée d'un grand tourbillon qui
tourne en sens inverse des aiguilles d'une montre.
Finalement, les vents sont presque parallèles aux
isobares et d'autant plus forts que celles-ci sont plus
serrées.
Le centre de la dépression est constitué
par la pointe d'un "coin" d'air chaud qui vient se
glisser dans les masses d'air arctique (ou antarctique).
Le contact entre ces masses d'air provoque des
phénomènes qui peuvent être
caractérisés sur une coupe verticale,
d'orientation ouest-est (fig. 13-7).
Le coin d'air chaud progresse vers l'est en
écrasant l'air froid sous sa masse. Au contact des
deux masses d'air (« front chaud »), la vapeur
d'eau incluse dans l'air chaud se condense en donnant une
série de nuages de plus en plus bas, qui se
transforment souvent en pluies. A l'ouest de la
perturbation, l'air froid dense situé à
l'arrière du coin d'air chaud soulève ce
dernier, et produit un "front froid" souvent ourlé
de cumulo-nimbus (la classification des nuages est assez
récente, puisqu'elle vient de J.-B. de LAMARCK et
elle reste encore imparfaite, mais il est utile de la
connaître pour distinguer les types de temps, qui
sont essentiels dans la bioclimatologie la plus
moderne).
Un observateur au sol, situé dans la zone des
vents d'ouest, voit ainsi se succéder trois masses
d'air, séparées par deux fronts :
- une masse d'air froid, souvent peuplée de
cumulus pendant la journée ; le gradient
réel de température entre le sol,
relativement chaud, et le haut de cette masse d'air
froid est plus fort que le gradient de détente
adiabatique (cf. § 123) ; en conséquence,
l'air est un peu instable ; le vent y est du secteur
sud-ouest ;
- le front chaud, accompagné de stratus de
plus en plus bas et souvent d'une pluie fine ; le
gradient de température devient plus faible que
le gradient de détente adiabatique, et l'air
devient stable ; il est porté par un vent
d'ouest ;
- la masse d'air chaud ;
- le front froid, généralement un peu
orageux (puisque le gradient de température y
est fort) et presque toujours porteur d'averses ; son
passage s'accompagne d'une "montée" du vent
vers le noroît ;
- une masse d'air froid, qui apporte souvent du ciel
bleu entre les cumulus, puis du beau temps.
En altitude, vers 12 km, près de la
discontinuité de la tropopause, dans la zone
où s'affrontent l'air polaire et l'air tropical
(CF. J. TRIPLET ET G. ROCHE, 1971) s'établit
périodiquement un courant-jet, qui peut atteindre
100 m/s, surtout en hiver.
136 LES ZONES POLAIRES
Au nord de la trajectoire des dépressions,
règnent les masses d'air polaire, qui
correspondent habituellement à un anticyclone. En
effet, l'air froid des pôles est dense et il
"descend" vers les latitudes plus basses. Au cours de ce
déplacement, la force de Coriolis le dévie
vers l'ouest aussi bien dans l'hémisphère
nord que dans l'hémisphère sud.
Cet air froid rencontre, au voisinage de 60° de
latitude, l'air tempéré tiède et il
en condense alors la vapeur d'eau. En conséquence,
le temps y est souvent brumeux, et les inversions de
température y sont fréquentes.
137 VUE D'ENSEMBLE : UNE CLASSIFICATION GENERALE
DES CLIMATS
La classification des climats à
l'échelle du monde commence à pouvoir
être reliée aux grands types de
végétation, en particulier si l'on ordonne
les climats en fonction de caractères importants
pour la vie des végétaux, en suivant, par
exemple, une synthèse déduite de celle de
L. EMBERGER (1945), qui hiérarchise les
caractères de la manière suivante :
- - le premier de ces caractères est
l'opposition entre les climats désertiques et
les climats non désertiques ;
- - le second est le type de photopériodisme
;
- - le troisième est l'amplitude des
variations thermiques saisonnières ;
- - le quatrième est la présence d'une
(ou deux) saisons sèches ;
- - le cinquième est la "forme" de climat,
c'est-à-dire le degré de
sécheresse (celle-ci peut être constante
au cours de l'année, ou concentrée en
une ou deux saisons sèches) ;
- - le sixième est la « variante »,
qui dépend des froids hivernaux.
La classification peut alors être
présentée sous une forme simple :
- 1 - Climats désertiques
(c'est-à-dire où les
précipitations ne surviennent pas tous les
ans)
- 11 - Climats désertiques
équatoriaux, où les jours et les nuits
sont égaux tout au long de l'année ; ils
sont localisés dans des plaines, à
l'exception de quelques montagnes du sud du
Pérou ; la température y est
élevée tout au long de
l'année.
- 12 - Climats désertiques tropicaux,
où le rythme photopériodique quotidien
est presque constant et les saisons thermiques peu
prononcées ; ils sont chauds toute
l'année (Chili, entre 25 degrés N et la
frontière septentrionale ; S-O de l'Afrique,
entre 18 degrés S et 30 degrés S ;
littoral de l'Érythrée ; Arabie
méridionale ; région d'Aden).
- 13 - Climats désertiques à saisons
thermiques prononcées et à
photopériodisme quotidien nettement
inégal.
- 131 - à hivers relativement chauds (Basse
Californie, Sahara). Les maxima mensuels de
température y atteignent 50 °C en Irak, 57
°C en Libye et en Californie. L'amplitude
thermique diurne peut y atteindre 50 °C.
- 132 - à hivers moyennement froids (Sahara
oriental ; Nord de la Californie)
- 133 - à hivers très froids
(Turkestan oriental).
- 2 - Climats non désertiques, où il
pleut tous les ans, au moins pendant certaines
saisons.
- 21 - Climats intertropicaux, à
photopériodisme uniquement quotidien.
- 211 - Climats isothermes : durée des jours
et durée des nuits presque égales.
- 211.1 - Pas de saison sèche (lorsque ces
climats sont secs, ils le sont par l'abaissement
général de la pluviosité) :
Ce sont les climats équatoriaux typiques. Il en
existe plusieurs formes, telles que :
- - le climat équatorial humide, où
les moyennes mensuelles varient seulement de 1 ou 2
degrés Celsius autour de la moyenne annuelle
(généralement voisine de 26°C) ;
les
- variations diurnes de la température
atteignent souvent 3 à 5°C ; les
précipitations peuvent atteindre 2.000 mm
à 4.000 mm.
- - le climat équatorial subhumide,
- - le climat équatorial semi-aride,
- - le climat équatorial aride,
- - le climat équatorial per-aride,
- - le climat équatorial de
haute-montagne.
211.2 Deux saisons sèches, l'une (celle qui
correspond, sur l'hémisphère nord, à
notre été) étant la moins
accusée, l'autre très nette,
coïncidant avec notre hiver. Ce sont les climats
subéquatoriaux (mêmes formes que ci- dessus,
sous 211.1).
212 - Climats à saisons thermiques
marquées ; durées des jours et des nuits
nettement, mais faiblement, inégales.
Pluviosité concentrée sur la période
correspondant à une période chaude : ce
sont les climats tropicaux.
Suivant l'intensité et la durée de la
saison sèche, on peut distinguer au moins cinq
formes : humide (où les précipitations
annuelles atteignent 12 mètres en Inde),
subhumide, semi-aride, aride, saharienne (très
aride) et une forme de haute montagne, ainsi que des
variantes (chaude et moins chaude) pour chacune
d'elles.
22 - Climats extratropicaux, à
photopériodisme quotidien et saisonnier ou
uniquement saisonnier, à saisons thermiques.
221 - Climats sans saison très froide (y
compris des climats relativement secs, où la
sécheresse est due à un abaissement
général de la pluviosité). Ces
climats sont souvent dits tempérés. Les
formes de ces climats ne sont pas encore connues, mais il
y a sûrement des formes homologues des climats
précédents (humide, subhumide, semi-aride,
aride, per-aride et haute montagne) avec des variantes
chaudes ou froides, suivant les températures
hivernales.
221.1 - Climats sans saison sèche
régulière (climats océaniques quand
la proximité de l'océan atténue les
contrastes thermiques)
221.2 - Climats à saison sèche
hivernale, où la pluviosité est
concentrée sur la saison chaude.
Ces climats sont souvent dits continentaux et
présentent les mêmes formes que les climats
océaniques. L'amplitude thermique annuelle atteint
67 °C en Sibérie.
221.3 - Climats à saison sèche estivale,
où la pluviosité est concentrée sur
les saisons froides.
Ce sont les climats méditerranéens.
Formes reconnues :
- - climat méditerranéen per-aride
(saharien),
- - climat méditerranéen aride,
- - climat méditerranéen
semi-aride,
- - climat méditerranéen
subhumide,
- - climat méditerranéen humide,
- - climat méditerranéen de haute
montagne.
Chacun de ces climats peut, à son tour,
être décomposé en plusieurs
variantes, suivant que la moyenne des minimums du mois le
plus froid est nettement supérieure à 0
degré, autour de 0 degré, ou nettement en-
dessous de 0 degré.
222 - Climat du soleil de minuit, à
photopériodisme plus ou moins bi-saisonnier ;
climats froids.
222.1 - Climats ayant encore une alternance
quotidienne des jours et des nuits, mais
photopériodisme déséquilibré
à très longs jours en été et
très longues nuits en hiver : ce sont les climats
subpolaires dont les formes ne sont pas définies),
mais il existe sûrement un climat sub-antarctique,
caractérisé par un régime thermique
quasi équatorial, de très faible amplitude,
même en hiver (Kerguélen, Shetland du Sud,
Orcades du Sud, et la Terre de Graham).
222.2 - Climats tendant vers 6 mois de nuit et 6 mois
de jour : ce sont les climats polaires. On y distingue
quelquefois, pour l'Antarctique :
- - un climat polaire continental,
- - un climat polaire glacial, où la
température peut descendre jusqu'à
- - 89 °C (à la base de Vostok), avec
des précipitations presque nulles (situation
anticyclonique permanente).
L'évolution des climats est examinée en
particulier dans le paragraphe 23.
14 LES PHENOMENES CLIMATIQUES REGIONAUX ET
LOCAUX
141 LES MOUSSONS
Le phénomène des moussons est en
opposition avec la circulation générale.
C'est pourquoi il doit être considéré
comme "régional", quoiqu'il s'étende sur
tout le sud du continent asiatique.
Il a été vu, dans les paragraphes 121 et
131, que la circulation méridienne globale est
régie par l'alternance des zones de basses et de
hautes pressions (figure 13-3) ; cette alternance est
nette au-dessus des océans, mais elle est
perturbée par les grandes masses continentales, et
en particulier par le continent asiatique, où la
Sibérie est extrêmement froide en hiver : la
masse d'air froid qui couvre en hiver la Sibérie
est plus dense que les masses d'air voisines (puisque
l'air froid est plus "lourd" que l'air chaud). En
conséquence, la pression atmosphérique est
plus forte au-dessus de la Sibérie et elle
atteint, en moyenne, 1.035 mb (et elle est montée
jusqu'à 1.083 mb le 31 décembre 1968), et
il apparaît un anticyclone de Sibérie qui
irradie des flux d'air sec (mousson d'hiver) vers le
sous-continent indien et l'Indonésie (fig. 14 -1).
Au contraire, en été, le continent
surchauffé constitue une dépression qui
fait appel d'air, et attire les masses d'air tiède
et humide qui stagnent au-dessus de l'Océan indien
(mousson d'été).
Le caractère original de ce
phénomène est le renversement brutal des
courants atmosphériques, qui s'effectue en
quelques jours, en particulier pour l'arrivée de
la mousson pluvieuse, accompagnée d'orages
désirés et
célébrés.
La mousson accompagne l'apparition d'El Nino : la
mousson d'été rafraîchit
habituellement la « piscine » d'eau chaude qui
stagne près de l'Indonésie ; quand ce
rafraîchissement est insuffisant, le courant chaud
qui va d'Indonésie vers le Chili s'intensifie et
apporte de la chaleur jusqu'à Noël, la
fête d'El Nino, l'Enfant-Jésus ; les bancs
d'anchois ne trouvent plus les eaux froides de la
remontée océanique (upwelling)
située au large du Chili ; des pluies
torrentielles arrivent sur les Andes et quelquefois sur
la Californie, avec leur cortège
d'épidémies ; inversement, la
sécheresse sévit sur l'Inde et
l'Indonésie ; les typhons sont plus
fréquents sur le Pacifique et les ouragans plus
rares sur l'Atlantique ; les courants-jets de haute
altitude sont déviés, etc.
Sur les autres continents, des
phénomènes saisonniers qui
présentent quelques analogies avec les moussons
sont aussi observés (M. LEROUX, 1974, 1975) : en
Afrique équatoriale (fig. 13-4), en Amazonie et au
nord de l'Australie, pendant la saison chaude, une
dépression continentale attire les masses d'air
humides venant des océans. Ce
phénomène ne s'accompagne pas d'une
inversion saisonnière de la direction du
déplacement des masses d'air, et il n'est qu'une
simple déviation des alizés à la fin
de leur parcours. Il est un peu abusif de le nommer
"mousson", parce que ce terme d'origine arabe ("mausim" =
saison) mérite de caractériser les
oppositions saisonnières radicales.
142 LA BRISE DE TERRE ET LA BRISE
DE MER
En moyenne, 88% de l'énergie envoyée par
le Soleil sur la mer est transformée en chaleur
latente d'évaporation. Plus
précisément, pour élever de un
degré la température d'un gramme d'eau, il
faut 1 calorie (mais il faut 600 calories,
c'est-à-dire 2.500 joules, pour le vaporiser,
alors qu'il en suffit de 80 pour faire fondre 1 g de
glace). En conséquence, la mer se réchauffe
moins vite que la terre, au cours de la journée,
et la terre cède une partie de sa chaleur à
l'air qui se dilate et monte, produisant un appel d'air.
Celui-ci se traduit au niveau du rivage par un vent
frais, la "brise de mer", qui s'établit au cours
des heures chaudes (fig. 14 -2a).
La nuit, au contraire, la terre se refroidit plus vite
que la mer parce qu'elle rayonne plus de chaleur vers les
espaces intersidéraux ; l'air situé
au-dessus de la terre se refroidit par contact ; il
devient plus dense, et alimente la "brise de terre" (fig.
14 -2b).
Dans la région des Grands Lacs du nord-est de
l'Amérique, lorsque des masses d'air froid
arctique (dont la température est comprise entre -
10°C et - 20°C) arrivent au-dessus des lacs,
elles se réchauffent, puis s'élèvent
et engendrent des nuages. La condensation de la vapeur
d'eau et sa solidification en neige donnent des calories
à l'air ambiant, qui se réchauffe et monte
encore plus, et ainsi de suite jusqu'à
épuisement de la vapeur d'eau contenue dans l'air.
Finalement, la région des Grands Lacs
reçoit nettement plus de neige que le
Labrador.
143 LES BRISES DE MONTAGNE
Des phénomènes analogues se produisent
dans les vallées, où les versant
exposés perpendiculairement aux rayons du Soleil
sont à l'origine d'ascendances qui appellent l'air
du fond de la vallée ; c'est la brise d'aval (sauf
au-dessus des glaciers où une couche d'air froid,
épaisse de quelques dizaines de mètres,
descend régulièrement, de jour comme de
nuit ; c'est le "vent du glacier"). La nuit, l'air froid
descend la vallée par gravité, donnant lieu
à la brise d'amont. A la fin de la nuit, l'air du
fond de la vallée est plus froid que celui qui le
surmonte ; il y a donc souvent une inversion de
température qui favorise la condensation des
brouillards, dans une atmosphère calme. Ensuite,
le Soleil chauffe le sol dans les vallées ce qui
entraîne un réchauffement de l'air des
vallées et une montée de cet air chaud vers
le haut.
Ces alternances sont à l'origine du dicton bien
souvent vérifié :
"Nuages sur les monts reste à la
maison,
nuages dans la vallée, va à ta
journée."
144 LE FOEHN
Quand une masse d'air monte pour franchir une
chaîne de montagnes, elle se refroidit ; la vapeur
d'eau s'y condense en donnant un niveau de nuages ou de
brouillards, souvent à partir de 800 m environ
(c'est l'"étage des brouillards",
généralement favorable au Hêtre).
Après avoir passé la crête, la
masse d'air sec descend sur l'autre versant, et se
réchauffe, devenant ainsi encore plus sèche
(fig. 14 -3). En effet, la pression de vapeur saturante,
Ps, est une fonction régulièrement
croissante de la température :
|
T en °C
|
Ps en mb
|
|
-20
-18
-16
-14
-12
-10
-8
-6
-4
-2
0
2
4
6
8
10
12
14
16
18
20
22
24
26
28
30
32
34
36
38
40
|
1,3
1,5
1,8
2,1
2,4
2,9
3,3
3,9
4,5
5,3
6,1
7,1
8,1
9,3
10,7
12,3
14,0
16,0
18,2
20,6
23,4
26,4
29,8
33,6
37,8
42,4
47,6
53,2
59,4
66,3
73,8
|
Considérons, par exemple, l'air qui franchit
les Cévennes, à 1 500 mètres
d'altitude, un jour où la température est
de 16°C ; si l'air est alors saturé
d'humidité, la pression partielle de vapeur d'eau
y est égale à la tension de vapeur de l'eau
; celle-ci vaut, d'après le tableau
précédent, 18,2 mb. Sur la crête, la
pression partielle et la tension de vapeur sont donc
toutes les deux égales à 18,2 mb, et leur
quotient, qui est, par définition,
l'"humidité relative" est égal à
100%.
En descendant vers la plaine, l'air se recomprimera et
se réchauffera, par exemple jusqu'à
22°C ; la pression partielle de la vapeur d'eau sera
toujours 18,2 mb ; la pression saturante étant
alors de 26,4 mb, l'humidité relative sera de
18,2/26,4 = 70%.
Ceci explique pourquoi les nuages apportés avec
les masses d'air humide par les vents d'ouest
s'effilochent quand ils passent sur la ligne de
crête, et ne donnent guère de pluie
au-dessus du Languedoc les jours de tramontane. C'est la
barrière Cévennes-Montagne noire qui
provoque un effet de fhn environ deux jours sur
trois et donne au climat du Languedoc son
caractère méditerranéen.
Au contraire, les jours où le vent du sud (le
"marin") apporte de l'air tiède et humide sur le
Languedoc, il pleut sur les collines et petits causses du
Languedoc et sur les Cévennes. Celles-ci
reçoivent donc une double ration de pluies, et il
n'est pas surprenant qu'elles détiennent le record
des précipitations en France (selon le
Mémorial de la météorologie
nationale, il tombe un peu plus de 2 mètres par an
à l'Observatoire de l'Aigoual)
En Europe, le fhn est particulièrement
intense dans certaines vallées des Alpes du Nord :
lorsque l'arrivée de ce vent sec et chaud
s'annonçait, le tocsin sonnait dans les
églises pour alerter les habitants afin qu'ils
éteignent le feu de leur cuisine, en raison du
risque d'incendie des chalets de bois. La
conséquence la plus cocasse de cette tocsin
était d'inciter les ménagères
imprévoyantes à courir alors chez le
charcutier pour acheter du saucisson et du salami.
En Asie, c'est aussi un effet de fhn du massif
du Khawakarpo (6.809 m) qui produit un contraste brutal
entre les steppes tibétaines et les forêts
ombrophiles des vallées du Yunnan.
145 LES CYCLONES
Quand les eaux de surface de l'Atlantique
dépassent la température de 26°C sur
50 ou 60 mètres de profondeur, à la fin de
l'été, leur évaporation peut
alimenter la croissance d'une ascendance et amorcer une
rétroaction positive : la vapeur d'eau monte avec
l'air chaud jusqu'à plusieurs milliers de
mètres d'altitude où l'eau se condense en
donnant des nuages et en dégageant de la chaleur
latente de condensation (cf. Annexe 1-3) qui diminue le
gradient thermique et qui augmente donc la vitesse
d'ascension de l'air. Au centre du cyclone, la pression
atmosphérique est très faible et la surface
de l'océan monte de plusieurs mètres. La
largeur d'un cyclone peut atteindre un millier de
kilomètres. Autour de l'il du cyclone, il
peut se produire une inversion de l'ascendance, et l'air
redescend alors vers l'océan dans l' il du
cyclone, entre les murs de cumulo-nimbus. Le
diamètre de l'il du cyclone peut atteindre
une quarantaine de km. L'ensemble du cyclone tourne comme
une toupie, à cause de
l'accélération de Coriolis (§
124).
L'énergie calorifique donnée par
l'océan chaud se transforme partiellement (3 %) en
énergie mécanique qui augmente la vitesse
des vents, comme dans un moteur à vapeur. Le bilan
thermique des cyclones est un transfert de chaleur des
tropiques vers les pôles : ce sont, en quelque
sorte, des soupapes de sûreté de la
circulation atmosphérique méridienne. Une
moyenne de 90 cyclones par année est habituelle et
nous ne savons pas encore si leur fréquence va
augmenter avec le réchauffement
général de la planète (§
84)
Cette immense toupie se déplace comme les
alizés, c'est-à-dire vers l'ouest dans
l'hémisphère nord et vers l'est dans
l'hémisphère sud. Elle laisse
derrière elle une traînée d'eau
refroidie de 3 °C observée par les satellites
captant le rayonnement infra-rouge. Dans ces latitudes
comprises entre 25° et 30°, la force de
Coriolis (cf. § 124) donne un coup de fouet à
la toupie. La vitesse du vent peut alors atteindre 260
km/h et les dégâts deviennent
catastrophiques quand le cyclone arrive sur un rivage :
15.000 morts au Honduras le 19 septembre 1974, 6.800
morts au Bangla-Desh le 24 mai 1985 et 139.000 morts le
29 avril 1991, 6.000 morts à Leyte, dans les
Philippines le 5 novembre 1991, 24.000 morts ou disparus
en Amérique centrale à le fin d'octobre
1998, 9.300 morts en Inde dans l'état d'Orissa le
29 octobre 1999. Au-dessus du continent, le
système thermodynamique n'est plus alimenté
en eau et le cyclone s'évanouit.
Sur le continent africain, des ascendances locales et
des "lignes de grains" naissent périodiquement
à la latitude du Tropique du Cancer et se
déplacent vers l'ouest, comme les
alizés.
15 LES TYPES DE TEMPS
La combinaison des types climatiques "zonaux" et des
effets "locaux" peut être synthétisée
dans la notion de type de temps, qui a été
utilisée par B. THIEBAUT (1968), H. DELANNOY ET M.
LECOMPTE (1975) et J. RONCHAIL (1980). Ainsi la
combinaison du flux d'ouest venant de l'Atlantique et de
l'effet de fhn (§ produit le type de temps
où il pleut sur le Rouergue et la Montagne Noire,
alors qu'il fait assez beau sur le Languedoc
balayé par le vent nommé tramontane.
Un autre exemple a été
étudié par J. RONCHAIL (1980) qui a
dénombré neuf types de temps sur les Alpes
du sud. Ce sont, en particulier :
- - situation anticyclonique méridienne de
nord
- - situation anticyclonique méridienne de
sud
- - situation anticyclonique zonale à
caractère atlantique
- - situation anticyclonique zonale à
caractère continental
- - situation dépressionnaire locale
- - situation dépressionnaire zonale de
nord-ouest
- - situation dépressionnaire zonale de
sud-ouest ou méridienne de sud
- - situation dépressionnaire
méridienne de nord
- - dorsale (prolongement d'un anticyclone
eurasiatique, en saison froide, ou bordure de la
dépression saharienne, en saison chaude).
La géographie des types de temps se lit comme
une carte en relief, où les anticyclones sont des
dômes, et les dépressions des
vallées. La situation locale est alors
caractérisée par des termes tels que :
marais barométrique, dorsale anticyclonique,
versant occidental de vallée, axe de
vallée, goutte froide, versant oriental de
vallée, flux rapide d'ouest.
Les travaux cités au début de ce
paragraphe montrent comment les précipitations et
les températures observées au sol
dépendent du type de temps, et il suffit d'en
donner un exemple pour saisir l'intérêt de
ce genre d'études : à Briançon, il
ne pleut pratiquement pas en situation anticyclonique au
sol (sauf en situation d'anticyclone atlantique), et les
fortes pluies viennent surtout en situations
dépressionnaires d'ouest ou de sud-ouest, sauf
s'il existe une dorsale à l'altitude isobarique de
500 mb.
Les types de temps oscillent sur des périodes
de quelques jours, mais les variations des climats
peuvent être décelées sur plusieurs
échelles de temps, qui seront examinées
dans les paragraphes 23 et 24 .
16 LA NATURE DE LA VIE : UNE TRANSMISION
D'INFORMATION
161 QU'EST-CE QUE LA VIE ? (LE PARADOXE DE
SCHRÖDINGER)
« Par le mot vie, nous entendons le fait de se
nourrir, de grandir, de se reproduire et de
dépérir par soi-même ». Cette
première définition que proposait Aristote1
est encore pertinente et les définitions plus
modernes l'expriment seulement d'une autre manière
quand elles disent que la vie est un système
original de transformation de l'énergie (c'est
pourquoi nous avons commencé par voir d'où
vient cette énergie). Mais la vie utilise moins de
1% de l'énergie solaire, et il faut comprendre, en
deuxième analyse, que la vie est un système
de codage et de transmission de l'« information
» portée par l'énergie
absorbée.
En effet, un physicien éminent, ERWIN
SCHRÖDINGER, a fait remarquer qu'un animal, un
homme, ou une plante adultes ne « consomment »
pas d'énergie, puisqu'ils en rendent au milieu
extérieur autant qu'ils en reçoivent (en
particulier quand ils transpirent en transformant l'eau
qu'ils ont importée sous forme liquide en vapeur
incolore inodore et sans saveur). Par exemple, un homme
qui reçoit 3 000 calories par jour, et garde un
poids constant, les rend sous forme de chaleur sensible
et, surtout, de chaleur latente (cf. annexe 1-3) ; il
fonctionne comme une machine thermodynamique transformant
de l'énergie de haute qualité en
énergie "dégradée"(cf. annexe 1-2)
mais, pour le comprendre, il faut revenir au
problème de l'originalité du vivant et au
rôle éventuel du hasard, des
probabilités et de la nécessité.
162 LA VIE EST REGIE PAR LES LOIS DE LA PHYSIQUE
162.1 Aspects biochimiques
La chimie du XVIIIe siècle était
essentiellement une science d'analyse ; celle du
XIXème a donné de plus en plus de place aux
synthèses minérales, puis organiques, mais
elle n'a pas su réaliser la synthèse des
grosses molécules biologiques. Pour les premiers
biochimistes, la construction de ces édifices
regroupant des milliers d'atomes paraissait un prodige de
la nature. Les recherches rigoureuses de LOUIS PASTEUR,
montrant que la génération spontanée
des microbes est impossible, ont contribué
à ancrer dans les esprits le caractère
extra-ordinaire, au sens originel du mot, de ces
molécules.
Dans ce contexte, il est normal que l'on ait alors
pensé que la vie était un
phénomène improbable, un accident de la
nature. On a même tenté de calculer la
probabilité de synthèse spontanée
des protéines. En effet, une molécule d'ADN
est un arrangement des 4 nucléotides fondamentaux
en une chaîne d'environ 4.000 maillons. La
probabilité de la synthèse spontanée
d'une molécule d'ADN paraît alors, a priori,
aussi faible que celle de la sortie de quatre mille
nombres pairs consécutifs à la roulette
d'un casino. Ce type de calcul avait beaucoup
impressionné plusieurs biologistes du milieu du
XXe siècle, qui en avaient conclu que la vie
n'avait pas pu apparaître spontanément sur
la Terre. Mais cela reposait sur l'idée que la
probabilité d'un événement pourrait
être définie comme la limite de la
fréquence observée de cet
événement. Mais il faut être plus
précis et se souvenir que le calcul de la
probabilité - définie comme étant
égale au rapport du nombre de cas "favorables" au
nombre de cas "possibles" - suppose que tous les cas
possibles sont équiprobables. En fait, ils ne sont
pas tous également probables a priori , et il faut
faire appel à des calculs de chromodynamique
quantique pour connaître leurs probabilités.
Et il faut aussi regarder d'autres aspects avant de
conclure.
162.2 Aspects thermodynamiques
Dans un domaine plus théorique, les
thermodynamiciens découvraient progressivement la
signification du principe de Carnot, selon lequel les
systèmes isolés tendent statistiquement
vers un "désordre" maximal, par transformation de
toute l'énergie disponible en chaleur,
c'est-à-dire en agitation
désordonnée des molécules
constituantes. (cf. l'annexe 1-2, à la fin du
présent chapitre).
La synthèse biologique des grosses
molécules fragiles (thermolabiles) que sont les
sucres, les graisses et les protéines paraissait,
aux yeux de certains, aller à l'encontre de ce
principe physique, et de nombreux biologistes admettaient
plus ou moins implicitement que la biologie était
un domaine scientifique très particulier,
situé hors du champ d'application de la
physique.
Ainsi, quand LOUIS PASTEUR a découvert que
l'acide tartrique produit par certaines réactions
biochimiques comprenait un seul isomère, l'acide
tartrique "gauche" (alors que les deux isomères
apparaissent en quantités égales dans les
réactions chimiques qui ont lieu en dehors des
êtres vivants), il paraissait logique d'en
déduire que les phénomènes
biologiques ont des caractères originaux (la
"chiralité", dans le cas présent), qui les
différencient nettement des
phénomènes étudiés en chimie
minérale. Mais c'était aller un peu trop
vite parce que l'affaire est plus complexe (§
211).
162.3 Entropie, néguentropie et
information
162.31 Un retour de pendule
Une réaction ne pouvait manquer de se dessiner
et, par exemple, E. SCHOFFENIELS (1973) montre que des
réactions apparemment peu probables ont, en fait,
des chances non négligeables de se produire si
l'on tient compte des structures moléculaires dans
l'espace à trois dimensions.
De même, si une auto-synthèse des
tartrates est amorcée par une première
molécule "gauche" (selon un processus analogue
à l'ensemencement des nuages par des cristaux
d'iodure d'argent qui font cesser la surfusion des
gouttelettes d'eau), il est normal que toutes les
molécules suivantes soient aussi des
molécules "gauches". X. SALLANTIN (2000 ET 2003)
relie cette particularité à des
propriétés fondamentales de la
matière.
NIELS BOHR (1885-1962) avait vu que les
phénomènes biologiques ne devaient pas
être étudiés comme les autres :
« Dans toutes les expériences sur les
organismes vivants, il doit rester une incertitude sur
les conditions physiques auxquelles le système est
soumis, et la liberté laissée à
l'organisme doit être suffisamment large pour lui
permettre de nous cacher ses secrets ultimes.»
La raison pour laquelle les systèmes
biologiques ne peuvent pas être
étudiés en faisant seulement appel aux lois
que les physiciens utilisent habituellement est
clairement exposée par le physicien E.
SCHRÖDINGER (né en 1887 et mort en 1961, qui
avait osé demander Qu'est-ce que la vie ?) :
« Tout ce que nous connaissons sur la structure des
êtres vivants conduit à penser que leur
activité ne peut pas être réduite aux
manifestations des lois habituelles de la physique. Et ce
n'est pas parce qu'il faudrait faire intervenir une
quelconque « nouvelle force » contrôlant
le comportement des atomes dans les organismes vivants,
mais c'est parce que leur structure est différente
de tout ce qui est étudié dans les
laboratoires de physique. De manière analogue, un
ingénieur connaissant seulement le fonctionnement
des machines à vapeur qui examinerait un moteur
électrique serait prêt à admettre
qu'il ne comprend rien aux principes de fonctionnement de
ce nouveau moteur. » (in What's Life, 1972,
Atomisdat, p. 77 ; c'est moi qui ai souligné le
mot « habituelles »).
E. SCHRÖDINGER ne dit nullement que la vie
échappe aux lois de la physique, il rappelle
seulement que les lois utilisées «
habituellement » ne suffisent pas pour comprendre le
fonctionnement des êtres vivants. Actuellement, la
physique a considérablement progressé et
les spécialistes de la physique quantique
manipulent des outils extrêmement puissants (en
particulier la chromodynamique quantique) qui pourront
peut-être expliquer le comportement «
inhabituel » des molécules biologiques (P.
PERRIER, 1998).
Sur le plan thermodynamique, l'affaire est encore plus
simple : il suffit de faire attention à
l'énoncé du principe de Carnot pour voir
que l'accroissement de l'entropie est inéluctable
seulement dans les systèmes isolés (les
exemples donnés au paragraphe 8 de l'annexe 1-2
placée à la fin de ce chapitre aideront
à comprendre la différence entre un
système isolé et un système
fermé). Or, la biosphère est un
système fermé (puisqu'elle n'échange
pratiquement pas de matière avec le reste du
cosmos), mais elle ne constitue pas un système
isolé (puisqu'elle reçoit en permanence de
l'énergie solaire). En conséquence, elle
peut "dégrader" cette énergie radiative de
"haute qualité" pour la transformer en chaleur, et
peut ainsi "exporter" de l'entropie (et importer de la
néguentropie, c'est-à-dire de
l'information).
Cette diminution locale de l'entropie n'est pas en
contradiction avec le deuxième principe de la
thermodynamique. En effet, ce principe reste valable si
l'on considère l'ensemble constitué par la
Terre et le Soleil, où le total de la production
d'entropie reste toujours positif : en
résumé, le Soleil envoie de
l'énergie de haute qualité (longueur d'onde
voisine de 0,5 micron = 500 nanomètres) vers la
Terre ; la Terre renvoie de l'énergie de moins
bonne qualité, parce que sa longueur d'onde est
plus grande (10 microns) ; une partie de cette
différence de qualité d'énergie est
acquise par la biosphère sous forme de «
néguentropie » lors de chaque capture d'un
photon par la chlorophylle lors de la
photosynthèse.
Ce n'est pas le seul cas où un rayonnement est
capable de structurer un matériau
désordonné : un faisceau d'ions
d'hélium frappant une couche mince d'un alliage
amorphe de fer et de platine déplace les atomes
jusqu'à ce qu'ils se structurent en couches
horizontales. Pour mieux comprendre ce
phénomène, il faut regarder de plus
près la notion d'entropie.
162.32 L'évolution spontanée des
systèmes isolés
L'entropie est présentée, dans l'annexe
1-2, sous son aspect relatif aux échanges de
chaleur et d'énergie. Pour passer à la
notion de néguentropie et d'information, nous
commencerons ici par rappeler l'expérience de
GAY-LUSSAC, réalisée en 1806.
Cette expérience consiste à laisser un
gaz se détendre dans le vide et à constater
que cette détente, qui ne produit pas de travail,
ne modifie pas la température ; elle est
réalisée en ouvrant le robinet qui relie un
ballon A, plein de gaz, à un ballon B, de volume
identique, où est réalisé un vide
aussi poussé que possible (figure 16-1).
A l'échelle macroscopique, le système
passe ainsi spontanément de l'état 1
(ballon A plein et ballon B vide), qui est un
système hétérogène,
(c'est-à-dire un système structuré),
à l'état 1-2, où A et B sont pleins
(système homogène = système
déstructuré). Cette expérience
simple exprime parfaitement l'un des aspects les plus
forts du deuxième principe de la thermodynamique,
qui peut être énoncé ainsi :
« Toute transformation spontanée d'un
système thermiquement et radiativement
isolé en augmente
l'homogénéité, et le
déstructure par une augmentation de son entropie
globale.»
Cette formulation du deuxième principe conduit
à dire que l'entropie est approximativement
analogique au "désordre" des molécules.
Malheureusement, cette analogie est trop imprécise
pour être vraiment utile. L'annexe 1-2 essaiera
d'aller un peu plus loin dans ce domaine.
Depuis l'apparition de la vie, les systèmes
biologiques se sont de plus en plus structurés,
sans échapper au second principe de la
thermodynamique. Pour mieux le comprendre, il faut
préciser un peu les notions de néguentropie
et d'information.
162.33 Indétermination et information
Revenons à l'expérience de GAY-LUSSAC,
dans son état 1, où le gaz est seulement
présent dans un ballon, mais supposons que nous ne
savons pas si le gaz est dans le ballon A ou s'il est
dans le ballon B. Un observateur qui veut savoir quel est
le ballon plein peut placer chacun d'eux sur l'un des
plateaux d'une balance, pour voir quel est le ballon le
plus lourd, et il a une chance sur deux de trouver le gaz
dans le ballon A et une chance sur deux de le trouver
dans B. Autrement dit, cette observation lui apporte de
l'information sur le contenu des deux ballons qu'il
examine.
S'il examine 4 ballons, A, B, C, D, dont un seul
serait plein, il devrait faire deux fois plus
d'observations : il pourrait placer deux ballons sur
chacun des deux plateaux d'une balance, par exemple A et
B d'un côté, C et D de l'autre. Si, par
exemple, le plateau portant C et D est le plus lourd, il
lui suffit de recommencer l'expérience en
plaçant C sur un plateau et D sur l'autre.
S'il examine 8 ballons, c'est-à-dire 2*3
ballons, le même raisonnement montre qu'il lui
faudrait 3 expériences. S'il examine, plus
généralement, 2*n ballons, il lui faut n
expériences pour acquérir l'information
correspondant à la réponse à la
question : "quel est le ballon qui contient le gaz ?".
Formalisons ceci en un calcul de probabilités :
s'il y a deux ballons, la probabilité de trouver
le gaz dans A est égale à 1/2 = 1/2*1 et
une seule expérience suffit pour savoir où
est le gaz. S'il y a quatre ballons, la
probabilité est égale 1/4 = 1/2*2, et deux
expériences sont nécessaires. S'il y a 2*n
ballons, la probabilité est égale 1/2*n ,
et n expériences sont nécessaires pour
acquérir l'information souhaitée.
Cet exemple très simple permet de comprendre
pourquoi les ingénieurs qui se sont souciés
de l'information transmise par les lignes
téléphoniques et du codage des messages (H.
NYQUIST, 1924, 1928 ; R. HARTLEY, 1928 ; C. SHANNON,
1948) ont été conduits à prendre
pour unité d'information la réponse
à la question "oui ou non", quand les deux
éventualités ont autant de chances de se
produire, c'est-à-dire quand la probabilité
de chaque éventualité est égale
à 1/2. A. LIBCHABER (2003) a écrit que L.
Szilard a ensuite montré que le coût
énergétique d'une unité
d'information est égal à kB T ln 2,
où kB est la constante de Boltzmann (= 1,38
10*-16), mais cette formule non équilibrée
peut nous laisser perplexe (cf. l'annexe 2 §
11).
Pour les expériences plus complexes, où
le voile d'indétermination est progressivement
levé par des observations successives, les
remarques du paragraphe précédent aident
à comprendre pourquoi la quantité
d'information moyenne acquise en regardant l'issue d'une
expérience est estimée par le nombre
d'observations élémentaires qu'il faut
effectuer pour lever l'indétermination qui
existait avant l'expérience. On démontre
que ce nombre est exactement le logarithme à base
2 de l'inverse de la probabilité et l'on arrive
à la formule de BRILLOUIN (1959) :
I(E) = log2 de l'inverse de la
probabilité de E
= log2 (1/P) = - log2 P
Quand la probabilité P est égale
à 1/2*n (c'est-à-dire quand
l'expérience réalisée est exactement
la combinaison de n observations
élémentaires du type pile ou face), la
formule précédente devient :
I(E) = log2 (2*n)
I(E) = n
Le comité consultatif international
télégraphique et téléphonique
a donné à l'unité d'information le
nom de binon (CULLMANN, 1968) puis de shannon, dont
l'abrégé est "sha". Ainsi, une
expérience telle que « pile ou face »,
dont les deux issues ont chacune une probabilité
égale à 1/2, apporte exactement 1 sha
d'information. Une expérience qui peut produire n
issues équiprobables permettra d'acquérir n
shannons d'information.
Si les issues possibles, numérotées 1,
2, ... , i, ... , n, ne sont pas équiprobables, et
si chacune d'elles correspond à ni cas possibles,
la formule précédente devient :
I(E) = log2 1/P
avec : P = n1____n2______ni_______ne_____ N! _____
ni ! / ___
soit : I(E) = log2 N! / __ ni !
L'approximation de Stirling conduit alors à la
formule de Shannon :
H(E) = somme Pi . log2 (1/Pi)
et il apparaît ainsi que la formule de Shannon
n'est qu'une approximation de la formule de Brillouin,
qui est plus fondamentale (parce qu'elle ne fait pas
inférence à un univers infini et
inconnu).
162.33 Néguentropie et information
Dans l'expérience de GAY-LUSSAC, quand on ouvre
le robinet qui sépare les deux ballons, l'entropie
thermodynamique du système augmente ; sa
néguentropie diminue, et l'information que l'on
pouvait obtenir en observant la présence (ou
l'absence) du gaz est devenue nulle, puisque l'on est
certain de trouver le gaz dans les deux ballons. Ce
rapprochement permet de comprendre pourquoi
néguentropie et information sont synonymes,
quoique ces deux quantités concernent
habituellement deux échelles d'observation
extrêmement différentes.
Les liaisons entre l'entropie et l'information sont
analysées en détail par L. BRILLOUIN (1959)
; pour nous, il suffit de comprendre que la
quantité d'information contenue dans une structure
(telle que l'ensemble des deux ballons de Gay-Lussac, ou
un message télégraphique ou le code
génétique) peut être transmise en
étant "portée" par une énergie assez
faible. S. FRONTIER (1981) souligne que "les applications
de la théorie de l'information ne font que
croître", et M. GODRON (2007) montre pourquoi les
calculs d'information sont un outil utile pour analyser
l'hétérogénéité des
« habitats » et des paysages (cf. §
54).
163 ÉVOLUTION DES SYSTEMES ET
STABILITE
163.1 Entropie maximale et structuration
Les systèmes physiques isolés suivent la
tendance très générale
imposée par le principe de Carnot et se
"déstructurent" inévitablement, en allant
vers des états de plus en plus probables et de
plus en plus stables ce qui correspond à un
accroissement de leur entropie (cf. annexe 1-2). Cette
déstructuration peut se réaliser
directement par la désagrégation des
nucléons (protons et neutrons), s'il se confirme
qu'ils sont instables à l'échelle de 10*33
années. L'espace serait alors sans doute
finalement rempli uniquement par des photons et des
neutrinos (P. SALATI, 1985).
A l'opposé de cette tendance, des
structurations apparaissent localement, par exemple dans
les "cellules de Bénard" : un liquide placé
dans une casserole est entraîné dans des
tourbillons qui s'ordonnent quelquefois en cellules de
forme approximativement hexagonale, qui ressemblent aux
cellules des "sols polygonaux". La structure
"dissipative", qui apparaît alors, correspond
à une diminution locale de l'entropie, qui n'est
pas en contradiction avec le principe de Carnot puisque
le récipient qui contient le liquide n'est pas
isolé : les cellules de Bénard apparaissent
dans l'eau seulement si elle est couplée avec une
source de chaleur, et cette chaleur provient
obligatoirement d'une dégradation d'énergie
de bonne qualité (chauffage électrique,
réaction chimique, pompe mécanique à
chaleur, etc.) qui s'accompagne d'une production
d'entropie.
Le bilan de l'ensemble constitué par le liquide
chauffé et la source de chaleur est toujours une
augmentation d'entropie, c'est à dire une
acquisition d'information selon la formule de Brillouin,
et cet ensemble finira par atteindre l'égalisation
des températures correspondant au principe de
Carnot, quand la source de chaleur sera
épuisée.
L'inéluctable augmentation de l'entropie
n'exclut pas une structuration locale quand le
système est hétérogène et
quand il reçoit de l'énergie venant de
l'extérieur. L'une des expériences les plus
remarquables dans ce domaine a été
réalisée par T. SHINBROT ET F. J. MUZZIO
(2001) : ils placent des billes dans les deux
moitiés d'une boîte dont le fond est soumis
à des vibrations qui peuvent faire sauter les
billes au-dessus de la cloison qui sépare les deux
moitiés ; si la répartition des billes dans
les deux moitiés de la boîte n'est pas
parfaitement symétrique, les billes s'accumuleront
progressivement dans la case où il y a
déjà un plus grand nombre de billes ; en
effet, dans cette case, les billes disposeront
individuellement d'un peu moins d'énergie que dans
la case la moins pleine, et elles sauteront moins
facilement par dessus la cloison ; au contraire, dans la
case la moins pleine, chaque bille dispose de plus
d'énergie et pourra plus facilement franchir la
cloison. Le calcul des transferts d'énergie montre
que le second principe de la thermodynamique est
respecté, parce que l'entropie globale des billes
diminue plus que lorsque les deux moitiés de la
boîte contiennent exactement le même nombre
de billes.
Depuis l'origine de la vie, les systèmes
biologiques ont vécu une structuration qui est un
peu analogue à l'apparition des cellules de
Bénard. C'est possible parce que la
biosphère n'est pas un système
thermodynamiquement isolé ; elle constitue ainsi
une "irrégularité locale" en cours de
structuration à l'intérieur du
système Soleil-Terre qui, dans son ensemble, se
déstructure lentement. Un écosystème
peut se structurer en restant durablement fermé,
à condition qu'il ne soit pas isolé de
toute source d'énergie de bonne qualité.
Pratiquement, l'humanité ne risque nullement de
manquer d'énergie (§ 87), mais seulement des
formes d'énergie dont elle sait prélever
facilement l'information dont elle a besoin.
Dans les deux exemples qui viennent d'être
présentés, la structuration est possible
grâce à un apport d'énergie venant de
l'extérieur du système, qui est donc un
système non-isolé. A l'INRA de Bordeaux, R.
DEWAR se pose la question. Il reprend les calculs de
Boltzmann, mais au lieu d'étudier la distribution
statistique de l'énergie à
l'équilibre, il étudie statistiquement le
cheminement de l'énergie. Il démontre
mathématiquement que, dans un système
thermodynamique non-isolé, hors équilibre,
et stationnaire, les chemins les plus probables sont ceux
qui maximisent le flux d'énergie. Le
résultat de Prigogine est donc
général. Une structure dissipative
s'auto-organise de façon à maximiser la
dissipation d'énergie de l'univers. C'est le
principe de production maximale d'entropie.
Les structures dissipatives ont été
très étudiées depuis 1960 (P.
GLANSDORFF ET I. PRIGOGINE, 1971), et elles sont
liées au fait que la matière ne peut pas
convoyer l'énergie sans subir de contrecoup (I.
PRIGOGINE, 1989). Nous y reviendrons dans les annexes 1-2
et 1-4.
Pour la végétation, le flux solaire qui
l'atteint produit un déséquilibre qui
entraîne la possibilité de prendre plusieurs
chemins, par des "bifurcations" (R. THOM, 1993) qui
constituent l'histoire du système. Une question
lourde de conséquences reste encore posée :
pourquoi les systèmes isolés ne vont-ils
pas tous immédiatement vers leur état le
plus stable, c'est-à-dire vers l'état
où la température est uniforme, et
où tous les corps sont mélangés
?
163.2 La lenteur des transformations
énergétiques
Un premier élément de réponse est
banal : le passage d'un système vers un
état plus stable est souvent très lent :
les gaz se mélangent assez rapidement, mais les
solides résistent très longtemps à
l'érosion du temps, et des millions
d'années sont nécessaires pour que leurs
assemblages de molécules se
désagrègent, et produisent le
mélange homogène où l'entropie est
maximale.
163.3 L'inertie des systèmes
énergétiques et les chemins
anastomosés
Cette lenteur est certaine, mais elle ne suffit pas
pour expliquer que certains systèmes peuvent
suivre plusieurs chemins pour aller vers un état
plus stable, et il faut ajouter un deuxième
élément de réponse : les
systèmes énergétiques
matériels possèdent une "inertie", qui les
conduit souvent à dépasser le point
d'équilibre, un peu comme le balancier d'une
pendule, entraîné par son élan,
dépasse la verticale et ne l'atteint
définitivement qu'après y être
passé à grande vitesse plusieurs milliers
de fois. C'est pourquoi, lorsque les "états" sont
ainsi très transitoires, ils sont trop
insaisissables pour être, à proprement
parler, des "états" observables, et il vaut mieux
employer alors le terme de "complexion", dont le charme
un peu désuet n'exclut pas une signification
thermodynamique très rigoureuse (cf. l'annexe 1-2
§10 du présent chapitre).
Finalement, si un système tend
inéluctablement vers sa complexion la plus stable,
il peut subsister pendant longtemps dans des complexions
relativement instables, où plusieurs futurs
immédiats bien différents sont presque
aussi probables les uns que les autres. Une analogie
aidera à comprendre cette multiplicité des
futurs : l'eau d'un torrent qui arrive à son
cône de déjection finira toujours par
arriver au confluent du torrent et de la rivière
qui coule au fond de la vallée, mais l'eau peut
suivre un très grand nombre de chemins, qui
partent du sommet du cône et s'anastomosent d'une
génératrice à l'autre, avant de se
rejoindre dans la rivière, au point le plus bas du
cône de déjection ; la fin du trajet est
parfaitement "déterminée", mais le chemin
suivi par une molécule d'eau dépend d'un si
grand nombre de variables qu'il est difficilement
déterminable et, en fait, "aléatoire".
Cette apparition du hasard et des probabilités
nous conduira à un troisième
élément de réponse, dans le
paragraphe 164.4.
L'application de ces idées au système
cosmologique du monde est précisée dans le
paragraphe 4 de l'annexe 1-2.
164 STABILITE ET PROBABILITE : LA RESISTANCE AUX
PERTURBATIONS
164.1 Ce qui caractérise la vie
Notre monde est un terrain d'expériences
spontanées, où les systèmes
biologiques, emportés par leur élan,
produisent sans cesse de nouvelles complexions, qui sont
plus ou moins stables. L'eau du torrent ne descend pas
toujours exactement selon la ligne de plus grande pente
du terrain : il suffit d'un très faible obstacle
pour que l'eau parte vers un chenal en pente plus
douce.
Autrement dit, l'écologie moderne ne peut
être que probabiliste, et le deuxième
principe peut s'y formuler ainsi :
"Tout système biologique est un
perpétuel ajustement dynamique de structures
métastables, soumises à des variations
d'environnement plus ou moins aléatoires, et les
structures les moins instables sont aussi les plus
probables".
Une formulation plus simple serait : la vie produit
régulièrement des structures de plus en
plus stables et de plus en plus complexes, tout
simplement parce qu'elles résistent mieux aux
perturbations et durent plus longtemps que les structures
instables.
Il est alors possible de revenir à la question
simple : "Où est donc la différence entre
les systèmes biologiques et les systèmes
purement chimiques ?". Il me semble qu'il n'existe pas
une différence radicale qui permettrait de savoir
si un ensemble de molécule est vivant ou mort. Par
exemple, certains tissus continuent à se
développer dans le corps d'un animal, longtemps
après la mort de l'individu. Il est difficile de
dire précisément à quel moment la
chimie "minérale" a développé les
nouveaux processus qui ont amorcé la vie, mais le
point crucial est sans doute l'intervention d'une
mémoire dans le fonctionnement du
système.
Les grosses molécules prébiotiques
réagissent instantanément aux modifications
de leur environnement, selon les lois des
équilibres physico-chimiques dans des
systèmes de réactions "immédiates",
sans médiation, même quand elles sont
lentes. Mais, en cybernétique, on connaît
des systèmes plus perfectionnés qui
comprennent un "capteur" sensible aux modifications de
l'environnement, un centre de décision qui traduit
le signal transmis par le capteur sous la forme d'une
action, qui est alors une "rétro-action".
L'exemple biologique le plus banal est celui de la
réaction des muscles de votre bras quand vous avez
posé la main sur une casserole brûlante.
Les premiers êtres vivants se distingueraient
alors des agrégats de molécules
minérales par leur réaction
commandée par un centre de décision qui met
en jeu une "mémoire". C'est pourquoi de nombreux
biologistes pensent que le premier système
biochimique qui puisse être qualifié de
"vivant" est la combinaison d'un acide nucléique
codant (ARN) et de la protéine dont il catalyse la
production. Les premières structures "vivantes"
ont ainsi pu se dédoubler en gardant une
"mémoire", liée à des
"nucléotides" constitués d'un ribose, d'une
base et d'un phosphate (les acides nucléiques
libérés lors de la destruction d'une
cellule sont d'ailleurs une importante source de
phosphates dans les cycles de la matière
organique).
A. CAIRNS-SMITH (1985) souligne à juste titre
que des structures dotées d'une mémoire des
formes sont nécessaires pour assurer toute
"reproduction" et il montre bien l'importance des
"échafaudages" moléculaires relativement
primitifs (peut-être constitués en liaison
avec des argiles) qui peuvent avoir joué ce
rôle à l'aurore de la vie.
Les expériences de T. CECH ET A. ZAUG, parues
dans Science en janvier 1986, permettent de penser que
l'ARN peut avoir été simultanément
l'embryon de mémoire et le support des
activités catalytiques "utiles", que l'on croyait
réservées aux protéines des enzymes.
W. GILBERT, prix Nobel en 1980, proposa aussitôt
d'appeler ces ARN "ribozymes", pour souligner
l'importance de ce double rôle.
L'ARN (acide ribonucléique ) diffère de
la double hélice de l'ADN sur trois points :
- - une molécule d'ARN correspond à un
seul des deux montants de l'échelle d'ADN, muni
des demi-barreaux correspondants ;
- - le ribose y remplace le désoxyribose
;
- - sur le demi-barreau, la thymine de l'ARN est
remplacée par l'uracyle, qui admet
l'adénine comme binôme dans le
deuxième demi-barreau, comme pour l'ADN.
Chez les êtres vivants actuels, un filament
d'ARN messager est la "crémaillère" le long
de laquelle un ribosome se déroule, en accrochant
au passage les molécules d'acide aminé
accolées à de petits morceaux d'ARN "de
transfert" qui portent chacun le "négatif" de l'un
des codons enchâssés le long de l'ARN
messager. Une protéine composée de 1.000
acides aminés se construit de la même
manière. L'hypothèse actuelle est donc que
l'ARN primitif catalysait directement la production des
protéines. Cette hypothèse est
crédible puisque les virus à ARN,
après des inversions de polarité, induisent
dans les cellules l'enchaînement d'acides
aminés apportés par les ARN de
transfert.
N. GALTIER, M. GOUY ET N. TOURASSE ont montré
que les proportions de guanine et de cytosine dans les
ARN d'organismes très anciens font penser qu'ils
se sont produits en milieu tempéré. C.
PONNAMPERUNA ET AL. (1963) ont observé la
production de précurseurs de l'ARN et de l'ADN
(ribose et désoxyribose) dans des
expériences analogues à celles de S.
MILLER. L'utilisation de ces molécules
hélicoïdales comme mémoire capable
d'orienter la synthèse des acides aminés a
pu être assez précoce. Quelle est l'origine
de l'association fidèle d'une séquence
spécifique d'ADN à une lignée de
Pro-caryotes ? Il n'est pas impossible que la
"sélection chimique" (qui sera
évoquée un peu plus loin) ait
favorisé des "pré-virus" constitués
d'une molécule d'ADN (ou d'ARN ?)
parallèlement à l'élaboration des
gouttes de protoplasme des
"pré-bactéries".
La double hélice de l'ADN apporte l'avantage
d'une stabilité plus grande, et d'un
système de duplication rapide (par ouverture de
l'échelle, comme une fermeture éclair, et
réappariement de chacun des demi-barreaux,
à la vitesse de 10 à 20 nucléotides
par seconde). Par exemple, le virus du
Bactériophage T2 (qui mesure environ 0,1
micromètre et qui est souvent nommé virus
T2) injecte seulement un filament d'ADN (long d'environ
60 micromètres quand il est déplié)
à travers la membrane d'une Bactérie. Ce
filament suffit pour mobiliser les protéines de la
Bactérie et pour produire une centaine de
Bactériophages nouveaux. Les coacervats (§
212.4) contenant des ARN avaient ainsi plus de chance
d'assurer la reproduction du système.
Il est possible que plusieurs systèmes de
codage primitif aient coexisté en ces
époques lointaines, préludant très
tôt à l'émergence de lignées
durables. F. JACOB (1981) pense que, très
vraisemblablement, tout a commencé avec de petites
séquences de 30 à 50 nucléotides (ce
sont les constituants élémentaires de l'ADN
et de l'ARN, cf. § 253) produites par
l'évolution chimique et capables chacune de coder
10 à 15 acides aminés. C'est seulement
après coup que de telles séquences ont pu
être unies par un processus de ligature pour former
des chaînes protéiques plus longues.
Certaines de celles-ci se sont alors
avérées utiles et ont été
sélectionnées. Des mutations suffisent
alors pour affiner la structure. Un essai
d'approfondissement de cette idée est
recensé dans l'annexe 2-2.
Le processus ainsi décrit par F. JACOB
correspond exactement à la règle
générale proposée au paragraphe 164,
et c'est une "sélection chimique" qui a
été à l'origine des premières
structures vivantes, qui aboutissent à des
polynucléotides composées de plusieurs
millions de paires de nucléotides. Le même
auteur attire l'attention sur une conséquence de
ce qu'il appelle des "bricolages" : "La phase
réellement créatrice de la biochimie n'a pu
survenir que très tôt, car l'unité
biochimique qui sous-tend l'évolution du monde
vivant n'a de sens que si les organismes primitifs
contenaient déjà la plupart des
constituants communs aux êtres vivants :
systèmes de réplication et de traduction,
etc."
L'une des questions qui restent posées est :
pourquoi ces processus ne sont-ils plus observés
aujourd'hui sur la Terre ? Une première
réponse est l'existence de la couche d'ozone qui
atténue la puissance du rayonnement solaire,
exactement dans la gamme de longueurs d'ondes favorables
aux synthèses biochimiques. De plus, s'il arrive
que des molécules "pré-biologiques" se
forment encore de nos jours dans les eaux superficielles,
elles sont vraisemblablement absorbées par l'un
des organismes qui composent les chaînes
alimentaires actuelles. En conséquence, il serait
vain de courir les océans à la recherche de
ces précurseurs moléculaires de la vie.
De même, à l'intérieur d'un
système de planètes analogues à
celles qui sont proches de nous (cf. l'annexe 1-5 du
premier chapitre), il apparaît que la Terre occupe
une position privilégiée pour que la vie,
telle que nous la connaissons, puisse s'y
développer : les planètes plus proches du
Soleil sont trop chaudes et les planètes
lointaines sont trop froides. Sur Vénus, le climat
a suivi la même évolution que sur la Terre,
pendant les deux ou trois milliards d'années qui
ont suivi la constitution de ces planètes (G.
ISRAEL, 1985). Mais, sur Vénus, en particulier
à cause de l'effet de serre, l'eau s'est presque
totalement évaporée, puis
échappée (la température actuelle de
la surface de Vénus est voisine de
470°C).
164.2 Stabilité et structures
spatiales
En fait, l'eau d'un torrent ne suit pas toutes les
génératrices du cône de
déjection, parce que le champ des possibles n'est
pas homogène, puisque l'espace lui-même
n'est pas homogène, dès qu'il est
habité par la matière. Les physiciens le
savent bien, puisque toute particule "organise" l'espace
autour d'elle-même, et le jeu des interactions
entre des particules voisines aboutit à la
constitution des structures relativement stables que sont
les atomes. De même, toute molécule d'acide
désoxyribonucléique participe à la
structuration biologique de l'individu où elle se
trouve, en se combinant avec ses compagnes
d'hélice pour intervenir dans les réactions
enzymatiques.
Considérons, par exemple, des acides
aminés présents dans une solution aqueuse ;
ils peuvent être regroupés en
"séquences", en fonction du code
génétique, pour constituer une
molécule de protéines. La formation d'une
protéine correspond alors à une diminution
d'entropie qui peut être calculée (G.
SCHULZ, 1951, Electrochem. 55, p. 569) en imaginant que
la séquence est linéaire. Pour une
séquence longue, l'information correspondante
à cette entropie est égale à 4,57
log n, en appelant « n » le nombre initial
d'acides aminés.
Ce type de calcul n'est évidemment pas
applicable directement aux organismes et aux
communautés d'êtres vivants. Cependant, une
formulation analogue peut être utilisée pour
calculer l'information incluse dans un paysage, où
les animaux et les végétaux sont
groupés en bâtissant des communautés.
Puisque l'étude des communautés est, depuis
ERNEST HAECKEL (1866), l'objet de l'écologie, ceci
peut être résumé sous une forme plus
concise :
"Les transformations des systèmes
écologiques qui ont lieu dans l'espace
hétérogène où vivent les
plantes et les animaux aboutissent à des
structures spatiales plus ou moins métastables ;
la structure spatiale des individus et des
communautés est alors le résultat de leur
fonctionnement passé aussi bien que la source de
leur fonctionnement futur."
Ce principe est le fondement majeur de
l'écologie des paysages (§ 542) qui prend
directement en compte
l'hétérogénéité de
l'espace où nous vivons.
164.3 Rappel de quelques définitions
relatives à la stabilité
Pour préciser les notions relatives aux
équilibres, l'exemple le plus simple est celui du
système constitué par une barre d'acier
soumise à une force de traction. Il permet de
définir deux seuils : la "charge de rupture " et
la "limite d'élasticité".
Si la force appliquée dépasse la "charge
de rupture", C, la barre se casse, et le système
est détruit.
Si la force est beaucoup plus faible que la charge de
rupture, la barre retrouve exactement sa forme quand elle
n'est plus soumise à la traction et l'on est dans
le domaine des "déformations élastiques"
dont la borne supérieure est la limite
d'élasticité, E. Dans ce domaine,
l'allongement, D, est proportionnel à la force
subie, F (fig. 16-4) :
D = k . F
Le coefficient k est le coefficient
d'élasticité, qui est une
caractéristique importante du système.
Si la traction est comprise entre E et C, on est dans
le domaine des "déformations inélastiques",
ou domaine des déformations permanentes, ou
domaine de la ductilité. Par exemple, si l'on a
exercé la force G (comprise entre E et C),
produisant la déformation GN, puis que l'on
diminue progressivement la traction, la barre revient
vers son état initial en maintenant la
proportionnalité entre la déformation et la
force exercée (ceci correspond au trajet NP sur la
figure 16-4), mais elle ne retrouve pas sa longueur
initiale, et elle conserve un résidu de
déformation OP, à partir duquel se
définit la nouvelle limite
d'élasticité G, après
"écrouissage" (opération consistant
à travailler, en le frappant, laminant,
étirant, un métal, selon P. ROBERT, 1967).
En quelque sorte, l'aptitude de la barre à
réagir a été augmentée, et le
travail effectué pour aller jusqu'en N est
proportionnel à la surface du quadrilatère
curviligne O M N Q. Ce travail est nommé
"résistance vive".
On voit ainsi que la limite d'élasticité
n'est pas un caractère permanent de la barre
d'acier. Le dépassement de la limite initiale
d'élasticité (écrouissage) produit
ainsi un effet inattendu : la barre y gagne en «
ténacité » puisque sa charge de
rupture augmente (mais sa ductilité, qui est son
aptitude à être tréfilée,
risque alors de diminuer).
L'application aux systèmes écologiques
des notions issues de la mécanique serait sage, en
particulier pour le mot "résilience" qui
caractérise la résistance au choc : si l'on
regarde la définition précise de ce terme,
il apparaît que son emploi exige la connaissance de
la "résistance vive", qu'il est bien difficile de
mesurer dans les systèmes biologiques.
Malheureusement, depuis quelques années, certains
écologues l'utilisent sans
réfléchir. Par exemple, K. MCCANN (2000)
définit une "résilience
générale" qui serait l'inverse du temps
requis pour que le système revienne à un
des états antérieurs d'équilibre ou
de non-équilibre et une « equilibrium
resilience » qui serait l'inverse du temps de retour
à l'équilibre immédiatement
antérieur.
Il faut essayer d'être plus précis et de
choisir dans la gamme des termes disponibles celui qui
convient à la notion mise en jeu. Le terme
"vulnérabilité " est l'un des plus
sûrs, et il peut être défini comme
étant l'inverse de l'élasticité.
B. CHANSON ET AL. (1989) emploient le mot «
fragilité » comme synonyme de faible
résistance à la propagation d'une fissure
existante.
Des problèmes analogues se posent en
géomorphologie (J. TRICART, 1975) : le domaine des
déformations élastiques est alors le «
régime permanent », au cours duquel le
système oscille saisonnièrement. Le
système géomorphologique passe d'un
régime permanent à un autre régime
permanent si les calculs de régression montrent
que l'ajustement à deux droites de
régression est meilleur que l'ajustement à
une seule droite. En théorie, il est alors
possible de trouver une régression non
linéaire très satisfaisante, mais, en
pratique, le calcul des deux régressions est la
plupart du temps déjà suffisamment
délicat.
Un excellent exemple de ces changements de
régime est celui des pluies exceptionnelles de
juin 1957 dans le Queyras (J. TRICART, 1975). Les effets
de la crue des torrents ont été si intenses
qu'ils ont dépassé tout ce qui avait eu
lieu depuis une dizaine de milliers d'années, et
la dynamique des cours d'eau a suivi, depuis 1957, un
autre régime permanent. Au contraire, la dynamique
des versants a retrouvé son régime
antérieur, grâce à une cicatrisation
rapide.
164.4 Déflexion et
rétablissement
Il reste bien nécessaire de clarifier le
vocabulaire sur quelques autres points.
Par exemple, K. MCCANN (2000) nomme «
résistance » le fait qu'un
écosystème reste composé des
mêmes espèces au cours du temps. Ce
phénomène avait été
nommé « persistance » par P. VAN VORIS
et al. (1978). Ces auteurs ont aussi observé qu'un
grand nombre d'études de « stabilité
» concernent la sensibilité du modèle
mathématique qui est censé
représenter le système biologique,
plutôt que la stabilité réelle de ce
système ; ils estiment judicieux de dire qu'un
paramètre du système est stable quand
l'« intégrale de la perturbation » qu'il
permet d'observer est petite. En effet, cette
intégrale tient compte à la fois de la
l'amplitude de la déformation du paramètre
après l'agression, et de la rapidité du
retour à l'état initial.
L'inconvénient de cette approche est que cette
intégrale pourra avoir la même valeur pour
un système qui se déforme beaucoup mais
revient vite à son état initial, et pour un
système qui se déforme peu, mais revient
lentement à son état initial.
Pour éviter les ambiguïtés, il faut
donc distinguer régulièrement, dans tout
déplacement d'un équilibre biologique, la
« déflexion » (déformation
résultant d'une perturbation extérieure),
et le rétablissement qui la suit. On
s'aperçoit alors que les systèmes
écologiques jeunes ont une déflexion et une
résistance vive faibles, mais une grande vitesse
de rétablissement ; au contraire, les
systèmes âgés ont souvent une
résistance vive forte, une grande amplitude de
déflexion et une faible vitesse de
rétablissement ; ils sont «
vulnérables ». Ces remarques seront incluses
implicitement dans la synthèse du paragraphe
suivant.
164.5 Types et degrés de stabilité :
le modèle des "montagnes russes"
Les paragraphes 164.1 à 164.3 peuvent aider
à comprendre le paradoxe de SCHRÖDINGER
(§ 161) : les êtres vivants absorbent de
l'énergie et la rendent ensuite pour la
dégrader, c'est-à-dire pour en tirer
l'information (= la néguentropie) qui leur permet
de maintenir et de développer leurs propres
structures. Cette acquisition d'information par une
plante ou par un animal lui est « utile »,
parce qu'elle lui permet d'atteindre un état plus
stable en augmentant sa capacité de réponse
aux perturbations. Le point délicat est le passage
vers cet état plus stable, car le système
doit souvent franchir un seuil avant de pouvoir atteindre
cet état plus stable.
La comparaison avec l'équilibre d'une bille sur
des montagnes russes (fig. 16-2) aidera à le
comprendre : dans le profil qui va de A à Z, le
point d'équilibre le plus stable est B (entropie
maximale), mais, C, D et E sont aussi des points
d'équilibre "métastable", où la
bille revient si les perturbations qu'elle subit restent
modérées.
Si nous secouons le système, il est quasiment
certain que la bille finira, le plus souvent, par aller
en B, mais il pourra arriver qu'elle aille en C, et elle
y restera aussi longtemps que les secousses ne la feront
pas sortir du "puits" C. A fortiori, si elle arrive en D
ou en E, elle n'en partira que par accident.
Si la bille est en C, et si on la perturbe, elle
atteindra "presque spontanément" le point B, mais
il lui faudra un "accident" favorable pour qu'elle
atteigne D et, a fortiori, E.
Ceci montre que l'évolution du système
ne dépend pas seulement du niveau de
stabilité maximale, mais aussi des
probabilités d'accès (hauteurs des seuils,
"sections de capture", puissance des attracteurs) aux
points d'équilibre métastables, et aussi
des risques de départ des « puits» de
stabilité.
Le but de ce schéma est de faire comprendre que
les équilibres biologiques, qui sont tous
métastables (puisque tous les êtres vivants
mourront un jour), résistent inégalement
aux perturbations. Ainsi, un état
métastable, tel que E, peut résister mieux
aux perturbations que l'état le plus stable, B,
où un faible choc suffit pour envoyer la bille en
C ; c'est pourquoi la formulation la plus précise
consiste à dire que E est "moins instable" que D
et que C.
Un des exemples les plus curieux est celui de la
capture des Insectes par une plante carnivore, la Venus
dioneae : au repos, ses feuilles sont convexes, comme une
coque de navire, ce qui correspond à une situation
de basse énergie dans un puits de
métastabilité peu profond ; quand un
Insecte se pose sur la feuille, elle commence à se
fermer par une réaction cellulaire, puis, en
quelques dixièmes de seconde, sa courbure
s'inverse, et elle se referme brutalement, en
emprisonnant sa proie. La petite quantité
d'énergie apportée par l'Insecte a suffi
pour que la feuille sorte du puits de
métastabilité et tomber très vite
dans un autre puits de métastabilité,
correspondant à une courbure inversée,
comme un couvercle de boîte de conserve qui se
courbe en produisant un « clic » sonore.
Ce schéma s'applique aussi dans un domaine
très différent, celui de l'équilibre
temporaire du champ d'inflation ouverte qui serait
lié à l'origine de notre univers (M.
BUCHER, A. GOLDHABER - Open Universe from Inflation,
Physical Rev. D 52, 6 : 3314 -3337, 1995). Il est aussi
nommé « paysage énergétique
» en physique (P. G. DEBENEDETTI ET F. H.
STILLINGER, 2001).
Ce genre de raisonnement s'applique aussi, par
exemple, aux variations d'énergie qui accompagnent
le devenir d'un électron issu du choc d'un photon
sur une molécule de chlorophylle (fig. 16-3) parce
que chacun des états du système est
nettement distinct des autres. Il correspond aussi
à la "stabilisation sélective" chère
à J.-P. CHANGEUX : ce sont les images mentales
"sélectionnées" (par le passage d'un seuil
tel que L, M ou N) et "stabilisées" qui sont mises
en mémoire dans notre cerveau.
En économie, ce schéma correspond aux
équilibres de Nash (§ 863). On parle alors
quelquefois de « dynamique intermittente » qui
s'applique à des phénomènes de
turbulence étudiés par Kolmogorov et qui se
traduit spatialement par des plages homogènes
« laminaires » séparées par des
« falaises » turbulentes (J. PH. BOUCHAUD, Pour
la Science, 314 : 142-147, 2003).
Plus généralement, les "bifurcations" de
R. THOM, qui se produisent dans les systèmes
énergétiques situés loin de
l'équilibre étudiés par I.
PRIGOGINE, montrent que l'alternance de variations
progressives et de ruptures brutales est
thermodynamiquement possible. Le modèle des
montagnes russes intègre ces deux types de
phénomènes.
164.6 Les plantes menacées et les montagnes
russes
La "vulnérabilité" des espèces
est prise en compte dans tous les programmes de
préservation de la biodiversité, et il faut
se souvenir qu'elle comprend deux aspects
complémentaires :
- - la résistance de l'espèce aux
perturbations habituelles, qui est la profondeur du
puits de métastabilité à
l'intérieur duquel elle vit et assure sa
descendance, et qui est une élasticité
;
- - la résistance de l'espèce aux
perturbations exceptionnelles, c'est à dire sa
"résilience", sa résistance aux
chocs.
En physique, les propriétés
comparées d'une plaque de verre et du fil d'acier
d'un trombone montrent comment ces deux aspects se
combinent :
- - le verre résiste bien aux agressions
mécaniques faibles, puisqu'il n'est pas
rayé par les métaux, mais sa
résilience est faible puisqu'il se brise au
moindre choc ;
- - le fil d'acier se plie facilement dès
qu'il subit une pression, et il ne se brise que s'il
est soumis à un choc très violent.
164.7 La vulnérabilité et la
sensibilité de la végétation
Pour la végétation, les deux exemples
qui permettent de comprendre la différence ente la
résilience et l'élasticité sont
celui d'une forêt naturelle et celui des herbes
folles d'une allée de jardin :
- - la forêt évolue facilement autour
d'un état moyen au fil des saisons et des
années, parce qu'elle réagit avec
élasticité aux variations
régulières du climat, mais elle sera
durablement détruite après le passage
d'un bull-dozer ;
- - les herbes folles de l'allée
disparaîtront sous l'action de la binette du
jardinier ou seront tuées par la
sécheresse de l'été, mais elles
renaîtront à la première
pluie.
La carte des séquences de
végétation combinée à celle
des types de végétation (cf. l'Atlas du
Languedoc-Roussillon, qui a reçu la
médaille d'argent du CNRS) permet d'établir
une carte de "sensibilité" de la
végétation (M. GODRON ET J. POISSONET,
1972) : la végétation d'un polygone
résultant de la combinaison de ces deux cartes est
"sensible aux perturbations" si le type de
végétation est fortement métastable
et si sa vitesse de cicatrisation au cours de la
séquence est faible ; à l'opposé,
elle est peu sensible si le type de
végétation d'un polygone est situé
à gauche dans le modèle des montagnes
russes et si la vitesse de cicatrisation est grande.
165 STABILITE DES SYSTEMES ET
"ORGANISATION"
Finalement, la biosphère se structure
(c'est-à-dire va à contre-courant de
l'homogénéisation inéluctable
à long terme = diminue son entropie) en empruntant
de la néguentropie (= de l'information) au
rayonnement solaire. Cette structuration se maintient (=
l'information peut se transmettre) seulement si
l'état final est moins instable que l'état
initial.
Les structures qui ne correspondent pas à des
puits de métastabilité disparaissent
inéluctablement ; c'est seulement l'acquisition
d'une plus grande stabilité qui permet à un
système biologique d'atteindre un état
métastable plus riche que l'état le plus
stable, qui est la mort.
L'organisation des êtres vivants n'est pas un
miracle, ni un accident, ni le fruit d'un hasard
tout-puissant et irrationnel ; elle résulte du
"principe de Maupertuis" (nommé aussi principe du
moindre effort" par les étudiants qui aiment le
pratiquer dans la vie), qui est une loi d'efficience
maximale : tous les systèmes naturels
évoluent de manière à mettre en jeu
le moins d'énergie possible. L'organisation des
êtres vivants résulte de l'acquisition
progressive de systèmes de régulation
analogues à un thermostat qui régule la
température du local où il est
situé. Pour ce faire, le système
détecte les écarts à la
température souhaitée, et met en route la
production de calories (ou de frigories) qui rapprochera
la température réelle de la
température souhaitée. Un tel
système est "adapté" à l'objectif de
son constructeur. Des systèmes de ce type existent
chez les êtres vivants, par exemple sous la forme
simple de la thermorégulation des animaux à
sang chaud, ou de la modification de la courbure du
cristallin de l'il, qui "accommode" la
netteté de la vision.
Ces régulations interviennent continuellement
dans le corps de chacun de nous puisque, chaque jour,
plus de cent milliards de nos cellules (sur les quelques
dizaines de milliers de milliards qui constituent notre
corps), se dédoublent et que cent milliards de
cellules meurent. Et pourtant, nous restons presque
identiques à nous-mêmes tout au long de la
journée.
Une perfection plus subtile est celle d'un
système qui modifie son organisation pour
maintenir sa pérennité, c'est-à-dire
pour rester fonctionnel quand l'environnement change.
Dans ce cas, le fonctionnement adapté au
deuxième environnement peut être
inadapté au premier environnement. Un des exemples
les plus typiques est celui de la transformation des
Poissons en Amphibiens (ou, inversement, de la
transformation de Mammifères terrestres en
Cétacés). Le système est alors dit
"auto-organisateur" (cf. § 862). La stabilité
de ce type de systèmes doit alors être
comprise très largement, puisque le système
subsiste au-delà de la limite de
déformation permanente (§ 164.2)
Les systèmes biologiques sont essentiellement
auto-organisateurs à plusieurs échelles et
il est normal qu'ils soient durables, puisque leur
principe est justement de résister aux
perturbations. Ainsi, les "erreurs" de transcription du
code génétique sont aussi "utiles", au
cours de l'évolution, que la
fidélité de la reproduction.
Ceci montre que l' « adaptation » (§
271) est un mécanisme perfectionné qui peut
aboutir à une étonnante adéquation
entre le structure et le fonctionnement, qui est
peut-être la source de la qualité
esthétique des êtres vivants, et aussi de la
qualité des paysages (M. GODRON, 2007 et §
542).
Dans la noosphère, la mémoire collective
de l'humanité intervient dans les processus
écologiques, souvent pour stabiliser à un
niveau acceptable les systèmes écologiques
où nous vivons (§ 875). Or, toute
mémoire est couplée avec un système
de traitement de l'information et le rapport entre la
quantité d'information contenue dans la
mémoire et l'information traitée en une
seconde est voisin de 10, aussi bien dans les
systèmes nerveux des animaux que dans les
ordinateurs
On voit ainsi que le fonctionnement et la structure
sont intimement liés, et qu'il faut les observer
ensemble, en étudiant l'organisation du
système. L'organisation peut aussi bien être
considérée comme une "structure
fonctionnelle" que comme une "fonction structurante".
L'essentiel est de comprendre que l'organisation
présente des aspects spatiaux (structures) et des
aspects temporels (fonctionnement), dont elle est la
synthèse. E. DURKHEIM avait exprimé ceci
sous une forme admirable : "Sans doute, les
phénomènes qui concernent la structure ont
quelque chose de plus stable que les
phénomènes fonctionnels ; mais entre les
deux ordres de faits, il n'y a que des différences
de degré. La structure même se rencontre
dans le devenir, et on ne peut la mettre en
lumière qu'à condition de ne pas perdre de
vue ce processus du devenir. Elle se forme et se
décompose sans cesse ; elle est la vie parvenue
à un certain degré de consolidation, et la
distinguer de la vie dont elle dérive ou de la vie
qu'elle détermine équivaut à
dissocier des choses inséparables." (cf. §
86).
Aujourd'hui, cette idée se traduit par une
règle cybernétique simple :
La structure actuelle d'un système est le
résultat de son fonctionnement passé et
elle conditionne son fonctionnement futur.
Signalons au passage que la structure peut être
nommée "matriciel", par analogie avec le
"logiciel". Ce terme semble bien choisi, puisqu'une
matrice est effectivement une structure transformante
(cf. Annexe 1 du chapitre 7) mais il faut encore attendre
pour voir si ce terme aura droit de cité.
Dans d'autres domaines scientifiques, il a
été possible de passer de l'étude
descriptive de la structure et du fonctionnement
jusqu'à l'étude des relations
d'organisation, et ce passage a conduit à des
progrès importants. Ainsi, J. LAVOREL écrit
au sujet de la photosynthèse : "Une autre
dimension et la nécessité d'un nouveau
cadrage des images structurale et fonctionnelle devaient
être introduites...", et il constate que les
biologistes travaillent sur des ensembles
moléculaires dont l'organisation "assez
précise permet l'apparition de
propriétés nouvelles par rapport à
celles des molécules constitutives". C'est le
problème de l'émergence, qui sera
abordé dans le chapitre 9, mais nous regarderons
maintenant directement l'émergence de la Vie, qui
a eu lieu grâce à des relations dynamiques
qui diminuent l'indétermination et augmentent
l'information.
ANNEXE 1-1
RUDIMENTS DE PHYSIQUE DU RAYONNEMENT
1 PRINCIPES (CF. EN PARTICULIER, G. BRUHAT,
1962)
Au soir d'une belle journée
d'été, si vous passez devant un mur, vous
sentirez qu'il émet un rayonnement infra-rouge qui
vous réchauffe. La chaleur ne vient pas d'un
échauffement de l'air près du mur, parce
que vous pourrez vérifier avec un
thermomètre que l'air absorbe peu de rayonnement
et reste froid. C'est bien une émission
d'énergie radiative que vous avez perçue.
Cette simple expérience met en évidence un
fait plus général : dès qu'un corps
est à une température supérieure au
zéro absolu, il émet de l'énergie
sous forme de radiations.
Considérons, plus rigoureusement, un corps
placé sur des croisillons de liège dans une
enceinte où règne le vide
(c'est-à-dire dans un calorimètre), le
transport de chaleur par conductibilité
(c'est-à-dire par contact) du liège ou de
l'air sont faibles puisque le liège et l'air sont
mauvais conducteurs. Si l'air est immobile, les
transports de chaleur par ventilation (par "convection")
sont nuls. Pourtant, le corps va échanger de
l'énergie radiative avec l'enceinte,
jusqu'à ce que sa température soit
égale à celle de l'enceinte. Lorsque
l'équilibre est atteint, le corps reçoit
autant d'énergie qu'il en émet.
En effectuant des mesures, nous allons
considérer le flux d'énergie émis
par l'unité de surface de la source de radiation,
dans l'intervalle de longueur d'onde L + dL, pendant
l'unité de temps. Ce flux est appelé
"émittance énergétique de la source
pour la longueur d'onde L" ; il est symbolisé par
WL. Cette quantité dépend de la nature du
corps ; elle est toujours inférieure à
celle qui est émise par un corps parfaitement
émetteur théorique, qui est appelé
"corps noir". Un corps presque noir peut être
réalisé en considérant un petit
opercule percé dans la surface d'une sphère
creuse.
2 LOI DE STEFAN-BOLTZMANN (1879 OU 1869)
2.1 Énoncé
L'émittance énergétique d'un
corps porté à la température T est
aussi nommée « pouvoir émissif »,
et cette quantité d'énergie est
proportionnelle à la quatrième puissance de
la température absolue :
W = s . T4
avec une constante s qui est égale à
5,7 . 10- 8 W . m- 2 . deg K- 4
L'unité d'émittance
énergétique est la quantité
d'énergie émise par un corps noir dont
l'étendue est égale à l'unité
de surface. Les radiations ainsi émises se
présentent à la fois sous forme d'onde et
sous forme de particules nommées photons.
L'il humain est si sensible que cinq ou six photons
frappant la rétine suffisent pour exciter le nerf
optique (R. FEYNMAN, 1987).
Un observateur extérieur reçoit
seulement l'énergie rayonnée dans sa
direction. Il faut donc rapporter aussi l'énergie
émise à l'unité d'angle solide, et
à l'unité de surface apparente, et l'on
arrive ainsi à la notion de "luminance spectrale
énergétique" (qui était
appelée autrefois brillance).
Ce sont certaines irrégularités dans la
luminance spectrale qui ont donné naissance
à une partie de la théorie des quantas,
lorsque Max Planck fut contraint en 1900 - en un «
acte désespéré » - d'admettre
que les échanges énergétiques
à l'intérieur du corps noir ne pouvaient se
faire que par de très petits grains
d'énergie, qu'il a nommés « quantas
». La loi de Planck donne la répartition de
l'énergie dans les fréquences
possibles.
2.2 Application
La loi de STEFAN permet de calculer la
température d'une source quand on connaît la
quantité d'énergie qu'elle émet.
Ainsi elle conduit à estimer la température
de la couche externe du Soleil à 6 000
degrés absolus (ou °K).
En relation avec la loi de STEFAN, on peut calculer la
quantité d'énergie qu'il faut fournir
à l'unité de volume du "vide" pour
élever de 1 degré C la température
du rayonnement (op. cit., p. 613). Ce calcul n'est pas
directement utile en écologie, mais nous le
mentionnons pour conduire à
réfléchir sur la nature du rayonnement.
Cette chaleur spécifique du vide, Cv, est
égale à :
4 . a . T3
avec a = 7,67 . 10- 15 CGS = 7,67 . 10- 16 SI
Cette quantité est beaucoup plus petite que la
chaleur spécifique des corps habituels, mais elle
devient très importante quand la
température atteint plusieurs millions de
degrés (par exemple à l'intérieur du
Soleil).
Pour comprendre un peu mieux ce qu'est le vide,
chassons l'air d'un cylindre, en poussant le piston
à fond, et fermons le robinet de vidange du
cylindre. Tirons maintenant le piston, pour créer
un vide dans le cylindre, et attendons un peu, pour que
l'équilibre thermique s'établisse. Poussons
à nouveau le piston vers le fond du cylindre :
contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, le
piston ne revient pas spontanément jusqu'au fond
du cylindre, même si aucune molécule de gaz
n'est entrée dans le cylindre. Le "vide" exerce
une pression sur le piston, à cause du rayonnement
électromagnétique qui est émis par
les parois du cylindre et durablement installé
dans le vide. Ceci peut être exprimé d'une
manière imagée en disant qu'un "gaz de
photons" (sans poids) occupe le "vide".
En mécanique quantique, il est montré
que, dans le vide, des paires de particules et de leurs
anti-particules surgissent en permanence (sinon, tous les
paramètres physiques seraient exactement connus,
ce qui est incompatible avec l'indétermination
démontrée par Heisenberg) ; ces
antiparticules s'annihilent presque immédiatement,
sauf si un champ magnétique les écarte
puisqu'elles sont de signe contraire. Le vide
possède donc une énergie quantique qui
n'est pas nulle. Dans le cosmos, ce
phénomène devient si important près
des "trous noirs" qu'il provoque des "sursauts gamma" qui
convertissent en énergie une part importante de la
masse disponible.
Il est logique de se demander d'où vient
l'énergie radiative fournie par un corps qui
rayonne. La réponse est donnée par A.
EINSTEIN (1905), dans un des articles fondateurs
où son génie s'est
révélé : « Un corps émet
de l'énergie L sous forme de rayonnements, la
masse alors diminue de L / C*2 (C étant la vitesse
de la lumière) ... La masse d'un corps est une
mesure de son contenu d'énergie ; si
l'énergie change de la quantité L, la masse
change dans le même sens d'une quantité L /
9 . 10*20, l'énergie étant mesurée
en ergs, et la masse en grammes. »
Depuis quelques années, des physiciens ont
construit des appareils où la lumière va
plus vite que 900.000 km/s : un laser émet un
rayonnement qui traverse un gaz d'atomes de césium
et une partie de ce rayonnement peut aller si vite
qu'elle semble ressortir avant même d'être
entrée (L. WANG et al., 2000). Les physiciens
assurent que cette exception ne remet pas en cause la
théorie de la relativité ni la
causalité des phénomènes. Nous
pouvons donc rester sereins et continuer à
utiliser nos lampes électriques sans craindre que
leur lumière ne nous échappe.
3 LOI DE WIEN (1894 OU 1874)
L'énergie émise par un corps est
très faible dans les très faibles longueurs
d'onde, de même que celle qui est émise dans
les très grandes longueurs d'onde ; en
conséquence, la courbe qui exprime la variation de
la "luminance spectrale", EL, en fonction de la
fréquence, est une courbe en cloche, qui passe par
un maximum pour une fréquence correspondant
à la longueur d'onde maximale, Lmax (fig. 1 de
l'annexe 1-1).
WIEN, puis BOLTZMANN, ont montré que la courbe
EL2, pour la température T2, se déduit de
la courbe EL1 par l'anamorphose suivante : quand les
abscisses sont augmentées dans la proportion K,
les ordonnées sont augmentées dans la
proportion K*3.
Si l'on considère la courbe de variation de EL
en fonction de la longueur d'onde, L, l'anamorphose se
traduit par une règle simple : quand les abscisses
sont diminuées dans la proportion T1, les
ordonnées sont augmentées dans la
proportion T2*5 ; ceci est illustré par la figure
1, ci-jointe, sur laquelle on voit le maximum se
déplacer régulièrement vers la
gauche (longueurs d'ondes plus petites,
c'est-à-dire lumière de plus en plus
"bleue", selon la courbe tracée en
pointillé.
La longueur d'onde Lmax, pour laquelle la luminance
spectrale est maximale, décroît quand la
température croît :
Lmax (en microns) . T (en degrés K) = 2.900
Ainsi, la température de la Terre est voisine
de 290 degrés K (c'est-à-dire à 17
degrés C) ; elle émet donc principalement
à une longueur d'onde Lmax = 10 microns (c'est un
rayonnement infrarouge). A la température du
soleil (6 000 degrés K), Lmax = 0,5 microns = 500
nanomètres. La différence entre ces deux
longueurs d'onde explique l'origine de l' «
information » acquise par la biosphère
(§ 162). Le rayonnement "X" de 0,1 nanomètre
correspond à une température de 30 millions
de degrés K, et le rayonnement gamma à une
température de 30 milliards de degrés K,
liée à la déstructuration du noyau
des atomes.
La figure 1-An1 montre que la plus grande partie de
l'énergie rayonnée est comprise entre 0,5
Lmax et 2 Lmax, c'est-à-dire, dans le cas du
Soleil, entre 0,25 micron et 1 micron.
De même, la plus grande partie de
l'énergie rayonnée par la Terre est
comprise entre 5 microns et 20 microns (rayonnement
infrarouge).
L'un des types de rayonnement méconnus est
celui dont la fréquence est comprise entre 0,3 et
10 térahertz et la longueur d'ondes entre 0,03 mm
et 1 mm, qui le situent entre l'infra-rouge et les ondes
radio. Il est nommé rayonnement T (pour
térahertz, qui signifie 1012 hertz = 1.000
gigahertz). Comme tous les autres rayonnements, il est
composé d'un champ électrique et d'un champ
magnétique qui oscillent de concert et s'induisent
l'un l'autre en se propageant à la vitesse de la
lumière. La particule correspondante est, comme
d'habitude, le photon, qui possède alors une
énergie inférieure à 0,1
électron-volt, insuffisante pour que le photon
puisse arracher un électron en arrivant sur un
capteur comme cela se produit avec les photons solaires
et il peut seulement chauffer des molécules telles
que celle du bismuth. Les rayons T ne sont pas ionisants
et ils sont arrêtés seulement par les
métaux et l'eau ; ils permettent donc de voir les
éléments métalliques et la forme du
corps à travers les vêtements.
Les rayons cosmiques sont très
différents, puisque ce sont des particules de
très haute énergie (1019
électrons-volts, soit un million de fois plus que
les particules produites par les
accélérateurs des physisiciens)
émises par des trous noirs situés au centre
de nébuleuses à noyau actif situées
à quelques centaines de millions
d'années-lumière. Ils sont freinés
par le rayonnement fossile reliquat du big bang. Il
arrive en moyenne une de ces particules chaque
siècle sur 1 km_ de la Terre.
4 LOI DE KIRCHOFF (CORPS NON NOIR)
Un des caractères du corps noir idéal
(et des petites sphères percées d'un
opercule qui sont presque des corps noirs) est d'absorber
totalement l'énergie qu'il reçoit. Les
autres corps absorbent une partie de l'énergie
qu'ils reçoivent, et réfléchissent
le reste. Le quotient de l'énergie ainsi
réfléchie par l'énergie reçue
est nommé "albedo". Inversement, le quotient de
l'énergie absorbée par l'énergie
incidente qui arrive sur un corps non noir est le
"facteur d'absorption", AL ; il est toujours
inférieur à l'unité, et égal
à 1 - albedo (cf. § 311).
Le facteur d'absorption dépend de la longueur
d'onde du rayonnement reçu. Par exemple, la
chlorophylle absorbe nettement mieux le rouge et le bleu
que les couleurs de longueur d'onde moyenne, comme le
vert et le jaune ; c'est parce qu'elle renvoie beaucoup
de vert qu'elle paraît verte à nos yeux.
Un corps très réfléchissant
(argent poli) ou très diffusant (porcelaine
dépolie) a un facteur d'absorption voisin de
zéro. L'une des surfaces les plus blanches est
celle des élytres du Coléoptère
asiatique Cyphocilus dont la couche externe est
épaisse seulement de cinq micromètres (20
fois moins qu'une feuille de papier).
Un corps non noir placé à
l'intérieur d'une enceinte échange de
l'énergie radiative avec les parois de l'enceinte,
jusqu'à ce qu'un équilibre soit atteint. On
démontre que la luminance spectrale du corps, FL,
(quantité d'énergie émise par
l'unité de surface, dans l'unité d'angle
solide, au voisinage de la longueur d'onde L) est alors
égale à son facteur d'absorption
multiplié par la luminance spectrale du corps noir
:
FL = AL . EL
Autrement dit, un corps non noir, placé en
équilibre dans une enceinte, absorbe moins
d'énergie que le corps noir, il émet aussi
moins d'énergie que le corps noir, dans la
même proportion. Ce sont, à
température égale, les corps qui absorbent
le plus qui émettent aussi le plus.
A la limite, un corps parfaitement
réfléchissant n'émettrait pas de
lumière propre. Ainsi regardons une plaque de
métal poli, parsemée de taches de noir de
platine, placée dans un four et portée
à incandescence : les taches "noires"
paraîtront alors plus claires que la plaque de
métal.
Le facteur d'absorption dépend
généralement de l'angle d'incidence du
rayonnement ; il est plus faible quand les rayons
arrivent obliquement. C'est pourquoi une boule
incandescente paraît plus lumineuse au centre que
sur ses bords.
Appliquons la loi de KIRCHOFF à la Terre
illuminée par le Soleil : son albedo est voisine
de 30%, et elle absorbe donc 70% de la constante solaire
(fig. 12-1). Elle tend ainsi à se
réchauffer ; en conséquence, dès que
sa température est supérieure au
zéro absolu, elle émet un rayonnement de
grande longueur d'onde (10 microns), selon la loi de
STEFAN, qui lui prend de l'énergie.
L'équilibre s'établit ainsi autour d'une
température moyenne, dite "température
thermodynamique d'équilibre".
Si l'atmosphère était absolument
transparente, cette température d'équilibre
serait voisine de - 22°C. En fait, la basse
atmosphère absorbe une partie de l'énergie
émise par la Terre, et se réchauffe ; les -
22°C sont alors atteints aux environs de 5 km
d'altitude (fig. 12-2).
5 PRESSION DE RADIATION ET DENSITE
D'ENERGIE
Lorsqu'un faisceau de radiations atteint un corps, il
y provoque des courants induits, et le champ
magnétique correspondant produit des forces de
répulsion. Tout se passe comme si le rayonnement
exerçait une pression sur la surface
éclairée.
Cette pression est numériquement égale
à la quantité d'énergie U contenue
dans l'unité de volume du rayonnement incident (U
est appelé densité d'énergie). Si la
surface est parfaitement réfléchissante,
l'unité de volume contiendra autant
d'énergie réfléchie que
d'énergie incidente, et la pression de radiation
sera égale à 2U.
Dans le cas du rayonnement solaire, les 2 calories
reçues en une minute sur un centimètre
carré correspondent à : 1,4 . 10*6 ergs par
seconde. Cette énergie est contenue dans un
cylindre de section unitaire ayant pour longueur 30 000
000 000 de centimètres. Le faisceau incident
contient donc : 1,4 . 10*6 / 3. 10*10 = 5 . 10*5 erg ; la
pression correspondante est de 5.10*-5 barye, pour un
corps noir, et de 10*-4 barye pour un corps parfaitement
réfléchissant.
L'une des curiosités de la physique quantique
est de prévoir que le « vide » le plus
parfait, qui ne contient aucune particule et qui
n'émet aucun rayonnement possède cependant
une certaine énergie « noire »,
liée à des particules « virtuelles
», et même une chaleur spécifique.
6 APPLICATION A LA TELEDETECTION
Les photographies aériennes sont très
utilisées depuis plusieurs dizaines
d'années pour observer la végétation
et la surface de la Terre ; elles peuvent être
sensibles à la gamme du rayonnement visible
(pellicules panchromatiques), à l'infra-rouge ou
à des longueurs d'onde choisies à l'avance
("fausses couleurs").
Les satellites de télédétection
sélectionnent certaines longueurs d'onde. Ainsi
SPOT reçoit du vert (0,5 à 0,59 microns),
du rouge (0,61 à 0,68 microns) et de l'infra-rouge
(0,79 à 0,89 microns). Pour identifier la
couverture végétale (ou le type de sol qui
apparaît entre les plantes) qui apparaît en
chacun des points de l'image reçue par le
satellite, il est commode de placer à quelques
mètres au-dessus du sol un radiomètre qui
perçoit les mêmes longueurs d'onde que le
satellite. La "signature" des plantes est
caractérisée par le quotient
luminance/éclairement. La luminance est le flux
énergétique (en watts) émis par la
couverture végétale (ou par le sol), et
l'éclairement est le flux
énergétique reçu par la même
surface.
ANNEXE 1-2
RUDIMENTS DE THERMODYNAMIQYE
(cf., en particulier, G. BRUHAT, 1962)
Les biologistes ont souvent peur d'affronter les
mystères de la thermodynamique. Il est pourtant
assez facile de saisir que cette science peut être
pour nous une alliée plus qu'une ennemie, en
particulier parce qu'elle montre comment il est possible
de relier les observations macroscopiques aux
phénomènes microscopiques.
1 TYPOLOGIE DES SYSTEMES THERMODYNAMIQUES ET DES
TRANSFORMATIONS
Les systèmes thermodynamiques peuvent
être classés en plusieurs types, en fonction
de leurs relations avec leur environnement, que l'on
appelle généralement l'"extérieur"
du système.
1.1 Systèmes isolés
Un système isolé n'a aucune relation
avec l'extérieur. Il n'échange ni
énergie ni matière avec son environnement ;
ses parois sont rigides, et il ne peut pas être
comprimé ou dilaté, puisque ces variations
de volume seraient un échange d'énergie
mécanique avec l'extérieur. Ces parois ne
doivent pas non plus transmettre de chaleur (l'on dit
qu'elles sont "adiabatiques"). Sa masse reste constante.
Finalement, il ne peut subir que des transformations
internes, à volume constant.
1.2 Systèmes fermés et
non-isolés
Un système fermé n'échange pas de
matière avec l'extérieur, mais il peut
échanger de la chaleur, de l'énergie
mécanique (s'il se dilate ou se contracte), et,
éventuellement, de l'énergie
électrique, magnétique, ou radiative.
Généralement, les systèmes
fermés étudiés par les
mécaniciens ont une composition chimique
constante, et cette propriété est souvent
sous-entendue. L'exemple le plus courant est celui des
machines thermiques (machines à vapeur, moteur
à explosion, etc.) qui échangent avec
l'extérieur de la chaleur et de l'énergie
mécanique.
Les systèmes biologiques peuvent, à la
limite, être des systèmes fermés, et
ils peuvent aussi être thermiquement isolés,
même pendant des durées relativement longues
(un aquarium placé dans un calorimètre, par
exemple), mais ils ne peuvent pas rester longtemps
radiativement isolés (sauf l'exception
signalée en particulier dans les paragraphes 211
et 214 du chapitre 2). Pour fabriquer des moteurs, les
thermodynamiciens négligent
généralement les entrées
d'énergie radiative, mais les systèmes
biologiques sont moins brutaux et ils utilisent
systématiquement l'énergie radiative du
Soleil.
Pour les systèmes fermés (mais non
isolés), on distingue habituellement les
transformations monothermes, où le système
est en contact avec une seule "source" de chaleur (qui
reste à température constante, mais peut
aussi bien recevoir de la chaleur qu'en donner) et les
transformations dithermes, où deux sources
extérieures sont en jeu. Les deux parties d'un
système ditherme peuvent évidemment rester
chacune à une température constante (la
transformation est alors dite isotherme), mais un
système monotherme peut aussi subir une
transformation isotherme. Il peut, par exemple, se
dilater, ce qui tend à entraîner une
diminution de température, et recevoir des
calories au fur et à mesure qu'il se
détend, en compensation exacte, de manière
que sa température reste constante.
Une transformation sans échange de chaleur avec
l'extérieur est adiabatique ; une transformation
à pression constante est isobare ; enfin une
transformation à volume constant est isochore.
1.3 Systèmes ouverts
Un système ouvert échange de
l'énergie et de la matière avec
l'extérieur. Si l'on veut y appliquer le principe
de la conservation de la masse, il faut écrire
:
dM = dMe + dMs = 0
en appelant M la masse du système, dMe la masse
qu'il reçoit de l'extérieur, dMs la masse
qu'il donne à l'extérieur.
1.4 Réversibilité
Indépendamment de leur degré d'ouverture
et d'isolement, les systèmes peuvent subir des
transformations plus ou moins réversibles : une
transformation est dite réversible si elle
s'effectue progressivement, sans saut brusque, et en
équilibre avec l'extérieur, de telle
manière que le système puisse à
chaque instant revenir à son état
antérieur. Dans le cas contraire, par exemple
quand une étincelle électrique
déclenche une explosion, la transformation est
irréversible.
Les transformations irréversibles sont, en
particulier :
- - les flux de chaleur dus à une
hétérogénéité de
températures,
- - les flux de matière dus à une
hétérogénéité de
concentration (pensez à la diffusion d'une
goutte de vin dans un verre d'eau, ou à la
dissolution d'un morceau de sucre),
- - les variations d'hystérésis
magnétiques,
- - les frottements, qui transforment de
l'énergie mécanique en chaleur.
Aucune transformation réelle n'est parfaitement
réversible. En effet, la
réversibilité parfaite supposerait qu'il
n'y ait aucun frottement, et que les échanges de
chaleur aient lieu entre corps qui auraient la même
température (cf. les paragraphes 5 et 6 de la
présente annexe).
1.5 Tableau d'ensemble
Cette typologie peut se résumer dans le tableau
suivant :
SYSTEME TRANSFORMATIONS
isolé ( parois étanches) elles sont
:
- parois rigides - toutes internes
- parois adiabatiques - réversibles ou
irréversibles
- toutes adiabatiques
fermé et non-isolé :
ses parois sont étanches elles peuvent
être de n'importe quel type, mais il existe, en
particulier, des transformations :
- - isothermes
- - adiabatiques
- - isobares
- - isochores
- - réversibles
- - irréversibles
ouvert les transformations sont analogues à
celles des systèmes fermés, mais il faut
ajouter dans toutes les équations les termes
complémentaires qui caractérisent les
effets des échanges de matière entre le
système et son environnement.
2 LE PREMIER PRINCIPE DE LA THERMODYNAMIQUE
SADI CARNOT écrivait, avant 1836, dans des
notes qui ont été connues après sa
mort : "La chaleur n'est autre chose que la puissance
motrice, ou plutôt que le mouvement qui a
changé de forme ; c'est un mouvement. Partout
où il y a destruction de puissance motrice dans
les particules des corps, il y a en même temps
production de chaleur en quantité
précisément proportionnelle à la
quantité de puissance motrice détruite ;
réciproquement, partout où il y a
destruction de chaleur, il y a production de force
motrice."
"On peut donc penser en thèse
générale que la puissance motrice est en
quantité invariable dans la nature, qu'elle n'est
jamais à proprement parler ni produite, ni
détruite. A la vérité, elle change
de forme, c'est-à-dire qu'elle produit
tantôt un genre de mouvement, tantôt un
autre, mais elle n'est jamais anéantie...
D'après quelques idées que je me suis
formées sur la théorie de la chaleur, la
production d'une unité de puissance motrice
nécessite la destruction de 2,70 unités de
chaleur" (op. cit., p. 74).
Ces réflexions sont au centre du premier
principe de la thermodynamique, dit principe de la
conservation de l'énergie (ou principe de
l'équivalence) :
Au cours de toutes les transformations (non
nucléaires), l'énergie se transforme, sans
jamais disparaître, autrement dit, un type
d'énergie est toujours équivalent
quantitativement (et non pas qualitativement) à un
autre type d'énergie.
Ce premier principe permet de définir
l'"énergie interne" d'un système
fermé, à partir des variations de travail
et des échanges de chaleur observés entre
deux états du système. Pour cela, nous
allons examiner des transformations de plusieurs types,
qui seront, dans ce §, des transformations de
très faible amplitude, au cours desquelles la
température et la pression n'auront pas le temps
de varier sensiblement, et pour lesquelles nous pourrons
adopter la notation différentielle. Autrement dit,
nous considèrerons des intervalles de temps aussi
petits que l'on voudra, inférieurs à toute
quantité assignée à l'avance.
Dans une transformation à volume constant, il
n'y a pas d'échange de travail avec le milieu
extérieur et la variation d'énergie interne
est exactement égale à la chaleur
échangée :
UB - UA = QB - QA = dQ
Considérons maintenant une transformation
où le volume varie, mais où la pression
reste constante et égale à P. Les
échanges de travail mécanique se
résument, entre l'état initial A et
l'état final B, à :
P.(VA - VB) = P.dV
La variation d'énergie interne, pour l'ensemble
de ces deux transformations, est alors :
UB - UA = QB - QA + P.(VA - VB) = dQ + P.dV
Plus généralement, il faut tenir compte
aussi de la variation d'énergie
électromagnétique de conduction, dE, et de
la variation d'énergie
électromagnétique de rayonnement, dE'.
Alors, la variation d'énergie interne d'un
système de masse constante et immobile, au cours
d'un cycle ouvert (où l'état final est
distinct de l'état initial), est :
UB - UA = dQ + P.dV + dE + dE'
Le premier principe revient ainsi à dire que la
variation d'énergie interne entre l'état A
et l'état B dépend seulement des
échanges d'énergie physique (travail,
chaleur, électricité, rayonnement
électromagnétique) avec l'extérieur.
Il peut alors être exprimé, sous le nom de
principe de l'état final et de l'état
initial, en disant que la variation d'énergie
interne entre A et B ne dépend pas du chemin
physique suivi entre A et B.
3 FORMULATION FINE DU PREMIER PRINCIPE -
DEFINITION DE L'ENERGIE INTERNE (G. BRUHAT, 1962, OP.
CIT., CHAP. VIII)
Nous avons vu au paragraphe précédent
que, dans le cas où la pression reste constante
:
dU = dQ + P.dV (1)
Si la pression varie au cours de la transformation qui
fait passer le système de l'état A à
l'état B, l'équation (1) devient une
véritable équation différentielle.
Elle peut alors être intégrée et
donner :
UB - UA = QB - QA + Intégrale de P.dV
Or, l'intégrale définie qui permet de
mesurer la variation d'énergie interne pourrait a
priori dépendre du "chemin" suivi entre A et B
dans l'espace à trois dimensions Q, P, V.
Considérons, par exemple, le diagramme de
coordonnées P et V, où un point
représente un état du gaz (fig. 1 de la
présente annexe), et observons un cheminement
énergétique passant par trois points Ao,
A1, A2. Partons du point Ao, de coordonnées Po,
Vo, To, et comprimons le gaz. Il tend à
s'échauffer (comme on le constate en tenant dans
la main une pompe de bicyclette) puisque les chocs entre
molécules se multiplient. Si le gaz est dans une
enceinte non isolée, c'est-à-dire s'il peut
céder de la chaleur, sa température reste
constante. On arrive ainsi au point A1 où P1 >
Po, V1 < Vo et T1 = To.
Si on isole maintenant l'enceinte, et que l'on
continue à comprimer le gaz, sa température
augmentera, et la pression augmentera d'autant plus vite.
L'ascension du point figuratif sera plus rapide, et ce
point arrivera ainsi en A2, de coordonnées P2 >
P1, V2 < V1, T2 > T1.
Le travail fourni au gaz est la somme de la chaleur
fournie par le gaz et de l'intégrale de P.dV ; il
est proportionnel à la surface totale
hachurée sur la figure. Or, selon le principe de
l'état initial et de l'état final, la
variation de l'énergie interne entre Ao et A2 ne
dépend pas du chemin parcouru. En langage
mathématique, ceci revient à dire que les
dérivées partielles de U par rapport au
volume (à température constante) et par
rapport à la température (à volume
constant) sont égales entre elles (op. cit., p.
117 et suiv.). Nous n'insisterons pas sur les
applications de cette formulation fine du premier
principe, parce qu'elle exigerait des
développements analytiques un peu longs, mais il
était nécessaire de la signaler, car elle
constitue une base de départ précieuse pour
démontrer un grand nombre de lois de la
thermodynamique.
4 LE DEUXIEME PRINCIPE DE LA
THERMODYNAMIQUE
En 1824, SADI CARNOT a compris (avant même
d'avoir découvert le premier principe de la
thermodynamique) que certaines transformations se
produisent toujours dans le même sens. Ainsi, quand
de la chaleur circule dans un système, elle va
toujours du corps le plus chaud vers le corps le plus
froid, de telle manière que les
températures s'égalisent progressivement.
De même, un gaz tend toujours à occuper
toute la place qui lui est offerte, etc.
Ces deux exemples montrent que le deuxième
principe repose sur des observations très simples,
qui n'ont rien de mystérieux, mais qui permettent
de caractériser le "sens" de l'évolution
des systèmes, en distinguant leur passé et
leur futur. Il permet même de savoir que certains
futurs sont impossibles. En particulier, il
entraîne la certitude que l'univers tend vers un
système déstructuré à
température uniforme. C'est pourquoi A. EINSTEIN
disait de lui que "c'est le plus métaphysique des
principes de la physique".
Ajouter les travaux de Poincaré et de
Progogine.
L'application du deuxième principe à la
cosmologie est délicate : l'univers est
habituellement considéré comme un
système isolé (sinon, il communiquerait
avec un autre univers !) et son entropie est alors
toujours croissante. Ce n'est pas incompatible avec le
Big bang, puisque l'univers primitif aurait
été, dans cette hypothèse, une bulle
d'énergie de très haute qualité et
très homogène. Les lois de la physique nous
permettent de remonter dans le temps jusqu'à une
fraction de seconde - le "temps de Planck" - après
le Big bang. Au moment de sa naissance, l'univers
était un formidable concentré
d'énergie (considérée comme une
fluctuation du vide quantique) et l'on ne peut pas dire
s'il était grand ou petit parce que les notions
d'espace et de temps sont apparues en même temps
que l'univers, et c'est seulement après le temps
de Planck que l'univers a commencé à se
dilater.
Les atomes, puis les molécules, puis les
nébuleuses, les étoiles, les
planètes, etc. sont apparus ensuite. La
transparence de l'espace intersidéral, qui nous a
légué le rayonnement fossile de Penzias, en
a diminué l'homogénéité.
L'univers est ainsi devenu de plus en plus complexe, de
plus en plus structuré et cette évolution
paraît, à première vue, en
contradiction avec le second principe de la
thermodynamique qui dit qu'un système isolé
devient de plus en plus homogène. En fait, la
structuration de l'univers cosmologique ne contredit pas
le deuxième principe, puisqu'elle s'est accomplie
en consommant de l'énergie de très haute
qualité, riche en néguentropie. Puisque
nous ne savons pas si l'univers est limité et s'il
se dilatera indéfiniment, nous ne pouvons pas
prévoir ce que sera son état final.
5 DEFINITION THERMODYNAMIQUE DE L'ENTROPIE
Considérons un système fermé qui
est en contact avec une "source" de chaleur (ou de
froid). Une telle source fournit de la chaleur (ou du
froid) sans que sa température varie. Un radiateur
est ainsi une source chaude, et un frigidaire une source
froide ; un lac est une source froide par rapport
à une barre de fer chauffée au rouge que
l'on plonge dans l'eau du lac ; de même,
l'atmosphère est une source froide par rapport au
moteur d'une mobylette. En fait, une source froide est un
producteur de "frigories", ce qui revient à dire
que c'est un capteur de calories.
Le principe de Carnot signifie que l'énergie
"coule" toujours de la source chaude vers la source
froide, qui est, en fait, un "puits" où arrive
l'énergie.
Une application du principe de CARNOT est qu'un
système fermé, mais non isolé, qui
est en contact seulement avec une source chaude (capable
de lui fournir de la chaleur), et décrit un cycle
monotherme ne peut pas produire de travail
mécanique. En effet, ce travail mécanique
pourrait ensuite être transformé en
frottement pour échauffer la source chaude, et
l'on aurait ainsi transféré de la chaleur
du corps le plus froid vers le corps le plus chaud, ce
qui est contraire au deuxième principe (et au bon
sens !).
Les machines capables de transformer
régulièrement de la chaleur en
énergie doivent donc disposer de deux sources
thermiques : la source chaude est, par exemple, une
chaudière à charbon ou un cylindre à
l'intérieur duquel a lieu une combustion explosive
; la source froide est l'atmosphère
extérieure, ou un condenseur refroidi
volontairement. Le travail est produit par un ensemble
mécanique, qui peut être une turbine, ou,
plus simplement, un cylindre et un piston. Pour obtenir
le déplacement du piston, il faut qu'il existe une
différence de pression entre ses deux faces, l'une
étant au contact du gaz réchauffé
par la source chaude, et l'autre au contact du gaz
refroidi par la source froide. Le système doit
donc comprendre l'ensemble mécanique, la source
chaude et la source froide ; il constitue alors une
"machine thermique".
Dans ces conditions, l'ensemble mécanique
reçoit une quantité de chaleur Q1, positive
par convention, et il donne à la source froide une
quantité de chaleur Q2, négative par
convention. Le travail effectué est :
W = - (Q1 + Q2)
Il est logique que W soit négatif, puisque ce
travail est produit par l'ensemble mécanique. Le
rendement de l'ensemble est, par définition, le
rapport entre l'énergie mécanique produite
et l'énergie calorifique fournie par la source
chaude ; ce rendement, r, est un coefficient
supérieur à 0, et il est donné par
:
r = - W / Q1
r = ( Q1 + Q2 ) / Q1
r = 1 + Q2/Q1
Pour évaluer ce rendement en fonction des
températures, les thermo-dynamiciens ont
utilisé la température absolue,
mesurée en degrés Kelvin, qui est
égale à la température
centésimale (ou température Celsius) +
273,15. La définition de la température
absolue permet alors d'écrire (op. cit., p. 89)
:
T1 / T2 = - Q1 / Q2
et
r = 1 - T2 / T1
Considérons ainsi une machine fonctionnant
réversiblement entre 100°C
(température de l'eau bouillante) et 20°C ;
les températures absolues correspondantes sont T1
= 100 + 273 = 373°K, et T2 = 20 + 273 = 293°K ;
la machine aura alors un rendement de :
1 - 293 / 373 = 80 / 373 = 0,21 = 21%
Le rendement atteindra 38% si la vapeur est
surchauffée à 200°, et 44% si sa
température atteint 400°.
De la relation :
T1 / T2 = - Q1 / Q2
nous tirons :
Q1 / T1 = - Q2 / T2
Q1 / T1 + Q2 / T2 = 0
Plus généralement, si une machine
fonctionne avec plusieurs sources
numérotées 1, 2, ... , n, nous aurons :
Q1/T1 + Q2/T2 + ... + Qn/Tn = 0
Si les sources sont infiniment nombreuses et si leurs
températures varient continûment, chacune
des quantités Q1, Q2, ..., Qn sera infiniment
petite, et sera notée dQ1, dQ2, ..., dQn. La
transformation sera alors "réversible" (cf.
début de cette annexe) et l'expression
précédente deviendra une intégrale
:
S = Somme de dQ/T = 0
La fonction S qui vient d'être définie
joue un rôle considérable, et Clausius l'a
nommée "entropie" : le verbe grec "tropaein"
signifie "tourner, infléchir, se tourner pour
revenir, revenir en arrière". Clausius, le
physicien qui a construit, en 1845, le mot "entropie", a
écrit à ce sujet : "C'est à dessein
j'ai formé ce mot, de manière qu'il se
rapproche autant que possible du mot énergie, car
ces deux quantités ont une telle analogie dans
leur signification physique qu'une certaine analogie de
dénomination m'a paru utile". Le
phénomène physique, le "retour en
arrière", l'"infléchissement", avait
été découvert un demi-siècle
plus tôt par SADI CARNOT, qui a oublié de
lui donner un nom à succès, mais qui avait
bien vu que l'augmentation d'entropie d'un système
isolé est l'un des phénomènes
où la "flèche du temps" trace un chemin
orienté en sens unique (CF. I PRIGOGINE,
1996).
Les calculs qui viennent d'être faits reviennent
à dire que, dans le cas d'une transformation
réversible, l'entropie du système
n'augmente pas. C'est pourquoi S = Somme de dQ/T est la
fonction qui caractérise l'entropie. Elle confirme
bien que l'augmentation d'entropie est nulle pour toutes
les transformations adiabatiques (sans échange de
chaleur) puisqu'alors dQ = 0.
Pour définir la température d'un corps,
les thermodynamiciens ajoutent aux trois principes
classiques de la thermodynamique une relation de
transitivité : deux corps qui sont en
équilibre thermique avec un troisième corps
sont aussi en équilibre thermique entre eux. Cette
relation paraît évidente à
première lecture, mais elle est nécessaire
dans certains raisonnements fondamentaux.
La plupart des systèmes thermodynamiques
complexes que nous connaissons, par exemple le corps d'un
animal ou la totalité de biosphère, sont
des systèmes non isolés, ce qui signifie
qu'ils échangent de l'énergie avec leur
environnement. Il faut donc faire les calculs d'entropie
pour l'ensemble constitué par le système
qui nous intéresse et par son environnement. Par
exemple, la personne enfermée dans un
calorimètre (cf. le paradoxe de Schrödinger
§ 161) reçoit de son environnement de
l'énergie chimique de haute qualité dans
les aliments qu'elle consomme. Elle redistribue cette
énergie dans son environnement sous des formes
diverses (énergie calorifique de la "chaleur
animale", énergie mécanique si elle se
déplace, énergie chimique résiduelle
dans ses déjections).
Le bilan énergie reçue -
énergie rendue est évidemment nul,
puisque la personne n'a pas accumulé
d'énergie pendant son séjour dans le
calorimètre. Alors, dit Schrödinger, pourquoi
avons nous besoin de consommer des aliments, puisque nous
ne conservons pas l'énergie qu'ils nous
fournissent ? La réponse est simple : nous
absorbons de l'énergie chimique de haute
qualité et nous rendons en grande partie de
l'énergie calorifique de basse qualité.
Autrement dit, nous consommons de la qualité
d'énergie, c'est à dire de la
néguentropie.
Il en est de même pour la biosphère, qui
est un système fermé mais non isolé
: elle absorbe la lumière solaire, énergie
rayonnante de courte longueur d'onde et donc de haute
qualité, et elle renvoie de l'énergie
rayonnante infra-rouge, de plus grande longueur d'onde et
de moindre qualité, en consommant ainsi la
néguentropie qui lui permet de se structurer
(§ 162).
6 ENTROPIE ET IRREVERSIBILITE
L'exemple présenté dans le paragraphe
précédent est un idéal, qui n'est
jamais atteint. En effet, il suppose que les
échanges de chaleur ont lieu avec des sources
infiniment nombreuses, et telles que chacune d'elles est
en équilibre thermique avec l'ensemble
mécanique, de manière que les
transformations soient réversibles. Autrement dit,
l'augmentation d'entropie d'une machine thermique (qui
inclut des échanges de chaleur) est nulle si la
machine est parfaitement réversible. Les machines
thermiques réelles, qui ne sont pas
réversibles, fournissent de l'entropie à
leur environnement.
En effet, deux corps échangent de la chaleur
seulement si leurs températures sont
différentes, en conséquence, il n'existe
pas de transformations parfaitement réversibles ;
elles sont toujours irréversibles, et le rendement
réel est toujours inférieur au rendement
calculé précédemment. En
conséquence, il y a toujours une augmentation
d'entropie à l'intérieur d'un
système isolé.
Mais les échanges de chaleur entre des corps
qui sont "presque" à la même
température (T1 - T2 est alors un infiniment petit
du premier ordre) entraînent une production
d'entropie qui est un infiniment petit de second ordre
(op. cit., p. 111). En conséquence, les
échanges de chaleur entre corps à
températures voisines sont pratiquement
réversibles. C'est en vue d'obtenir de tels types
d'échanges de chaleur que les centrales
électriques s'ornent de ces immenses
hyperboloïdes de révolution qui dominent les
vallées de nos grands fleuves.
En résumé, pour toutes les
transformations (sans frottements) réversibles qui
ont lieu à l'intérieur d'un système
isolé, sans qu'il y ait d'échange de
chaleur avec l'extérieur :
dS = 0
Dès qu'une transformation non réversible
(et en particulier la création de chaleur) a lieu
à l'intérieur d'un système
isolé, l'entropie de ce système augmente
:
Tout phénomène irréversible donne
lieu à une "création d'entropie".
La quantité d'entropie créée peut
même servir à caractériser le
degré d'irréversibilité du
phénomène. (op. cit., p. 111)
7 ÉCHAUFFEMENT OU REFROIDISSEMENT D'UN
SYSTEME NON ISOLE
Considérons un système non isolé
thermiquement, constitué par un corps de
capacité calorifique c et de masse m. Mettons-le
au contact d'une source chaude : il subit une
augmentation de température, dT, et la variation
d'entropie est :
dS = dQ/T = m . C . dT /T
Puisque la quantité de chaleur reçue est
égale à m . c . dT, l'intégrale est
facile à calculer :
S2 - S1 = m . C . Log T2/T1
On vérifie ainsi que l'entropie du corps
chauffé a augmenté. Par exemple, l'entropie
d'une barre d'acier de 100 g qui est chauffée de
70 degrés augmente de 10,3 joules/degré. Ce
calcul montre aussi que, si l'on avait mis le corps en
contact avec une source froide, sa température
aurait diminué, et son entropie aussi aurait
diminué. Ceci n'est pas un paradoxe, puisque le
système considéré n'est pas alors
isolé, et que l'augmentation d'entropie est
inéluctable seulement dans les systèmes
isolés, tels que l'ensemble constitué par
la Terre et la face du Soleil qui lui envoie de
l'énergie.
La biosphère est un système
fermé, mais non isolé, et il n'est pas
étonnant que son entropie puisse diminuer. Il
n'est pas nécessaire de faire appel à la
thermodynamique des systèmes ouverts pour
comprendre que l'entropie de la biosphère peut
diminuer. Un système fermé (par exemple un
aquarium) n'est pas obligatoirement un système
isolé. Il est alors tout naturel que l'entropie
d'un système biologique fermé et non
isolé diminue, par exemple quand il est refroidi
par le vent.
La formule précédente montre que
l'entropie d'un corps est minimale quand sa
température est égale au zéro
absolu. Tous les corps sont alors sous forme solide, et
tous les atomes sont immobiles (ils sont même
orientés parallèlement au champ
magnétique). On a alors affaire à un ordre
exact et le principe de NERNST (nommé quelquefois
troisième principe de la thermodynamique) affirme
que l'entropie tend alors vers une valeur finie, que M.
PLANCK a proposé de considérer comme nulle.
Au contraire, quand la température d'un corps est
supérieure au zéro absolu, les atomes ne
sont plus parfaitement liés, et ils peuvent bouger
les uns par rapport aux autres. Quand le corps arrive
à la température de fusion,
l'énergie de liaison des atomes devient
égale à celle de l'agitation thermique, et
ils peuvent se disposer assez librement les uns par
rapport aux autres ; le corps passe alors à
l'état liquide ; s'il est encore plus
chauffé, il passe à l'état gazeux,
dans lequel les molécules s'agitent en
désordre (cf. l'annexe C à la fin du
présent chapitre).
Un animal est un système thermodynamique
ouvert, qui absorbe essentiellement de l'énergie
chimique ; il produit de l'énergie calorifique, de
l'énergie mécanique (pour ses
déplacements), et de l'énergie chimique,
sous la forme de synthèse de nouvelles cellules ;
il rejette aussi de l'énergie chimique dans ses
déjections et dans les sous-produits de la
respiration.
Le fonctionnement de ce système dépend
de la température extérieure, et T. BIKAWA
(1986) a ainsi observé que l'abaissement de
1°C de la température ambiante (entre
23°C et 13°C) augmente le "coefficient de
transformation" de l'animal qu'il étudiait
(coefficient qui est voisin de 3.700 cal/kg).
Plus généralement, la variation
d'entropie est la somme de deux termes ; l'un est relatif
aux échanges de chaleur du système avec
l'extérieur, et il peut avoir un signe quelconque
(il est nul seulement si le système est
isolé) ; l'autre concerne les transformations
internes au système, et il est toujours
négatif (sauf dans le cas idéal d'une
transformation interne parfaitement
réversible).
8 EXTENSION AU DOMAINE MACROSCOPIQUE
Le passage direct du "microscopique" au
"macroscopique" est rarement possible, en particulier
parce que le "microscopique", à l'échelle
atomique, n'est pas nettement continu. En particulier,
les travaux de J. PERRIN, repris par N. WIENER ET B.
MANDELBROT (1981) montrent que l'usage de fonctions non
différentielles est nécessaire pour
l'étude du mouvement brownien.
L'entropie est une grandeur "extensive" (voir le
paragraphe 11), ce qui signifie que l'entropie de
l'ensemble d'un système est exactement la somme de
l'entropie de ses parties. En conséquence, il est
possible de calculer l'entropie physique d'un
système macroscopique tel qu'une barre de fer ou
un moteur d'automobile ou même une forêt.
L'entropie statistique est liée à
l'incertitude quant à l'état du
système, c'est-à-dire au nombre
d'états microscopiques où peut se trouver
le système observé. Si un observateur
effectue une mesure qui réduit le nombre
d'états possibles, il réduit aussi
l'incertitude relative au système. Par exemple, si
la température d'un kilogramme d'eau, sous la
pression atmosphérique, est égale à
50°C, nous savons que cette eau est sous forme
liquide. Cette remarque a conduit W. ZURECK (1989)
à décomposer l'entropie physique en deux
parties : l'entropie statistique et l'entropie
algorithmique ; cette dernière est mesurée
par la taille du programme informatique qui permet de
codifier le résultat des mesures qui sont
effectuées (KOLMOGOROV, 1965 ET CHAITIN,
1969).
Dans cette perspective, la complexité d'un
système devient mesurable : c'est le nombre
minimal d'informations du programme informatique capable
de décrire le système. Cette mesure semble
plus fine que celle de l'incertitude liée aux
probabilités, qui dépend de
l'"algèbre de probabilités" adoptée
pour caractériser le système.
9 LE RAYONNEMENT DU CORPS NOIR
Le rayonnement émis par un corps noir exerce
une pression sur les corps environnants ; quand le corps
noir est placé dans le vide, son rayonnement
"échauffe" le vide, parce que le vide a une
capacité calorifique qui n'est pas absolument
nulle.
La variation d'entropie correspondante peut être
calculée (op. cit., p. 610) et il apparaît
que la variation d'énergie interne est
proportionnelle à la variation de
température :
dU/U = 4.dT/T
Log U = 4.LogT + a
U = a.T 4
qui est la loi de STEFAN (cf. Annexe 1 - 1).
10 ENTROPIE ET NOMBRE DE COMPLEXIONS
Dans le cas des molécules d'un gaz, L.
BOLTZMANN a défini, vers 1877, leurs états
microscopiques (appelés " complexions ") en
caractérisant chaque molécule par ses
coordonnées x, y, z et par le vecteur
représentant sa quantité de mouvement Mvx,
Mvy, Mvz.
Ce n'est pas par hasard que le mot « complexion
» ressemble au mot « complexité ».
Nous avons vu dans le chapitre 1, et en particulier dans
le paragraphe 16, que cette complexité est le
moyen qui leur permet d'augmenter la résistance
aux perturbations, mais il faut reconnaître que
cette notion est difficile à définir.
KOLMOGOROV (1965) ET CHAITIN (1969) ont proposé de
la mesurer par la longueur du programme informatique le
plus court qui permette de reconstituer la structure. Par
exemple, la suite 1, 1, 1, etc. ou la suite 134, 136,
138, etc. sont peu complexes. De même, les
structures définies par la récurrence Sn+1
= f(S n) sont peu complexes, même si leur structure
paraît confuse.
Un gaz parfait est complexe, au sens de Kolmogorov et
Chaïtin, puisque toutes ses molécules sont
indépendantes et que le programme devrait
comporter autant de termes qu'il y a de molécules.
Un gaz très peu dense, où les interactions
entre molécules sont rares, est proche d'un gaz
parfait. Une formalisation plus précise des
hypothèses de Boltzmann et de leurs
conséquences est donnée par L.
SAINT-RAYMOND (2004, Pour la Science, n° 324 :
52-59).
Plusieurs complexions différentes peuvent
correspondre au même état macroscopique
(défini par la pression P et par le volume V).
Assimilons les états possibles à un
ensemble de cases, et les molécules à un
ensemble de N billes. Si toutes les billes sont dans la
même case, cet état macroscopique correspond
à une seule complexion. Si toutes les billes, sauf
une, sont dans la case C1, et si la bille isolée
est dans une autre case C2, cet état macroscopique
peut être réalisé de N
manières différentes puisque chacune des N
billes peut être dans la case C2. Si Q billes sont
dans une case, et toutes les autres billes dans une autre
case, le nombre de complexions correspondant est
égal à :
N! / Q! . (N - Q)!
Plus généralement, si Q1 billes sont
dans la case 1, Q2 billes dans la case Q2, etc., Qp
billes dans la case p, le nombre de complexions possibles
est égal à :
W= N! / Q1! . Q2! . , ... , . Qp!
Ce nombre W est d'autant plus grand que son
dénominateur est plus petit et que les nombres Q1,
Q2,... Qp sont plus égaux entre eux. L'état
le plus probable est celui où les molécules
sont uniformément réparties entre tous les
états possibles. On démontre que ceci
correspond à une distribution où la
"fonction de partition", Z, est de type exponentiel.
L'idée essentielle de BOLTZMANN a
été de relier l'entropie et le nombre de
complexions possibles, qui a toutes les chances
d'augmenter avec le temps ; cette relation s'exprime
très simplement par la relation :
S = kB Log W
avec kB , la constante de Boltzmann, = 1,38 10*-16 si
l'entropie, S, est exprimée en erg par
degré Celsius.
W est une fonction du nombre de particules, de leur
masse, de l'énergie incluse, et du spin des
particules. Ainsi, l'entropie d'une
molécule-gramme d'hélium est égale
à 30,1 joules par °K. Parallèlement,
un shannon d'information est équivalent (et non
égal) à 9,52 . 10*-24 joules par °K.
C. SAGAN (1977) a même calculé que
l'information accumulée dans une Bactérie
peut être estimée à 3 . 10*5
shannons, alors que celle des Mammifères serait de
10*10 shannons.
L'état le plus probable est celui qui
correspond à une répartition uniforme des
molécules, donc à une densité
constante en tous les points du gaz. Autour de ce maximum
de probabilité, les fluctuations relativement
probables sont réparties selon une distribution
où les fluctuations les plus probables sont
très peu différentes de la
répartition uniforme. Ces fluctuations sont
analogues au bruit de fond des appareils
électroniques, et elles font que le principe de
Carnot n'est qu'une première approximation. Dans
le cas d'un gaz parfait mono-atomique, les calculs
conduisent à retrouver la formule
générale PV = RT, en précisant que R
est égal à la constante de BOLTZMANN,
multipliée par le nombre d'AVOGADRO (nombre de
molécules contenues dans 22,4 litres de gaz).
Si l'on refroidit le gaz, le nombre de complexions
diminue, puisque les quantités de mouvement des
molécules diminuent. A l'extrême,
c'est-à-dire au zéro absolu, toutes les
molécules ont une position
déterminée et elles ont des vecteurs
vitesse de même grandeur et de même
direction. Un tel état est celui d'un cristal
où tous les atomes sont orientés de la
même manière par rapport au champ
magnétique. C'est un état très
improbable, qui est modifié par la moindre
addition d'énergie (en fait, il est si improbable
qu'il n'est jamais atteint). Ceci montre que
l'information correspondant à la structure
cristalline est très élevée, puisque
la position de 3 atomes détermine celle de tous
les autres.
L'hypothèse fondamentale de BOLTZMANN est que
toutes les complexions possibles pour une masse de gaz
à température connue et pression connue
sont équiprobables. La probabilité d'un
état macroscopique est alors proportionnelle au
nombre de complexions qui permettent de le
réaliser (op. cit., p. 489). Ceci revient à
dire que toutes les complexions peuvent se
réaliser successivement, et que les complexions
qui se réalisent le plus souvent sont les plus
probables. Autrement dit, l'augmentation d'entropie est
synonyme de la tendance naturelle vers la
réalisation des états les plus
probables.
J'ai hésité à écrire le
mot "naturelle" dans la phrase précédente,
car il implique que nous observons un monde où il
existe une nature abstraite sous-jacente à tous
les phénomènes. Réflexion faite, je
garde ce mot parce que la Science ne pourrait pas
déployer sa richesse et sa splendeur s'il
n'existait pas une Nature du monde qui en règle le
fonctionnement et qui lui permet d'être
intelligible.
11 ENTROPIE ET INFORMATION
La formule de Brillouin, qui est bien plus
intéressante que celle de Shannon, donne
l'information obtenue quand on observe l'arrivée
d'un événement dont la probabilité
est P :
I = log 2 I/P
Cette formule donne, dans le cas présent
une quantité d'information I :
I = log 2 pQ i !/N
!
avec Qi = nombre de molécules qui sont
dans l'état "i"
le symbole du produit des Qi,
et N = le nombre de molécules.
L'augmentation d'entropie correspond alors à
une diminution de l'information liée à la
connaissance de la répartition des N
molécules dans tous les états
possibles.
Remarque 1
L'entropie est une grandeur physique "extensive", et
les entropies de deux fractions A et B d'un
système s'additionnent (S = SA + SB), alors que
les nombres de complexions se multiplient (N = NA x NB).
C'est pourquoi il est logique que l'entropie soit une
fonction logarithmique du nombre de complexions.
Remarque 2
Il a été dit au cours du paragraphe
précédent que la répartition
statistique la plus probable est celle pour laquelle le
nombre de complexion est maximal. En appliquant la
formule approchée de Stirling :
Log N ! = N . Log N - N
nous pouvons alors écrire :
I = N . Log N - N + (Somme Qi . Log Qi) -
Somme des Qi
soit, puisque N = Somme des Qi :
I = N . LogN - Somme des Qi . LogQi
I = - Somme de (Qi . Log Qi) - N . Log 1/N
I = - Somme de ( Qi/N . Log Qi/N )
soit encore, en appelant pi la probabilité de
trouver une molécule quelconque dans l'état
i :
I = - Somme de pi . Log pi
I = Somme de pi . Log 1/pi
Cette quantité atteint bien son maximum lorsque
les probabilités de tous les
évènements sont égales et l'on
reconnaît ici la formule de Shannon, qui est une
formulation inférentielle de la formule de
Brillouin.
La formule de Shannon implique une inférence
à un univers infini dont est tiré
l'échantillon observé et il en
résulte un "biais" dans l'estimation statistique
de la quantité d'information. C'est pourquoi nous
utiliserons la formule de Brillouin plutôt que
celle de Shannon quand nous calculerons l'information
qu'apporte l'observation de la localisation des plantes
dans un échantillonnage systématique
(§ 56) pour mesurer
l'hétérogénéité de la
végétation.
Remarque 3
La notion d'information prend de plus en plus
d'importance depuis quelques dizaines d'années et
ce n'est pas par hasard que le mot « informatique
» a été choisis pour la nouvelle
science qui traite de l'information dans ses multiples
aspects. Ainsi, tout système matériel est
composé de particules élémentaires
caractérisées par leur position, leur
masse, leur spin, leur vitesse, leur charge
électrique, etc. et toutes ces quantités
sont de l'information qui peut être mesurée
en binons. La loi de Margolus-Levitin dit qu'un minimum
de temps est nécessaire pour transformer un de ces
binons : t >= h/4 E, où h est la constante de
Planck (6,626 . 10*-34 joule . seconde) et E
l'énergie nécessaire (en joules).
Or, selon la formule d'Einstein E = m c_, il est
possible de transformer l'énergie contenue dans un
kilo de matière ordinaire pour transformer les
binons qui caractérisent cette masse
matérielle au rythme de 10*51 opérations
par seconde. Cet ordinateur théorique serait
même doté d'une structure en
parallèle. (S. LLOYD ET Y. J. NG, Pour la Science,
325, 2004 : 30-37).
12 FLUCTUATIONS ET STABILITE
Par exemple, (op. cit., p. 512), prenons le cas de
deux ballons de volume égal ; appelons Wp le
nombre de complexions qui correspond à un
état où M + p molécules sont dans le
ballon A, et
M - p molécules sont dans le ballon B. En
reprenant le raisonnement indiqué à la page
précédente, il vient :
Wp = 2M! /(M + p)! (M - p)!
La formule de STIRLING conduit à :
Wp = Wm . e* - ((p*2)/M)
La probabilité maximale correspond à Wp
= Wm qui est obtenu lorsque e*((p*2)/M) = 1,
c'est-à-dire lorsque p = 0. Cette situation
correspond exactement aux complexions où il y a le
même nombre de molécules dans chacun des
deux ballons.
La distribution de probabilité en fonction de p
est de type gaussien, et un calcul simple pourra
être fait en prenant le cas où p = racine
carrée de M : on aura alors, Wp = Wm . e*-1. Le
nombre de complexions correspondant est de l'ordre de
Wm/e, ce qui est loin d'être négligeable.
Par exemple, si chaque ballon a un volume de 22,4 litres,
le nombre de molécules, M , est égal au
nombre d'Avogadro ; la racine carrée de M vaut
environ 2,5.10*11, et il y a fréquemment ce nombre
de molécules en excédent dans l'un des deux
ballons. Ce chiffre peut paraître
élevé, mais il faut bien voir qu'il se
traduit seulement par une surpression de 10*-12 bar, qui
reste trop faible pour être mesurée avec un
manomètre. Dans l'atmosphère, ces
fluctuations de la densité de l'air à
l'échelle de la longueur d'onde de la
lumière sont suffisamment intenses pour
entraîner des variations de l'indice de
réfraction, dont la conséquence est la
couleur bleue du ciel. RICHARD FEYNMAN (1987, P. 137),
après avoir montré comment les
électrons périphériques d'un atome
absorbent des photons incidents et
ré-émettent des photons en diffusant la
lumière apportée par les photons incidents,
donne une explication plus générale : "Les
atomes de l'air diffusent la lumière du Soleil et
sont la cause de la couleur du ciel."
Cette thermodynamique probabiliste n'a pas dit son
dernier mot. Elle provoque encore des discussions
passionnées et passionnantes, sans doute parce
qu'elles essaient de préciser le rôle du
hasard dans la construction de notre monde.
13 LE HASARD ET LA NECESSITE
Dans les sciences modernes, le hasard jour un
rôle que les savants du XIXème siècle
n'avaient pas imaginé parce qu'ils pensaient
expliquer le fonctionnement de l'univers par un
enchaînement de causes et d'effets, sans laisser de
place au hasard (ce mot vient de l'arabe "Al Zahr" qui
désigne le dé à jouer et A. Einstein
se demandait si Dieu avait joué aux dés en
créant le monde). La brèche principale dans
ce bloc de certitudes est venue de la physique quantique
où « la stricte causalité est
fondamentalement et intrinsèquement
indémontrable. Donc elle n'est plus un vrai
concept scientifique. » (B. HOFFMANN, 1967, P.
175).
En dehors du domaine quantique, il est
généralement admis que les mêmes
causes déterminent les mêmes effets, mais,
en pratique, on ne peut jamais réunir deux fois de
suite exactement le même ensemble de causes, et les
effets ne sont pas parfaitement déterminés,
puisqu'ils subissent toujours des fluctuations plus ou
moins amples. La répétition d'une
expérience, même très soignée,
ne donne jamais exactement les mêmes
résultats. M. GIRAULT (1964) va même
jusqu'à affirmer que "dans la plupart des
expériences faites actuellement, tant en recherche
théorique qu'en recherche appliquée, les
modèles déterministes ne conviennent pas".
Nous sommes aujourd'hui loin de Claude Bernard, qui
pensait pouvoir affirmer en 1847 : "La statistique exclut
le rationalisme... aussi voyons-nous la statistique
disparaître dès qu' [une science]
est constituée dans son ensemble ou dans ses
parties. En effet, la statistique est surtout en faveur
dans les sciences obscures et arriérées"
!
Dans les sciences expérimentales, la
connaissance de l'état initial d'un système
ne suffit pas pour prédire son évolution
future. C'est la cas lorsqu'une faible modification des
conditions initiales (plus précisément
lorsque son amplitude est égale ou
inférieure à celle de la précision
des mesures) rend possible une large gamme
d'évolutions. C'est aussi le cas de
l'évolution dynamique d'un système de trois
corps massifs étudié par H. Poincaré
à la fin du XIXème siècle, ou de la
boule de billard dont le comportement après
qu'elle ait frappé une des bandes latérales
est assez précisément prédictible
alors que le résultat du choc d'une autre boule
dépend fortement du point d'impact. C'est aussi le
cas de l'évolution des systèmes turbulents
qui produit l'image du battement d'aile d'un papillon qui
provoque une tempête (§ 863).
Plus généralement, il est possible de
dire que les causes "occasionnelles" sont les conditions
nécessaires et suffisantes pour qu'un effet ait
toutes chances de se produire. Mais la cause causale,
c'est-à-dire la raison pour laquelle ces
conditions entraînent presque toujours le
même effet échappent presque toujours :
pourquoi le Soleil attire-t-il les planètes ?
Après Kant, F. ALQUIE (1953) se plaçant
à un niveau très général,
montre que les sciences ne peuvent pas expliquer la
totalité de la réalité :
"L'explication intégrale, la déduction
universelle ne sont pas possibles dans les sciences... On
voit que, dans la plus grande partie de son domaine, la
science nous donne, non la compréhension
véritable que réclame notre raison, mais
une illusion de compréhension ... Le physicien,
connaissant la loi qui relie le passage du courant dans
un filament et l'échauffement de ce filament, peut
avoir l'impression qu'il comprend pourquoi la lampe
s'allume. Mais il suffit de réfléchir pour
s'apercevoir qu'il n'y a pas en tous ces cas de
compréhension véritable. Comprendre, ce
serait saisir le pourquoi, c'est-à-dire la CAUSE
ou la FIN. Or, la science ne nous révèle
que le comment, c'est-à-dire la loi"... "Nous en
sommes réduits à constater seulement qu'un
fait succède à un autre fait : toute loi
n'est pour nous que l'expression d'une coïncidence
constante".
H. Poincaré montre clairement, dans "La valeur
de la science", que ce que nous avons coutume d'appeler
causalité repose seulement sur la succession des
phénomènes et que celle-ci est bien moins
rigoureuse qu'on ne le pense habituellement. Il conclut
même que les règles relatives à la
succession des phénomènes "ne sont que le
fruit d'un opportunisme inconscient". Cette remarque est
pleinement valide dans le domaine de la botanique : E. LE
FLOC'H (1969) conclut de son travail sur le
déterminisme des phénophases qu'il serait
illusoire de prétendre "expliquer" des
phénomènes, puisque les enchaînements
chronologiques eux-mêmes ne peuvent être
caractérisés sans aléas.
VON NEUMANN, cité par G. CHAITIN (2003),
partageait cette opinion : « Le point de vue selon
lequel la physique théorique n'explique pas les
phénomènes, mais seulement les classe et
les relie est aujourd'hui adopté par la plupart
des physiciens théoriciens ».
E. GOBLOT (1899) reprend les arguments d'Aristote pour
aller encore plus loin : "La convenance [entre les
parties du système] est donc le premier indice
de la finalité, comme la coïncidence est le
premier indice de la causalité. La
coïncidence exceptionnelle ou rare peut être
accidentelle ; le signe de la causalité, c'est la
coïncidence constante. De même, la convenance
simple peut être fortuite ; le signe de la
finalité, c'est la convenance complexe."
Dans ces conditions, le hasard n'est pas un
événement sans cause, un
cache-misère de nos incertitudes, un accroc
temporaire au déterminisme, qui se
rétrécirait comme peau de chagrin au fil de
l'accroissement de nos connaissances. N'oublions pas que
le hasard est, depuis Kolmogorov, un concept
mathématisable et que le calcul des
probabilités est maintenant fondé sur une
axiomatique parfaitement rigoureuse qui dote les
événements possibles d'attributs
précis (par exemple, la somme de leurs
probabilités est égale à
l'unité) ; le hasard correspond seulement au fait
que l'événement peut survenir ou ne pas
survenir au cours de l'expérience, mais ce n'est
pas un "moteur" capable de faire apparaître des
événements inattendus.
Finalement, l'attitude la plus équitable me
semble être celle de Bohm : "Toute loi
néglige une infinité de facteurs aux
niveaux inférieurs. En tant qu'approximative, elle
est alors une loi statistique. Mais si l'on
pénètre plus profondément, on
atteint les causes des fluctuations et on obtient une loi
stricte ; seulement, comme ce niveau plus profond est
à son tour soumis à des facteurs dont il
n'a pas été tenu compte, la loi
apparaîtra elle aussi comme statistique. De ce
point de vue, une loi a nécessairement un aspect
déterministe et un aspect statistique".
En fait, les lois que l'on présente comme
déterministes sont des lois dont l'intervalle de
confiance est très petit. En contrôlant de
plus en plus, a priori ou a posteriori, les facteurs du
milieu, les biologistes peuvent réduire les
intervalles de confiance et tendre vers des lois de plus
en plus déterministes ; mais ces contrôles
de plus en plus fins font régulièrement
apparaître des problèmes nouveaux et les
phénomènes deviennent de plus en plus
complexes. Augmenter la sensibilité d'un
instrument de mesure oblige habituellement, en
contrepartie, à en limiter l'emploi à des
conditions restreintes.
J. MONOD (1970), soulignait le rôle du hasard en
écrivant que "L'univers n'était pas gros de
la vie, ni la biosphère de l'homme". Il est
effectivement difficile de trouver une solution simple au
problème de l'équilibre entre le hasard -
dont F. JACOB (1981, P. 43) reconnaît
l'intervention dans l'évolution des êtres
vivants - et la « nécessité » des
lois qui règlent, de manière
déterministe, toute les réactions physiques
et chimiques. Mais les exemples précédents
montrent la voie d'une solution
générale.
Ainsi, en génétique, la dérive
génique, l'effet fondateur, le fonctionnement des
gènes neutres (§ 25 et 26) ne sont pas
strictement déterminés par la
sélection naturelle de Darwin mais reposent sur
des processus probabilistes rigoureusement analysables.
Pour voir comment le hasard et la nécessité
sont deux aspects complémentaires des processus,
il suffit de penser à la première
molécule de porphyrine, qui est apparue à
un instant précis et en un certain lieu, mais qui
aurait pu se produire à d'autres instants et en un
grand nombre d'autres lieux. Les réactions
chimiques qui produisent les porphyrines sont
parfaitement déterminées, sans aléa
ni liberté, mais l'incertitude sur le lieu et
l'instant est laissée - consciemment et
volontairement - dans le domaine du hasard aussi
longtemps que nous n'avons pas essayé de lever
cette incertitude.
En écologie, E. PIELOU (1969) prend nettement
position : "Whether or not one regards all natural
occurences as fundamentally determinate, it is clearly
impracticable to treat them as such, and a model in which
chance mechanisms are incorporated is sure to be nearer
the truth than a deterministic one". (Que l'on
considère les phénomènes naturels
comme déterminés ou non, il est clairement
impossible de les traiter comme totalement
déterminés, et un modèle
probabiliste est certainement plus proche de la
vérité qu'un modèle
déterministe). Et même, un peu plus loin,
elle considère que les modèles
déterministes sont tout juste dignes d'être
examinés "as a preliminary to studying their
modern stochastic versions".
14 QUELQUES REMARQUES FINALES
Il faut encore savoir que la mécanique
statistique de BOLTZMANN repose sur un principe de
discernabilité des molécules qui ne
correspond pas exactement à la
réalité physique connaissable. C'est
pourquoi des statistiques plus élaborées
ont été proposées. Celle de
FERMI-DIRAC qui inclut le principe d'exclusion de PAULI
et s'applique aux particules dont le spin est
demi-entier, et celle de BOSE-EINSTEIN qui est
utilisée pour les particules à spin nul ou
entier. Nous reviendrons sur ce point dans l'annexe du
chapitre 5 où les modèles
d'évolution de la structure de la
végétation seront
évoqués.
L'analyse de BOLTZMANN prête beaucoup
d'attention à la cinématique des atomes, et
conduit à une conception de l'entropie très
liée au "désordre" spatial ; j'ai suivi
cette conception dans les paragraphes
précédents, parce qu'elle est
extrêmement commode pour aider un biologiste
à comprendre des notions un peu abstraites. Il
faut pourtant savoir que les statistiques plus complexes
conduisent à une interprétation plus fine,
associée au nombre des états
énergétiques accessibles aux
éléments du système
considéré.
L'augmentation d'entropie n'est alors plus liée
uniquement au désordre spatial, et une
"structuration" spatiale peut accompagner une
augmentation d'entropie. Tel est sans doute le cas des
molécules qui nageaient dans le "bouillon
tiède" des lagunes précambriennes
exposées à un intense rayonnement
ultra-violet ; l'énergie fournie par le Soleil a
pu alors être à l'origine de la
transformation de ces molécules en
macro-molécules, puis en organismes vivants.
ANNEXE 1-3
LES TROIS ETATS PRINCIPAUX DE LA MATIERE
Ce sont l'état solide, l'état liquide et
l'état gazeux. Dans chacun d'eux, le corps peut
être réchauffé, si on lui fournit de
la chaleur, ou refroidi si il cède de la chaleur.
Ce type d'échange de chaleur correspond à
la "chaleur sensible".
La quantité de chaleur qui fait varier de
1°C l'unité de masse d'un corps est sa
"chaleur massique" (symbolisée par cPn, et
mesurée en calories par gramme de masse, pour
1°C) qui est presque inversement proportionnelle
à sa masse atomique (en grammes):
|
|
A.cP
|
A.cP
|
masse atomique
|
|
Beryllium
|
9
|
0,39
|
3,5
|
|
Bore
|
10,8
|
0,24
|
2,6
|
|
Aluminium
|
27
|
0,21
|
5,7
|
|
Fer
|
55,8
|
0,11
|
6,1
|
|
Cuivre
|
63,5
|
0,093
|
5,9
|
|
Argent
|
108
|
0,055
|
5,9
|
|
Antimoine
|
122
|
0,050
|
6,1
|
|
Plomb
|
207
|
0,031
|
6,4
|
La chaleur massique de l'eau est égale, par
définition, à 1. Celle de la croûte
terrestre est voisine de 0, ...
Les changements d'état
Pour faire passer un corps de l'état solide
à l'état liquide (liquéfaction), de
l'état liquide à l'état gazeux
(vaporisation), de l'état solide à
l'état gazeux (sublimation), il faut lui fournir
de la "chaleur latente", ou diminuer la pression.
Examinons ce dernier cas : les relations entre la
pression et la température sont commodément
représentées par un diagramme (figure 1 de
la présente annexe, pour le cas de l'eau). Le
point triple est celui où une très faible
variation de température ou de pression peut faire
passer le corps de l'état solide à
l'état liquide ou à l'état gazeux,
et inversement.
Pour comprendre ce qu'est le "point critique", il
suffit de reprendre l'expérience classique du
baromètre mouillé, en introduisant
lentement de l'eau dans le tube d'un baromètre
à mercure (figure 2a), et en laissant la
température constante (transformation isotherme,
au cours de laquelle l'air ambiant fournit de la chaleur
au système observé, à raison de 539
calories pour évaporer 1 g d'eau).
Les premières gouttes d'eau qui arriveront dans
le vide situé en haut du tube se vaporiseront
immédiatement, puisque la pression est très
faible (point l sur la figure 1). La vapeur d'eau ainsi
produite exerce alors une pression, qui fait
légèrement baisser le mercure (figure 2b),
et le point figuratif remonte vers m sur la figure 1.
Si on continue à introduire de l'eau, la
pression monte jusqu'à la pression
d'équilibre entre l'état liquide et
l'état gazeux, et le point figuratif vient
exactement en m. A partir de ce moment, l'eau
supplémentaire ne se vaporise plus, et la pression
reste constante (figure 2c) : la pression
d'équilibre ainsi atteinte est la "tension de
vapeur saturante" de l'eau, à la
température considérée. Si on
augmente la pression, en descendant le tube, la
quantité de vapeur va diminuer, et l'eau se
liquéfiera totalement (point n sur la figure
1).
En combinant les variations de pression et les
variations de température, il est possible de
suivre le trajet q-r-s-t ; l'eau passe alors en bloc de
l'état liquide à l'état gazeux sans
que l'observateur puisse voir à aucun moment une
séparation entre des gouttes d'eau et la vapeur
d'eau. Cette transition insensible peut se produire pour
d'infimes variations de pression ou de température
autour du point C (figure 1), qui est le "point critique"
de l'eau.
La représentation complète de ces
phénomènes se fait dans un espace à
trois dimensions (T, P et V = volume), qui peut
être schématisé sur la figure 3,
où cinq courbes d'équilibre entre la
pression et le volume sont tracées, chacune
d'elles correspondant à une température. La
courbe T1 correspond à l'expérience du
baromètre mouillé, où l'on va du
point l au point p ; le point m correspond à
l'instant où apparaît la première
goutte de condensation de la vapeur d'eau dans le haut du
tube ; la pression et la température se
stabilisent alors et le point figuratif va jusqu'à
n, où toute l'eau est sous forme liquide ; la
courbe qui va de n à p correspond ensuite à
la compression de l'eau : pour diminuer un peu le volume
de l'eau liquide, il faut exercer une très forte
pression.
Les courbes T2 et T3 représentent la même
succession de phénomènes que la courbe T1,
mais à des températures plus
élevées. La courbe T4 correspond exactement
au passage par le "point critique". Pour la courbe T5,
à une température encore supérieure,
l'eau n'apparaît jamais à l'état
liquide, mais la courbe de compression de la vapeur d'eau
est encore irrégulière. La courbe T5
représente la compression de la vapeur d'eau
à une température supérieure
à celle du "point critique" ; elle est voisine de
l'hyperbole qui correspond à la loi de Mariotte
:
P .V = constante
Application à la climatologie
Sur la Terre, l'eau se trouve sous forme de glace,
d'eau liquide et de vapeur d'eau. Le système
thermodynamique de l'atmosphère met donc en jeu
les 6 changements d'état :
- - l'évaporation de l'eau liquide, à
la surface des océans, des sols et des feuilles
des plantes (on parle alors souvent
d'évapo-transpiration (§ 315) ; l'eau
s'évapore seulement si elle
prélève dans son environnement une
importante chaleur "latente" de vaporisation
- - la condensation de la vapeur d'eau (qui est
transparente) en particulier pour produire les nuages
; elle produit la même quantité de
chaleur latente de condensation;
- - la liquéfaction de la glace des
banquises, des glaciers et des icebergs, qui exige la
chaleur "latente" de liquéfaction ;
- - la solidification de l'eau liquide dans les
nuages de haute altitude (les cirrus), dans les
montagnes et à la surface des océans
;
- - la sublimation de la glace pour produire de la
vapeur d'eau sur les banquises, les
névés et les glaciers ;
- - la solidification directe de la vapeur d'eau
dans les nuages.
ANNEXE 1-4
LES STRUCTURES DISSIPATIVES CHIMIQUES
Les structures dissipatives chimiques ont
été étudiées par I. Prigogine
et, en France, par le Centre Paul Pascal (Courrier du
CNRS 1978, supplément au n°27 : 74 -76). Les
chimistes ont ainsi observé que des
réactions telles que celle obtenue en mettant en
présence l'iodate de potassium et l'eau
oxygénée produisent des oscillations
régulières lorsque certaines "contraintes"
sont maintenues. Ces contraintes peuvent être la
température, l'agitation, les concentrations des
réactifs, etc. Dans un espace ayant pour
coordonnées les contraintes (espace des
contraintes) on peut déterminer le (ou les)
domaines d'existence de ces états oscillants.
Lorsque toutes les contraintes sont convenablement
maîtrisées, la période est stable
à mieux que 10*-2 près. Aussi peut-on
confier à la réaction chimique la fonction
de régulateur dans une véritable "horloge
chimique". L'intérêt n'est évidemment
pas de constituer un nouveau type de garde-temps, bien
incapable de concurrencer les horloges atomiques ou
même mécaniques, mais de matérialiser
le temps thermodynamique, conceptuellement distinct du
temps de la mécanique.
Quelquefois, pour un même jeu de contraintes, le
système chimique peut se trouver dans deux
états différents, suivant les
données de son histoire. Un cycle de variation de
la contrainte s'accompagne alors de deux transitions,
ayant lieu l'une à l'aller et l'autre au retour,
pour des valeurs différentes de la contrainte.
C'est là un phénomène typique
d'hystérésis. Le système chimique
possède alors une mémoire.
Certains états stationnaires, situés
dans le voisinage immédiat du domaine des
états oscillants, réagissent de
façon très particulière à une
perturbation. Celle-ci consiste par exemple en l'addition
brusque d'une espèce chimique intermédiaire
telle que l'iode. Tant que cette addition ne
dépasse pas un certain seuil, l'état
initial se restaure rapidement. En revanche,
au-delà, le retour à l'état initial
est non seulement beaucoup plus long, mais surtout
s'accompagne d'une variation de composition du milieu
indépendante de l'amplitude de la perturbation
appliquée et nettement plus importante qu'elle.
Pour fixer les idées, la concentration d'iode peut
se trouver réduite temporairement d'un facteur 6
à la suite d'une perturbation de l'ordre de 10%.
On assiste donc à une amplification
considérable de la perturbation chimique,
vis-à-vis de laquelle le milieu est
qualifié pour cette raison, d'excitable.
L'état stationnaire étant établi,
on peut appliquer au système une contrainte
supplémentaire sous forme d'un flux constant d'une
espèce intermédiaire, l'iode dans ce cas.
Tant que ce flux reste faible, il se produit une
légère augmentation de la concentration
d'iode dans le réacteur, comme on s'y attend.
Mais, fait peu ordinaire, cette concentration diminue
brutalement lorsque le flux dépasse un seuil
critique, et se fixe même à une valeur
inférieure à celle de la quantité
injectée. Une multistabilité est
certainement à l'origine de ce résultat
paradoxal.
En prenant en compte l'effet de la diffusion dans un
tel système, on démontre qu'une
structuration de l'espace particulièrement stable
peut naître, dans certaines conditions, de la
compétition entre réaction chimique et
diffusion.
La loi la plus générale qui règle
les phénomènes qui viennent d'être
décrits est que le flux d'énergie qui
traverse le système se maximise
spontanément (il reste à voir si la
production d'entropie se maximise aussi).
Le franchissement de la frontière
séparant deux domaines s'accompagne
évidemment d'une modification de la dynamique du
système. Tant que l'on reste assez loin d'une
telle frontière, les équations
macroscopiques déterministes suffisent pour rendre
compte du comportement du système. Au contraire,
plus on s'en rapproche, plus les fluctuations prennent
d'importance, à tel point même que les
éléments stochastiques finissent par
devenir prépondérants. Ipso facto, la
description déterministe est inopérante et
ne permet plus alors de prévoir le comportement du
système (le problème du déterminisme
est longuement discuté dans le paragraphe 93).
A tous les niveaux, qu'il s'agisse de populations, de
molécules, de cellules ou d'individus, le monde
vivant nous offre de multiples exemples d'organisation
spatio-temporelle et de multistabilité. Le
rapprochement avec les phénomènes
décrits ci-dessus s'impose tout naturellement
à l'esprit, mais il ne donne que des analogies, et
non pas des explications.
Bibliographie partielle
- (1) Sadi Carnot, Réflexions sur la
puissance motrice du feu (1824) (Gabay, 1990)
- (2) Alfred Lotka, Contribution to the energetics
of evolution (Proc. Natl. Acad. Sci. USA,1922).
- (3) Alfred Lotka, Natural Selection as a Physical
Principle (Proc. Natl. Acad. Sci. USA, 1922).
- (4) Ilya Prigogine, Introduction to
Non-equilibrium Thermodynamics (Wiley, Intl.
1962).
- (5) Appelée Gaïa par
l'environnementaliste James Lovelock en 1969
- (6) Garth Paltridge, Climate and thermodynamic
systems of maximum dissipation (Nature 279, p. 630,
1979).
- (7) Un résultat semblable a
été obtenu pour Mars et Titan.
- (8) Roderick Dewar, Maximum Entropy Production and
Non-equilibrium Statistical Mechanics (in
Non-equilibrium Thermodynamics and the Production of
Entropy, Springer Verlag, 2006).
- (9) En théorie des jeux, le"dilemme du
prisonnier" montre que deux individus qui ne peuvent
pas communiquer n'ont pas intérêt a
coopérer.
- (10) Voir par exemple: Suzan Blackmore, The meme
machine (Oxford Univ. Press, 1999).
- (11) Eric Chaisson, Cosmic Evolution: The Rise of
Complexity in Nature (Harvard Univ. Press, 2002).
- (12) Jared Diamond, Effondrement: Comment les
sociétés décident de leur
disparition ou de leur survie (Gallimard, 2006).
- (13) Per Bak, How nature works, the science of
self-organized criticality (Springer Verlag,
1999).
- (15) André Leroi-Gourhan, Mécanique
vivante (Fayard, 1983).
- (16) Scott Camazine et al., Self-Organisation in
Biological Systems (Princeton Univ. Press, 2003).
Ce document est régulièrement mis
à jour par le Groupe de la Graineterie (18410
Brinon), qui comprend 7 personnes de compéte'nces
très diverses (Institut d'études politiques
de Paris, ESSEC, École supérieure de
commerce de Montpellier, DEA Institut d'études
politiques de Paris, Expert-comptable, École
supérieure de commerce Tours, Ingénieur
civil des Eaux et Forêts, Doctorat ès
sciences, Licence de philosophie.
A titre de comparaison, les ondes sonores sont des
vibrations mécaniques de l'air (et non pas des
ondes électro-magnétiques), et leur
longueur d'onde est comprise entre 200 hectoherz et 20
kiloherz. Les ultra-sons ont des fréquences
supérieures à 20 kiloherz et les infrasons
des fréquences inférieures à 200
hectoherz.
En outre, la Terre tourne autour du Soleil (dans le
plan de l'écliptique) à la vitesse de
108.000 km/h, soit 27,8 km/sec ; la Voie lactée,
notre galaxie, fait un tour autour de son centre en 250
millions d'années, soit 972.000 km/h pour le
Soleil et ses planètes ; elle a ainsi
effectué environ 18 tours depuis sa naissance ;
par rapport à ses voisines, elle fonce dans le
cosmos à 2.160.000 km/h et s'approche de la belle
nébuleuse d'Andromède, qu'elle percutera
dans 5 milliards d'années ; notre groupe local de
galaxies file vers l'amas de la Vierge, qui regroupe un
millier de galaxies et vers le super amas de l'Hydre et
du Centaure. Plus près de nous, la Lune tourne sur
elle-même en 27 jours, très exactement,
à la suite d'un phénomène de
résonance et c'est pourquoi elle nous
présente toujours la même face.
De l'âme, Livre II, ch 1 : 412 a-b
Table des matières
CHAPITRE 1
Introduction
LE RAYONNEMENT SOLAIRE ET SES ROLES MAJEURS EN
ECOLOGIE
11 LE RAYONNEMENT SOLAIRE
- 111 La quantité d'énergie solaire
qui atteint la Terre
- 111.1 La constante solaire
- 111.2 L'origine des photons solaires
- 111.3 Les variations locales de l'énergie
reçue
- 112 La qualité de l'énergie
radiative : sa longueur d'onde
- 113 La gamme du rayonnement « visible
»
- 114 L'alternance des jours et des nuits
- 12 LA CIRCULATION ATMOSPHERIQUE
- 121 Le bilan énergétique global de
la Terre et de l'atmosphère
- 122 Les profils verticaux de température
dans la haute atmosphère
- 123 La stabilité et l'instabilité de
l'air dans la basse atmosphère
- 123.1 Explication générale
- 123.2 Les nuages
- 123.3 Les gradients atmosphériques
- 124 Les mouvements horizontaux de la basse
atmosphère
- 13 LES PRINCIPAUX CLIMATS DU MONDE
- 131 La zone équatoriale
- 132 Les zones tropicales
- 133 Les zones des grands déserts
- 134 Les zones méditerranéennes
- 135 Les zones tempérées
- 136 Les zones polaires
- 137 Vue d'ensemble : une classification
générale des climats
- 14 LES PHENOMENES CLIMATIQUES REGIONAUX ET
LOCAUX
- 141 Les moussons
- 142 La brise de terre et la brise de mer
- 143 Les brises de montagne
- 144 Le foehn
- 145 Les cyclones
- 15 LES TYPES DE TEMPS
- 16 LA NATURE DE LA VIE : UNE TRANSMISION
D'INFORMATION
- 161 Qu'est-ce que la vie ? (le paradoxe de
Schrödinger)
- 162 La vie est régie par les lois de la
physique
- 162.1 Aspects biochimiques
- 162.2 Aspects thermodynamiques
- 162.3 Entropie, néguentropie et
information
- 162.31 UN RETOUR DE PENDULE
- 162.32 L'EVOLUTION SPONTANEE DES SYSTEMES
ISOLES
- 162.33 INDETERMINATION ET INFORMATION
- 162.33 NEGUENTROPIE ET INFORMATION
- 163 Évolution des systèmes et
stabilité
- 163.1 Entropie maximale et structuration
- 163.2 La lenteur des transformations
énergétiques
- 163.3 L'inertie des systèmes
énergétiques et les chemins
anastomosés
- 164 Stabilité et probabilité : la
résistance aux perturbations
- 164.1 Ce qui caractérise la vie
- 164.2 Stabilité et structures
spatiales
- 164.3 Rappel de quelques définitions
relatives à la stabilité
- 164.4 Déflexion et rétablissement
51
- 164.5 Types et degrés de stabilité :
le modèle des "montagnes russes"
- 164.6 Les plantes menacées et les montagnes
russes
- 164.7 La vulnérabilité et la
sensibilité de la végétation
- 165 Stabilité des systèmes et
"organisation"
- ANNEXE 1-1
- RUDIMENTS DE PHYSIQUE DU RAYONNEMENT
- 1 Principes (cf. en particulier, G. BRUHAT,
1962)
- 2 Loi de Stefan-Boltzmann (1879 ou 1869)
- 2.1 Énoncé
- 2.2 Application
- 3 Loi de Wien (1894 ou 1874)
- 4 LOI DE KIRCHOFF (CORPS NON NOIR)
- 5 Pression de radiation et densité
d'énergie
- 6 Application à la
télédétection
- ANNEXE 1-2
- RUDIMENTS DE THERMODYNAMIQYE
- (CF., EN PARTICULIER, G. BRUHAT, 1962)
- 1 Typologie des systèmes thermodynamiques
et des transformations
- 1.1 Systèmes isolés
- 1.2 Systèmes fermés et
non-isolés
- 1.3 Systèmes ouverts
- 1.4 Réversibilité
- 1.5 Tableau d'ensemble
- 2 Le premier principe de la thermodynamique
- 3 Formulation fine du premier principe -
Définition de l'énergie interne (G.
Bruhat, 1962, op. cit., chap. VIII)
- 4 Le deuxième principe de la
thermodynamique
- 5 Définition thermodynamique de
l'entropie
- 6 Entropie et irréversibilité
- 7 Échauffement ou refroidissement d'un
système non isolé
- 8 Extension au domaine macroscopique
- 9 Le rayonnement du corps noir
- 10 Entropie et nombre de complexions
- 11 Entropie et information
- 12 Fluctuations et stabilité
- 13 Le hasard et la nécessité
- 14 Quelques remarques finales
- ANNEXE 1-3
- LES TROIS ETATS PRINCIPAUX DE LA MATIERE
- Les changements d'état
- Application à la climatologie
- ANNEXE 1-4
- LES STRUCTURES DISSIPATIVES CHIMIQUES
- BIBLIOGRAPHIE PARTIELLE