Des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem

aux Chevaliers de Malte d'aujourd'hui

 

Guillaume de Villaret
1er Recteur du Comtat venaissin (1274)
Grand Maitre de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem
Chypre 1296
 
CENTRE D'ÉTUDES HISTORIQUES ET ARCHÉOLOGIQUES
DU CHÂTEAU DU BARROUX (VAUCLUSE)
 
GUILLAUME DE VILLARET
 
PREMIER RECTEUR DU COMTAT VENAISSIN (1274)
 
GRAND MAÎTRE DE L'ORDRE DES HOSPITALIERS DE SAINT-JEAN DE JÉRUSALEM
CHYPRE 1296
 
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DES HOSPITALIERS DE SAINT-JEAN DE JÉRUSALEM, DE CHYPRE ET DE RHODES HIER
 
AUX
 
CHEVALIERS DE MALTE D'AUJOURD'HUI
 
ACTES DU COLLOQUE
 
LE BARROUX, 2 - 3 - 4 SEPTEMBRE 1983
 
Publiés avec l'aide de l'Association française des œuvres hospitalières de l'Ordre de Malte
de l'Institut de recherches interculturelles
et du Conseil international de la langue française
 
SOMMAIRE
 
Dr. R.L. MOULIÉRAC-LAMOUREUX
Avant-propos
 
M. Henri DUBLED
Introduction
 
M. Daniel LE BLEVEC
L'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem à Avignon et dans le Comtat Venaissin au XIIIe siècle
 
Dr. R.L. MOULIÉRAC-LAMOUREUX
Guillaume de Villaret
 
Professeur Anthony LUTTRELL
Notes sur Foulques de Villaret
Maître de l'Hôpital (1305-1319)
 
M. J. Ch. POUTIERS
L'auberge de la langue de France à Rhodes
Architecture et héraldique
 
M. Pierre SANTONI
Les deux premiers siècles du prieuré de Saint-Gilles de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem
 
Mme Fr. SALSONA CLIMENTE
Jean Fernandez de Hérédia, Maître de l'ordre de Rhodes (1377-1396)
 
M. Henri DUBLED
L'Ordre évangélique chevaleresque de Saint-Jean de l'Hôpital de Jérusalem
ou Johanniter Orden
 
M. Gérard GANGNEUX
La Commanderie de Valence des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem aux XVIIe et XVIIIe siècles
 
R.P. B. MONTAGNES
Sainte Fleur et les dames maltaises de l'Hôpital Beaulieu
 
Me Théo LOMBARD
De l'Hôpital de Jérusalem aux lépreux du Cambodge, neuf siècles de vocations hospitalières.
 
M. Michel FONTENAY
Les galères de l'Ordre de Malte au XVIIe siècle
 
M. Michel VERGE FRANCESCHI
Un bailli de l'Ordre de Malte
M. De Piosin (1674-1751)
 
La Prière du Chevalier
 
AVANT-PROPOS
 
Une date dans l'histoire du Comtat Venaissin a motivé le thème du colloque qui nous réunit.
 
C'est le 27 avril 1274 où Guillaume de Villaret, Grand Prieur de Saint-Gilles, des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, devenait par le choix de Grégoire X, le premier Recteur de ce nouveau domaine du Saint-Siège dans la vallée du Rhône.
 
À partir de ce haut fonctionnaire du Saint-Siège dont on ne s'occupe plus trop actuellement, il est intéressant de revenir sur l'implantation de l'Ordre de l'Hôpital en Provence, sa région mère, il y a de cela huit cent ans et plus...
 
Après la chute de Jérusalem en 1244, de leurs forteresses et de leurs derniers points d'appui, Tyr, Sidon, Beyrouth, Tortose, Acre, les frères de l'Hôpital de Jérusalem se replièrent sur Chypre (1291), firent la conquête de Rhodes qui, sous la pression turque, dut être abandonnée (1523).
 
Après quelques années d'errance et d'inquiétudes, l'ile de Malte et ses dépendances étaient inféodées à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem ; hélas, l'Ordre devait quitter Malte après la conquête de l'ile par Bonaparte en 1798.
 
L'Ordre souverain militaire et hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, est plus simplement connu sous le nom d'Ordre de Malte.
 
Depuis 1798, il n'exerce plus aucune action militaire et s'est consacré uniquement à sa fonction hospitalière et caritative, au service des pauvres et des malades : les membres souffrants de Notre-Seigneur.
 
Dans un monde en perpétuel changement, l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, reste le témoin d'un passé vivant.
 

Dr. R.L. MOULIÉRAC-LAMOUREUX

 
 
INTRODUCTION
 
Du 2 au 4 septembre 1983, s'est tenu au Château du Barroux, dans le Vaucluse, un important Colloque sur l'Ordre des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, plus connu en France sous le nom de Chevaliers de Malte. Le titre en était "Guillaume de Villaret, Premier Recteur du Comtat Venaissin, 1274, Grand Maitre de l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem et de Rhodes, hier aux Chevaliers de Malte, aujourd'hui.
 
Le colloque, organisé de main de maître dans le cadre du Centre d'Études Historiques et Archéologiques du Château du Barroux, par Madame MOULIÉRAC-LAMOUREUX, sa Présidente, était placé sous la présidence de M. le comte de SAINT-PRIEST dURGEL, Chancelier de l'Association française des membres de l'Ordre Souverain de Malte.
 
La série des très intéressants exposés peut se grouper sous quatre rubriques qui n'ont pas pour autant épuisé ce vaste sujet : l'Ordre de Malte dans le comtat Venaissin, quelques personnalités de l'Ordre, grands traits de l'histoire et activité actuelle de l'Ordre de Malte en France et de l'Ordre Évangélique de Saint-Jean en Allemagne, les Dames Maltaises.
 
M. de SAINT-PRIEST ouvre le colloque en excusant entre autres le prince Guy de POLIGNAC, Madame MOULIÉRAC -LAMOUREUX rappelle les liens entre l'Ordre et le Comtat par la nomination, le 27 avril 1274, de Guillaume de Villaret, grand prieur de Saint-Gilles.
 
Le premier orateur inscrit, M. LE BLEVEC, Professeur à l'Université de Paris XII, dans son exposé "L'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem à Avignon et en Comtat Venaissin au XIIIe siècle", montre que l'implantation de l'Ordre dans ce pays, date d'avant le rattachement à la papauté, Orange, 1170, Avignon, 1173 et plus tard Cavaillon, Pernes, Sainte-Cécile, et moins importants, les biens de Mormoiron, Flassan, Villedieu, Venterol, Valréas, sans oublier les terres dépendant de la commanderie de Trignan hors comtat et le cas spécial de Bompas.
 
C'est à cause de cette forte implantation, comme l'expose Madame MOULIÉRAC-LAMOUREUX, que le pape Grégoire X, souverain temporel du Comtat, en confie la défense aux Hospitaliers en la personne de Guillaume. ce dernier, nanti des pleins pouvoirs, choisit un Hospitalier comme Sénéchal, Raymond de Grasse, et désigne de nombreux chevaliers comme châtelains. Nommé ensuite Maître de l'Ordre, il continue sa prestigieuse carrière en Orient où, de Chypre, il prépare l'occupation de Rhodes, qui sera l'œuvre de son neveu et successeur, Foulques de Villaret.
 
Ce dernier a donné lieu à l'exposé de M. Anthony LUTTRELL, érudit anglais, sous le titre "Foulques de Villaret, Maître de l'Hôpital, 1305-1319". Foulques dirige l'occupation de Rhodes, sauve l'Hôpital lors de la déconfiture des Templiers, bat les Turcs en 1306, réorganise l'Ordre à Rhodes et fortifie l'ile mais, terriblement endetté et victime de son caractère très entier, est déposé par ses chevaliers qui le remplacent par Maurice de PAGNAC. Il meurt en France.
 
Madame METZGER donne ensuite le résumé de la communication de Jean-Christian POUTIER sur "L'Auberge de la Langue de France à Rhodes, architecture et héraldique". C'est l'une des sept de l'ile, sise dans la grand-rue des chevaliers où ces derniers mangeaient et logeaient leurs hôtes de marque. Ce magnifique bâtiment a été restauré par Gabriel.
 
Autre Grand Maître marquant de l'Ordre "Fernandez de HÉRÉDIA", dont la vie a été traitée par Madame Salsona CLIMENTE, des archives d'Aragon. Homme de lettres, politique et économiste, conseiller du roi Pierre le Cérémonieux, commandeur d'Amposte, diplomate, ambassadeur, ce grand seigneur est élu Grand-Maître en 1377 à Rhodes. tout en luttant contre le Turc, il s'intéresse beaucoup à la Grèce et sa bibliothèque est considérable. Il est l'auteur de traductions et de compilations dont la Grande Chronique d'Espagne et celle des empereurs romains jusqu'à Alexis Comnène.
 
Un prieuré et deux commanderies ont donné lieu à des exposés particuliers. tout d'abord, celui de M. SANTONI, des Archives des Bouches du Rhône, "Les deux premiers siècles du prieuré de Saint-Gilles". Il fut fondé par Gérard TENQUE en 1101 et ses biens, avant la création des grands prieurés de France et d'Auvergne, s'étendaient jusqu'au nord de la France. Il fut réorganisé ensuite. Pourquoi Saint-Gilles ? C'était alors un port actif grâce au petit Rhône, un lieu de pèlerinage sur place et une étape vers Saint-Jacques, le siège d'une grande abbaye et la capitale d'un comté aux mains de la dynastie toulousaine. La région était alors en plein essor et le commerce très actif, mais la guerre des Albigeois et la création d'Aigues-Mortes lui portèrent un coup dur. Le conférencier décrit ensuite le siège du prieuré et caractérise quelques grands prieurs.
 
Avec M. GIORDANENGO, professeur à l'École des Chartes, nous passons aux "Origines des Hospitaliers en Provence, la fondation de la commanderie de Gap". L'orateur se livre à une critique interne et externe très poussée d'un rouleau de 63 actes ou résumés d'actes dont aucun, malgré des affirmations contraires, ne date d'avant la première croisade. pour lui, l'implantation des Hospitaliers à Gap , est que de peu antérieure à 1106.
 
C'est ensuite avec M. GANGNEUX, professeur à L'Université Grenoble III, "La commanderie de Valence de l'ordre de Malte aux XVIIe et XVIIIe siècles, problèmes d'économie agraire." À cette époque, l'activité militaire de l'Ordre est réduite à la guerre de course. Les commanderies sont essentiellement des cercles administratifs et d'exploitation agraire. Le conférencier étudie d'une façon approfondie le capital de la commanderie de Valence, domaine foncier, droits seigneuriaux temporels et droits seigneuriaux spirituels tels que patronages de cures et les dimes dans les différents secteurs où la commanderie était possessionnée. Il scrute en particulier dans ce microcosme la réaction seigneuriale du XVIIIe siècle.
 
Avec M. Théo LOMBARD, chevalier de l'Ordre et son exposé "De l'Hôpital de Jérusalem aux lépreux du Cambodge, neuf siècles de vocation hospitalière", nous quittons le régional. L'histoire de l'Ordre est surtout celle d'une fidélité à une vocation caritative, une fois l'épisode militaire grandiose achevé. Aujourd'hui 35 associations nationales et surtout la française et l'allemande sont présentes partout où l'on souffre, où l'on a faim, où l'on est victime d'épidémies et de la guerre. Pour la France les interventions ont été multipliées par 1 000 en 15 ans. À l'heure actuelle, elles ont couté 30 millions sans compter les 60 millions de médicaments distribués à bon escient dans le monde entier. Tous les malheureux, quelles que soient leur race, leur religion et leur nationalité, peuvent compter sur l'Ordre de Malte.
 
M. Henri DUBLED, dans son exposé "L'Ordre évangélique et chevaleresque de Saint-Jean de Jérusalem ou Johanniter Orden" retrace comment, à la suite des incidents de Rhodes en 1317 causés par le caractère de Foulques de Villaret, un certain nombre de chevaliers allemands quittèrent l'ile pour s'organiser à Sonnenburg en Allemagne. Ces chevaliers ayant élu un grand bailli ou Herrenmeister, obtiennent, au traité d'Heimtach, en 1382, une autonomie à peu près complète au sein du grand prieuré d'Allemagne. C'est le baillage de Brandebourg. Les relations de l'organisme avec les margraves, princes, rois puis empereurs de la dynastie des Hohenzollern, renforcent leur position. À partir de 1520-1530, une grande partie des commanderies de ce baillage passent à la Réforme. Au traité d'Osnabrück, le prince palatin de Brandebourg, dont les descendants seront rois de Prusse, obtient le patronage du grand baillage sans limite territoriale. la confession primant dès lors toute autre appartenance, nait ainsi l'Ordre évangélique de Saint-Jean. Mais à côté de lui, en Allemagne et ailleurs, existe l'Ordre de Malte d'obédience romaine. Si les relations entre le grand bailli et le grand Maître sont inexistantes, le baillage reste partie intégrante du grand prieuré d'Allemagne aussi longtemps qu'il existera, car l'Ordre de Saint-Jean a de tout temps pratiqué la coexistence religieuse dans la paix. La Révolution française et l'Empire conduisent le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III, pour financer la reconstruction de son armée, à séculariser les deux Ordres de Saint-Jean sur son territoire et à créer, en compensation, l'ordre royal prussien de Saint-Jean, simple distinction personnelle. Mais, en 1852, le roi Frédéric-Guillaume IV ressuscite dans tous ses droits et devoirs l'Ordre évangélique. C'est un nouveau départ. À travers les vicissitudes de la politique et les guerres meurtrières, l'Ordre de Saint-Jean est toujours resté fidèle à son appartenance chrétienne et à son idéal hospitalier. Aujourd'hui, les 16 associations d'Allemagne ont créé et soutiennent 33 maisons caritatives, hôpitaux, foyers, etc... sans compter les œuvres des associations fédérées suisse, française, finlandaise, hongroise, et des groupes belge, autrichien et américain. L'Ordre évangélique travaille en étroite collaboration avec l'Ordre de Malte, la Croix Rouge et autres groupes caritatifs. Son secours aux blessés est partout présent en Allemagne. comme l'Ordre de Malte, on le trouve aussi partout où l'on souffre.
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Le Père MONTAGNES, O.P., entretient l'assistance d'un monastère de dames maltaises, dit de Beaulieu, près de Figeac, dans le Quercy, sur la route vers Rocamadour, fondé avant 1246 et donné à Saint-Jean en 1259. Le règlement du monastère fut octroyé en 1296 par Foulques de Villaret. parmi ces dames, l'une, Flora, devenue Sainte Fleur, d'une famille noble du Cantal, morte en 1347, fut particulièrement célèbre. Son tombeau attire beaucoup de pèlerins et fut le lieu de nombreux miracles. Le Père MONTAGNES étudie ensuite la vie de Sainte Fleur et le recueil de ses miracles, le tout d'inspiration franciscaine et en provençal, le deuxième recueil ayant été édité par Clovis Brunel.
 
Après une messe solennelle en latin, le dimanche 4, concélébrée par le R.P. Jean-Marc VAILLANT, abbé de Saint-Michel et le père MONTAGNES, le colloque se termina par une brillante conférence du Pr. Michel FONTENAY sur "Les galères de Malte, 1530-1798". L'orateur traite de la qualité des galères, de leur cout et de leurs missions. L'Ordre en avait trois au départ de Rhodes, puis en eut jusqu'à sept. Le XVIIe siècle est le grand siècle maritime de l'Ordre qui pratique la guerre de course. Au XVIIe siècle, l'Ordre construit en outre une escadre de vaisseaux. La réputation des galères maltaises ne venait pas tant de la valeur matérielle des bâtiments que de leur bon gouvernement et particulièrement du traitement humain des rameurs dits chiourme où la proportion de volontaires fut toujours beaucoup plus grande que dans les autres marines. L'armement était sommaire. la galère ne peut que combattre une autre galère. Elle est impuissante devant la puissance de feu d'un vaisseau de ligne. Elle ne connait que l'abordage après une seule bordée. Les équipages maltais sont plus nombreux qu'ailleurs et si le haut encadrement n'est pas meilleur, les officiers subalternes sont de véritables marins. cette flotte qui coute très cher escorte les navires ravitailleurs de Malte, transporte les fonds, les passagers de marque, fait la police de la mer contre les Barbaresques, aide les autres marines chrétiennes quand besoin est, et pratique la guerre de course contre l'infidèle. À côté de la marine officielle de l'Ordre, de nombreux corsaires, nantis de lettres, dont 183 chevaliers sur les 484 répertoriés, pratiquent la course sur des bâtiments privés battant pavillon de l'Ordre. Ils cherchent plus l'aventure que l'argent car, au XVIIIe siècle, Malte est restée le dernier lieu d'un idéal chevaleresque quelque peu révolu.
 

Henri DUBLED.

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L'HÔPITAL DE SAINT-JEAN DE JÉRUSALEM À AVIGNON
ET EN COMTAT VENAISSIN AU XIIIE SIÈCLE
 
Daniel LE BLEVEC
 
Avec la promotion de Guillaume de Villaret à la charge de Recteur du Comtat Venaissin, en 1274, l'Ordre dont il était, en tant que prieur de Saint-Gilles, l'un des principaux dignitaires, allait occuper le devant de la scène politique dans la région et s'y maintenir, durant le dernier quart du XIIIe siècle et les premières années du XIVe. Le rôle que la papauté avait confié aux Hospitaliers, les fonctions qu'allaient exercer d'éminentes personnalités de l'Ordre dans l'administration du nouvel état pontifical n'étaient pas fortuits. Il est légitime de s'interroger sur les motivations de Grégoire X et, parmi celles-ci, de se demander dans quelle mesure la densité de l'occupation hospitalière dans l'espace avignonnais et comtadin a contribué à orienter les choix pontificaux.
 
Remonter aux origines de cette occupation, en mettant en évidence les étapes suivies par l'Ordre pour s'implanter, créer des maisons et contrôler un temporel toujours plus étendu permettra de mieux comprendre la place qu'a tenue au XIIIe siècle l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem en Comtat venaissin, ainsi que dans la principauté d'Orange et dans le territoire d'Avignon.
 
1) LES PREMIÈRES IMPLANTATIONS (XIIe SIÈCLE)
 
Bien que, selon la tradition, les Hospitaliers aient fait leur apparition à Orange dès le premier quart du XIIe siècle, on doit en réalité attendre les années 1170 pour observer les premières traces écrites offrant quelque garantie d'authenticité. C'est en effet dans le dernier quart du XIIe siècle que commence l'essor de l'Ordre dans la région comtadine. En 1173, le prieur de Saint-Gilles, Raimond de Saint-Michel, achète à un couple d'Avignon des biens fonciers situés sur l'ile des Matarons, dans la Durance, au sud d'Avignon (1). La même année, Raimbaud III d'Orange lègue à l'Ordre deux condemines à Orange (2). Ces deux acquisitions sont à l'origine du temporel des futures commanderies d'Avignon et d'Orange.
 
Suivent, en 1177, deux actes importants. le premier est de portée générale : le comte de Toulouse, Raimond V, accorde au prieur de Saint-Gilles Eldin (ou Odin) l'exemption de tout droit de péage par terre et par eau dans ses États, la faculté d'y acquérir des biens meubles et immeubles, par donation ou legs, ainsi que le droit de pacage pour les troupeaux de l'Ordre (3). Ce privilège concerne donc le Venaissin, relevant de la souveraineté des comtes de Toulouse, marquis de Provence. Le second document relate la première acquisition notable faite par l'Hôpital dans la région d'Orange : Raimonde de Mornas cède au prieur de Saint-Gilles tous les droits qu'elle possède sur le castrum de Mornas et sur celui de Gigondas, ainsi qu'à Cairanne, à Caderousse, à Pont-de-Sorgues et dans le territoire de ces diverses localités. Elle en conserve l'usufruit jusqu'à ce qu'elle décide de prendre l'habit des sœurs de l'Hôpital (4). La donation est faite intuitu pietatis et misericordiae, in helemosinam, et elle est destinée au réconfort et aux soins des pauvres à l'Hôpital. On ne saurait, dit la donatrice, en faire un meilleur usage (5). La formulation est intéressante à souligner ici. Elle atteste une pratique charitable bien vivante à ce moment-là au sein de l'Hôpital, au moins dans la maison de Saint-Gilles, puisque c'est à celle-ci, siège du prieuré, qu'est destinée la donation. C'est seulement quelques années plus tard, au début du XIIIe siècle, que les biens et les droits cédés par Raimonde de Mornas allaient être détachés de Saint-Gilles pour entrer, eux aussi, dans el temporel de la commanderie d'Orange nouvellement fondée.
 
Peu après, en 1179, un chevalier d'Avignon, du nom de Brocard vend à l'Hôpital une condemine située au Clos des Fontaines, à l'est de la ville, avec ses bâtiments et ses dépendances (6).
 
Ces premiers documents marquent donc l'arrivée et l'enracinement des Hospitaliers dans la région. D'autres vont suivre, à un rythme de plus en plus rapide, pour aboutir à la fondation des commanderies, à la charnière des XIIe et XIIIe siècles.
 
À cette date, l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem est déjà une institution puissante, dotée de nombreux privilèges et dont les possessions, acquises par donation, achat ou héritage, se répartissent sur une bonne partie de l'Occident chrétien. Il est en particulier solidement installé au delta du Rhône, où le prieur de Saint-Gilles préside aux destinées méridionales de l'Ordre et exerce une tutelle, plus ou moins étroite, sur les établissements entre lesquels le temporel a été partagé : la commanderie Thomas de Trinquetaille, à Arles, la commanderie de Saint-Gilles proprement dite (unité de gestion distincte du grand-prieuré, même si les deux institutions cohabitent au même lieu). Des têtes de pont ont été lancées dans la vallée de la Durance : à Gap dès les premières années du XIIe siècle (7), à Manosque où l'Ordre est présent très tôt, également appelé par les comtes de Forcalquier et par les évêques de Sisteron, et où une commanderie existe dès le milieu du XIIe siècle (8). L'implantation dans la région comtadine peut apparaitre comme l'étape suivante dans la progression des Hospitaliers vers le nord. Sans voir là une politique délibérée, répondant à des objectifs conscients et voulus de la part des responsables de l'Ordre, il semble cependant que leur était apparue la nécessité de contrôler un certain nombre de points clés le long des grandes voies de circulation, où faisaient étape les pèlerins et les croisés dans leur acheminement vers les ports d'embarquement vers l'Orient (Arles, Saint-Gilles, Marseille). Même si les acquisitions ont été faites la plupart du temps au gré des circonstances, il est possible que certaines d'entre elles aient été suscitées, ou fortement encouragées, par les prieurs de Saint-Gilles, dans le dessein de mettre sur pied un réseau de maisons hospitalières destiné à quadriller la région d'une manière relativement dense, à partir des carrefours de routes et des points de franchissement des rivières (Avignon, Orange), ou au débouché des chemins de montagne (Trignan). La fondation des commanderies d'Avignon, d'Orange du Comtat Venaissin parait bien répondre à de telles préoccupations.
 
II) LA COMMANDERIE D'AVIGNON
 
La documentation qui permet de retracer l'histoire de cette maison comprend une centaine de liasses, conservées dans le fonds du Grand-Prieuré de Saint-Gilles, aux archives départementales des Bouches-du-Rhône, parmi lesquelles de nombreuses pièces originales (9), ainsi qu'un cartulaire de 118 feuillets, composé au milieu du XIIIe siècle, contenant la copie d'actes datés de 1185 à 1245 (10). La qualité de cette source - malgré des lacunes inévitables - permet d'étudier les origines de la commanderie et ses premiers développements.
 
1) Les origines (1187-1205)
 
La première mention de l'existence d'une maison d'Hospitaliers à Avignon date de 1187. Au mois d'octobre de cette année-là, un acte est passé infra stare Iherosolimitani Hospitalis, l'Ordre étant représenté par le frère Raimond Catel, qualifié de magister (11). La commanderie existe-t-elle déjà ? Malgré le titre porté par le responsable de la maison (magister est généralement synonyme de praeceptor, c'est-à-dire de commandeur, dans les documents de l'Ordre), il est probable que seul existe à ce moment-là le projet d'en fonder une. Le prieur de Saint-Gilles a déjà détaché à Avignon un des frères pour administrer les biens, gérer le domaine en train de se constituer dans la ville et aux environs. Mais une commanderie, au vrai sens du terme, suppose l'existence, à côté de la maison de l'Hôpital proprement dite, d'une église pour la célébration des offices prévus par la règle et d'un cimetière, pour l'ensevelissement des frères, ce qui n'est pas encore le cas en 1187. La maison d'Avignon reste donc sous le contrôle étroit du prieur de Saint-Gilles, à qui sont faites les ventes et les donations (12). Aucun praeceptor n'apparait avant 1205. Raimond Catel est le seul responsable de la maison d'Avignon à avoir porté le titre de magister, sous la tutelle du prieur de Saint-Gilles. Jusqu'en 1191, on le voit agir au nom de celui-ci pour l'acquisition des terres, l'obtention des exemptions de péage au port d'Avignon, l'achat de maisons dans la ville (13). Ses successeurs n'ont que le titre de procurator, toujours comme représentants du prieur. Ainsi voit-on apparaitre Guillaume de La Garde, Aufant, Falcon, Brocard.
 
Ce dernier personnage est l'un des grands artisans de l'installation des Hospitaliers à Avignon.On l'a vu en 1179 vendre à l'Ordre un important domaine au quartier des Fontaines. Est-ce lorsqu'il prit la décision d'entrer dans l'Ordre comme donat ? On le retrouve en effet dix ans plus tard, dans un acte par lequel il reconnait s'être jadis donné à l'Hôpital et où il confirme ses précédentes libéralités (14). Une nouvelle étape est franchie en 1199 : Brocard prend cette fois l'habit des frères de l'Hôpital et fait à l'ordre donation de nombreux biens : sa maison d'Avignon, avec ses dépendances, plusieurs terres labourables, vignes et jardins, situés dans le territoire suburbain, à l'est et au sud de la ville, ainsi que des droits seigneuriaux sur l'ile des Pulvériers dans le Rhône et sur les iscles de la Durance (15). L'importance et la solennité que le donateur a voulu conférer à son geste apparaissent bien à plusieurs indices : rédaction de l'acte par le notaire des consuls d'Avignon, scellement de la bulle par la ville, qualité des témoins présents, avec, du côté des frères, le prieur de Saint-Gilles, Raimond d'Aiguille, qui reçoit la donation, son chapelain, le commandeur de Saint-Gilles, et, du côté des laïcs, trois consuls et de nombreux personnages appartenant à la classe chevaleresque, dont Brocard est issu (16). Membres des vieilles familles avignonnaises, propriétaires de la majeure partie du sol de la cité et des terrains qui l'entourent, ils vont être parmi les premiers bienfaiteurs de l'Ordre ; c'est aux dépens de leur patrimoine que va d'abord se constituer celui de la commanderie d'Avignon. On les voit, au début du XIIIe siècle, céder aux Hospitaliers des maisons dans la ville, des terres dans la campagne proche, des cens et des droits variés. Les actes qui concrétisent ces transferts de propriété constituent l'essentiel du fonds d'archives de l'Hôpital d'Avignon (17) .
 
La maison cédée par le chevalier Brocard devait être une vaste et belle demeure, puisque les Hospitaliers vont aussitôt s'y installer (18). Désormais, les actes passés par l'Ordre à Avignon le seront dans "la maison de l'Hôpital qui a appartenu à Brocard" (19). Si l'acte de donation est officiellement daté de novembre 1199, au moment de la prise d'habit de Brocard, celui-ci avait en réalité cédé sa maison à l'Ordre quelque temps auparavant : en effet, au mois de juillet précédent, l'évêque d'Avignon, répondant à la demande des Hospitaliers de posséder une église et un cimetière, c'est-à-dire de fonder une véritable commanderie, leur donne son approbation, en précisant que cette église et ce cimetière pourraient être implantés in stari scilicet Brocardi de Avinione militis aut in alio quolibet loco proprio ejusdem Hospitalis, infra civitatem Avinionensem vel extra in territorio civitatis ejusdem (20). C'était là affaire d'importance, compte tenu des intérêts en présence.
Édifier une église, établir un cimetière, impliquaient pour l'Hôpital de respecter les droits légitimes de l'Église d'Avignon, sur lesquels il convenait de ne pas empiéter (dîmes, droits de sépulture, attribution des legs, oblations...). conscients de l'enjeu, mais mûs par l'ardent désir de voir aboutir leurs projets, les hospitaliers s'étaient efforcés de mettre de leur côté un certain nombre d'atouts, et notamment d'impliquer dans l'affaire de grands personnages de leur Ordre. Non seulement le prieur de Saint-Gilles, Raimond d'Aiguille, fut présent à la rédaction de l'acte, mais aussi un envoyé du Grand-Maître, Garsia de Lisa, chargé à ce moment-là d'une mission d'inspection des commanderies occidentales et pourvu du titre de « Commandeur d'en-deçà de la mer » (21). C'est à eux que l'évêque Rostaing, agissant au nom du prévôt et du chapitre de Notre-Dame des Doms, donne donc l'autorisation de construire une église, d'avoir un cimetière et d'y ensevelir non seulement les frères de l'Hôpital mais aussi les sergents et les domestiques de l'Ordre, et même les habitants de la ville et les étrangers de passage qui en manifesteraient le désir (22).
 
On ignore à quel emplacement exact était située la maison de Brocard devenue siège de l'Hôpital d'Avignon. Elle s'élevait probablement dans un quartier périphérique, et cette situation ne laissait pas d'être gênante, en raison de l'accroissement du patrimoine foncier, et surtout immobilier, en particulier dans la paroisse Saint-Pierre, où les Hospitaliers avaient acquis plusieurs demeures et où ils songeaient à transférer leur résidence. Sous la conduite de Bricard, devenu en 1200 procureur de l'Hôpital, ils commencèrent la construction d'une nouvelle église et à préparer leur déplacement dans des bâtiments mieux appropriés et situés là où s'étend aujourd'hui la place Saint-Jean-le-Vieux (23). Les chanoines de Notre-Dame des Doms en prirent ombrage. Ils redoutaient qu'en s'installant au cœur de la ville, dans un quartier très peuplé, les Hospitaliers n'attirassent de trop nombreuses élections de sépulture, avec les bénéfices en découlant. Le conflit fut réglé en 1203 par un arbitrage de l'évêque. La sentence rendue à cette occasion s'efforçait de sauvegarder les droits du chapitre, tout en laissant aux Hospitaliers la possibilité de s'installer en un autre lieu de la ville, comme il en avait été décidé dans la précédente transaction, en 1199 (24). Ces derniers se virent donc autorisés à transférer leur église, mais avec la restriction qu'ils devraient s'en remettre à l'évêque pour le choix du lieu. Ils s'engageaient en outre à laisser aux chanoines le quart des legs qu'ils recevraient des paroissiens enterrés dans leur cimetière, à l'exception des chevaux et des armes qu'ils pourraient conserver en totalité (25). Ils consentaient aussi à quelques concessions mineures, comme le refus d'admettre les paroissiens, certains jours, aux offices célébrés dans l'église de l'Hôpital.
 
L'un des intérêts du document, outre son objet propre, est de nous faire connaitre, parmi les témoins, le nom de trois commandeurs : Albert, commandeur de Cavaillon, Falcon, commandeur d'Orange, Bertrand de Monteux, commandeur de Sainte-Cécile. Il faut en conclure que ces trois établissements ont été fondés avant la commanderie d'Avignon : c'est seulement en mars 1205 que, pour la première fois dans les textes, Brocard abandonne le titre de procurator pour prendre celui de praeceptor (26). Cette date marque à la fois l'installation des Hospitaliers dans leur nouvelle résidence - l'évêque avait dû entre temps se montrer plus conciliant et autoriser finalement la poursuite des travaux déjà commencés à Saint-Jean, dans la paroisse Saint-Pierre -, la consécration de l'église et la naissance officielle de la commanderie d'Avignon. Les Hospitaliers allaient demeurer dans ces locaux pendant plus d'un siècle. Après la suppression de l'Ordre du Temple, ils les abandonnèrent à la Chambre apostolique pour s'installer dans l'ancienne commanderie des Templiers, près de Saint-Agricol, commanderie qui prit alors le nom de Saint-Jean de Rhodes, tandis que l'ancienne maison, devenue Saint-Jean-le-Vieux, allait être transformée en livrée cardinalice (27).
 
L'étude des origines de la commanderie d'Avignon présente l'intérêt de faire apparaitre plusieurs phénomènes typiques de l'histoire de l'Hôpital de Jérusalem dans son extension à travers l'Occident. On y trouve d'abord un témoignage révélateur du succès que connait cet Ordre à la fin du XIIe siècle et au début du XIIIe siècle : l'augmentation continue du patrimoine en est la preuve, comme ces transferts successifs de maison en maison, résultat de l'accroissement d'une communauté de plus en plus importante, dynamique, exigeant une administration toujours plus complexe et donc des locaux plus vastes et mieux adaptés. On y voit aussi les réticences et même l'hostilité qu'a suscitées ce succès de la part des pouvoirs en place. À Avignon, il s'agit des autorités religieuses, représentées par le chapitre cathédrale, et il convient de rappeler qu'au même moment, dans la ville d'Arles, les Hospitaliers de la commanderie de Trinquetaille ont de sévères démêlés avec l'archevêque pour des questions de dîmes et de droits de sépulture (28). La concordance des faits n'est sans doute pas un hasard. À Orange, le problème se pose également, un peu plus tard, dans les années 1222-1223, mais dans cette ville, c'est surtout le pouvoir politique, symbolisé par les princes de la famille des Baux, qu'on va voir se dresser contre les prétentions de l'Ordre. Ainsi, un siècle après sa fondation, l'Hôpital de Jérusalem est devenu en Occident une puissance avec laquelle les autorités locales, qu'elles soient civiles ou religieuses, doivent compter (29).
 
2) L'Hôpital d'Avignon et son patrimoine au XIIIe siècle
 
Tout au long du XIIIe siècle, les biens et les droits de la commanderie d'Avignon ne vont cesser d'augmenter. La documentation dont on dispose permet d'étudier l'implantation géographique et la physionomie du temporel de l'Hôpital, à Avignon et dans son territoire.
 
L'Ordre possède d'abord un grand nombre de biens immobiliers répartis inégalement sur les sept paroisses de la ville : plus d'une centaine de maisons, dont la moitié est située dans la paroisse Saint-Pierre, c'est-à-dire à proximité de la commanderie, peut être comptabilisée pour la fin du XIIIe siècle (30). la valeur de ces biens est extrêmement variable. Certaines maisons sont achetées pour seulement quelques livres. D'autres, sans doute plus belles ou plus vastes, valent aisément cent fois plus. Ainsi, en 1 241, le commandeur Gérard Brun achète aux moines de Franquevaux une maison dans la paroisse Saint-Pierre, pour 3 000 sous viennois (31). En 1 247, un particulier vend aux Hospitaliers une maison dans la paroisse Saint-Geniès pour le prix de 19 000 sous raimondins (32) : c'est la plus chère de toutes les maisons acquises par l'Ordre et figurant dans la documentation.
 
Concédées en bail, ces habitations voient leur cens varier, lui aussi, selon l'importance, la situation, l'existence ou non d'une cour ou d'un jardin... D'où les disparités allant de quelques deniers à une centaine de sous par an.
 
La commanderie de Saint-Jean d'Avignon est, depuis 1 221, voisine de la Juiverie (33). Les Hospitaliers se sont rendus propriétaires d'une bonne partie de ce quartier. Ils possèdent également les bains juifs, qu'ils afferment pour une dizaine de sous par an (34). Ils ont enfin quelques boutiques, notamment dans la paroisse Saint-Agricol (35).
 
À côté de ces intéressantes sources de revenus, qui leur procurent des rentrées d'argent frais abondantes et régulières, les Hospitaliers retirent de substantiels profits de leurs possessions foncières dans le territoire suburbain.
 
Extra muros s'étendent des zones rurales, dont beaucoup ont été gagnées récemment par la culture sur les créments du Rhône et de la Durance et sur les paluds progressivement asséchés depuis un siècle ou deux.. Les canaux et les bras domestiqués des Sorgues sur lesquels se dressent les premiers moulins, délimitent de grands quartiers de terre, portant les jardins, la vigne, les céréales et les oliviers pourvoyant à l'alimentation des Avignonnais : Clos de la Roquille, Clos des Fontaines, Clos Saint-Jean, Clos d'Enganel. Les secteurs les plus humides, au bord des cours d'eau ou dans les iles fluviales sont couverts de prés ou laissés aux bois, aux friches ou aux marais (36). les Hospitaliers ont très tôt, on l'a vu, acquis des biens dans le territoire d'Avignon. Ces possessions se sont accrues, au long du XIIIe siècle, et ont été concédées en baux emphytéotiques, à des exploitants, pour leur mise en valeur. La commanderie a pu ainsi disposer d'un autre type de revenus, tout aussi intéressants pour elle que ceux provenant de ses directes en ville, puisque constitués de rentes à la fois en argent et en nature (blé, vin ou huile), les cens en argent étant autrefois - et de loin - les plus nombreux.
 
Dans les archives de la commanderie, les biens et les droits fonciers sont regroupés en une vingtaine de quartiers du terroir avignonnais (38). Parmi eux, le Clos des Fontaines, le Clos d'Enganel, les iles de La Motte et des Pulvériers dans le Rhône, les iles Mataron dans la Durance, constituent les zones où se concentre la majeure partie des biens hospitaliers, le reste étant éparpillé, de manière plus diffuse, à travers les autres quartiers.
Parmi les propriétaires qui ont cédé, surtout vendu, leurs terres à l'Hôpital, on retrouve sans surprise les noms des grandes familles avignonnaises : Augier, Malvezin, Boulbon, Sorts, Materon, Moutonnier, toutes bien possessionnées à la campagne comme elles le sont à la ville. Selon un phénomène caractéristique au XIIIe siècle, ces vieux lignages ressentent un besoin croissant d'argent et se séparent d'autant plus volontiers, contre de substantielles contreparties financières, de leurs domaines ruraux.
 
Le rôle essentiel que joue la monnaie dans les transactions au XIIIe siècle apparait clairement - surtout à partir des années 1 220- 1 230. les motivations qui poussent les laïcs à se dessaisir de leurs biens en faveur de l'Hôpital sont de moins en moins d'ordre religieux et de plus en plus d'ordre économique. La nécessité de se procurer des deniers a des causes variées, parfois mentionnées dans la documentation :
- l'endettement. Ainsi en 1 229 une dame Boulbonne vend au commandeur Bermond de Luzençon une vigne pour le prix de 52 livres et demie, afin de rembourser ses dettes (39).
- la fiscalité. En 1 227, les frères Raimond et Bertrand Rainoard, incapables de payer leur part de la taille qui a été imposée à la cité d'Avignon par le cardinal de Saint-Ange, vendent au commandeur une terre dans l'ile des Pulvériers, pour 2 050 sous (40).
- des raisons personnelles, comme p. ex. les frais de scolarité des enfants. En 1 244, Adalasie Materon, pour faire face aux dépenses occasionnées par les études de son fils Guilhem Joufré, vend aux Hospitaliers, pour le prix de 6 livres, une taxe du 1/36e pesant sur les marchandises qui transitent par le port de Rognonas (41).
 
C'est donc essentiellement le besoin d'argent qui motive les laïcs, à partir du second quart du XIIIe siècle, dans leurs relations avec l'ordre de Saint-Jean. On le sait abondamment pourvu de ces espèces que lui procurent les nombreux cens qu'il perçoit et l'on n'hésite pas, quand la nécessité s'en fait sentir, à faire appel à lui. La commune d'Avignon elle-même est impliquée : en 1 245, elle mandate deux consuls pour traiter avec le commandeur Foulque de Tournel. Elle avait acheté des terres destinées à la construction de canaux qui devaient amener l'eau de la Durance jusqu'à des moulins près du portail Matheron. Endettée, elle renonce à ce projet et propose le terrain aux Hospitaliers, qui s'en portent acquéreurs au prix de 31 livres et 12 sous (42).
 
quartieroccupation du solpremière mentionsituation
Roquille (clos)vigne1 226s-e de la ville près murailles
Saint-Jean (clos)vigne1 232e de la ville, près moulin de l'Épi
Aujac (clos)vigne1 227s.e. Roquille et s. moulin de l'Épi
Les Fontaines (clos)terres labourables, vigne1179 est clos St-Jean
Enganel (clos)vigne, jardins1199est près clos St-Jean
Le Fraisse (clos)terres labourables, vigne1283s.e. ville bord Durance
Bertin (clos)terres lab. vigne, bois1269Réalpanier
Lartissut (clos)terres lab. hermes1276Réalpanier
Les Rivauxvigne1210bord Durance
La Route (clos)vigne1264bord Rhône
Bone Cavaladeterres lab.1209près du Fraisse
Male Cavaladevigne
Despelatoirterres lab.1249non localisé
Fontgaillardterres lab.1203non localisé
Terderieterres lab.1200non localisé
La Motte, Argentonbois1227n. Barthelasse
(iles du Rhône)
Les Pulvériersterres lab. bois, hermes1199Argentonprés, pâtis
Mataron, Balancasterres lab. bois, hermes1173entre Rognonas (iles du Rhône)et le confluent du Rhône
Caton, Manopeterres lab.bois, hermes1194près confluent Courtines, Barbanvignes, présavec la Durance
La Frachevigne1233près Balancas
Les Ferragesvigne1263non localisé
 
Il n'est pas jusqu'aux communautés religieuses qui, poussées elles aussi par le besoin, en viennent à vendre des biens à l'Hôpital, comme les cisterciens de Franquevaux qui, on l'a vu, vendent une maison à Avignon. Le fait s'inscrit dans un cadre plus général qui est celui de l'appauvrissement de nombreuses anciennes maisons religieuses. On en aura plus loin un autre exemple avec la vente faite par le prieur de Frigolet au prieur de Saint-Gilles de tous les biens que sa maison possédait dans la région d'Orange, afin de rembourser ses dettes.
 
La commanderie de Saint-Jean a enfin possédé des biens en dehors du territoire d'Avignon proprement dit : des terres de labour (43) et des droits de pâture à Rognonas (44), une maison à Roquemaure (45), une autre à Orgon (46), des pâtis à Châteauneuf de Gadagne (47), des vignes à Saint-Saturnin (48), un domaine au Thor (49).
 
À côté des biens, que sait-on des hommes ? La documentation permettrait sans doute d'esquisser une étude du personnel de la maison d'Avignon et de son recrutement. Le travail reste à faire. On trouvera simplement en annexe un essai de classement chronologique des commandeurs qui ont dirigé l'Hôpital d'Avignon (50). On peut constater que des personnages connus de l'histoire hospitalière méridionale ont exercé la charge de commandeur d'Avignon, comme Bermond de Luzençon, ou Seignoret, qui ont été tous deux prieur de Saint-Gilles et, à un autre moment de leur carrière, commandeur de Saint-Thomas de Trinquetaille (51) et commandeur de Manosque (52). Pierre de Cairanne a été commandeur d'Orange, puis prieur de Toulouse, avant de venir à Avignon (53). Giraud Amic (de Sabran) a d'abord été commandeur de Manosque, puis commandeur d'Orange (54). Foulque de Tournel, après Avignon, sera commandeur de Saint-Gilles, puis d'Alès (55). Les dignitaires de l'Hôpital passent ainsi, dans le cadre du prieuré de Saint-Gilles, d'une commanderie à une autre, au gré des circonstances et des nécessité supérieures de l'Ordre. Diriger la maison d'Avignon est une charge importante qui compte certainement dans la carrière d'un commandeur, malgré la fondation relativement récente de cet établissement.
 
III) LES HOSPITALIERS À ORANGE
 
La connaissance que nous avons à présent des Hospitaliers à Orange est fondée sur des sources de nature différente de celle de la documentation avignonnaise. On n'a en effet conservé qu'un petit nombre d'actes concernant l'acquisition et la gestion du temporel de la commanderie d'Orange (56). Les éléments qui le composent sont moins concentrés, ramassés autour de la ville qu'à Avignon, plus dispersés sous la forme de droits seigneuriaux, à travers la principauté et le nord du Comtat Venaissin (57).
 
L'histoire des Hospitaliers à Orange est d'abord celle des rapports qu'ils ont entretenus avec les princes de la famille des Baux, puisqu'au XIIIe siècle, ils exercent conjointement avec eux le pouvoir politique sur la ville. C'est donc dans la archives des Baux qu'on puise le plus d'informations sur la présence hospitalière à Orange, archives bien connues depuis l'inventaire analytique qu'en a donné Barthélémy en 1882. Les problèmes que ce type de sources permet d'aborder concernent essentiellement les relations de l'Hôpital avec un pouvoir politique laïc pour le partage de l'autorité sur une ville.
Il n'y a pas grand crédit à accorder à la tradition qui fait arriver les Hospitaliers à Orange avant 1121, appelés par le comte Raimbaud à son retour de croisade pour desservir un hôpital qu'il aurait fondé dans sa ville. L'évènement s'il a jamais eu lieu, n'a laissé aucune trace documentaire (58). Selon J. de Font-Réaulx, Raimbaud d'Orange est d'ailleurs mort en terre sainte (59). Sa fille Tiburge, véritable fondatrice de la Principauté aurait certes pu édifier cet hôpital, mais nous n'en avons aucune preuve. Le premier document venant attester la présence des Hospitaliers à Orange date de 1173 : c'est le testament de Raimbaud III qui leur lègue deux condemines (60). En 1177, la donation de Raimonde de Mornas permet à l'Ordre, on l'a vu, de s'implanter plus solidement dans la région d'Orange, grâce à l'acquisition de droits à Mornas, Gigondas, Cairanne, Caderousse et Pont-de-Sorgue (61). Il faut ensuite attendre la fin du XIIe siècle pour rencontrer un acte de quelque importance, marquant un nouveau progrès de l'enracinement de l'Hôpital dans la principauté, avec la vente, faite en 1199, par le prieur de Frigolet de tous les biens et droits sur les maisons, les terres cultivées et incultes, et les vignes que le prieuré possédait à Courthézon, Causans et Jonquières (62). L'acte est passé à Orange, devant le palais épiscopal, en présence et avec l'approbation des plus hautes autorités spirituelles et temporelles de la région : l'archevêque d'Arles, les évêques d'Orange et Avignon, le prince Guillaume des Baux. L'Ordre est représenté par Pierre Hélie, commandeur de Saint-Gilles, mais on voit figurer parmi les témoins un Guillelmus sacerdos, magister domus Aurasice : première mention d'un frère responsable à la tête d'une maison de l'Hôpital, sans doute pas encore tout à fait autonome. En revanche, en 1203, existe à Orange un praeceptor en titre, en la personne de Falcon, précédemment procureur de la maison d'Avignon (63).
 
La commanderie d'Orange a donc été fondée à l'extrême fin du XIIe siècle ou au tout début du XIIIe, peu de temps avant la commanderie d'Avignon.
 
Mais la plus importante de toutes les acquisitions faites par les Hospitaliers à Orange date de 1215, lorsque l'Ordre de Saint-Jean entre en possession du legs de la moitié de la seigneurie sur la ville, fait par Tiburge II et Raimbaud IV (64). Ces deux derniers représentants de l'ancienne famille comtale d'Orange n'avaient pas d'enfant. Ils avaient institué l'Hôpital héritier de leur part de droits sur Orange, c'est-à-dire la moitié en indivis, l'autre moitié ayant échu, par succession et par mariage, à une branche de la famille des Baux. Une telle libéralité ne fut pas du gout de Guillaume des Baux, alors coseigneur d'Orange pour cette deuxième moitié. Il contesta la donation faite aux Hospitaliers sous prétexte qu'elle ne respectait pas des accords antérieurs, selon lesquels les droits seigneuriaux sur Orange ne pouvaient être aliénés qu'à des membres de la famille. Un arbitrage fut nécessaire pour régler le conflit. L'accord passé en septembre 1215 entre Guillaume des Baux et Martin d'Andos, prieur de Saint-Gilles, en présence du commandeur Pons de Oveliano, confirmait à l'ordre ses droits sur Orange mais il lui était interdit de faire aucune acquisition dans la ville sans l'autorisation du prince. Les deux parties s'engageaient à n'aliéner aucune parcelle de leurs possessions, dans la ville et dans son territoire sauf à l'Hôpital, à Guillaume des Baux ou à ses héritiers (65). Cette sentence fut ensuite approuvée par Hugues des Baux, vicomte de Marseille, frère de Guillaume, en 1216 (66), puis l'année suivante par l'empereur Frédéric II, qui y joignait en faveur de l'Hôpital des droits sur Sérignan, Camaret, Martignan et Pierrelatte (67).
 
Pendant près d'un siècle, les Hospitaliers allaient ainsi partager avec les princes d'Orange, le dominium sur la ville (68). Mais chacun des deux coseigneurs s'était réservé en toute propriété une maison et un quartier. les Hospitaliers s'installèrent dans un château qui avait appartenu à Raimbaud IV, édifié en partie sur l'arc de triomphe romain. Cette maison devint le siège de la commanderie.
 
Une telle situation n'alla pas sans poser bien des problèmes au cours du XIIIe siècle et les contestations du début inauguraient en réalité une série de démêlés entre les deux coseigneurs. Ainsi, en 1224, les fils et successeurs de Guillaume des Baux, Guillaume II, Raimond Ier et Bertrand II, ne respectèrent pas les accords conclus précédemment. Une nouvelle transaction dut être passée entre les princes d'Orange et les Hospitaliers, représentés par leur Grand-Maître, Garin de Montaigu, alors en voyage en Europe, qui vint à Orange pour donner plus de solennité à la cérémonie au cours de laquelle les deux parties jurèrent d'observer les anciens traités (69).
 
L'Ordre fut tranquille pendant une trentaine d'années jusqu'à ce qu'en 1257, Raimond Ier, mettant à profit ses bonnes relations avec Charles d'Anjou, comte de Provence, se lance dans de nouvelles revendications sur la part de la seigneurie d'Orange possédée par les Hospitaliers (70). L'affaire traina quelques années. Finalement, en 1272, eut lieu une nouvelle transaction entre les princes, Raimond Ier et son neveu Raimond II, et le commandeur Raimond de Grasse. Les Hospitaliers devaient cette fois s'incliner, accepter de tenir leurs droits sur Orange en fief des princes et de prêter hommage à chaque mutation de prince ou de commandeur. Ils renouvelaient aussi leur engagement à ne rien aliéner sans le consentement des princes. Moyennant ces concessions, certains droits leur étaient maintenus : ainsi la monnaie de l'atelier d'Orange serait frappée à la fois au nom des princes et de celui de la commanderie, les revenus du péage du Rhône seraient partagés, enfin le château de l'Arc continuerait d'appartenir à l'Hôpital (71).
 
Raimond Ier, malgré son ardeur à défendre ses droits et à limiter strictement ceux des Hospitaliers, fit cependant preuve de quelque générosité à l'égard de ces derniers, puisqu'il ne les oublia pas dans son testament, en 1281, avec un legs de 100 livres destiné à dire des messes pour le repos de son âme et celles de ses parents (72). Son neveu Guillaume III l'avait précédé dans cette voie : en 1248, il avait fait élection de sépulture dans le cimetière de la commanderie, à laquelle il avait légué un destrier et un palefroi (73).
 
Rapports ambigus par conséquent que ceux qui se nouèrent au XIIIe siècle entre les Hospitaliers et les princes d'Orange. L'Ordre se heurtait là aux ambitions d'une maison puissante, indépendante, très imbue de son pouvoir et qui en admettait mal le partage (74). Pourtant ce n'est qu'en 1307 que les efforts tenaces des princes pour reconquérir l'entier dominium sur la ville d'Orange allaient aboutir, après un accord "au sommet" entre Charles II d'Anjou et Foulques de Villaret. Le prince Bertrand III, au nom des services qu'il avait rendus en Italie à Charles II, sollicita son intervention afin de récupérer l'intégralité de la seigneurie d'Orange. Contre l'abandon définitif de ses droits, l'Hôpital recevait, en compensation, du comte de Provence plusieurs castra situés dans les diocèses d'Ex, de Riez et de Sisteron. Les Hospitaliers cédaient également la maison de l'Arc et ne gardaient dans la ville que l'église Saint-Jean, avec une maison et un jardin attenant, ainsi que les directes qu'ils possédaient dans la ville et dans son territoire. Ils étaient de plus exemptés de toute taille, droits de péage et de lods et ventes (75).
 
Malgré cet effacement considérable, la commanderie ne fut pas supprimée. Son patrimoine fut simplement limité à des biens immobiliers et fonciers, à des droits domaniaux et à des exemptions de taxes, dans la ville d'Orange et sur son territoire immédiat (76).
 
Si les Hospitaliers avaient pu résister aussi longtemps aux offensives des princes, c'est certainement, en partie, grâce à la personnalité des commandeurs, dont on voit se dessiner les contours, de manière plus ou moins floue, dans la documentation : Pons de Oveliano, Pierre de Cairanne, Raimond de Grasse, le plus connu de tous, puisqu'il a été l'un des collaborateurs de Guillaume de Villaret. Il exerça à plusieurs reprises, entre 1274 et 1281, la fonction de sénéchal du Comtat Venaissin, puis, après 1281, celle de viguier, responsabilités qui firent de lui le lieutenant attitré de plusieurs recteurs, notamment pour l'exercice de la justice (77). Les pouvoirs dont il fut investi dans l'administration pontificale - à quoi s'ajoute le fait que Guillaume de Villaret a volontiers séjourné à Orange, dans la maison de l'Arc, où il a passé un certain nombre d'actes - lui ont permis d'opposer une résistance opiniâtre aux tentatives répétées des Baux pour annihiler la puissance politique des Hospitaliers à Orange et la récupérer à leur profit, ne consentant jamais qu'à des abandons partiels et localisés.
 
IV) LES POSSESSIONS COMTADINES
 
Il est plus difficile d'en retracer l'histoire que pour Avignon et Orange. nombre de ces établissements, dispersés à travers le Comtat, ont été perdus par l'Hôpital lors de la cession au Saint-Siège, au début du pontificat de Jean XXII (79). Les fonds d'archives présentent d'importantes lacunes, qui imposent de se limiter à une typologie de ces implantations.
 
1) Commanderies connues par des mentions isolées et rares : Cavaillon, Pernes, Sainte-Cécile.
 
Cavaillon : Les Hospitaliers étaient déjà à Cavaillon en 1180, si l'on s'en réfère à un acte de Bertrand des Baux accordant la liberté de pâturage sur ses terres aux troupeaux des Hospitaliers de Saint-Gilles, Trinquetaille, Castillon, Calissanne et Cavaillon (80). Quelques années plus tard, en 1196, le comte Sanche, frère du roi d'Aragon Alphonse Ier qui venait de mourir, devenu régent du comté de Provence au nom du jeune Alphonse II, se fait donat de l'Hôpital dans la maison de Cavaillon (81). mais ni dans le premier cas, ni dans le second, n'est mentionné le nom d'un commandeur de Cavaillon. Il faut pour cela attendre 1203 : le commandeur Albert (ou Aldebert) est alors témoin de la sentence arbitrale rendue par l'évêque d'Avignon entre le chapitre de Notre-Dame des Doms et les Hospitaliers (82).
 
La commanderie a donc été fondée dans les toutes dernières années du XIIe siècle ou les premières du XIIIe. Elle est contemporaine de celles d'Orange, de Pernes et de Sainte-Cécile. Un commandeur de Cavaillon, Bernard de Spinason, apparait ensuite en 1243 (83). En 1275, Guillaume de Villaret est à la maison de Cavaillon, où il ratifie une transaction avec le chapitre cathédral au sujet des dîmes, des legs et des offrandes faites à l'église de l'Hôpital (84).`
 
Pernes : Le premier commandeur connu, Guillaume de Mannas, est signalé en 1204 (85). Un autre, Pons Debran, assiste à la transaction de 1215 entre le prince d'Orange, Guillaume des Baux, et les Hospitaliers (86). D'autres sont ensuite mentionnés, comme témoins de divers actes (87).
 
Ces rares indications tendent à indiquer que Pernes n'a été qu'une commanderie secondaire, au patrimoine modeste, à laquelle furent rattachés des biens que l'Ordre acquit plus tard à Malaucène (88). C'est pourtant la position centrale de Pernes qui contribua au choix que Guillaume de Villaret fit de cette localité pour y établir le siège de son gouvernement comme nouveau recteur du Comtat Venaissin.
 
Sainte-Cécile : La commanderie de Sainte-Cécile est signalée dans les documents dès le début du XIIIe siècle (89). Son histoire est, elle aussi, assez obscure, ponctuée par les mentions épisodiques du nom de ses commandeurs (90). Comme les autres établissements hospitaliers du nord du Comtat, elle s'est trouvée placée dans la mouvance de la commanderie d'Orange (91). À différentes occasions, c'est même le commandeur d'Orange qui a exercé la charge de commandeur de Sainte-Cécile (92). Cette maison, elle aussi de peu d'importance, était pourvue d'un temporel modeste, consistant notamment en des terres et des droits dans le terroir de La Garde-Paréol (93).
 
2) Une autre catégorie d'implantations hospitalières est constituée par des biens et des droits dispersés, dépendant globalement de la commanderie d'Orange, et dont certains, les plus importants, ont été, à un moment donné, érigés en membres particuliers et pourvus d'un commandeur propre.
 
Outre Mornas, Cairanne, Caderousse, où l'Ordre était possessionné, on l'a vu, depuis 1177, et Pierrelatte, Camaret, Sérignan (depuis 1215), il faut citer : Mormoiron (à partir de 1222) (94), Flassan (depuis 1236-37) (95), Villedieu, Saint-Roman-de-Malegarde et Brantes (depuis 1254) (96).
 
En mars 1267-68, l'Hôpital avait acquis, grâce au testament en sa faveur de Dragonnet de Montauban, d'autres biens à Cairanne, ainsi qu'à Châteauneuf-de-Bordette et à Venterol, hors du comtat, et le château de Malegarde (97). Une quinzaine d'années plus tard, une nouvelle commanderie fut créée avec les terres et les droits venant de cet héritage, ayant pour chef Venterol, et placée sous l'autorité de Raimond Astenove, ancien commandeur de Pernes (98). Cet établissement n'eut qu'une existence éphémère. En aout 1302, l'Ordre se dessaisissait de ces biens au profit de Humbert, dauphin de Viennois, par un acte passé à Valréas, en présence de Guillaume de Villaret, alors Grand-Maître, et pour le prix de 2 000 livres tournois (99).
 
Autre dépendance érigée en membre particulier et pourvue d'un commandeur propre : Villedieu (depuis au moins 1254) (100). Un autre commandeur de Villedieu est mentionné en 1270 (101). Mais en 1302, c'est le commandeur d'Orange, Rostaing de Sabran, qui fait hommage au pape pour Sainte-Cécile et Villedieu, sans que soit mentionné le nom d'un commandeur, ni pour l'une ni pour l'autre de ces deux maisons (102).
 
Valréas est à placer dans la même catégorie d'établissements. Les Hospitaliers y ont peut-être possédé des biens dès la fin du XIIe siècle, mais ceux-ci ne furent érigés en commanderie particulière qu'à la fin du XIIIe siècle (103). On a conservé le nom de deux commandeurs de Valréas : Raine (Rainier) de Sabran, en 1293 (104), et Adhémar de Reillane, ancien commandeur d'Orange, qui, en 1302, place sous la protection pontificale les biens de sa maison et reconnait les tenir en fief de l'Église romaine (105).
 
3) Une troisième catégorie d'établissements hospitaliers est celle des dépendances de commanderies situées hors du Comtat venaissin. Ce fut le cas des biens hérités de Dragonnet de Montauban, rattachés à Venterol. Une situation similaire, mais plus précoce, a existé au nord-ouest, avec les possessions situées sur la rive gauche du Rhône de la commanderie de Trignan (ou Saint-Jean d'Artignan). Cette maison avait été fondée à la fin du XIIe siècle, près du village de Saint-Marcel d'Ardèche, au diocèse de Viviers (106). Dès 1212, elle acquit des rentes à Lapalud. Un peu plus tard, elle y posséda des maisons et des terres, ainsi que dans l'ile de Frémigières, et des parts de péage sur la circulation terrestre et fluviale (107).
 
La commanderie de Joucas ne semble pas avoir possédé de biens en Comtat Venaissin. Fondée tardivement, peu importante au XIIIe siècle, elle s'est surtout étendue dans les diocèses d'Apt, de Sisteron et de Gap (108).
 
4) Un cas particulier : la maison de Bonpas. Ancien prieuré ayant connu une histoire mouvementée au cours des XIIe et XIIIe siècles, au gré de ses affiliations successives à plusieurs ordres religieux, et après une tentative du côté de l'Ordre du Temple en 1277, cet établissement finit en 1278 par solliciter son intégration au sein de l'Hôpital de Jérusalem (109). L'opération se fit entre les mains du commandeur d'Avignon, Pierre Agulhon, et faisait entrer dans le patrimoine de l'Hôpital les biens que la maison de Bonpas possédait à Lourmarin, Méthamis, L'Isle-sur-Sorgue, Pernes et Mormoiron (110). Mais dès 1281, un conflit surgit avec l'évêque de Cavaillon qui prétendait exercer tous les droits épiscopaux sur l'hôpital, église et maison de Bonpas (institution, destitution, visite, concessions, etc...). L'archevêque d'Arles rendit un arbitrage selon lequel les revenus de Bonpas appartiendraient à l'Ordre seulement du vivant de Guillaume de Villaret, mais après la mort de celui-ci, ils reviendraient à l'évêque et au chapitre de Cavaillon, sans que l'Hôpital pût y conserver aucune prétention (111). néanmoins, peu après, Guillaume de Villaret parvint, à la suite d'un échange avec l'évêque, à obtenir de celui-ci l'abandon définitif par l'église de Cavaillon de ses droits sur Bonpas (112).
 
Au terme de cette présentation qui a laissé dans l'ombre bien des problèmes (113), il convient de mesurer dans toutes ses implications l'importance qu'a eue dans l'histoire de la région l'occupation de l'espace par les Hospitaliers.
 
Deux traits sont à remarquer : d'une part, le caractère tardif de l'implantation hospitalière, d'autre part sa densité.
 
Les commanderies fondées dans cette partie de la vallée du Rhône et dans les plaines adjacentes ne sont pas, comme on l'a vu, parmi les plus anciennes. Les premières donations datent des années 1170-1180 et les créations des établissements remontent, pour la plupart, aux dernières années du XIIe siècle ou aux premières du XIIIe. La progression de l'Hôpital n'est donc pas celle d'un Ordre à ses débuts, mais celle d'une institution déjà puissante, bien administrée et structurée, ce qui explique la rapidité de la vague des fondations de maisons. Quant à la densité, c'est une caractéristique indéniable, dès la seconde moitié du XIIIe siècle. Dans un premier temps, l'Hôpital a su mettre à profit une charité laïque qui ne s'était pas encore détournée, dans nos régions, vers les nouvelles formes de spiritualité offertes par les ordres mendiants et que stimulaient encore les idéaux de la Croisade. Il bénéficié ensuite du besoin d'argent ressenti par les grands propriétaires laïcs qui lui ont cédé leurs biens pour se procurer des deniers. Il a pu de la sorte mettre en place une trame serrée et cohérente d'établissements, centrée sur Avignon et Orange, rayonnant sur toute la région, occupant les lieux de passage obligés, les carrefours, les grands axes de déplacement. Mis à part Carpentras et Vaison, où il ne semble pas avoir eu de possession, l'Ordre est partout présent, par ses biens fonciers et immobiliers, ses privilèges, ses droits, ses exemptions de taxes, une présence, il faut le noter à la fois urbaine et rurale, trait remarquable qui donne à l'Hôpital une physionomie que peu d'ordres religieux étaient, à l'époque capables d'offrir, au point de susciter, en de nombreux endroits, l'hostilité du clergé séculier.
 
Cette organisation, dont on a vu le déploiement jusqu'à la fin du siècle, était déjà en place, dans ses grandes lignes, en 1274. Aussi, lorsque le pape Grégoire X désigna le prieur de Saint-Gilles comme recteur et confia aux chevaliers de l'Hôpital la garde des principales forteresses du Comtat, faisant d'eux les premiers défenseurs du nouvel État pontifical, c'est à l'ordre le mieux implanté dans la région qu'il s'adressait. Sur quelle autre institution aurait-il pu d'ailleurs s'appuyer ? Les Templiers étaient certes eux aussi bien représentés localement (114). Mais leur Ordre était déjà très largement compromis dans les affaires purement matérielles et devait affronter une contestation généralisée dans toute la Chrétienté, au point d'avoir à présenter sa défense devant le concile de Lyon II, où certains pères envisageaient sa suppression (115). Il n'était donc pas envisageable de faire appel à eux. Quant aux autres ordres, de par leur situation difficile (Bénédictins), ou inexistante en Comtat (Cisterciens) ou du fait de leur vocation propre (mendiants), ils étaient incapables de remplir une semblable mission. Seul l'Hôpital, parce qu'il était un ordre à la fois religieux et militaire, présentait alors les aptitudes requises.
 
D'autres critères sont, naturellement, à prendre en considération : en particulier sont intervenus des problèmes généraux concernant l'ensemble de la Chrétienté, comme celui de la Croisade. Cette question a été au centre des préoccupations du concile de Lyon II (116). À un moment où les désastres s'accumulaient en terre sainte, où la présence chrétienne est de plus en plus compromise sous les assauts redoublés des forces musulmanes, l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem demeure encore le meilleur symbole de la guerre sainte. Il faut enfin faire la part de la personnalité propre des divers protagonistes : le pape, les responsables de l'Ordre, et en premier lieu, Guillaume de Villaret. mais parmi les divers motifs qui expliquent l'appel fait aux Hospitaliers, leur implantation privilégiée entre Rhône, Durance et Mont-Ventoux, leur enracinement solide dans ce territoire nouvellement acquis par la papauté ne sauraient être négligés.
 

Daniel LE BLEVEC

Université Paris XII

 
NOTES et abréviations, bibliographie
 
  • BARTHELEMY : BARTHELEMY (L.), Inventaire chronologique et analytique des chartes de la maison des Baux, Marseille, 1882.
  •  Cartulaire de Trinquetaille, éd. P. AMARGIER, Aix-en-Provence, 1972
  •  DELAVILLE LE ROULX : DELAVILLE LE ROULX (J.) Cartulaire général de l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, Paris, 1894, 4 vol.
  •  RAYBAUD : RAYBAUD (J.) Histoire des grands Prieurs et du prieuré de Saint-Gilles, publiée par l'abbé C. NICOLAS, Nîmes, 1904.
  •  56 H : archives départementales des Bouches-du-Rhône, sous-série 56 H 
(1) 56 H 4299.
(2) BARTHELEMY, 68.
(3) DELAVILLE LE ROULX, 520. Dès avant 1150, les Hospitaliers avaient été exemptés par les comtes de Provence du tonlieu d'Orgon, sur la Durance (DELAVILLE LE ROULX, 33).
(4) Voir Annexe I
(5) sicut melius et utilius pro eidem domo et fratribus intelligi vel excogitari potest aut dici.
(6) 56 H 4311.
(7) Ce point a fait l'objet au même colloque d'une communication de M. Gérard GIORDANENGO.
(8)REYNAUD (F.) La commanderie de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem de Rhodes et de Malte à Manosque, Gap, 1981, pp. 22-24.
(9) 56 H 4219 à 4320. Voir le Répertoire de la série H 56 H : Grand-Prieuré de Saint-Gilles des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, établi par E. BARATIER et M. VILLARD, Marseille, 1966, pp. 164-167.
(10) 56 H 1281.
(11) 56 H 4219.
(12) P. ex. 56 H 1281, fol 83r. Il faut cependant noter que les Templiers possédèrent une maison à Avignon dirigée par un praeceptor particulier avant d'obtenir l'autorisation de construire une église (voir E. DUPRAT, "Notes et documents sur l'Ordre du Temple à Avignon", Annales d'Avignon et du Comtat Venaissin, 1914, pp. 78-79).
(13) 56 H 4224 ; 56 H 1281, fol. 83-86. Dans un acte de février 1188 concernant les Templiers, Raimond Catel est simplement dit procurator de l'Hôpital (56 H 5198).
(14) 56 H 4311.
(15) Voir Annexe II.
(16) Notamment des familles Astoaud, Codolet, Avignon, Malvezin, Sorts, Sade.
(17) Outre les précédentes, citons les familles Ferréol, Materon, Augier.
(18) Jusqu'alors, ils occupaient une maison acquise d'une certain Pierre Geoffroy (prov. Peire Joufré), comme l'attestent les actes passés in domo que fuit Petri Gaufredi, en 1197 (56 H 4299) et en 1199 (56 H 4288).
(19) P. ex. en 1201 : in domo Hospitalis que fuit Brocardi (56 H 4295), en 1202 : in camera staris Hospitalis, quod stare fuit Brocardi (56 H 1281, fol 56r) ou encore en 1205 (56 H 4292).
(20) Cartulaire du chapitre de Notre-Dame des Doms, éd. E. DUPRAT Avignon, 1932, n0 CXXXVI.
(21) RAYBAUD, p. 103. Ce personnage intervient dans plusieurs actes concernant le prieuré de Saint-Gilles, en 1198-99 (Arles, arch. munic. GG 89, fol. 123r, 127r, 131v).
(22) BAYOL (A), "L'ancienne commanderie de Saint-Jean-le-Vieux d'Avignon", Mémoires de l'Académie de Vaucluse, 1900, p. 137.
(23) GIRARD (J.) Évocation du vieil Avignon, Paris, 1958, pp297-298
(24) Cartulaire du chapitre de Notre-Dame des Doms, n° CXLVI.
(25) Témoignage indirect de l'activité militaire de l'Hôpital, une telle mention ne doit pas faire illusion par son caractère tardif, puisque les maisons occidentales avaient d'abord pour mission de fournir des subsides aux établissements de Terre Sainte. En réalité, les Hospitaliers, sans renier totalement leur vocation charitable, s'étaient depuis longtemps engagés en Palestine, dans la voie de la militarisation (garde de forteresses dès le règne de Foulques d'Anjou, participation effective à des combats à partir du règne de Baudouin III).
(26) 56 H 4292 ; 56 H 1281, fol. 86-87 ; Gall. Christ. nov., Avignon , n° 338.
(27) BAYOL, op. cit. pp. 139-140 et DYKMANS (M.), "Les palais cardinalices d'Avignon", Mélanges de l'École française de Rome. Moyen-Âge - Temps Modernes, tome 83, 1971 - 2, p. 415.
(28) 56 H 4011 et RAYBAUD, p. 101.
(29) Dans les localités qui ne sont ni sièges d'évêché ni capitales politiques, les problèmes ne se posent évidemment pas dans les mêmes termes. Le cas extrême est représenté par la commanderie de Trignan, édifiée en pleine campagne, loin de toute agglomération, où des rivalités de cet ordre ne pouvaient exister.
(30) Le dépouillement des actes cotés 56 H 4266 à 4292 (Biens et directes en diverses paroisses d'Avignon) permet d'avancer, pour la fin du XIIIe siècle, la répartition suivante : Saint-Pierre 52%, Saint-Geniès 12%, Saint-Symphorien 11%, Saint-Agricol 7%, Notre-Dame-la-Principale 6%, Saint-Didier 4%, Saint-Etienne 2%, maisons non localisées 6%. La proximité ou l'éloignement de la commanderie semblent donc être un facteur déterminant dans l'organisation spatiale du temporel urbain de l'Ordre.
(31) 56 H 1281, fol 100.
(32) 56 H 4283.
(33) C'est en effet à cette date que la Juiverie a été transférée dans la paroisse Saint-Pierre depuis son emplacement primitif sur la pente occidentale du Rocher des Doms (GIRARD, op. cit. pp. 31 et 290-291).
(34) 56 H 4273.
(35) 56 H 4278.
(36) Histoire d'Avignon, Aix-en-Provence, 1979, pp. 145-146.
(37) Les actes concernant les biens et directes en divers quartiers du terroir d'Avignon sont cotés 56 H 4293 à 4320.
(38) Voir le tableau de répartition du temporel de l'Hôpital dans le territoire d'Avignon. Je remercie Mme A.M. HAYEZ de m'avoir permis de consulter ses dépouillements des lièves et terriers de la commanderie d'Avignon. Bien que concernant le XIVe siècle, ils m'ont été précieux pour préciser la toponymie du terroir avignonnais au siècle précédent. On pourra aussi se reporter à : BAILLY (R.), Avignon hors les murs, Avignon, 1967 ; HAYEZ (A.M.), "Les iles du Rhône du terroir d'Avignon au XIVe siècle", Études vauclusiennes, 1978, pp. 19-23
(39) 56 H 4293.
(40) 56 H 1281, fol. 38v-40r.
(41) 56 H 1281, fol. 20v-22r.
(42) 56 H 1281, fol. 23-24r.
(43) 56 H 4243.
(44) 56 H 1281, fol. 20-21.
(45) 56 H 1281, fol. 87-88r
(46) 56 H 4236.
(47) 56 H 4264.
(48) 56 H 4263.
(49) FORNERY (J.), Histoire du Comté Venaissin et de la ville d'Avignon, Avignon, 1909, III, p. 80.
(50) Voir Annexe III.
(51) RAYBAUID, p. 127. EN 1277, Bermond de Luzençon était à la fois commandeur d'Avignon et de Trinquetaille (56 H 1281, fol. 72-73 et 38v-40r). Seignoret était commandeur de Trinquetaille en décembre 1281 (56 H 4825).
(52) REYNAUD, op. cit. p. 37 (Bermond de Luzençon, commandeur de Manosque en 1217) et 38 (Seignoret, commandeur de 1218 à 1222)).
(53) DU BOURG (M.A.) Histoire du grand-prieuré de Toulouse, Toulouse, 1883, p. 24. Pierre de Cairanne fut prieur de Toulouse à deux reprises, de 1226 à 1240 et en 1245-1246.
(54) REYNAUD, op. cit. p. 44-45 (Giraud Amic, commandeur de Manosque en 1248-1249).
(55) RAYBAUD, p. 139.
(56) 56 H 4249, 4250 et 4252. On rectifiera dans le Répertoire de BARATIER ET VILLARD, les dates des liasses 4249 (1252-1649) et 4251 (1472-1616).
(57) Cf. p. 39 la carte du temporel de l'Hôpital à la fin du XIIIe siècle.
(58) La tradition existait au XVIIIe siècle (Avignon, Bibl. Calvet, ms 5250, fol. 40). Elle a été reprise par le Docteur MILLET, érudit orangeois du XIXe siècle (Avignon, bibl. Calvet, ms 5309, fol 74) et par tous les historiens d'Orange : BASTET (J.) Histoire de la principauté d'Orange, Laffitte Reprints, 1977, p. 38 ; RIGORD (A).), "Histoire d'Orange. Orange sous les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem et les princes des Baux", Bulletin des amis d'Orange, 1967, n° 68, p. 3 ; BAILLY (R.), "Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem à Orange et leurs possessions", Bulletin des amis d'Orange, 1983, n° 92, p. 12.
(59) Provence historique, 1968, n° 71, p. 9.
(60) Avignon, Bibl. Calvet, ms 5291, fol. 83 et BARTHELEMY, 68.
(61) Voir Annexe I.
(62) Arles, arch. munic. GG 89, fol. 148v-150v. On ne sait s'il est question ici de Saint-Michel de Frigolet, près de Tarascon, avec lequel les Hospitaliers de Saint-Gilles étaient en rapport depuis 1193 (ibidem, fol. 74v), ou plutôt le prieuré des chanoines réguliers de Frigoulet, qui s'élevait entre Piolenc et le Rhône (mentionné par C.F. ACHARD, Description de la Provence, du Comté Venaissin et de la Principauté d'Orange, tome I, 1787, p. 557). Les droits sur Courthézon devaient être cédés (en totalité ou en partie ,) en 1240 contre des droits sur Martignan (BARTHELEMY, 285).
(63) Cartulaire du chapitre de Notre-Dame des Doms, n° CXLVI. Falcon est encore commandeur d'Orange en 1204 (Arles, arch. munic. GG89, fol. 3v).
(64) BARTHELEMY, 178 ; RAYBAUD, pp. 121-122
(65) Arch. départ. des Bouches-du-Rhône, B. 309.
(66) Ibidem.
(67) Ainsi que sur Barret (peut-être Barret-de-Lioure, près de Séderon, dans l'actuel département de la Drôme ?) Arch. départ. des Bouches-du-Rhône, B 310 et DELAVILLE LE ROULX, 1459.
(68) Ce pouvoir fut délégué à deux bayles, représentant chacun un des deux coseigneurs, RAYBAUD, p. 122.
(69) Arch. départ. des Bouches-du-Rhône, B 314
(70) BARTHELEMY, 419.
(71) Ibidem, 569.
(72) Orange, arch. munic., AA 2.
(73) BARTHELEMY, 341.
(74) En 1285 encore, pour pouvoir continuer à jouir de ses droits à Orange, l'Hôpital dut consentir à une nouvelle amputation de son temporel, en abandonnant aux princes son domaine de Martignan, ne conservant que l'église, les droits de péage et de justice exercés en commun (BARTHELEMY, 650). En 1289, il devait abandonner toute prétention sur des droits à Visan, définitivement attribués par sentence arbitrale de l'évêque d'Orange et du seigneur d'Alès, au prince d'Orange (RAYBAUD, p. 208).
(75) DELAVILLE LE ROULX, 4756 ; arch. départ. des Bouches-du-Rhône, B 437 ; 56 H 4249 ; BARTHELEMY, 904 ; RAYBAUD, p. 228. En échange de la part des Hospitaliers, reçue de Charles II, le prince Bertrand III prêta hommage à celui-ci pour l'ensemble de la principauté d'Orange (H. DUBLED, Histoire du Comtat Venaissin, Carpentras, 1981, p. 12).
(76) Auxquels s'ajoutaient les autres possessions, dans la Principauté et le Comtat, dont l'Hôpital allait perdre la majeure partie dix ans plus tard.
(77) Sur Raimond de Grasse : DELAVILLE LE ROULX, t. IV, pp. 356-357 ; FAURE (C.), Étude sur l'administration et l'histoire du Comtat Venaissin du XIIIe au XVe siècle, Paris-Avignon, 1909, p. 66.
(78) Ainsi pour Martignan. Voir supra note (74).
(79) FAURE, op. cit. pp. 36-37 et 204-207
(80) DELAVILLE LE ROULX, 581.
(81) DELAVILLE LE ROULX, 989.
(82) Voir supra, note (24).
(83) Il s'agit au nom du commandeur d'Avignon, Foulque de Tournel, pour l'achat d'une maison à Avignon, vendue à l'Ordre par une femme de Cavaillon (56 H 4283). Le castrum de Ménerbes, acquis par l'Ordre après 1253, fut peut-être rattaché à la commanderie de Cavaillon (Bibl. Carpentras, ms 557, fol. 156r).
(84) RAYBAUD, p. 192.
(85) Arles, arch. munic., GG89, fol. 3v.
(86 Voir supra note (65).
(87) Guillaume de Barras en 1278 (RAYBAUD, p. 195) ; Raimond Astenove en 1282-1283 (56 H 4252) ; Lambert de Monteil en 1284 (GIBERTI, Histoire de la ville de Pernes, publiée par H. GIRAUD, Marseille, 1923, p. 292) ; Bertrand d'Orange en 1298-1313 (RAYBAUD, p. 211 ; GIBERTI, op. cit.,).
(88) Dans l'acte de cession au Saint-Siège, en 1317, les biens de Malaucène sont mentionnés comme dépendant de la commanderie de Pernes.
(89) Bertrand de Monteux, commandeur en 1203. Voir supra note (24).
(90) Voir Annexe III.
(91) Ainsi, en 1254, parmi les terres et communautés d'habitants que le commandeur d'Orange Rostaing Richaud reconnait tenir en fief d'Alphonse de Poitiers figurent celles de Sainte-Cécile (avec Villedieu, Saint-Roman-de Malegarde et Brantes). Frère Bonel, commandeur de Sainte-Cécile est témoin de cet acte, passé à Mornas (56 H 4252).
(92) Pons de Oveliano en 1215 (arch. départ. des Bouches-du-Rhône, B 309) ; Raimond de Grasse en 1282 (56 H 4252).
(93) Le dominium sur cette localité était, comme son nom l'indique, partagé entre de nombreux coseigneurs. Parmi eux, les Clunisiens du prieuré Saint-Pierre de Saint-Saturnin-du-Port (Pont-Saint-Esprit), qui s'opposèrent aux Hospitaliers au cours de plusieurs contestations (56 H 4252).
(94) L'Hôpital y était coseigneur depuis un legs fait par Roux de Mormoiron, devenu donat de l'Ordre (RAYBAUD, pp. 131 et 164 ; Layettes du Trésor des chartes, t. V, n° 654).
(95) Donations de Douce, nièce de Roux de Mormoiron, et de Pierre Bérenger de Mormoiron (en 1239), faites à la commanderie d'Orange lors de leur entrée dans l'Ordre comme donats (RAYBAUD, p. 151).
(96) Voir supra, note (91).
(97) RAYBAUD, pp. 178 et 189.
(98) RAYBAUD, p. 201.
(99) RAYBAUD, p. 222.
(100) Voir supra note (91). Frère Boisiera est commandeur de Villedieu.
(101) Pierre Agulhon, commandeur de Villedieu, achète des droits dans le terroir de Villedieu à un particulier. Homonyme du commandeur d'Avignon ? (56 H 4252).