Des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem

aux Chevaliers de Malte d'aujourd'hui

 

Guillaume de Villaret
1er Recteur du Comtat venaissin (1274)
Grand Maitre de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem
Chypre 1296
 
CENTRE D'ÉTUDES HISTORIQUES ET ARCHÉOLOGIQUES
DU CHÂTEAU DU BARROUX (VAUCLUSE)
 
GUILLAUME DE VILLARET
 
PREMIER RECTEUR DU COMTAT VENAISSIN (1274)
 
GRAND MAÎTRE DE L'ORDRE DES HOSPITALIERS DE SAINT-JEAN DE JÉRUSALEM
CHYPRE 1296
 
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DES HOSPITALIERS DE SAINT-JEAN DE JÉRUSALEM, DE CHYPRE ET DE RHODES HIER
 
AUX
 
CHEVALIERS DE MALTE D'AUJOURD'HUI
 
ACTES DU COLLOQUE
 
LE BARROUX, 2 - 3 - 4 SEPTEMBRE 1983
 
Publiés avec l'aide de l'Association française des œuvres hospitalières de l'Ordre de Malte
de l'Institut de recherches interculturelles
et du Conseil international de la langue française
 
SOMMAIRE
 
Dr. R.L. MOULIÉRAC-LAMOUREUX
Avant-propos
 
M. Henri DUBLED
Introduction
 
M. Daniel LE BLEVEC
L'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem à Avignon et dans le Comtat Venaissin au XIIIe siècle
 
Dr. R.L. MOULIÉRAC-LAMOUREUX
Guillaume de Villaret
 
Professeur Anthony LUTTRELL
Notes sur Foulques de Villaret
Maître de l'Hôpital (1305-1319)
 
M. J. Ch. POUTIERS
L'auberge de la langue de France à Rhodes
Architecture et héraldique
 
M. Pierre SANTONI
Les deux premiers siècles du prieuré de Saint-Gilles de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem
 
Mme Fr. SALSONA CLIMENTE
Jean Fernandez de Hérédia, Maître de l'ordre de Rhodes (1377-1396)
 
M. Henri DUBLED
L'Ordre évangélique chevaleresque de Saint-Jean de l'Hôpital de Jérusalem
ou Johanniter Orden
 
M. Gérard GANGNEUX
La Commanderie de Valence des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem aux XVIIe et XVIIIe siècles
 
R.P. B. MONTAGNES
Sainte Fleur et les dames maltaises de l'Hôpital Beaulieu
 
Me Théo LOMBARD
De l'Hôpital de Jérusalem aux lépreux du Cambodge, neuf siècles de vocations hospitalières.
 
M. Michel FONTENAY
Les galères de l'Ordre de Malte au XVIIe siècle
 
M. Michel VERGE FRANCESCHI
Un bailli de l'Ordre de Malte
M. De Piosin (1674-1751)
 
La Prière du Chevalier
 
AVANT-PROPOS
 
Une date dans l'histoire du Comtat Venaissin a motivé le thème du colloque qui nous réunit.
 
C'est le 27 avril 1274 où Guillaume de Villaret, Grand Prieur de Saint-Gilles, des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, devenait par le choix de Grégoire X, le premier Recteur de ce nouveau domaine du Saint-Siège dans la vallée du Rhône.
 
À partir de ce haut fonctionnaire du Saint-Siège dont on ne s'occupe plus trop actuellement, il est intéressant de revenir sur l'implantation de l'Ordre de l'Hôpital en Provence, sa région mère, il y a de cela huit cent ans et plus...
 
Après la chute de Jérusalem en 1244, de leurs forteresses et de leurs derniers points d'appui, Tyr, Sidon, Beyrouth, Tortose, Acre, les frères de l'Hôpital de Jérusalem se replièrent sur Chypre (1291), firent la conquête de Rhodes qui, sous la pression turque, dut être abandonnée (1523).
 
Après quelques années d'errance et d'inquiétudes, l'ile de Malte et ses dépendances étaient inféodées à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem ; hélas, l'Ordre devait quitter Malte après la conquête de l'ile par Bonaparte en 1798.
 
L'Ordre souverain militaire et hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, est plus simplement connu sous le nom d'Ordre de Malte.
 
Depuis 1798, il n'exerce plus aucune action militaire et s'est consacré uniquement à sa fonction hospitalière et caritative, au service des pauvres et des malades : les membres souffrants de Notre-Seigneur.
 
Dans un monde en perpétuel changement, l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, reste le témoin d'un passé vivant.
 

Dr. R.L. MOULIÉRAC-LAMOUREUX

 
 
INTRODUCTION
 
Du 2 au 4 septembre 1983, s'est tenu au Château du Barroux, dans le Vaucluse, un important Colloque sur l'Ordre des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, plus connu en France sous le nom de Chevaliers de Malte. Le titre en était "Guillaume de Villaret, Premier Recteur du Comtat Venaissin, 1274, Grand Maitre de l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem et de Rhodes, hier aux Chevaliers de Malte, aujourd'hui.
 
Le colloque, organisé de main de maître dans le cadre du Centre d'Études Historiques et Archéologiques du Château du Barroux, par Madame MOULIÉRAC-LAMOUREUX, sa Présidente, était placé sous la présidence de M. le comte de SAINT-PRIEST dURGEL, Chancelier de l'Association française des membres de l'Ordre Souverain de Malte.
 
La série des très intéressants exposés peut se grouper sous quatre rubriques qui n'ont pas pour autant épuisé ce vaste sujet : l'Ordre de Malte dans le comtat Venaissin, quelques personnalités de l'Ordre, grands traits de l'histoire et activité actuelle de l'Ordre de Malte en France et de l'Ordre Évangélique de Saint-Jean en Allemagne, les Dames Maltaises.
 
M. de SAINT-PRIEST ouvre le colloque en excusant entre autres le prince Guy de POLIGNAC, Madame MOULIÉRAC -LAMOUREUX rappelle les liens entre l'Ordre et le Comtat par la nomination, le 27 avril 1274, de Guillaume de Villaret, grand prieur de Saint-Gilles.
 
Le premier orateur inscrit, M. LE BLEVEC, Professeur à l'Université de Paris XII, dans son exposé "L'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem à Avignon et en Comtat Venaissin au XIIIe siècle", montre que l'implantation de l'Ordre dans ce pays, date d'avant le rattachement à la papauté, Orange, 1170, Avignon, 1173 et plus tard Cavaillon, Pernes, Sainte-Cécile, et moins importants, les biens de Mormoiron, Flassan, Villedieu, Venterol, Valréas, sans oublier les terres dépendant de la commanderie de Trignan hors comtat et le cas spécial de Bompas.
 
C'est à cause de cette forte implantation, comme l'expose Madame MOULIÉRAC-LAMOUREUX, que le pape Grégoire X, souverain temporel du Comtat, en confie la défense aux Hospitaliers en la personne de Guillaume. ce dernier, nanti des pleins pouvoirs, choisit un Hospitalier comme Sénéchal, Raymond de Grasse, et désigne de nombreux chevaliers comme châtelains. Nommé ensuite Maître de l'Ordre, il continue sa prestigieuse carrière en Orient où, de Chypre, il prépare l'occupation de Rhodes, qui sera l'œuvre de son neveu et successeur, Foulques de Villaret.
 
Ce dernier a donné lieu à l'exposé de M. Anthony LUTTRELL, érudit anglais, sous le titre "Foulques de Villaret, Maître de l'Hôpital, 1305-1319". Foulques dirige l'occupation de Rhodes, sauve l'Hôpital lors de la déconfiture des Templiers, bat les Turcs en 1306, réorganise l'Ordre à Rhodes et fortifie l'ile mais, terriblement endetté et victime de son caractère très entier, est déposé par ses chevaliers qui le remplacent par Maurice de PAGNAC. Il meurt en France.
 
Madame METZGER donne ensuite le résumé de la communication de Jean-Christian POUTIER sur "L'Auberge de la Langue de France à Rhodes, architecture et héraldique". C'est l'une des sept de l'ile, sise dans la grand-rue des chevaliers où ces derniers mangeaient et logeaient leurs hôtes de marque. Ce magnifique bâtiment a été restauré par Gabriel.
 
Autre Grand Maître marquant de l'Ordre "Fernandez de HÉRÉDIA", dont la vie a été traitée par Madame Salsona CLIMENTE, des archives d'Aragon. Homme de lettres, politique et économiste, conseiller du roi Pierre le Cérémonieux, commandeur d'Amposte, diplomate, ambassadeur, ce grand seigneur est élu Grand-Maître en 1377 à Rhodes. tout en luttant contre le Turc, il s'intéresse beaucoup à la Grèce et sa bibliothèque est considérable. Il est l'auteur de traductions et de compilations dont la Grande Chronique d'Espagne et celle des empereurs romains jusqu'à Alexis Comnène.
 
Un prieuré et deux commanderies ont donné lieu à des exposés particuliers. tout d'abord, celui de M. SANTONI, des Archives des Bouches du Rhône, "Les deux premiers siècles du prieuré de Saint-Gilles". Il fut fondé par Gérard TENQUE en 1101 et ses biens, avant la création des grands prieurés de France et d'Auvergne, s'étendaient jusqu'au nord de la France. Il fut réorganisé ensuite. Pourquoi Saint-Gilles ? C'était alors un port actif grâce au petit Rhône, un lieu de pèlerinage sur place et une étape vers Saint-Jacques, le siège d'une grande abbaye et la capitale d'un comté aux mains de la dynastie toulousaine. La région était alors en plein essor et le commerce très actif, mais la guerre des Albigeois et la création d'Aigues-Mortes lui portèrent un coup dur. Le conférencier décrit ensuite le siège du prieuré et caractérise quelques grands prieurs.
 
Avec M. GIORDANENGO, professeur à l'École des Chartes, nous passons aux "Origines des Hospitaliers en Provence, la fondation de la commanderie de Gap". L'orateur se livre à une critique interne et externe très poussée d'un rouleau de 63 actes ou résumés d'actes dont aucun, malgré des affirmations contraires, ne date d'avant la première croisade. pour lui, l'implantation des Hospitaliers à Gap , est que de peu antérieure à 1106.
 
C'est ensuite avec M. GANGNEUX, professeur à L'Université Grenoble III, "La commanderie de Valence de l'ordre de Malte aux XVIIe et XVIIIe siècles, problèmes d'économie agraire." À cette époque, l'activité militaire de l'Ordre est réduite à la guerre de course. Les commanderies sont essentiellement des cercles administratifs et d'exploitation agraire. Le conférencier étudie d'une façon approfondie le capital de la commanderie de Valence, domaine foncier, droits seigneuriaux temporels et droits seigneuriaux spirituels tels que patronages de cures et les dimes dans les différents secteurs où la commanderie était possessionnée. Il scrute en particulier dans ce microcosme la réaction seigneuriale du XVIIIe siècle.
 
Avec M. Théo LOMBARD, chevalier de l'Ordre et son exposé "De l'Hôpital de Jérusalem aux lépreux du Cambodge, neuf siècles de vocation hospitalière", nous quittons le régional. L'histoire de l'Ordre est surtout celle d'une fidélité à une vocation caritative, une fois l'épisode militaire grandiose achevé. Aujourd'hui 35 associations nationales et surtout la française et l'allemande sont présentes partout où l'on souffre, où l'on a faim, où l'on est victime d'épidémies et de la guerre. Pour la France les interventions ont été multipliées par 1 000 en 15 ans. À l'heure actuelle, elles ont couté 30 millions sans compter les 60 millions de médicaments distribués à bon escient dans le monde entier. Tous les malheureux, quelles que soient leur race, leur religion et leur nationalité, peuvent compter sur l'Ordre de Malte.
 
M. Henri DUBLED, dans son exposé "L'Ordre évangélique et chevaleresque de Saint-Jean de Jérusalem ou Johanniter Orden" retrace comment, à la suite des incidents de Rhodes en 1317 causés par le caractère de Foulques de Villaret, un certain nombre de chevaliers allemands quittèrent l'ile pour s'organiser à Sonnenburg en Allemagne. Ces chevaliers ayant élu un grand bailli ou Herrenmeister, obtiennent, au traité d'Heimtach, en 1382, une autonomie à peu près complète au sein du grand prieuré d'Allemagne. C'est le baillage de Brandebourg. Les relations de l'organisme avec les margraves, princes, rois puis empereurs de la dynastie des Hohenzollern, renforcent leur position. À partir de 1520-1530, une grande partie des commanderies de ce baillage passent à la Réforme. Au traité d'Osnabrück, le prince palatin de Brandebourg, dont les descendants seront rois de Prusse, obtient le patronage du grand baillage sans limite territoriale. la confession primant dès lors toute autre appartenance, nait ainsi l'Ordre évangélique de Saint-Jean. Mais à côté de lui, en Allemagne et ailleurs, existe l'Ordre de Malte d'obédience romaine. Si les relations entre le grand bailli et le grand Maître sont inexistantes, le baillage reste partie intégrante du grand prieuré d'Allemagne aussi longtemps qu'il existera, car l'Ordre de Saint-Jean a de tout temps pratiqué la coexistence religieuse dans la paix. La Révolution française et l'Empire conduisent le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III, pour financer la reconstruction de son armée, à séculariser les deux Ordres de Saint-Jean sur son territoire et à créer, en compensation, l'ordre royal prussien de Saint-Jean, simple distinction personnelle. Mais, en 1852, le roi Frédéric-Guillaume IV ressuscite dans tous ses droits et devoirs l'Ordre évangélique. C'est un nouveau départ. À travers les vicissitudes de la politique et les guerres meurtrières, l'Ordre de Saint-Jean est toujours resté fidèle à son appartenance chrétienne et à son idéal hospitalier. Aujourd'hui, les 16 associations d'Allemagne ont créé et soutiennent 33 maisons caritatives, hôpitaux, foyers, etc... sans compter les œuvres des associations fédérées suisse, française, finlandaise, hongroise, et des groupes belge, autrichien et américain. L'Ordre évangélique travaille en étroite collaboration avec l'Ordre de Malte, la Croix Rouge et autres groupes caritatifs. Son secours aux blessés est partout présent en Allemagne. comme l'Ordre de Malte, on le trouve aussi partout où l'on souffre.
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Le Père MONTAGNES, O.P., entretient l'assistance d'un monastère de dames maltaises, dit de Beaulieu, près de Figeac, dans le Quercy, sur la route vers Rocamadour, fondé avant 1246 et donné à Saint-Jean en 1259. Le règlement du monastère fut octroyé en 1296 par Foulques de Villaret. parmi ces dames, l'une, Flora, devenue Sainte Fleur, d'une famille noble du Cantal, morte en 1347, fut particulièrement célèbre. Son tombeau attire beaucoup de pèlerins et fut le lieu de nombreux miracles. Le Père MONTAGNES étudie ensuite la vie de Sainte Fleur et le recueil de ses miracles, le tout d'inspiration franciscaine et en provençal, le deuxième recueil ayant été édité par Clovis Brunel.
 
Après une messe solennelle en latin, le dimanche 4, concélébrée par le R.P. Jean-Marc VAILLANT, abbé de Saint-Michel et le père MONTAGNES, le colloque se termina par une brillante conférence du Pr. Michel FONTENAY sur "Les galères de Malte, 1530-1798". L'orateur traite de la qualité des galères, de leur cout et de leurs missions. L'Ordre en avait trois au départ de Rhodes, puis en eut jusqu'à sept. Le XVIIe siècle est le grand siècle maritime de l'Ordre qui pratique la guerre de course. Au XVIIe siècle, l'Ordre construit en outre une escadre de vaisseaux. La réputation des galères maltaises ne venait pas tant de la valeur matérielle des bâtiments que de leur bon gouvernement et particulièrement du traitement humain des rameurs dits chiourme où la proportion de volontaires fut toujours beaucoup plus grande que dans les autres marines. L'armement était sommaire. la galère ne peut que combattre une autre galère. Elle est impuissante devant la puissance de feu d'un vaisseau de ligne. Elle ne connait que l'abordage après une seule bordée. Les équipages maltais sont plus nombreux qu'ailleurs et si le haut encadrement n'est pas meilleur, les officiers subalternes sont de véritables marins. cette flotte qui coute très cher escorte les navires ravitailleurs de Malte, transporte les fonds, les passagers de marque, fait la police de la mer contre les Barbaresques, aide les autres marines chrétiennes quand besoin est, et pratique la guerre de course contre l'infidèle. À côté de la marine officielle de l'Ordre, de nombreux corsaires, nantis de lettres, dont 183 chevaliers sur les 484 répertoriés, pratiquent la course sur des bâtiments privés battant pavillon de l'Ordre. Ils cherchent plus l'aventure que l'argent car, au XVIIIe siècle, Malte est restée le dernier lieu d'un idéal chevaleresque quelque peu révolu.
 

Henri DUBLED.

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L'HÔPITAL DE SAINT-JEAN DE JÉRUSALEM À AVIGNON
ET EN COMTAT VENAISSIN AU XIIIE SIÈCLE
 
Daniel LE BLEVEC
 
Avec la promotion de Guillaume de Villaret à la charge de Recteur du Comtat Venaissin, en 1274, l'Ordre dont il était, en tant que prieur de Saint-Gilles, l'un des principaux dignitaires, allait occuper le devant de la scène politique dans la région et s'y maintenir, durant le dernier quart du XIIIe siècle et les premières années du XIVe. Le rôle que la papauté avait confié aux Hospitaliers, les fonctions qu'allaient exercer d'éminentes personnalités de l'Ordre dans l'administration du nouvel état pontifical n'étaient pas fortuits. Il est légitime de s'interroger sur les motivations de Grégoire X et, parmi celles-ci, de se demander dans quelle mesure la densité de l'occupation hospitalière dans l'espace avignonnais et comtadin a contribué à orienter les choix pontificaux.
 
Remonter aux origines de cette occupation, en mettant en évidence les étapes suivies par l'Ordre pour s'implanter, créer des maisons et contrôler un temporel toujours plus étendu permettra de mieux comprendre la place qu'a tenue au XIIIe siècle l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem en Comtat venaissin, ainsi que dans la principauté d'Orange et dans le territoire d'Avignon.
 
1) LES PREMIÈRES IMPLANTATIONS (XIIe SIÈCLE)
 
Bien que, selon la tradition, les Hospitaliers aient fait leur apparition à Orange dès le premier quart du XIIe siècle, on doit en réalité attendre les années 1170 pour observer les premières traces écrites offrant quelque garantie d'authenticité. C'est en effet dans le dernier quart du XIIe siècle que commence l'essor de l'Ordre dans la région comtadine. En 1173, le prieur de Saint-Gilles, Raimond de Saint-Michel, achète à un couple d'Avignon des biens fonciers situés sur l'ile des Matarons, dans la Durance, au sud d'Avignon (1). La même année, Raimbaud III d'Orange lègue à l'Ordre deux condemines à Orange (2). Ces deux acquisitions sont à l'origine du temporel des futures commanderies d'Avignon et d'Orange.
 
Suivent, en 1177, deux actes importants. le premier est de portée générale : le comte de Toulouse, Raimond V, accorde au prieur de Saint-Gilles Eldin (ou Odin) l'exemption de tout droit de péage par terre et par eau dans ses États, la faculté d'y acquérir des biens meubles et immeubles, par donation ou legs, ainsi que le droit de pacage pour les troupeaux de l'Ordre (3). Ce privilège concerne donc le Venaissin, relevant de la souveraineté des comtes de Toulouse, marquis de Provence. Le second document relate la première acquisition notable faite par l'Hôpital dans la région d'Orange : Raimonde de Mornas cède au prieur de Saint-Gilles tous les droits qu'elle possède sur le castrum de Mornas et sur celui de Gigondas, ainsi qu'à Cairanne, à Caderousse, à Pont-de-Sorgues et dans le territoire de ces diverses localités. Elle en conserve l'usufruit jusqu'à ce qu'elle décide de prendre l'habit des sœurs de l'Hôpital (4). La donation est faite intuitu pietatis et misericordiae, in helemosinam, et elle est destinée au réconfort et aux soins des pauvres à l'Hôpital. On ne saurait, dit la donatrice, en faire un meilleur usage (5). La formulation est intéressante à souligner ici. Elle atteste une pratique charitable bien vivante à ce moment-là au sein de l'Hôpital, au moins dans la maison de Saint-Gilles, puisque c'est à celle-ci, siège du prieuré, qu'est destinée la donation. C'est seulement quelques années plus tard, au début du XIIIe siècle, que les biens et les droits cédés par Raimonde de Mornas allaient être détachés de Saint-Gilles pour entrer, eux aussi, dans el temporel de la commanderie d'Orange nouvellement fondée.
 
Peu après, en 1179, un chevalier d'Avignon, du nom de Brocard vend à l'Hôpital une condemine située au Clos des Fontaines, à l'est de la ville, avec ses bâtiments et ses dépendances (6).
 
Ces premiers documents marquent donc l'arrivée et l'enracinement des Hospitaliers dans la région. D'autres vont suivre, à un rythme de plus en plus rapide, pour aboutir à la fondation des commanderies, à la charnière des XIIe et XIIIe siècles.
 
À cette date, l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem est déjà une institution puissante, dotée de nombreux privilèges et dont les possessions, acquises par donation, achat ou héritage, se répartissent sur une bonne partie de l'Occident chrétien. Il est en particulier solidement installé au delta du Rhône, où le prieur de Saint-Gilles préside aux destinées méridionales de l'Ordre et exerce une tutelle, plus ou moins étroite, sur les établissements entre lesquels le temporel a été partagé : la commanderie Thomas de Trinquetaille, à Arles, la commanderie de Saint-Gilles proprement dite (unité de gestion distincte du grand-prieuré, même si les deux institutions cohabitent au même lieu). Des têtes de pont ont été lancées dans la vallée de la Durance : à Gap dès les premières années du XIIe siècle (7), à Manosque où l'Ordre est présent très tôt, également appelé par les comtes de Forcalquier et par les évêques de Sisteron, et où une commanderie existe dès le milieu du XIIe siècle (8). L'implantation dans la région comtadine peut apparaitre comme l'étape suivante dans la progression des Hospitaliers vers le nord. Sans voir là une politique délibérée, répondant à des objectifs conscients et voulus de la part des responsables de l'Ordre, il semble cependant que leur était apparue la nécessité de contrôler un certain nombre de points clés le long des grandes voies de circulation, où faisaient étape les pèlerins et les croisés dans leur acheminement vers les ports d'embarquement vers l'Orient (Arles, Saint-Gilles, Marseille). Même si les acquisitions ont été faites la plupart du temps au gré des circonstances, il est possible que certaines d'entre elles aient été suscitées, ou fortement encouragées, par les prieurs de Saint-Gilles, dans le dessein de mettre sur pied un réseau de maisons hospitalières destiné à quadriller la région d'une manière relativement dense, à partir des carrefours de routes et des points de franchissement des rivières (Avignon, Orange), ou au débouché des chemins de montagne (Trignan). La fondation des commanderies d'Avignon, d'Orange du Comtat Venaissin parait bien répondre à de telles préoccupations.
 
II) LA COMMANDERIE D'AVIGNON
 
La documentation qui permet de retracer l'histoire de cette maison comprend une centaine de liasses, conservées dans le fonds du Grand-Prieuré de Saint-Gilles, aux archives départementales des Bouches-du-Rhône, parmi lesquelles de nombreuses pièces originales (9), ainsi qu'un cartulaire de 118 feuillets, composé au milieu du XIIIe siècle, contenant la copie d'actes datés de 1185 à 1245 (10). La qualité de cette source - malgré des lacunes inévitables - permet d'étudier les origines de la commanderie et ses premiers développements.
 
1) Les origines (1187-1205)
 
La première mention de l'existence d'une maison d'Hospitaliers à Avignon date de 1187. Au mois d'octobre de cette année-là, un acte est passé infra stare Iherosolimitani Hospitalis, l'Ordre étant représenté par le frère Raimond Catel, qualifié de magister (11). La commanderie existe-t-elle déjà ? Malgré le titre porté par le responsable de la maison (magister est généralement synonyme de praeceptor, c'est-à-dire de commandeur, dans les documents de l'Ordre), il est probable que seul existe à ce moment-là le projet d'en fonder une. Le prieur de Saint-Gilles a déjà détaché à Avignon un des frères pour administrer les biens, gérer le domaine en train de se constituer dans la ville et aux environs. Mais une commanderie, au vrai sens du terme, suppose l'existence, à côté de la maison de l'Hôpital proprement dite, d'une église pour la célébration des offices prévus par la règle et d'un cimetière, pour l'ensevelissement des frères, ce qui n'est pas encore le cas en 1187. La maison d'Avignon reste donc sous le contrôle étroit du prieur de Saint-Gilles, à qui sont faites les ventes et les donations (12). Aucun praeceptor n'apparait avant 1205. Raimond Catel est le seul responsable de la maison d'Avignon à avoir porté le titre de magister, sous la tutelle du prieur de Saint-Gilles. Jusqu'en 1191, on le voit agir au nom de celui-ci pour l'acquisition des terres, l'obtention des exemptions de péage au port d'Avignon, l'achat de maisons dans la ville (13). Ses successeurs n'ont que le titre de procurator, toujours comme représentants du prieur. Ainsi voit-on apparaitre Guillaume de La Garde, Aufant, Falcon, Brocard.
 
Ce dernier personnage est l'un des grands artisans de l'installation des Hospitaliers à Avignon.On l'a vu en 1179 vendre à l'Ordre un important domaine au quartier des Fontaines. Est-ce lorsqu'il prit la décision d'entrer dans l'Ordre comme donat ? On le retrouve en effet dix ans plus tard, dans un acte par lequel il reconnait s'être jadis donné à l'Hôpital et où il confirme ses précédentes libéralités (14). Une nouvelle étape est franchie en 1199 : Brocard prend cette fois l'habit des frères de l'Hôpital et fait à l'ordre donation de nombreux biens : sa maison d'Avignon, avec ses dépendances, plusieurs terres labourables, vignes et jardins, situés dans le territoire suburbain, à l'est et au sud de la ville, ainsi que des droits seigneuriaux sur l'ile des Pulvériers dans le Rhône et sur les iscles de la Durance (15). L'importance et la solennité que le donateur a voulu conférer à son geste apparaissent bien à plusieurs indices : rédaction de l'acte par le notaire des consuls d'Avignon, scellement de la bulle par la ville, qualité des témoins présents, avec, du côté des frères, le prieur de Saint-Gilles, Raimond d'Aiguille, qui reçoit la donation, son chapelain, le commandeur de Saint-Gilles, et, du côté des laïcs, trois consuls et de nombreux personnages appartenant à la classe chevaleresque, dont Brocard est issu (16). Membres des vieilles familles avignonnaises, propriétaires de la majeure partie du sol de la cité et des terrains qui l'entourent, ils vont être parmi les premiers bienfaiteurs de l'Ordre ; c'est aux dépens de leur patrimoine que va d'abord se constituer celui de la commanderie d'Avignon. On les voit, au début du XIIIe siècle, céder aux Hospitaliers des maisons dans la ville, des terres dans la campagne proche, des cens et des droits variés. Les actes qui concrétisent ces transferts de propriété constituent l'essentiel du fonds d'archives de l'Hôpital d'Avignon (17) .
 
La maison cédée par le chevalier Brocard devait être une vaste et belle demeure, puisque les Hospitaliers vont aussitôt s'y installer (18). Désormais, les actes passés par l'Ordre à Avignon le seront dans "la maison de l'Hôpital qui a appartenu à Brocard" (19). Si l'acte de donation est officiellement daté de novembre 1199, au moment de la prise d'habit de Brocard, celui-ci avait en réalité cédé sa maison à l'Ordre quelque temps auparavant : en effet, au mois de juillet précédent, l'évêque d'Avignon, répondant à la demande des Hospitaliers de posséder une église et un cimetière, c'est-à-dire de fonder une véritable commanderie, leur donne son approbation, en précisant que cette église et ce cimetière pourraient être implantés in stari scilicet Brocardi de Avinione militis aut in alio quolibet loco proprio ejusdem Hospitalis, infra civitatem Avinionensem vel extra in territorio civitatis ejusdem (20). C'était là affaire d'importance, compte tenu des intérêts en présence.
Édifier une église, établir un cimetière, impliquaient pour l'Hôpital de respecter les droits légitimes de l'Église d'Avignon, sur lesquels il convenait de ne pas empiéter (dîmes, droits de sépulture, attribution des legs, oblations...). conscients de l'enjeu, mais mûs par l'ardent désir de voir aboutir leurs projets, les hospitaliers s'étaient efforcés de mettre de leur côté un certain nombre d'atouts, et notamment d'impliquer dans l'affaire de grands personnages de leur Ordre. Non seulement le prieur de Saint-Gilles, Raimond d'Aiguille, fut présent à la rédaction de l'acte, mais aussi un envoyé du Grand-Maître, Garsia de Lisa, chargé à ce moment-là d'une mission d'inspection des commanderies occidentales et pourvu du titre de « Commandeur d'en-deçà de la mer » (21). C'est à eux que l'évêque Rostaing, agissant au nom du prévôt et du chapitre de Notre-Dame des Doms, donne donc l'autorisation de construire une église, d'avoir un cimetière et d'y ensevelir non seulement les frères de l'Hôpital mais aussi les sergents et les domestiques de l'Ordre, et même les habitants de la ville et les étrangers de passage qui en manifesteraient le désir (22).
 
On ignore à quel emplacement exact était située la maison de Brocard devenue siège de l'Hôpital d'Avignon. Elle s'élevait probablement dans un quartier périphérique, et cette situation ne laissait pas d'être gênante, en raison de l'accroissement du patrimoine foncier, et surtout immobilier, en particulier dans la paroisse Saint-Pierre, où les Hospitaliers avaient acquis plusieurs demeures et où ils songeaient à transférer leur résidence. Sous la conduite de Bricard, devenu en 1200 procureur de l'Hôpital, ils commencèrent la construction d'une nouvelle église et à préparer leur déplacement dans des bâtiments mieux appropriés et situés là où s'étend aujourd'hui la place Saint-Jean-le-Vieux (23). Les chanoines de Notre-Dame des Doms en prirent ombrage. Ils redoutaient qu'en s'installant au cœur de la ville, dans un quartier très peuplé, les Hospitaliers n'attirassent de trop nombreuses élections de sépulture, avec les bénéfices en découlant. Le conflit fut réglé en 1203 par un arbitrage de l'évêque. La sentence rendue à cette occasion s'efforçait de sauvegarder les droits du chapitre, tout en laissant aux Hospitaliers la possibilité de s'installer en un autre lieu de la ville, comme il en avait été décidé dans la précédente transaction, en 1199 (24). Ces derniers se virent donc autorisés à transférer leur église, mais avec la restriction qu'ils devraient s'en remettre à l'évêque pour le choix du lieu. Ils s'engageaient en outre à laisser aux chanoines le quart des legs qu'ils recevraient des paroissiens enterrés dans leur cimetière, à l'exception des chevaux et des armes qu'ils pourraient conserver en totalité (25). Ils consentaient aussi à quelques concessions mineures, comme le refus d'admettre les paroissiens, certains jours, aux offices célébrés dans l'église de l'Hôpital.
 
L'un des intérêts du document, outre son objet propre, est de nous faire connaitre, parmi les témoins, le nom de trois commandeurs : Albert, commandeur de Cavaillon, Falcon, commandeur d'Orange, Bertrand de Monteux, commandeur de Sainte-Cécile. Il faut en conclure que ces trois établissements ont été fondés avant la commanderie d'Avignon : c'est seulement en mars 1205 que, pour la première fois dans les textes, Brocard abandonne le titre de procurator pour prendre celui de praeceptor (26). Cette date marque à la fois l'installation des Hospitaliers dans leur nouvelle résidence - l'évêque avait dû entre temps se montrer plus conciliant et autoriser finalement la poursuite des travaux déjà commencés à Saint-Jean, dans la paroisse Saint-Pierre -, la consécration de l'église et la naissance officielle de la commanderie d'Avignon. Les Hospitaliers allaient demeurer dans ces locaux pendant plus d'un siècle. Après la suppression de l'Ordre du Temple, ils les abandonnèrent à la Chambre apostolique pour s'installer dans l'ancienne commanderie des Templiers, près de Saint-Agricol, commanderie qui prit alors le nom de Saint-Jean de Rhodes, tandis que l'ancienne maison, devenue Saint-Jean-le-Vieux, allait être transformée en livrée cardinalice (27).
 
L'étude des origines de la commanderie d'Avignon présente l'intérêt de faire apparaitre plusieurs phénomènes typiques de l'histoire de l'Hôpital de Jérusalem dans son extension à travers l'Occident. On y trouve d'abord un témoignage révélateur du succès que connait cet Ordre à la fin du XIIe siècle et au début du XIIIe siècle : l'augmentation continue du patrimoine en est la preuve, comme ces transferts successifs de maison en maison, résultat de l'accroissement d'une communauté de plus en plus importante, dynamique, exigeant une administration toujours plus complexe et donc des locaux plus vastes et mieux adaptés. On y voit aussi les réticences et même l'hostilité qu'a suscitées ce succès de la part des pouvoirs en place. À Avignon, il s'agit des autorités religieuses, représentées par le chapitre cathédrale, et il convient de rappeler qu'au même moment, dans la ville d'Arles, les Hospitaliers de la commanderie de Trinquetaille ont de sévères démêlés avec l'archevêque pour des questions de dîmes et de droits de sépulture (28). La concordance des faits n'est sans doute pas un hasard. À Orange, le problème se pose également, un peu plus tard, dans les années 1222-1223, mais dans cette ville, c'est surtout le pouvoir politique, symbolisé par les princes de la famille des Baux, qu'on va voir se dresser contre les prétentions de l'Ordre. Ainsi, un siècle après sa fondation, l'Hôpital de Jérusalem est devenu en Occident une puissance avec laquelle les autorités locales, qu'elles soient civiles ou religieuses, doivent compter (29).
 
2) L'Hôpital d'Avignon et son patrimoine au XIIIe siècle
 
Tout au long du XIIIe siècle, les biens et les droits de la commanderie d'Avignon ne vont cesser d'augmenter. La documentation dont on dispose permet d'étudier l'implantation géographique et la physionomie du temporel de l'Hôpital, à Avignon et dans son territoire.
 
L'Ordre possède d'abord un grand nombre de biens immobiliers répartis inégalement sur les sept paroisses de la ville : plus d'une centaine de maisons, dont la moitié est située dans la paroisse Saint-Pierre, c'est-à-dire à proximité de la commanderie, peut être comptabilisée pour la fin du XIIIe siècle (30). la valeur de ces biens est extrêmement variable. Certaines maisons sont achetées pour seulement quelques livres. D'autres, sans doute plus belles ou plus vastes, valent aisément cent fois plus. Ainsi, en 1 241, le commandeur Gérard Brun achète aux moines de Franquevaux une maison dans la paroisse Saint-Pierre, pour 3 000 sous viennois (31). En 1 247, un particulier vend aux Hospitaliers une maison dans la paroisse Saint-Geniès pour le prix de 19 000 sous raimondins (32) : c'est la plus chère de toutes les maisons acquises par l'Ordre et figurant dans la documentation.
 
Concédées en bail, ces habitations voient leur cens varier, lui aussi, selon l'importance, la situation, l'existence ou non d'une cour ou d'un jardin... D'où les disparités allant de quelques deniers à une centaine de sous par an.
 
La commanderie de Saint-Jean d'Avignon est, depuis 1 221, voisine de la Juiverie (33). Les Hospitaliers se sont rendus propriétaires d'une bonne partie de ce quartier. Ils possèdent également les bains juifs, qu'ils afferment pour une dizaine de sous par an (34). Ils ont enfin quelques boutiques, notamment dans la paroisse Saint-Agricol (35).
 
À côté de ces intéressantes sources de revenus, qui leur procurent des rentrées d'argent frais abondantes et régulières, les Hospitaliers retirent de substantiels profits de leurs possessions foncières dans le territoire suburbain.
 
Extra muros s'étendent des zones rurales, dont beaucoup ont été gagnées récemment par la culture sur les créments du Rhône et de la Durance et sur les paluds progressivement asséchés depuis un siècle ou deux.. Les canaux et les bras domestiqués des Sorgues sur lesquels se dressent les premiers moulins, délimitent de grands quartiers de terre, portant les jardins, la vigne, les céréales et les oliviers pourvoyant à l'alimentation des Avignonnais : Clos de la Roquille, Clos des Fontaines, Clos Saint-Jean, Clos d'Enganel. Les secteurs les plus humides, au bord des cours d'eau ou dans les iles fluviales sont couverts de prés ou laissés aux bois, aux friches ou aux marais (36). les Hospitaliers ont très tôt, on l'a vu, acquis des biens dans le territoire d'Avignon. Ces possessions se sont accrues, au long du XIIIe siècle, et ont été concédées en baux emphytéotiques, à des exploitants, pour leur mise en valeur. La commanderie a pu ainsi disposer d'un autre type de revenus, tout aussi intéressants pour elle que ceux provenant de ses directes en ville, puisque constitués de rentes à la fois en argent et en nature (blé, vin ou huile), les cens en argent étant autrefois - et de loin - les plus nombreux.
 
Dans les archives de la commanderie, les biens et les droits fonciers sont regroupés en une vingtaine de quartiers du terroir avignonnais (38). Parmi eux, le Clos des Fontaines, le Clos d'Enganel, les iles de La Motte et des Pulvériers dans le Rhône, les iles Mataron dans la Durance, constituent les zones où se concentre la majeure partie des biens hospitaliers, le reste étant éparpillé, de manière plus diffuse, à travers les autres quartiers.
Parmi les propriétaires qui ont cédé, surtout vendu, leurs terres à l'Hôpital, on retrouve sans surprise les noms des grandes familles avignonnaises : Augier, Malvezin, Boulbon, Sorts, Materon, Moutonnier, toutes bien possessionnées à la campagne comme elles le sont à la ville. Selon un phénomène caractéristique au XIIIe siècle, ces vieux lignages ressentent un besoin croissant d'argent et se séparent d'autant plus volontiers, contre de substantielles contreparties financières, de leurs domaines ruraux.
 
Le rôle essentiel que joue la monnaie dans les transactions au XIIIe siècle apparait clairement - surtout à partir des années 1 220- 1 230. les motivations qui poussent les laïcs à se dessaisir de leurs biens en faveur de l'Hôpital sont de moins en moins d'ordre religieux et de plus en plus d'ordre économique. La nécessité de se procurer des deniers a des causes variées, parfois mentionnées dans la documentation :
- l'endettement. Ainsi en 1 229 une dame Boulbonne vend au commandeur Bermond de Luzençon une vigne pour le prix de 52 livres et demie, afin de rembourser ses dettes (39).
- la fiscalité. En 1 227, les frères Raimond et Bertrand Rainoard, incapables de payer leur part de la taille qui a été imposée à la cité d'Avignon par le cardinal de Saint-Ange, vendent au commandeur une terre dans l'ile des Pulvériers, pour 2 050 sous (40).
- des raisons personnelles, comme p. ex. les frais de scolarité des enfants. En 1 244, Adalasie Materon, pour faire face aux dépenses occasionnées par les études de son fils Guilhem Joufré, vend aux Hospitaliers, pour le prix de 6 livres, une taxe du 1/36e pesant sur les marchandises qui transitent par le port de Rognonas (41).
 
C'est donc essentiellement le besoin d'argent qui motive les laïcs, à partir du second quart du XIIIe siècle, dans leurs relations avec l'ordre de Saint-Jean. On le sait abondamment pourvu de ces espèces que lui procurent les nombreux cens qu'il perçoit et l'on n'hésite pas, quand la nécessité s'en fait sentir, à faire appel à lui. La commune d'Avignon elle-même est impliquée : en 1 245, elle mandate deux consuls pour traiter avec le commandeur Foulque de Tournel. Elle avait acheté des terres destinées à la construction de canaux qui devaient amener l'eau de la Durance jusqu'à des moulins près du portail Matheron. Endettée, elle renonce à ce projet et propose le terrain aux Hospitaliers, qui s'en portent acquéreurs au prix de 31 livres et 12 sous (42).
 
quartieroccupation du solpremière mentionsituation
Roquille (clos)vigne1 226s-e de la ville près murailles
Saint-Jean (clos)vigne1 232e de la ville, près moulin de l'Épi
Aujac (clos)vigne1 227s.e. Roquille et s. moulin de l'Épi
Les Fontaines (clos)terres labourables, vigne1179 est clos St-Jean
Enganel (clos)vigne, jardins1199est près clos St-Jean
Le Fraisse (clos)terres labourables, vigne1283s.e. ville bord Durance
Bertin (clos)terres lab. vigne, bois1269Réalpanier
Lartissut (clos)terres lab. hermes1276Réalpanier
Les Rivauxvigne1210bord Durance
La Route (clos)vigne1264bord Rhône
Bone Cavaladeterres lab.1209près du Fraisse
Male Cavaladevigne
Despelatoirterres lab.1249non localisé
Fontgaillardterres lab.1203non localisé
Terderieterres lab.1200non localisé
La Motte, Argentonbois1227n. Barthelasse
(iles du Rhône)
Les Pulvériersterres lab. bois, hermes1199Argentonprés, pâtis
Mataron, Balancasterres lab. bois, hermes1173entre Rognonas (iles du Rhône)et le confluent du Rhône
Caton, Manopeterres lab.bois, hermes1194près confluent Courtines, Barbanvignes, présavec la Durance
La Frachevigne1233près Balancas
Les Ferragesvigne1263non localisé
 
Il n'est pas jusqu'aux communautés religieuses qui, poussées elles aussi par le besoin, en viennent à vendre des biens à l'Hôpital, comme les cisterciens de Franquevaux qui, on l'a vu, vendent une maison à Avignon. Le fait s'inscrit dans un cadre plus général qui est celui de l'appauvrissement de nombreuses anciennes maisons religieuses. On en aura plus loin un autre exemple avec la vente faite par le prieur de Frigolet au prieur de Saint-Gilles de tous les biens que sa maison possédait dans la région d'Orange, afin de rembourser ses dettes.
 
La commanderie de Saint-Jean a enfin possédé des biens en dehors du territoire d'Avignon proprement dit : des terres de labour (43) et des droits de pâture à Rognonas (44), une maison à Roquemaure (45), une autre à Orgon (46), des pâtis à Châteauneuf de Gadagne (47), des vignes à Saint-Saturnin (48), un domaine au Thor (49).
 
À côté des biens, que sait-on des hommes ? La documentation permettrait sans doute d'esquisser une étude du personnel de la maison d'Avignon et de son recrutement. Le travail reste à faire. On trouvera simplement en annexe un essai de classement chronologique des commandeurs qui ont dirigé l'Hôpital d'Avignon (50). On peut constater que des personnages connus de l'histoire hospitalière méridionale ont exercé la charge de commandeur d'Avignon, comme Bermond de Luzençon, ou Seignoret, qui ont été tous deux prieur de Saint-Gilles et, à un autre moment de leur carrière, commandeur de Saint-Thomas de Trinquetaille (51) et commandeur de Manosque (52). Pierre de Cairanne a été commandeur d'Orange, puis prieur de Toulouse, avant de venir à Avignon (53). Giraud Amic (de Sabran) a d'abord été commandeur de Manosque, puis commandeur d'Orange (54). Foulque de Tournel, après Avignon, sera commandeur de Saint-Gilles, puis d'Alès (55). Les dignitaires de l'Hôpital passent ainsi, dans le cadre du prieuré de Saint-Gilles, d'une commanderie à une autre, au gré des circonstances et des nécessité supérieures de l'Ordre. Diriger la maison d'Avignon est une charge importante qui compte certainement dans la carrière d'un commandeur, malgré la fondation relativement récente de cet établissement.
 
III) LES HOSPITALIERS À ORANGE
 
La connaissance que nous avons à présent des Hospitaliers à Orange est fondée sur des sources de nature différente de celle de la documentation avignonnaise. On n'a en effet conservé qu'un petit nombre d'actes concernant l'acquisition et la gestion du temporel de la commanderie d'Orange (56). Les éléments qui le composent sont moins concentrés, ramassés autour de la ville qu'à Avignon, plus dispersés sous la forme de droits seigneuriaux, à travers la principauté et le nord du Comtat Venaissin (57).
 
L'histoire des Hospitaliers à Orange est d'abord celle des rapports qu'ils ont entretenus avec les princes de la famille des Baux, puisqu'au XIIIe siècle, ils exercent conjointement avec eux le pouvoir politique sur la ville. C'est donc dans la archives des Baux qu'on puise le plus d'informations sur la présence hospitalière à Orange, archives bien connues depuis l'inventaire analytique qu'en a donné Barthélémy en 1882. Les problèmes que ce type de sources permet d'aborder concernent essentiellement les relations de l'Hôpital avec un pouvoir politique laïc pour le partage de l'autorité sur une ville.
Il n'y a pas grand crédit à accorder à la tradition qui fait arriver les Hospitaliers à Orange avant 1121, appelés par le comte Raimbaud à son retour de croisade pour desservir un hôpital qu'il aurait fondé dans sa ville. L'évènement s'il a jamais eu lieu, n'a laissé aucune trace documentaire (58). Selon J. de Font-Réaulx, Raimbaud d'Orange est d'ailleurs mort en terre sainte (59). Sa fille Tiburge, véritable fondatrice de la Principauté aurait certes pu édifier cet hôpital, mais nous n'en avons aucune preuve. Le premier document venant attester la présence des Hospitaliers à Orange date de 1173 : c'est le testament de Raimbaud III qui leur lègue deux condemines (60). En 1177, la donation de Raimonde de Mornas permet à l'Ordre, on l'a vu, de s'implanter plus solidement dans la région d'Orange, grâce à l'acquisition de droits à Mornas, Gigondas, Cairanne, Caderousse et Pont-de-Sorgue (61). Il faut ensuite attendre la fin du XIIe siècle pour rencontrer un acte de quelque importance, marquant un nouveau progrès de l'enracinement de l'Hôpital dans la principauté, avec la vente, faite en 1199, par le prieur de Frigolet de tous les biens et droits sur les maisons, les terres cultivées et incultes, et les vignes que le prieuré possédait à Courthézon, Causans et Jonquières (62). L'acte est passé à Orange, devant le palais épiscopal, en présence et avec l'approbation des plus hautes autorités spirituelles et temporelles de la région : l'archevêque d'Arles, les évêques d'Orange et Avignon, le prince Guillaume des Baux. L'Ordre est représenté par Pierre Hélie, commandeur de Saint-Gilles, mais on voit figurer parmi les témoins un Guillelmus sacerdos, magister domus Aurasice : première mention d'un frère responsable à la tête d'une maison de l'Hôpital, sans doute pas encore tout à fait autonome. En revanche, en 1203, existe à Orange un praeceptor en titre, en la personne de Falcon, précédemment procureur de la maison d'Avignon (63).
 
La commanderie d'Orange a donc été fondée à l'extrême fin du XIIe siècle ou au tout début du XIIIe, peu de temps avant la commanderie d'Avignon.
 
Mais la plus importante de toutes les acquisitions faites par les Hospitaliers à Orange date de 1215, lorsque l'Ordre de Saint-Jean entre en possession du legs de la moitié de la seigneurie sur la ville, fait par Tiburge II et Raimbaud IV (64). Ces deux derniers représentants de l'ancienne famille comtale d'Orange n'avaient pas d'enfant. Ils avaient institué l'Hôpital héritier de leur part de droits sur Orange, c'est-à-dire la moitié en indivis, l'autre moitié ayant échu, par succession et par mariage, à une branche de la famille des Baux. Une telle libéralité ne fut pas du gout de Guillaume des Baux, alors coseigneur d'Orange pour cette deuxième moitié. Il contesta la donation faite aux Hospitaliers sous prétexte qu'elle ne respectait pas des accords antérieurs, selon lesquels les droits seigneuriaux sur Orange ne pouvaient être aliénés qu'à des membres de la famille. Un arbitrage fut nécessaire pour régler le conflit. L'accord passé en septembre 1215 entre Guillaume des Baux et Martin d'Andos, prieur de Saint-Gilles, en présence du commandeur Pons de Oveliano, confirmait à l'ordre ses droits sur Orange mais il lui était interdit de faire aucune acquisition dans la ville sans l'autorisation du prince. Les deux parties s'engageaient à n'aliéner aucune parcelle de leurs possessions, dans la ville et dans son territoire sauf à l'Hôpital, à Guillaume des Baux ou à ses héritiers (65). Cette sentence fut ensuite approuvée par Hugues des Baux, vicomte de Marseille, frère de Guillaume, en 1216 (66), puis l'année suivante par l'empereur Frédéric II, qui y joignait en faveur de l'Hôpital des droits sur Sérignan, Camaret, Martignan et Pierrelatte (67).
 
Pendant près d'un siècle, les Hospitaliers allaient ainsi partager avec les princes d'Orange, le dominium sur la ville (68). Mais chacun des deux coseigneurs s'était réservé en toute propriété une maison et un quartier. les Hospitaliers s'installèrent dans un château qui avait appartenu à Raimbaud IV, édifié en partie sur l'arc de triomphe romain. Cette maison devint le siège de la commanderie.
 
Une telle situation n'alla pas sans poser bien des problèmes au cours du XIIIe siècle et les contestations du début inauguraient en réalité une série de démêlés entre les deux coseigneurs. Ainsi, en 1224, les fils et successeurs de Guillaume des Baux, Guillaume II, Raimond Ier et Bertrand II, ne respectèrent pas les accords conclus précédemment. Une nouvelle transaction dut être passée entre les princes d'Orange et les Hospitaliers, représentés par leur Grand-Maître, Garin de Montaigu, alors en voyage en Europe, qui vint à Orange pour donner plus de solennité à la cérémonie au cours de laquelle les deux parties jurèrent d'observer les anciens traités (69).
 
L'Ordre fut tranquille pendant une trentaine d'années jusqu'à ce qu'en 1257, Raimond Ier, mettant à profit ses bonnes relations avec Charles d'Anjou, comte de Provence, se lance dans de nouvelles revendications sur la part de la seigneurie d'Orange possédée par les Hospitaliers (70). L'affaire traina quelques années. Finalement, en 1272, eut lieu une nouvelle transaction entre les princes, Raimond Ier et son neveu Raimond II, et le commandeur Raimond de Grasse. Les Hospitaliers devaient cette fois s'incliner, accepter de tenir leurs droits sur Orange en fief des princes et de prêter hommage à chaque mutation de prince ou de commandeur. Ils renouvelaient aussi leur engagement à ne rien aliéner sans le consentement des princes. Moyennant ces concessions, certains droits leur étaient maintenus : ainsi la monnaie de l'atelier d'Orange serait frappée à la fois au nom des princes et de celui de la commanderie, les revenus du péage du Rhône seraient partagés, enfin le château de l'Arc continuerait d'appartenir à l'Hôpital (71).
 
Raimond Ier, malgré son ardeur à défendre ses droits et à limiter strictement ceux des Hospitaliers, fit cependant preuve de quelque générosité à l'égard de ces derniers, puisqu'il ne les oublia pas dans son testament, en 1281, avec un legs de 100 livres destiné à dire des messes pour le repos de son âme et celles de ses parents (72). Son neveu Guillaume III l'avait précédé dans cette voie : en 1248, il avait fait élection de sépulture dans le cimetière de la commanderie, à laquelle il avait légué un destrier et un palefroi (73).
 
Rapports ambigus par conséquent que ceux qui se nouèrent au XIIIe siècle entre les Hospitaliers et les princes d'Orange. L'Ordre se heurtait là aux ambitions d'une maison puissante, indépendante, très imbue de son pouvoir et qui en admettait mal le partage (74). Pourtant ce n'est qu'en 1307 que les efforts tenaces des princes pour reconquérir l'entier dominium sur la ville d'Orange allaient aboutir, après un accord "au sommet" entre Charles II d'Anjou et Foulques de Villaret. Le prince Bertrand III, au nom des services qu'il avait rendus en Italie à Charles II, sollicita son intervention afin de récupérer l'intégralité de la seigneurie d'Orange. Contre l'abandon définitif de ses droits, l'Hôpital recevait, en compensation, du comte de Provence plusieurs castra situés dans les diocèses d'Ex, de Riez et de Sisteron. Les Hospitaliers cédaient également la maison de l'Arc et ne gardaient dans la ville que l'église Saint-Jean, avec une maison et un jardin attenant, ainsi que les directes qu'ils possédaient dans la ville et dans son territoire. Ils étaient de plus exemptés de toute taille, droits de péage et de lods et ventes (75).
 
Malgré cet effacement considérable, la commanderie ne fut pas supprimée. Son patrimoine fut simplement limité à des biens immobiliers et fonciers, à des droits domaniaux et à des exemptions de taxes, dans la ville d'Orange et sur son territoire immédiat (76).
 
Si les Hospitaliers avaient pu résister aussi longtemps aux offensives des princes, c'est certainement, en partie, grâce à la personnalité des commandeurs, dont on voit se dessiner les contours, de manière plus ou moins floue, dans la documentation : Pons de Oveliano, Pierre de Cairanne, Raimond de Grasse, le plus connu de tous, puisqu'il a été l'un des collaborateurs de Guillaume de Villaret. Il exerça à plusieurs reprises, entre 1274 et 1281, la fonction de sénéchal du Comtat Venaissin, puis, après 1281, celle de viguier, responsabilités qui firent de lui le lieutenant attitré de plusieurs recteurs, notamment pour l'exercice de la justice (77). Les pouvoirs dont il fut investi dans l'administration pontificale - à quoi s'ajoute le fait que Guillaume de Villaret a volontiers séjourné à Orange, dans la maison de l'Arc, où il a passé un certain nombre d'actes - lui ont permis d'opposer une résistance opiniâtre aux tentatives répétées des Baux pour annihiler la puissance politique des Hospitaliers à Orange et la récupérer à leur profit, ne consentant jamais qu'à des abandons partiels et localisés.
 
IV) LES POSSESSIONS COMTADINES
 
Il est plus difficile d'en retracer l'histoire que pour Avignon et Orange. nombre de ces établissements, dispersés à travers le Comtat, ont été perdus par l'Hôpital lors de la cession au Saint-Siège, au début du pontificat de Jean XXII (79). Les fonds d'archives présentent d'importantes lacunes, qui imposent de se limiter à une typologie de ces implantations.
 
1) Commanderies connues par des mentions isolées et rares : Cavaillon, Pernes, Sainte-Cécile.
 
Cavaillon : Les Hospitaliers étaient déjà à Cavaillon en 1180, si l'on s'en réfère à un acte de Bertrand des Baux accordant la liberté de pâturage sur ses terres aux troupeaux des Hospitaliers de Saint-Gilles, Trinquetaille, Castillon, Calissanne et Cavaillon (80). Quelques années plus tard, en 1196, le comte Sanche, frère du roi d'Aragon Alphonse Ier qui venait de mourir, devenu régent du comté de Provence au nom du jeune Alphonse II, se fait donat de l'Hôpital dans la maison de Cavaillon (81). mais ni dans le premier cas, ni dans le second, n'est mentionné le nom d'un commandeur de Cavaillon. Il faut pour cela attendre 1203 : le commandeur Albert (ou Aldebert) est alors témoin de la sentence arbitrale rendue par l'évêque d'Avignon entre le chapitre de Notre-Dame des Doms et les Hospitaliers (82).
 
La commanderie a donc été fondée dans les toutes dernières années du XIIe siècle ou les premières du XIIIe. Elle est contemporaine de celles d'Orange, de Pernes et de Sainte-Cécile. Un commandeur de Cavaillon, Bernard de Spinason, apparait ensuite en 1243 (83). En 1275, Guillaume de Villaret est à la maison de Cavaillon, où il ratifie une transaction avec le chapitre cathédral au sujet des dîmes, des legs et des offrandes faites à l'église de l'Hôpital (84).`
 
Pernes : Le premier commandeur connu, Guillaume de Mannas, est signalé en 1204 (85). Un autre, Pons Debran, assiste à la transaction de 1215 entre le prince d'Orange, Guillaume des Baux, et les Hospitaliers (86). D'autres sont ensuite mentionnés, comme témoins de divers actes (87).
 
Ces rares indications tendent à indiquer que Pernes n'a été qu'une commanderie secondaire, au patrimoine modeste, à laquelle furent rattachés des biens que l'Ordre acquit plus tard à Malaucène (88). C'est pourtant la position centrale de Pernes qui contribua au choix que Guillaume de Villaret fit de cette localité pour y établir le siège de son gouvernement comme nouveau recteur du Comtat Venaissin.
 
Sainte-Cécile : La commanderie de Sainte-Cécile est signalée dans les documents dès le début du XIIIe siècle (89). Son histoire est, elle aussi, assez obscure, ponctuée par les mentions épisodiques du nom de ses commandeurs (90). Comme les autres établissements hospitaliers du nord du Comtat, elle s'est trouvée placée dans la mouvance de la commanderie d'Orange (91). À différentes occasions, c'est même le commandeur d'Orange qui a exercé la charge de commandeur de Sainte-Cécile (92). Cette maison, elle aussi de peu d'importance, était pourvue d'un temporel modeste, consistant notamment en des terres et des droits dans le terroir de La Garde-Paréol (93).
 
2) Une autre catégorie d'implantations hospitalières est constituée par des biens et des droits dispersés, dépendant globalement de la commanderie d'Orange, et dont certains, les plus importants, ont été, à un moment donné, érigés en membres particuliers et pourvus d'un commandeur propre.
 
Outre Mornas, Cairanne, Caderousse, où l'Ordre était possessionné, on l'a vu, depuis 1177, et Pierrelatte, Camaret, Sérignan (depuis 1215), il faut citer : Mormoiron (à partir de 1222) (94), Flassan (depuis 1236-37) (95), Villedieu, Saint-Roman-de-Malegarde et Brantes (depuis 1254) (96).
 
En mars 1267-68, l'Hôpital avait acquis, grâce au testament en sa faveur de Dragonnet de Montauban, d'autres biens à Cairanne, ainsi qu'à Châteauneuf-de-Bordette et à Venterol, hors du comtat, et le château de Malegarde (97). Une quinzaine d'années plus tard, une nouvelle commanderie fut créée avec les terres et les droits venant de cet héritage, ayant pour chef Venterol, et placée sous l'autorité de Raimond Astenove, ancien commandeur de Pernes (98). Cet établissement n'eut qu'une existence éphémère. En aout 1302, l'Ordre se dessaisissait de ces biens au profit de Humbert, dauphin de Viennois, par un acte passé à Valréas, en présence de Guillaume de Villaret, alors Grand-Maître, et pour le prix de 2 000 livres tournois (99).
 
Autre dépendance érigée en membre particulier et pourvue d'un commandeur propre : Villedieu (depuis au moins 1254) (100). Un autre commandeur de Villedieu est mentionné en 1270 (101). Mais en 1302, c'est le commandeur d'Orange, Rostaing de Sabran, qui fait hommage au pape pour Sainte-Cécile et Villedieu, sans que soit mentionné le nom d'un commandeur, ni pour l'une ni pour l'autre de ces deux maisons (102).
 
Valréas est à placer dans la même catégorie d'établissements. Les Hospitaliers y ont peut-être possédé des biens dès la fin du XIIe siècle, mais ceux-ci ne furent érigés en commanderie particulière qu'à la fin du XIIIe siècle (103). On a conservé le nom de deux commandeurs de Valréas : Raine (Rainier) de Sabran, en 1293 (104), et Adhémar de Reillane, ancien commandeur d'Orange, qui, en 1302, place sous la protection pontificale les biens de sa maison et reconnait les tenir en fief de l'Église romaine (105).
 
3) Une troisième catégorie d'établissements hospitaliers est celle des dépendances de commanderies situées hors du Comtat venaissin. Ce fut le cas des biens hérités de Dragonnet de Montauban, rattachés à Venterol. Une situation similaire, mais plus précoce, a existé au nord-ouest, avec les possessions situées sur la rive gauche du Rhône de la commanderie de Trignan (ou Saint-Jean d'Artignan). Cette maison avait été fondée à la fin du XIIe siècle, près du village de Saint-Marcel d'Ardèche, au diocèse de Viviers (106). Dès 1212, elle acquit des rentes à Lapalud. Un peu plus tard, elle y posséda des maisons et des terres, ainsi que dans l'ile de Frémigières, et des parts de péage sur la circulation terrestre et fluviale (107).
 
La commanderie de Joucas ne semble pas avoir possédé de biens en Comtat Venaissin. Fondée tardivement, peu importante au XIIIe siècle, elle s'est surtout étendue dans les diocèses d'Apt, de Sisteron et de Gap (108).
 
4) Un cas particulier : la maison de Bonpas. Ancien prieuré ayant connu une histoire mouvementée au cours des XIIe et XIIIe siècles, au gré de ses affiliations successives à plusieurs ordres religieux, et après une tentative du côté de l'Ordre du Temple en 1277, cet établissement finit en 1278 par solliciter son intégration au sein de l'Hôpital de Jérusalem (109). L'opération se fit entre les mains du commandeur d'Avignon, Pierre Agulhon, et faisait entrer dans le patrimoine de l'Hôpital les biens que la maison de Bonpas possédait à Lourmarin, Méthamis, L'Isle-sur-Sorgue, Pernes et Mormoiron (110). Mais dès 1281, un conflit surgit avec l'évêque de Cavaillon qui prétendait exercer tous les droits épiscopaux sur l'hôpital, église et maison de Bonpas (institution, destitution, visite, concessions, etc...). L'archevêque d'Arles rendit un arbitrage selon lequel les revenus de Bonpas appartiendraient à l'Ordre seulement du vivant de Guillaume de Villaret, mais après la mort de celui-ci, ils reviendraient à l'évêque et au chapitre de Cavaillon, sans que l'Hôpital pût y conserver aucune prétention (111). néanmoins, peu après, Guillaume de Villaret parvint, à la suite d'un échange avec l'évêque, à obtenir de celui-ci l'abandon définitif par l'église de Cavaillon de ses droits sur Bonpas (112).
 
Au terme de cette présentation qui a laissé dans l'ombre bien des problèmes (113), il convient de mesurer dans toutes ses implications l'importance qu'a eue dans l'histoire de la région l'occupation de l'espace par les Hospitaliers.
 
Deux traits sont à remarquer : d'une part, le caractère tardif de l'implantation hospitalière, d'autre part sa densité.
 
Les commanderies fondées dans cette partie de la vallée du Rhône et dans les plaines adjacentes ne sont pas, comme on l'a vu, parmi les plus anciennes. Les premières donations datent des années 1170-1180 et les créations des établissements remontent, pour la plupart, aux dernières années du XIIe siècle ou aux premières du XIIIe. La progression de l'Hôpital n'est donc pas celle d'un Ordre à ses débuts, mais celle d'une institution déjà puissante, bien administrée et structurée, ce qui explique la rapidité de la vague des fondations de maisons. Quant à la densité, c'est une caractéristique indéniable, dès la seconde moitié du XIIIe siècle. Dans un premier temps, l'Hôpital a su mettre à profit une charité laïque qui ne s'était pas encore détournée, dans nos régions, vers les nouvelles formes de spiritualité offertes par les ordres mendiants et que stimulaient encore les idéaux de la Croisade. Il bénéficié ensuite du besoin d'argent ressenti par les grands propriétaires laïcs qui lui ont cédé leurs biens pour se procurer des deniers. Il a pu de la sorte mettre en place une trame serrée et cohérente d'établissements, centrée sur Avignon et Orange, rayonnant sur toute la région, occupant les lieux de passage obligés, les carrefours, les grands axes de déplacement. Mis à part Carpentras et Vaison, où il ne semble pas avoir eu de possession, l'Ordre est partout présent, par ses biens fonciers et immobiliers, ses privilèges, ses droits, ses exemptions de taxes, une présence, il faut le noter à la fois urbaine et rurale, trait remarquable qui donne à l'Hôpital une physionomie que peu d'ordres religieux étaient, à l'époque capables d'offrir, au point de susciter, en de nombreux endroits, l'hostilité du clergé séculier.
 
Cette organisation, dont on a vu le déploiement jusqu'à la fin du siècle, était déjà en place, dans ses grandes lignes, en 1274. Aussi, lorsque le pape Grégoire X désigna le prieur de Saint-Gilles comme recteur et confia aux chevaliers de l'Hôpital la garde des principales forteresses du Comtat, faisant d'eux les premiers défenseurs du nouvel État pontifical, c'est à l'ordre le mieux implanté dans la région qu'il s'adressait. Sur quelle autre institution aurait-il pu d'ailleurs s'appuyer ? Les Templiers étaient certes eux aussi bien représentés localement (114). Mais leur Ordre était déjà très largement compromis dans les affaires purement matérielles et devait affronter une contestation généralisée dans toute la Chrétienté, au point d'avoir à présenter sa défense devant le concile de Lyon II, où certains pères envisageaient sa suppression (115). Il n'était donc pas envisageable de faire appel à eux. Quant aux autres ordres, de par leur situation difficile (Bénédictins), ou inexistante en Comtat (Cisterciens) ou du fait de leur vocation propre (mendiants), ils étaient incapables de remplir une semblable mission. Seul l'Hôpital, parce qu'il était un ordre à la fois religieux et militaire, présentait alors les aptitudes requises.
 
D'autres critères sont, naturellement, à prendre en considération : en particulier sont intervenus des problèmes généraux concernant l'ensemble de la Chrétienté, comme celui de la Croisade. Cette question a été au centre des préoccupations du concile de Lyon II (116). À un moment où les désastres s'accumulaient en terre sainte, où la présence chrétienne est de plus en plus compromise sous les assauts redoublés des forces musulmanes, l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem demeure encore le meilleur symbole de la guerre sainte. Il faut enfin faire la part de la personnalité propre des divers protagonistes : le pape, les responsables de l'Ordre, et en premier lieu, Guillaume de Villaret. mais parmi les divers motifs qui expliquent l'appel fait aux Hospitaliers, leur implantation privilégiée entre Rhône, Durance et Mont-Ventoux, leur enracinement solide dans ce territoire nouvellement acquis par la papauté ne sauraient être négligés.
 

Daniel LE BLEVEC

Université Paris XII

 
NOTES et abréviations, bibliographie
 
  • BARTHELEMY : BARTHELEMY (L.), Inventaire chronologique et analytique des chartes de la maison des Baux, Marseille, 1882.
  •  Cartulaire de Trinquetaille, éd. P. AMARGIER, Aix-en-Provence, 1972
  •  DELAVILLE LE ROULX : DELAVILLE LE ROULX (J.) Cartulaire général de l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, Paris, 1894, 4 vol.
  •  RAYBAUD : RAYBAUD (J.) Histoire des grands Prieurs et du prieuré de Saint-Gilles, publiée par l'abbé C. NICOLAS, Nîmes, 1904.
  •  56 H : archives départementales des Bouches-du-Rhône, sous-série 56 H 
(1) 56 H 4299.
(2) BARTHELEMY, 68.
(3) DELAVILLE LE ROULX, 520. Dès avant 1150, les Hospitaliers avaient été exemptés par les comtes de Provence du tonlieu d'Orgon, sur la Durance (DELAVILLE LE ROULX, 33).
(4) Voir Annexe I
(5) sicut melius et utilius pro eidem domo et fratribus intelligi vel excogitari potest aut dici.
(6) 56 H 4311.
(7) Ce point a fait l'objet au même colloque d'une communication de M. Gérard GIORDANENGO.
(8)REYNAUD (F.) La commanderie de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem de Rhodes et de Malte à Manosque, Gap, 1981, pp. 22-24.
(9) 56 H 4219 à 4320. Voir le Répertoire de la série H 56 H : Grand-Prieuré de Saint-Gilles des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, établi par E. BARATIER et M. VILLARD, Marseille, 1966, pp. 164-167.
(10) 56 H 1281.
(11) 56 H 4219.
(12) P. ex. 56 H 1281, fol 83r. Il faut cependant noter que les Templiers possédèrent une maison à Avignon dirigée par un praeceptor particulier avant d'obtenir l'autorisation de construire une église (voir E. DUPRAT, "Notes et documents sur l'Ordre du Temple à Avignon", Annales d'Avignon et du Comtat Venaissin, 1914, pp. 78-79).
(13) 56 H 4224 ; 56 H 1281, fol. 83-86. Dans un acte de février 1188 concernant les Templiers, Raimond Catel est simplement dit procurator de l'Hôpital (56 H 5198).
(14) 56 H 4311.
(15) Voir Annexe II.
(16) Notamment des familles Astoaud, Codolet, Avignon, Malvezin, Sorts, Sade.
(17) Outre les précédentes, citons les familles Ferréol, Materon, Augier.
(18) Jusqu'alors, ils occupaient une maison acquise d'une certain Pierre Geoffroy (prov. Peire Joufré), comme l'attestent les actes passés in domo que fuit Petri Gaufredi, en 1197 (56 H 4299) et en 1199 (56 H 4288).
(19) P. ex. en 1201 : in domo Hospitalis que fuit Brocardi (56 H 4295), en 1202 : in camera staris Hospitalis, quod stare fuit Brocardi (56 H 1281, fol 56r) ou encore en 1205 (56 H 4292).
(20) Cartulaire du chapitre de Notre-Dame des Doms, éd. E. DUPRAT Avignon, 1932, n0 CXXXVI.
(21) RAYBAUD, p. 103. Ce personnage intervient dans plusieurs actes concernant le prieuré de Saint-Gilles, en 1198-99 (Arles, arch. munic. GG 89, fol. 123r, 127r, 131v).
(22) BAYOL (A), "L'ancienne commanderie de Saint-Jean-le-Vieux d'Avignon", Mémoires de l'Académie de Vaucluse, 1900, p. 137.
(23) GIRARD (J.) Évocation du vieil Avignon, Paris, 1958, pp297-298
(24) Cartulaire du chapitre de Notre-Dame des Doms, n° CXLVI.
(25) Témoignage indirect de l'activité militaire de l'Hôpital, une telle mention ne doit pas faire illusion par son caractère tardif, puisque les maisons occidentales avaient d'abord pour mission de fournir des subsides aux établissements de Terre Sainte. En réalité, les Hospitaliers, sans renier totalement leur vocation charitable, s'étaient depuis longtemps engagés en Palestine, dans la voie de la militarisation (garde de forteresses dès le règne de Foulques d'Anjou, participation effective à des combats à partir du règne de Baudouin III).
(26) 56 H 4292 ; 56 H 1281, fol. 86-87 ; Gall. Christ. nov., Avignon , n° 338.
(27) BAYOL, op. cit. pp. 139-140 et DYKMANS (M.), "Les palais cardinalices d'Avignon", Mélanges de l'École française de Rome. Moyen-Âge - Temps Modernes, tome 83, 1971 - 2, p. 415.
(28) 56 H 4011 et RAYBAUD, p. 101.
(29) Dans les localités qui ne sont ni sièges d'évêché ni capitales politiques, les problèmes ne se posent évidemment pas dans les mêmes termes. Le cas extrême est représenté par la commanderie de Trignan, édifiée en pleine campagne, loin de toute agglomération, où des rivalités de cet ordre ne pouvaient exister.
(30) Le dépouillement des actes cotés 56 H 4266 à 4292 (Biens et directes en diverses paroisses d'Avignon) permet d'avancer, pour la fin du XIIIe siècle, la répartition suivante : Saint-Pierre 52%, Saint-Geniès 12%, Saint-Symphorien 11%, Saint-Agricol 7%, Notre-Dame-la-Principale 6%, Saint-Didier 4%, Saint-Etienne 2%, maisons non localisées 6%. La proximité ou l'éloignement de la commanderie semblent donc être un facteur déterminant dans l'organisation spatiale du temporel urbain de l'Ordre.
(31) 56 H 1281, fol 100.
(32) 56 H 4283.
(33) C'est en effet à cette date que la Juiverie a été transférée dans la paroisse Saint-Pierre depuis son emplacement primitif sur la pente occidentale du Rocher des Doms (GIRARD, op. cit. pp. 31 et 290-291).
(34) 56 H 4273.
(35) 56 H 4278.
(36) Histoire d'Avignon, Aix-en-Provence, 1979, pp. 145-146.
(37) Les actes concernant les biens et directes en divers quartiers du terroir d'Avignon sont cotés 56 H 4293 à 4320.
(38) Voir le tableau de répartition du temporel de l'Hôpital dans le territoire d'Avignon. Je remercie Mme A.M. HAYEZ de m'avoir permis de consulter ses dépouillements des lièves et terriers de la commanderie d'Avignon. Bien que concernant le XIVe siècle, ils m'ont été précieux pour préciser la toponymie du terroir avignonnais au siècle précédent. On pourra aussi se reporter à : BAILLY (R.), Avignon hors les murs, Avignon, 1967 ; HAYEZ (A.M.), "Les iles du Rhône du terroir d'Avignon au XIVe siècle", Études vauclusiennes, 1978, pp. 19-23
(39) 56 H 4293.
(40) 56 H 1281, fol. 38v-40r.
(41) 56 H 1281, fol. 20v-22r.
(42) 56 H 1281, fol. 23-24r.
(43) 56 H 4243.
(44) 56 H 1281, fol. 20-21.
(45) 56 H 1281, fol. 87-88r
(46) 56 H 4236.
(47) 56 H 4264.
(48) 56 H 4263.
(49) FORNERY (J.), Histoire du Comté Venaissin et de la ville d'Avignon, Avignon, 1909, III, p. 80.
(50) Voir Annexe III.
(51) RAYBAUID, p. 127. EN 1277, Bermond de Luzençon était à la fois commandeur d'Avignon et de Trinquetaille (56 H 1281, fol. 72-73 et 38v-40r). Seignoret était commandeur de Trinquetaille en décembre 1281 (56 H 4825).
(52) REYNAUD, op. cit. p. 37 (Bermond de Luzençon, commandeur de Manosque en 1217) et 38 (Seignoret, commandeur de 1218 à 1222)).
(53) DU BOURG (M.A.) Histoire du grand-prieuré de Toulouse, Toulouse, 1883, p. 24. Pierre de Cairanne fut prieur de Toulouse à deux reprises, de 1226 à 1240 et en 1245-1246.
(54) REYNAUD, op. cit. p. 44-45 (Giraud Amic, commandeur de Manosque en 1248-1249).
(55) RAYBAUD, p. 139.
(56) 56 H 4249, 4250 et 4252. On rectifiera dans le Répertoire de BARATIER ET VILLARD, les dates des liasses 4249 (1252-1649) et 4251 (1472-1616).
(57) Cf. p. 39 la carte du temporel de l'Hôpital à la fin du XIIIe siècle.
(58) La tradition existait au XVIIIe siècle (Avignon, Bibl. Calvet, ms 5250, fol. 40). Elle a été reprise par le Docteur MILLET, érudit orangeois du XIXe siècle (Avignon, bibl. Calvet, ms 5309, fol 74) et par tous les historiens d'Orange : BASTET (J.) Histoire de la principauté d'Orange, Laffitte Reprints, 1977, p. 38 ; RIGORD (A).), "Histoire d'Orange. Orange sous les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem et les princes des Baux", Bulletin des amis d'Orange, 1967, n° 68, p. 3 ; BAILLY (R.), "Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem à Orange et leurs possessions", Bulletin des amis d'Orange, 1983, n° 92, p. 12.
(59) Provence historique, 1968, n° 71, p. 9.
(60) Avignon, Bibl. Calvet, ms 5291, fol. 83 et BARTHELEMY, 68.
(61) Voir Annexe I.
(62) Arles, arch. munic. GG 89, fol. 148v-150v. On ne sait s'il est question ici de Saint-Michel de Frigolet, près de Tarascon, avec lequel les Hospitaliers de Saint-Gilles étaient en rapport depuis 1193 (ibidem, fol. 74v), ou plutôt le prieuré des chanoines réguliers de Frigoulet, qui s'élevait entre Piolenc et le Rhône (mentionné par C.F. ACHARD, Description de la Provence, du Comté Venaissin et de la Principauté d'Orange, tome I, 1787, p. 557). Les droits sur Courthézon devaient être cédés (en totalité ou en partie ,) en 1240 contre des droits sur Martignan (BARTHELEMY, 285).
(63) Cartulaire du chapitre de Notre-Dame des Doms, n° CXLVI. Falcon est encore commandeur d'Orange en 1204 (Arles, arch. munic. GG89, fol. 3v).
(64) BARTHELEMY, 178 ; RAYBAUD, pp. 121-122
(65) Arch. départ. des Bouches-du-Rhône, B. 309.
(66) Ibidem.
(67) Ainsi que sur Barret (peut-être Barret-de-Lioure, près de Séderon, dans l'actuel département de la Drôme ?) Arch. départ. des Bouches-du-Rhône, B 310 et DELAVILLE LE ROULX, 1459.
(68) Ce pouvoir fut délégué à deux bayles, représentant chacun un des deux coseigneurs, RAYBAUD, p. 122.
(69) Arch. départ. des Bouches-du-Rhône, B 314
(70) BARTHELEMY, 419.
(71) Ibidem, 569.
(72) Orange, arch. munic., AA 2.
(73) BARTHELEMY, 341.
(74) En 1285 encore, pour pouvoir continuer à jouir de ses droits à Orange, l'Hôpital dut consentir à une nouvelle amputation de son temporel, en abandonnant aux princes son domaine de Martignan, ne conservant que l'église, les droits de péage et de justice exercés en commun (BARTHELEMY, 650). En 1289, il devait abandonner toute prétention sur des droits à Visan, définitivement attribués par sentence arbitrale de l'évêque d'Orange et du seigneur d'Alès, au prince d'Orange (RAYBAUD, p. 208).
(75) DELAVILLE LE ROULX, 4756 ; arch. départ. des Bouches-du-Rhône, B 437 ; 56 H 4249 ; BARTHELEMY, 904 ; RAYBAUD, p. 228. En échange de la part des Hospitaliers, reçue de Charles II, le prince Bertrand III prêta hommage à celui-ci pour l'ensemble de la principauté d'Orange (H. DUBLED, Histoire du Comtat Venaissin, Carpentras, 1981, p. 12).
(76) Auxquels s'ajoutaient les autres possessions, dans la Principauté et le Comtat, dont l'Hôpital allait perdre la majeure partie dix ans plus tard.
(77) Sur Raimond de Grasse : DELAVILLE LE ROULX, t. IV, pp. 356-357 ; FAURE (C.), Étude sur l'administration et l'histoire du Comtat Venaissin du XIIIe au XVe siècle, Paris-Avignon, 1909, p. 66.
(78) Ainsi pour Martignan. Voir supra note (74).
(79) FAURE, op. cit. pp. 36-37 et 204-207
(80) DELAVILLE LE ROULX, 581.
(81) DELAVILLE LE ROULX, 989.
(82) Voir supra, note (24).
(83) Il s'agit au nom du commandeur d'Avignon, Foulque de Tournel, pour l'achat d'une maison à Avignon, vendue à l'Ordre par une femme de Cavaillon (56 H 4283). Le castrum de Ménerbes, acquis par l'Ordre après 1253, fut peut-être rattaché à la commanderie de Cavaillon (Bibl. Carpentras, ms 557, fol. 156r).
(84) RAYBAUD, p. 192.
(85) Arles, arch. munic., GG89, fol. 3v.
(86 Voir supra note (65).
(87) Guillaume de Barras en 1278 (RAYBAUD, p. 195) ; Raimond Astenove en 1282-1283 (56 H 4252) ; Lambert de Monteil en 1284 (GIBERTI, Histoire de la ville de Pernes, publiée par H. GIRAUD, Marseille, 1923, p. 292) ; Bertrand d'Orange en 1298-1313 (RAYBAUD, p. 211 ; GIBERTI, op. cit.,).
(88) Dans l'acte de cession au Saint-Siège, en 1317, les biens de Malaucène sont mentionnés comme dépendant de la commanderie de Pernes.
(89) Bertrand de Monteux, commandeur en 1203. Voir supra note (24).
(90) Voir Annexe III.
(91) Ainsi, en 1254, parmi les terres et communautés d'habitants que le commandeur d'Orange Rostaing Richaud reconnait tenir en fief d'Alphonse de Poitiers figurent celles de Sainte-Cécile (avec Villedieu, Saint-Roman-de Malegarde et Brantes). Frère Bonel, commandeur de Sainte-Cécile est témoin de cet acte, passé à Mornas (56 H 4252).
(92) Pons de Oveliano en 1215 (arch. départ. des Bouches-du-Rhône, B 309) ; Raimond de Grasse en 1282 (56 H 4252).
(93) Le dominium sur cette localité était, comme son nom l'indique, partagé entre de nombreux coseigneurs. Parmi eux, les Clunisiens du prieuré Saint-Pierre de Saint-Saturnin-du-Port (Pont-Saint-Esprit), qui s'opposèrent aux Hospitaliers au cours de plusieurs contestations (56 H 4252).
(94) L'Hôpital y était coseigneur depuis un legs fait par Roux de Mormoiron, devenu donat de l'Ordre (RAYBAUD, pp. 131 et 164 ; Layettes du Trésor des chartes, t. V, n° 654).
(95) Donations de Douce, nièce de Roux de Mormoiron, et de Pierre Bérenger de Mormoiron (en 1239), faites à la commanderie d'Orange lors de leur entrée dans l'Ordre comme donats (RAYBAUD, p. 151).
(96) Voir supra, note (91).
(97) RAYBAUD, pp. 178 et 189.
(98) RAYBAUD, p. 201.
(99) RAYBAUD, p. 222.
(100) Voir supra note (91). Frère Boisiera est commandeur de Villedieu.
(101) Pierre Agulhon, commandeur de Villedieu, achète des droits dans le terroir de Villedieu à un particulier. Homonyme du commandeur d'Avignon ? (56 H 4252).
(102) Ibidem.
(103) CHOQUET (M.) Histoire de Valréas, Valréas, 1951, tome I, p. 50. En 1256, le commandeur d'Orange achète à Rixende, veuve de Bertrand de Boulbon un affar au terroir de Valréas (56 H 4258).
(104) Ibidem et DELAVILLE et ROULX, 4233. En 1297, Rayne de Sabran est dit commandeur de Valréas et Beaulieu, près de Mirabel (Abbé MALBOIS, Notice historique sur Valréas avant son entrée dans l'État pontifical), Vaison, 1924, p. 68.
(105) 56 H 4249.
(106) REGNE (J.), "La commanderie de Trignan", Revue du Vivarais, 1920, pp. 200-206, 250-256, 260-267 ; PONTAL (P.) "Saint-Jean d'Atignan, commanderie des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem", Revue du Vivarais, 1957, pp. 7-20. Le chartrier de cette maison est classé après celui de l'ancienne commanderie du Temple de Jalès, à laquelle elle fut unie en 1385 (56 H 4564 à 4609).
(107) 56 H 4584, 4597, 4598. En 1252, ces biens étaient constitués en un membre particulier, sous la responsabilité du commandeur Guillaume Privat (L. d'ALAUZIER, "Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem à Lapalud", Provence historique, 1968, n° 71 pp. 168-169).
(108) Voir son chartrier : 56 H 4610 à 4625, où les pièces les plus anciennes datent du second tiers du XIIIe siècle.
(109) Références bibliographiques dans : LE BLEVEC (D), "Une institution d'assistance en pays rhodanien : les Frères pontifes", Cahiers de Fanjeaux, n° 13, Toulouse, 1978, pp. 106-107, notes 8 à 11.
(110) RAYBAUD, p. 194. Arch. du départ. du Vaucluse, H. Chartreuse de Bonpas, 4.
(111) 56 H 4265
(112) Villaret cédait en échange les droits de l'Hôpital sur l'église Saint-Véran de Cavaillon (RAYBAUD, p. 204). Le commandeur de Bonpas est alors Silves de Cairanne.
(113) Tant des problèmes internes à l'histoire régionale des Hospitaliers, comme p. ex; celui du recrutement des frères ou celui de son insertion dans la société avignonnaise et comtadine, que des questions plus générales, concernant notamment la place des maisons d'Avignon, d'Orange et du Comtat dans les relations avec l'Orient : ont-elles servi de relais, en rassemblant les secours et les subsides envoyés en terre Sainte ? Ont-elles effectivement assumé la mission hospitalière de l'Ordre par l'accueil et l'assistance des pauvres et des pèlerins ? Les sources locales sont peu loquaces sur ces questions et l'enquête reste à poursuivre.
(114) Ils avaient des commanderies, notamment à Avignon, Cavaillon, Orange, Cairanne, Roaix, Villedieu, Richerenches.
(115) AMARGIER (P), "La défense du Temple devant le concile de Lyon en 1274", dans 1274 année charnière. Mutations et continuités, Colloque international du CNRS 558, Editions du CNRS, Paris, 1977, pp. 495-501.
(116) Voir à ce propos, dans les Actes du même colloque les interventions de M. MOLLAT (p. 8) et de J. LE GOFF (pp. 483-484).
 
ANNEXE I
 
1177 - SAINTE-CÉCILE
 
Raimonde de Mornas cède à Eldin, grand-prieur de Saint-Gilles, tous ses droits sur les castra de Mornas et de Gigondas et sur leurs territoires, ainsi que ceux qu'elle possède à Cairanne, à Caderousse, à Pont-de-Sorgues et sur leur territoire. Elle en conserve l'usufruit tant qu'elle n'aura pas pris l'habit de l'Hôpital. Acte en présence de Pierre Gauthier, commandeur de l'Hôpital de Saint-Gilles, avec la confirmation de Pierre, évêque d'Orange, Raimbaud, évêque de Carpentras et Benoît, évêque de Cavaillon.
 
A. Original perdu.
B. Copie début XIIIe s., archives munic. Arles, GG89, fol. 184r.
 
Au nom de la Trinité Sainte et indivisible. Qu'il soit connu et manifeste à tous les fils de notre Mère l'Église Catholique, tant futurs que présents, que l'an de l'incarnation du Seigneur, moi, Raimonde, fille de Guillaume de Mornas, parfaitement saine d'esprit, par piété et miséricorde, et pour le salut de mon âme et de celle de mes parents, je donne en aumône au seigneur Dieu et à la Sainte et toujours Vierge Marie et à Saint-Jean-Baptiste et aux pauvres de l'Hôpital de Jérusalem, pour qu'ils y reçoivent soins et réconfort, et aux frères dudit Hôpital, tant futurs que présents, entre les mains de frère Eldin, prieur de l'Hôpital de Saint-Gilles, tous les droits que j'ai dans les limites et le territoire du castrum de Mornas et dans les limites et le territoire du castrum de Gigondas : à Cairanne et dans ses limites et territoire ; à Caderousse et dans ses limites et territoire ; à Pont-de-Sorgues et dans ses limites et territoire. Donc, tous les droits que j'ai ou dois avoir dans les susdits castra et dans leurs limites et territoire, ainsi que ceux que je dois avoir par héritage ou pour tout autre motif, que ce soit sur des hommes et des femmes, sur la ville et la campagne, sur les terres cultes et incultes, sur les rivières et les pâturages, ou tous autres droits sur des biens meubles et immeubles, je les donne et cède irrévocablement et à perpétuité audit Hôpital et à ses frères tant présents que futurs et je les leur transfère de par mon autorité, pour qu'ils les aient et les possèdent de plein droit, car on ne peut comprendre, imaginer et dire qu'il puisse en être fait meilleur usage que par cette maison et ses frères, me réservant seulement ce qui est à l'intérieur des murs et de l'enceinte du castrum de Mornas et du castrum de Gigondas, et qu'il en soit fait selon ma volonté, avec l'accord du prieur de Saint-Gilles.
Et les choses qui en toute bonne foi, ont été énoncées ci-dessus, moi Raimonde, c'est en toute bonne foi que je les confirme, par ma prestation de serment, en touchant les saints Évangiles, sur l'autel de Sainte-Cécile.
Furent présents à tout cela les témoins : frère Pierre Gauthier, commandeur de l'Hôpital de Saint-Gilles, frère Robert, prieur de l'Église Saint-Jean à Saint-Gilles, frère Simon, frère Bernard de Pagacio, Elzéar d'Aubusson, Foraud de Cairanne, Richaud de Cairanne, Stéphanie de Sainte-Cécile, sœur de l'Hôpital, sœur Hermengarde, veuve d'Arnaud Nier, sœur Marie, frère Raimond Vital prêtre, frère Guillaume de Sainte-Cécile, prêtre, frère Pons Brun, frère Pierre Michel, frère Dozon, maître des juments, Hugues de Baton, Jourdain, neveu de frère Bernard de Pagacio.
Moi, Pierre, par la grâce de Dieu évêque d'Orange, et moi Raimbaud, évêque de Carpentras, sur les prières de Raimonde de Mornas et de frère Eldin, prieur de Saint-Gilles, attestons par écrit que, ainsi qu'il est pleinement indiqué dans le présent acte, ladite Raimonde a approuvé et confirmé, en notre présence, cette donation à la maison de l'Hôpital.
Moi Benoît, évêque de Cavaillon par la grâce de Dieu, sur les prières de Raimonde de Mornas et de frère Eldin, prieur de Saint-Gilles, j'atteste par écrit que, ainsi qu'il est pleinement indiqué dans le présent acte, Raimonde a approuvé et confirmé en ma présence cette donation à la maison de l'Hôpital.
 
ANNEXE II
 
1199, 2 novembre - Avignon
 
Brocard prend l'habit d'hospitalier et cède à l'Ordre, représenté par Raimond d'Aiguille, grand-prieur de Saint-Gilles, sa maison d'Avignon, tout ce qu'il possède au Clos d'Enganel, les terres vignes et jardins situés entre le chemin du moulin de l'Épi et le chemin de Châteauneuf, la condemine des Fontaines, ainsi que tous ses droits aux Pulvériers et sur les iscles de la Durance.
Acte en présence des consuls d'Avignon et de Pierre Hélie, commandeur de l'Hôpital de Saint-Gilles.
 
A. Original , arch. départ. des Bouches-du-Rhône, 56 H 4311
B. Copie début XIIIe siècle, arch. munic. d'Arles, GG89, fol. 169v-170r
 
Au nom du Seigneur, l'an de son incarnation 1199, le 4 des ides de novembre, étant consuls d'Avignon Raimond Géraud, Raimond de Sorts, Emenon Retran, Hugues Bermond, Bertrand Moutonnier, Pierre Joufré, Guillaume-Pierre Guichard et Guillaume Robert, le juge étant Guillaume de Porte-Eyguière. Qu'il soit connu de tous, présents et futurs, que moi Brocard je donne à Dieu et à la maison de l'Hôpital de Jérusalem et à toi Raimond d'Aiguille, prieur de la maison de l'Hôpital de Saint-Gilles, agissant au nom de l'Ordre, moi-même et ma maison avec ses dépendances, et tout ce que j'ai et possède dans la cité d'Avignon. Je donne aussi ce que j'ai au Clos d'Enganel et généralement tout ce que j'ai et possède, ou dois avoir ou posséder, en mon nom ou en celui d'un autre, en terre, en vigne, en jardins, entre le chemin qui mène au moulin de l'Épi et le chemin qui mène à Châteuneuf, ainsi que la condemine des Fontaines et tout l'honneur que j'ai et possède, ou dois avoir et posséder, en mon nom ou en celui d'un autre, aux Pulvériers et dans les iscles de la Durance, en terres, bois, prés, eaux, cours d'eau, créments, tout ce qui est cultivé et non cultivé, et généralement tout ce que j'ai et possède, ou dois avoir et posséder, en mon nom ou en celui d'un autre, excepté le jardin de l'Estel, dans la cité d'Avignon et en dehors, dans son territoire, que j'ai précédemment donné à la maison de l'Hôpital et à toi Raimond d'Aiguille, et par ton intermédiaire aux frères de cette maison, présents et futurs, afin qu'ils l'aient et le possèdent par droit de propriété et de seigneurie, à perpétuité. Et je veux que la donation de mes biens à ladite maison de l'Hôpital demeure stable et ferme à perpétuité, et que ce don et mon entrée dans l'Ordre ne puissent être empêchés par aucun motif. Mais s'il arrivait que de ma propre volonté je sorte de ladite maison de l'Hôpital pour retrouver le siècle, ou si ma femme Hugua, s'appuyant sur le droit, ou sans droit mais sur mon invitation et mon désir, s'opposait à ce dessein et veuille sortir elle aussi de ladite maison, et s'il m'arrivait d'engendrer des enfants de cette même Hugua, ou d'une autre, même pour ces raisons-là la donation de mes biens n'en serait pas moins effective et perpétuellement ferme.
Cette donation a été faite à Avignon, devant la chambre de Brocard, sur le plancher, dans la main de Raimond d'Aiguille, prieur, en présence de Raimond Géraud, Hugues Bermond et Bertrand Moutonnier, consuls. Étaient présents les frères de l'Hôpital : Pierre Hélie, commandeur de Saint-Gilles, Sanche de Lombès, Raimond de Saignon, Raimond de Montpezat, Aimeric de Toulouse, Raimond d'Alignan, Guillaume de Taulignan, Guillaume Aventura, Bertrand Artaud, Étienne chapelain du prieur, Jordan d'Aiguebelle et Pons, notaire du prieur. Les autres témoins furent : Pons Astoaud, Rostaing de More, Rostaing de Codolet, Guillaume d'Avignon, Joufré Guillaume, Pierre-Guillaume Malvezin, Guillaume Malvezin, Pierre de Sorts, Pierre Rostaing, Raimond de Pujaut, Bertrand Bégon, Pierre de More, Rostaing du Parc et ses fils Rostaing et Bertrand, Guillaume-Pierre le Grec, Guillaume-Pierre d'Avignon, Bertrand du Moûtier, Raimond de Sade et son frère Pierre-Béranger, et beaucoup d'autres.
Moi, Étienne, notaire, j'ai été témoin et de par l'autorité et à la demande des consuls et à la demande de Brocard, ainsi qu'à celle du prieur et des frères de l'Hôpital, j'ai écrit, fait et souscrit cet acte, et je l'ai scellé de la bulle des consuls.
 
ANNEXE III
 
Les dates mentionnées ne sont pas celles de la durée d'exercice de la fonction mais celles des actes où les noms des commandeurs apparaissent pour la première et pour la dernière fois.
 
AVIGNON
 
Maître
 
Raimond CATEL1187-1191
 
Procureurs
 
Guillaume de la GARDE1192
AUFANT1195-1197
FALCON
1199
BROCARD1200-1205
 
Commandeurs
 
BROCARD1205
Guillaume de Nîmes1209
Giraud BRUN1210-1215
Bernard ALBERT1215
Bermond/Bertrand
DE LUZENcON1220-1230 (août)
SEIGNORET1230
AMAT1231-1232
SEIGNORET1232-1240
Foulque de TOURNEL1240-1246
Pierre de SAINT-LAURENT1249-12150
Guillaume de COURNILLAN1252
Giraud AMIC1253
Pierre de CAIRANNE1255-1260
Raoul de CADEROUSSE1262 (mars)
Rostaing de SAINT MICHEL1262 (mai-nov)
Pons de SAINT-MARCEL1262 (déc.)-1264
Pierre AGULHON1266-1292
Guillaume ELZEAR1293-1300
 
SAINTE-CÉCILE
Bertrand de MONTEUX1203
Pons de OVELIANO1215
Hugues de MONTROUX1219
BONEL1254
Raimond de GRASSE1282
Guillaume PELESTOR1283
 
VALREAS
Rayne de SABRAN1293-1307
Adhémar de REILLANE1302
 
ORANGE
 
Maître
 
GUILLAUME1199
 
Commandeurs
 
FALCON1203-1204
Pons de OVELIANO1215
GUIBERT1216
Raimond des MONTS1230
Raimond MOTEFEU1233
Pierre de CAIRANNE1236-1237
PORTALES1238-1239
Giraud AMIC1240-1247
Rostaing RICHAUD1253-1258
Pons de CUERS1263-1270
Raimond de GRASSE1270-1285
Adhémar de REILLANE1288
Rostaing de SABRAN1293-1307
 
PERNES
 
Guillaume de Mannas1204
Pons DEBRAN1215
Guillaume de BARRAS1278
Raimond ASTENOVE1282-1283
Lambert de MONTEIL 1284
Bertrand d'ORANGE1298-1312
 
CAVAILLON
 
AL(DE)BERT1203-1204
Bernard de SPINASON1243
 
VILLEDIEU
BOISIERA1254
Pierre AGULHON1270
 
BONPAS
 
JEAN 1283
Silves de CAIRANNE1284
 
GUILLAUME DE VILLARET
 
Par le Dr. R.L. MOULIÉRAC-LAMOUREUX
 
Pour situer Guillaume de Villaret, premier recteur du Comtat Venaissin et grand-Maître de l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, il importe de rappeler brièvement, d'une part, l'histoire de l'Ordre avant le magistère de Guillaume de Villaret et, d'autre part, la situation politique du Comtat Venaissin en 1274, et nous saisirons mieux les raisons du choix de Grégoire X faisant du grand-prieur de Saint-Gilles le détenteur du pouvoir souverain dans ce nouveau domaine du Saint-Siège.
 
Le 15 juillet 1099 Godefroy de Bouillon à la tête de la première Croisade fait son entrée dans Jérusalem. Il trouve un hôpital tenu par des moines bénédictins, fondé cinquante ans plus tôt par des marchands d'Amalfi en Italie.
 
Cet hôpital est dirigé par Gérard Tenque, moine, originaire de Martigues en Provence. Il recueillait et soignait les malades et les blessés qui se rendaient en pèlerinage sur le tombeau du Christ.
 
Le frère Gérard sollicite des volontaires parmi les chevaliers croisés pour l'aider auprès des malades. Quatre chevaliers dont Raymond du Puy répondent à son appel. Bientôt une communauté religieuse est fondée. Ils prononcent des vœux monastiques, ils revêtent un uniforme à la robe noire des bénédictins, ils ajoutent une croix blanche à six pointes.
 
Ainsi naquit sous le vocable de Saint-Jean, patron de l'Hôpital de Jérusalem, le nouvel Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. En 1113, la règle des Hospitaliers est approuvée par le pape Pascal II.
 
Raymond du Puy comprend qu'il ne s'agit pas seulement de soigner mais encore de prévenir. Combien de pèlerins arrivaient blessés! Il va confier à ces moines, anciens soldats, la mission de protéger les pèlerins sur les routes peu sûres de Syrie et de Palestine et celle de soigner.
 
Ainsi, d'hospitalier, l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem va devenir militaire. Sans négliger pour autant le soin des malades, il va désormais participer aux Croisades et devenir le "fer de lance" des armées chrétiennes. Il s'illustre à Édesse, Antioche, Jaffa, Ascalon, Tyr, etc. Il construit le long de la frontière une série de forteresses : le Krak des chevaliers, Margat, Belvoir, le Sare, Bath Gibelin, etc. véritable ligne Maginot de la Cilicie au Sinaï; des châteaux-forts défendent l'accès des ports (Acre, Sidon, Tripoli, etc.)
 
Malgré leur engagement dans d'incessants combats, les chevaliers resteront toujours fidèles à leur mission hospitalière. Ils créeront et tiendront des hôpitaux, se souvenant que "le malade est leur Seigneur".
 
Après la chute de Jérusalem (1244), les Hospitaliers, sous la poussée des Musulmans, durent abandonner leurs forteresses, le Krak en 1271, Margat en 1285 ; en 1291, ils perdirent leurs derniers points d'appui Tyr, Sidon, Tortose, Acre, d'où ils embarquèrent pour l'ile de Chypre. Les chrétiens ne pourront reprendre pied en terre Sainte.
 
Le 12 avril 1229 était signé à Paris un traité qui devait théoriquement mettre fin à la guerre des Albigeois.
 
Ce traité entre le roi de France, Louis IX, le comte de Toulouse Raymond VII, et le légat romain, Cardinal de Saint-Ange, faisait passer la succession des comtes de Toulouse dans la Maison de France et le Marquisat de Provence au Saint-Siège. Il y était écrit : « J'ai cédé précisément au Roi et à ses héritiers, tous mes païs et domaines situés en deça du Rhône, dans le royaume de France, avec tous les droits que j'y ai. Quant aux païs et domaines qui sont au-delà de ce fleuve dans l'Empire, avec tous les droits qui peuvent m'appartenir, je les ai cédés précisément et absolument à l'Église romaine dans les mains du légat ».
 
Si ce traité de Paris avait été exécuté à la lettre, le Saint-Siège rentrait en possession immédiatement du Marquisat de Provence, comprenant le Comtat Venaissin et la moitié d'Avignon, l'autre moitié restant au comte de Provence, Raymond Béranger IV. Il semble que le Cardinal-Légat se soit contenté de s'occuper du Venaissin. Le traité de Paris est le titre de propriété retenu par le pape pour le Comtat Venaissin.
 
Par la cession absolue et définitive à l'Église des terres qu'il possédait dans l'Empire, Raymond VII faisait du chef spirituel de l'Église un souverain temporel dans la vallée du Rhône, il lui donnait un domaine qu'il aurait à pacifier, défendre, gouverner, comme tout prince laïque ou simple seigneur, ce qui était déjà le cas pour les États pontificaux d'Italie.
 
Le légat Frangipani avait confié cette récente conquête à la haute autorité du roi de France pensant en avoir fini des difficultés de la cour romaine avec le comte de Toulouse. L'empereur d'Allemagne en lutte ouverte avec le pape en Italie, par deux fois, en 1234 et 1236, rendait le marquisat de Provence au comte de Toulouse, au mépris des droits de l'Église. Le mariage de Jeanne avec le frère de Louis IX, Alphonse de Poitiers, le faisait rentrer en grâce à la cour de France; en conséquence Innocent IV laissait Raymond VII disposer à son gré du pays Venaissin, stipulant néanmoins le droit de réversion au Saint-Siège en cas d'extinction de sa postérité (1243), ce qui advint en 1271.
 
Cette même année 1271, le Saint-Siège qui vaquait depuis deux ans, neuf mois et deux jours, fut enfin pourvu le 1er septembre. Thibaud, chanoine de Lyon et archidiacre de Liège, de la famille Visconti, né à Plaisance, fut créé pape ; il était alors en terre Sainte. Le 27 mars 1272, il était couronné pape et prenait le nom de Grégoire X.
 
En 1273, le nouveau pape se rendait à Lyon pour y tenir un concile général et en même temps déléguait Guillaume de Mâcon, son chapelain et auditeur général, auprès du roi de France, faisant valoir les droits du Saint-Siège sur les terres du comte de Toulouse que lui conférait le traité de Paris (1229). Philippe-le-Hardi s'inclinait devant cette demande qu'il jugeait bien fondée. Le 19 janvier 1274, le roi faisait remettre la terre du Venaissin aux commissaires du pape dont on sait qu'ils étaient Guillaume de Saint-Laurens, camérier du souverain pontife et Bernard, archevêque d'Arles.
 
Une grande partie des droits et possessions du comte de Toulouse était inféodée à de nombreux vassaux.
 
Les vassaux, eux-mêmes sous inféodés, formaient une masse considérable. On ne retrouve pas moins d'une soixantaine de seigneurs vassaux. Certains de ces vassaux sont de grandes familles, d'autres sont des inconnus. Pour parer à une situation difficile, par un bref du 29 janvier 1274, Grégoire X donnait ordre à Guillaume de Villaret, grand-prieur de Saint-Gilles, de se rendre auprès de ses commissaires pour exécuter ce qu'ils lui ordonneraient de sa part.
 
Au mois de février 1274, Arnaud Scetelli, chanoine de Carpentras, après avoir pris possession du Venaissin au nom des commissaires du Saint-Siège, destituait et révoquait les châtelains de Vaison, Mormoiron et Malaucène et y établissait à leur place les frères Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem pour gouverner au nom du pape sous l'autorité de Guillaume de Villaret.
 
On connait les noms de quelques-uns : frère Pierre de Malamorte fut placé à Séguret, Bernard de Sergis à Vaison, Reynard de Gersens à Malaucène, Guillaume Reynaldi à Pernes, le frère Eugène à Oppède, Pons d'Avillaries à Bollène.
 
Ces mesures qui peuvent paraitre excessives étaient judicieuses, d'abord pour affermir le pouvoir temporel du Saint-Siège dans le pays et éliminer toutes vélléités hérétiques.
 
Sans être un foyer du catharisme, il y avait dans ses adeptes Geoffroy et Rostaing de Venasque, son frère coseigneur de Monteux, partisans du comte de Toulouse qui avaient partagés les erreurs des Albigeois (1249) ; ils avaient été arrêtés et mis en prison.
 
Grégoire X avait été témoin en Palestine des gestes des Frères Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, leur dévouement pour les chrétiens de ce pays, leur courage, leur intrépidité pour défendre la terre du Christ ; l'Ordre était déjà solidement implanté en Provence et dans le Venaissin, plusieurs de ses membres étaient provençaux, le prieuré de Saint-Gilles était le plus grand prieuré en Europe et qui plus est n'était séparé du nouveau domaine du Saint-Siège que par le Rhône et ses plaines marécageuses. Autant de raisons pour confier aux frères de Saint-Jean de Jérusalem ce domaine de l'Église et de faire du grand-prieur le gouverneur du pays, le recteur.
 
Le recteur du Comtat venaissin
 
Les provisions que Grégoire X donnait le 27 avril 1274 à Guillaume de Villaret, dotaient le recteur du Comtat Venaissin, représentant du Saint-Siège dans le pays, de pouvoirs très étendus "Curam, custodiam, administrationem et juridictionem terrae illius Venaissini tuae sollicitudini committamus".
 
Le recteur ainsi nommé avait le pouvoir de prendre toutes les décisions nécessaires, avec une restriction "usque ad nostrum beneplacitum".
 
En la personne de Villaret se trouvaient toutes les qualités souhaitables pour remplir ces hautes fonctions.
 
De vieille souche provençale (Haute Provence) il avait guerroyé contre les Infidèles. Grand-prieur du plus grand-prieuré, il avait fait preuve de cette autorité indispensable à tout supérieur d'Ordre, il était à un bon âge de sa vie, autant qu'on peut le dire, il n'avait pas cinquante ans.
 
Sa Sainteté jugeait à propos par une nouvelle bulle datée de Lyon, du 1er juin 1274, d'établir pour les honoraires du Recteur quinze sols tournois par jour à prendre sur les revenus de la Chambre apostolique de la province. C'était un traitement considérable.
 
Le 1er juin 1274, le Recteur prêtait serment de faire bonne justice à chacun, de bien gouverner le Venaissin, de le restituer à toute réquisition du pape, de rendre compte des revenus à la Chambre apostolique.
 
Toutes choses ainsi réglées, le premier Recteur du Venaissin s'installait à Pernes dans l'ancien château que les comtes de Toulouse avaient fait édifier pour leurs besoins ou ceux de leurs sénéchaux. Pernes avait ce titre unique de "Senescallia Venaissini"
 
Les papes ne modifièrent pas tout d'abord l'administration créée par les comtes de Toulouse ; les mêmes fonctionnaires furent conservés, les pouvoirs du sénéchal transférés au recteur, mais le sénéchal lui-même subsista encore pendant quelque temps. Guillaume de Villaret, au début de son administration, fit par ordre du pape une recherche de tous les droits du pape dans le Venaissin.
 
Dans les premiers mois de son installation à la tête du gouvernement se produisit une revendication tendant à enlever ce pays à l'Église romaine.
 
Cécile des Baux, veuve d'Amédée IV de Savoie, le réclamait en raison d'une donation que son grand-oncle Raymond VII lui avait faite de toutes ses possessions en delà du Rhône.
 
Le Recteur du comtat était juge suprême ; il dirigeait l'administration, la vie économique, les finances, l'armée. C'est lui que Grégoire X chargea d'examiner les prétentions de la comtesse de Savoie. Le Recteur n'exerçait pas seul ses fonctions ; il était assisté d'un conseil : la cour du Venaissin. en cette affaire litigieuse, il était assisté des évêques de Carpentras et de Cavaillon, les deux principaux feudataires du pape. Après enquête, la réclamation de la comtesse de Savoie fut rejetée.
 
C'était au Recteur qu'appartenait de recevoir l'hommage des vassaux. Le premier acte qui en porte la date en 1274 est l'hommage de Pierre Rostaing, évêque de Carpentras qui avait reçu l'hommage de Reforcial de Venasque pour Venasque, Monteux et Méthamis. Durant les fréquents changements de souverains pontifes qui succédèrent à Grégoire X, à savoir Innocent V, Adrien V, Jean XXI, Guillaume de Villaret gouvernait toujours le Venaissin, ainsi qu'en témoignent les actes d'hommage de Redonie, dame de Montalban, le 17 juillet 1277 et celui que Raymond de Mazan, évêque de Carpentras, rendait au Recteur pour les châteaux de sa mense le 17 septembre 1280. Villaret avait eu ses provisions de Recteur renouvelées par Nicolas III en 1278.
 
Le Sénéchal qui était en quelque sorte le lieutenant du Recteur partageait avec lui le pouvoir politique. Par un acte administratif, un acte de partage, nous savons que le sénéchal était un chevalier de Saint-Jean de Jérusalem, Raymond de Grasse, commandeur d'Orange ; un autre acte administratif (sentence prononcée contre le bayle de Malemort) cite Raymond de Grasse comme sénéchal en 1281. Reconnaissons en passant que les deux plus hauts fonctionnaires de Sa Sainteté étaient des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem et qu'ils avaient de quoi exercer leurs qualités personnelles et celles de leur Ordre dans ce pays passablement agité.
 
Dans les situations délicates, Villaret savait prendre ses conseils, quand il fallait s'occuper des intérêts de l'Église romaine ou des feudataires. Ainsi, en 1282, il appelle dans son conseil les évêques de Vaison et de Cavaillon. Une conjuration s'était formée contre l'évêque de Carpentras, quatre-vingt personnes s'étaient assemblées dans la chapelle de Saint-Georges au terroir d'Aubignan. Villaret fit instruire une procédure criminelle à la suite de quoi il prononça un jugement du vœu des évêques de Cavaillon et de Vaison, du Capiscol d'Orange, du sénéchal et du vicaire général du pays et de quelques autres personnalités.
 
En 1277, sur le conseil de Giraud, évêque de Cavaillon, les frères de Bonpas furent unis aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem et leur firent cession de leur maison et de leurs biens. L'évêque de Cavaillon et son chapitre se crurent lésés en raison des droits qu'ils prétendaient avoir sur la maison des frères ; un procès s'engagea et finalement la maison resta acquise à l'Ordre, Guillaume de Villaret en étant Recteur en 1284.
 
Un des derniers actes administratifs que fit le recteur de Villaret, peut-être le dernier, est d'avril 1284. C'est un privilège en faveur des nobles de Pernes qui étaient déclarés exempts de tous droits de lods, à cause des acquisitions qu'ils pouvaient faire à l'avenir dans l'enceinte de la commune ou sur son territoire à quelque titre que ce fut.
 
Il semble que Guillaume de Villaret ait quitté le comtat en 1286 ; Henri de Giberis lui succédait en 1287.
 
Grand-Maître de l'Ordre
 
Au début de l'année 1296, le Grand-Maître Odon de Pins meurt. Guillaume de Villaret est alors appelé à la tête des Hospitaliers. Il occupe avant cette élection les fonctions de grand-prieur à Saint-Gilles, dans la langue de Provence ; et avant de gagner Chypre, il entreprend une vaste tournée d'inspection dans l'ensemble de son prieuré et dans ceux des langues d'Auvergne et de France. Son but est d'y affermir la discipline régulière, ce qu'il souligne avec force dans un chapitre tenu dans la commanderie de la Tronquière, dépendante de Saint-Gilles.
 
Il passe ensuite à Rome pour y remercier le pape qui vient, par une bulle datée de 1297, d'unir à la manse magistrale la célèbre abbaye de la Sainte-Trinité de Venouse, dans le royaume de Naples et il s'embarque enfin pour Limisso, où il est attendu impatiemment par les siens.
 
Aussitôt en place, Guillaume de Villaret va faire preuve de cette autorité et de ce désir d'agir efficacement qui sont les deux vertus principales de tout chef de communauté. Entré dans une ligue destinée à conquérir une partie de la Palestine, en particulier Jérusalem, et qui groupe outre le roi de Chypre et celui d'Arménie, le puissant Khan mongol d'Iran et de Perse, Haçan, il prend la mer dans les premières années du XIVe siècle. Ses troupes, jointes à celles de ses alliés infligent, près de Damas une cuisante défaite au sultan d'Égypte Naser Mohammed, et entrent dans Jérusalem. Mais ces victoires, si elles effacent de bien mauvais souvenirs, ne sont malheureusement qu'éphémères. il faudrait un tout autre concours de forces pour penser à se maintenir dans les lieux. L'on doit en définitive réintégrer l'ile de Chypre où l'Ordre, à mesure que les années passent, se sent de plus en plus à l'étroit.
 
Le Grand-Maître méditait un dessein important qu'il gardait fort secret. les mauvais traitements que les Hospitaliers recevaient du roi de Chypre l'y portèrent. Ce dessein était la conquête de l'ile de Rhodes où les seigneurs de la maison de Gualles, gouverneurs de l'ile s'étaient érigés en princes indépendants. Villaret commença par côtoyer l'ile de Rhodes ; il reconnut les ports, les forteresses et s'instruisit du nombre des habitants ; mais ne trouvant pas de forces suffisantes pour en tenter la conquête, il revint à Limisso. Il se disposait à partir pour aller rendre compte au pape du projet qu'il méditait et obtenir de ce pontife et des princes d'Occident les secours nécessaires pour cette entreprise ; mais il fut arrêté par une longue maladie qui se termina par sa mort.
 
Son neveu, Foulque de Villaret lui succédait dans son magistère. Il importait donc de rappeler à tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem et à l'histoire du Comtat le lien qui existe entre ces frères aussi charitables que guerriers et la pacification de ce nouveau domaine de l'Église.
 
Le souverain pontife ne pouvait faire mieux que de déléguer son pouvoir au grand-prieur du plus grand prieuré de Provence, dont la juridiction s'étendait déjà sur la terre du Venaissin. Il faut rendre hommage à Guillaume de Villaret pour le travail accompli dans ce domaine des bords du Rhône et tout autant pour avoir conçu le projet de la conquête de Rhodes.
 
Bibliographie
 
Ch. COTTIER Les recteurs du Comtat Venaissin, Carpentras 1806
PITHON-CURT Histoire de la noblesse du Comtat Venaissin t. I,II,III
Sébastien FANTONI Istoria della città d'Avignone et del Contado Venesino
J. RAYBAUD Histoire des grands-prieurs et du prieuré de Saint-Gilles, Abbé NICOLAS Nîmes 1904-1905, 2 vol.
Abbé de VERTOT Histoire des chevaliers Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, Paris 1778
 
 
L'AUBERGE DE LA LANGUE DE FRANCE A RHODES
ARCHITECTURE ET HÉRALDIQUE
 
J.C. POUTIERS
Orient chrétien, Rhodes
 
L'Auberge de la langue de France, à Rhodes, est sans conteste le monument le plus admirable de toute la célèbre rue des Chevaliers. Une partie des bâtiments de cette auberge, achetée par M. Bompard, Ambassadeur de France à Istanbul et donnée par lui à son pays en 1914 (1), a été restaurée par A. Gabriel de 1920 à 1932 et est, depuis mai 1983, ouverte au public grâce à l'Institut français d'Athènes qui y a installé un centre culturel.
 
A. Gabriel a consacré une partie de sa Cité de Rhodes (2) à la description de l'Auberge de France, et c'est en compulsant son ouvrage et en vérifiant les plans qu'il y publie que nous avons été amené à faire quelques remarques.
 
On ne sait rien de la disposition et de la configuration des bâtiments composant l'Auberge de France avant les reconstructions de 1492. L'Auberge primitive devait vraisemblablement se situer sur le même emplacement, mais nous n'avons aucune certitude sur la localisation précise de ce Palatia equitum Francorum qui abrita le sultan Djem en 1481 (3), et aucune maison, mise à part l'arche de l'Auberge d'Espagne, ne peut être identifiée sur les miniatures de Caoursin (4). Cependant, quelques éléments anachroniques sont observables et représentent sans doute des vestiges de la première distribution des constructions affectées à l'Auberge de France.
 
De nos jours, la façade de l'Auberge de France se déploie largement sur la rue des Chevaliers, l'ancienne Grande Rue du Château sur une longueur de 25 m. L'élévation de cette façade comprend deux registres, séparés par un bandeau mouluré horizontal, sculpté en tresse et formant corniche. Le registre inférieur correspond au rez-de-chaussée largement ouvert sur la rue par un portail flanqué de quatre magasins, trois à gauche et un à droite. Ces magasins sont à peu près du même module (4,30 m x 5,75 m ; 4,50 m x 5,30 m ; 4,10 m x 5,20 m ; 4, 70 m x 4, 95 m) et pareillement voutés en plein cintre ou en berceau à peine surbaissé. Ils s 'ouvrent sur la rue par une vaste baie surbaissée qui recouvre presque toute leur largeur (respectivement 3m, 3,15 m, 3,15 m, 3,80 m). Une ruelle voutée débouche dans la rue des Chevaliers à côté du dernier magasin de gauche et est de ce fait englobée dans l'Auberge.
 
Le porche d'entrée est décoré de deux archivoltes moulurées, sans ciselure et soulignées de filets. Les claveaux de l'arcade, légèrement plus ouverte qu'un tiers-point et démunie de clef de voute reposent sur une saillie faisant office de chapiteau et sculptée de rinceaux. Les piédroits continuent les moulures engagées sans base, mais munies d'un petit chapiteau à tailloir et abaque.
 
Au-dessus du porche, un bandeau mouluré horizontal et ses retombées verticales, reposant sur des culs-de-lampe moulurés et soutenus par une fleur de lys, délimitent un cadre rectangulaire qui contient inscription et blasons (5). Sous les culs-de-lampe, et flanquant les chapiteaux d'archivolte, ont été sculptées deux roses. Celle de droite est un quintefeuille boutonné, tandis que celle de gauche est à six pétales, épanouie et boutonnée (6). De part et d'autre du cadre rectangulaire et accolés à lui, s'ouvrent deux jours rectangulaires, étroits, surmontés d'un linteau en accolade.
 
Un bandeau horizontal, mouluré en jet d'eau, court tout au long de la façade, interrompu par le cadre du portail qui fait légèrement saillie, en marquant deux décrochements au-dessus des magasins des extrémités gauche et droite du bâtiment. Sous ce bandeau, au droit des ouvertures des magasins, des corbeaux permettent d'installer des auvents de bois. Cette disposition n'est visible que sur les bâtiments de la face orientale de la rue des Chevaliers, soumis aux feux du soleil au milieu de la journée (7).
 
La zone transitoire, comprise entre le bandeau en jet d'eau et le bandeau sculpté en tresse, possède trois caissons à armoiries aux armes de l'Ordre et d'Amboise datés de 1492 (9), ainsi que trois blasons de Philippe Villiers de l'Isle-Adam datés de 1511 et rajoutés postérieurement.
 
Chacune de ces fenêtres est surmontée d'un boudin dont la retombée le long des piédroits se termine en colonnette munie d'une base à plan polygonal. Trois filets, séparés par un important méplat, soulignent cet encadrement. Sur le linteau des fenêtres s'appuie une corniche sculptée retombant à mihauteur de l'embrasure. Les sculptures de la corniche et les consoles qui en supportent les retombées personnalisent chaque fenêtre.
 
Les deux fenêtres de droite sont ainsi décorées de rinceaux de feuillages auxquels se mêlent cordons et "fiochetti" du chapeau cardinalice, rappel de l'élévation du Grand-Maître Pierre d'Aubusson à la dignité de Cardinal-diacre de Saint-Adrien en 1489. Les consoles se composent d'un tore formé d'une tresse comprise entre deux filets et d'un cul-de-lampe en palmettes très schématisées se terminant par un bouton. Au milieu de chaque corniche est encastré un petit écu aux armes d'Émery d'Amboise.
 
Les deux fenêtres suivantes sont unies par la même corniche qui surmonte également un vaste caisson contenant les armes de France et du Grand-Maître Pierre d'Aubusson. L'extrémité droite de la corniche et sa retombée sont uniquement composées d'un entrelac de cordons et de glands, alors que l'extrémité gauche porte des lianes aux fleurs épanouies. Le milieu de la corniche est décoré de rinceaux. La console de droite possède un tore de rinceaux posé sur un cul-de-lampe sculpté de feuillages. La console de gauche est formée de deux culs-de-lampe superposés, une fleur rappelant un peu la fleur de lys soutenant des "feuilles de chou". Trois écussons, un au-dessus de chacune des fenêtres, et un troisième au-dessus du caisson à armoiries, rythment le changement de décor de la corniche.
 
La fenêtre de gauche, légèrement surélevée de par le décrochement de la moulure en tresse sur laquelle elle s'appuie, est dotée d'une corniche en rinceaux et de culs-de-lampe semblables à ceux de la gauche de la grande composition que nous venons de voir. Un écusson aux armes du Grand-Maître Émery d'Amboise est encastré au milieu de la corniche.
 
Le haut de la façade est très majestueux, avec les arcs de décharge des linteaux monolithiques des fenêtres et les corbeaux et corniches en quart-de-rond des auvents qui y correspondent. Le couronnement du mur est une alternance de merlons dentelés et de créneaux rectangulaires. La partie centrale de l'édifice est à merlons dentelés à trois pointes, tandis que la droite du couronnement est dentelée à deux pointes (merli gibellini, appelés souvent "à la sarrazine"). Le couronnement de gauche a été entièrement reconstruit en merlons à trois pointes, mais nous pensons qu'il s'agit là d'une erreur. De la même façon, les créneaux centraux sont peu élevés du fait de l'affleurement du niveau d'une terrasse. Les créneaux de gauche ont été restaurés à leur image alors que la terrasse qu'ils cachent étant plus basse, il eût été possible de les rebâtir avec des dimensions plus conformes au type habituel.
 
Sous le crénelage jaillissent quatre gargouilles, situées au niveau des terrasses et sculptées en têtes d'animaux fantastiques rappelant peut-être la légende du dragon tué par Dieudonné de Gozon dans les marais de Saint-Étienne peu après l'installation des Hospitaliers à Rhodes.
 
Quatre échauguettes, également crénelées, encadrent la façade et soulignent sa division en trois secteurs, répondant à l'ornementation des fenêtres comme au programme héraldique enchâssé dans le mur. Entre ces échauguettes ont été placés trois porte-bannières formés d'un anneau de pierre surmontant une console destinée à poser le pied de la hampe. La console du porte-bannière de droite est sculptée de rinceaux.
 
Les échauguettes, grâce à leur élégant encorbellement sur la façade, masquent la différence de niveau existant entre le sommet des murs crénelés, celui de droite étant, contre toute attente, plus haut que la partie centrale et les merlons s'en dégageant plus nettement. Ce renforcement des lignes de fuite de la perspective augmente encore l'impression de majesté qui émane de la façade. Cette disposition est tout à fait volontaire puisque les rapports de la pente de la rue et des angles formés par la différence de hauteur des merlons et des créneaux sont de 1/5, 2/5 et 3/5.
 
L'application des ces rapports au crénelage de la gauche de la façade, reconstitué par Gabriel aux mêmes hauteurs, formes et dimensions que celui de la partie centrale, pourrait permettre une restitution moins empirique.
 
Ainsi, cette façade sur la rue des Chevaliers semble avoir une grande unité de composition. pourtant les dates accompagnant les inscriptions qui y sont encastrées, de même que les différents blasons, vont de 1492 à 1511-1512, ces dates n'étant pas extrêmes, et la façade, surtout dans sa partie gauche, a été remaniée.
 
Les ouvertures sur la rue des Chevaliers desservent, on l'a vu, des magasins dont les voutes s'épaulent l'une l'autre. Il est donc normal que le mur terminant cette série de magasins, et tenant ainsi lieu de pignon, soit plus épais afin d'amortir la retombée de la dernière voute. C'est ce que l'on observe à droite du bâtiment, mais l'épaisseur de ce mur n'a pas été jugée suffisante aux constructeurs de la maison contigüe, des premières années du XVIe siècle, qui ont aménagé une petite salle voutée contrebutant leurs propres voutements de magasins, en évitant de s'appuyer sur le pignon de l'Auberge de France. Les parements de façade de cette maison et de l'Auberge ne sont pas maillés et présentent de ce fait un net coup de sabre.
 
Ces précautions se retrouvent à gauche du bâtiment, mais l'épaississement de la contrebutée se trouve entre les deux derniers magasins. Le magasin de l'extrémité gauche de la façade ne devait donc pas à l'origine, faire partie du plan d'élévation de cette façade.
 
Ce magasin est d'ailleurs équipé d'une cheminée, et d'un escalier intérieur qui mène à l'étage. Ces dispositions indiquent que nous sommes en présence d'une petite maison qui a été englobée dans les constructions de l'Auberge. La façade du rez-de-chaussée de cette maison, comportant sans doute une porte piétonne et une fenêtre, a été détruite et remplacée par la large arcade surbaissée qui la transforme en entrée de magasin.
 
Chaque magasin de façade donne accès à une deuxième salle, également voutée, et dont les berceaux sont dans le même axe que la première rangée de magasins. Une ou plusieurs fenêtres prennent jour dans la cour où débouche le vestibule sur lequel donne le portail d'entrée.
 
On remarque cependant la configuration spéciale de la cave, en deux salles, qui fait suite à la maison transformée en magasin. En effet, non seulement les voutes sont perpendiculaires à l'axe général, mais surtout, le mur de refend qui les joint au magasin suivant est percé de deux fenêtres, aujourd'hui murées. Ces fenêtres devaient donner sur une petite cour située derrière la maison transformée, et traversée par une ruelle voutée qui joint la rue des Chevaliers à une autre rue, en partie disparue, qui lui est parallèle.
 
Sur cette petite cour, se développe une brève façade en partie occultée par des constructions plus tardives. Cette façade, tournée vers l'Est comme celle donnant sur la rue des Chevaliers se compose d'un rez-de-chaussée aveugle où s'ouvre la suite de la ruelle voutée (10). À l'étage, une belle fenêtre à meneau de marbre est sculptée de lys et de mouchetures d'hermines, et porte un petit blason. Au-dessus de la fenêtre, un caisson mouluré, en forme de croix, présentait des blasons maintenant disparus. À gauche du caisson s'ouvre une petite fenêtre.
 
Le couronnement de ce mur de façade, plus haut que tous ceux qui composent les bâtiments de l'Auberge, est orné de merlons à trois dents. Le crénelage est interrompu sur la droite, et il serait logique de le voir continuer, ce qui redonnerait à la façade un développement qui lui manque.
 
Une étude des différents éléments de maçonnerie des bâtiments jouxtant la ruelle voutée entre cette façade et la rue des Chevaliers, nous a fait conclure à une modification radicale de la topographie de cette partie de la cité dans les dernières années de la présence des Chevaliers à Rhodes. En effet, ces bâtiments composites ont peu à peu bouché l'espace qu'occupait primitivement la ruelle (plus de 7 m au lieu des 2 m du passage vouté), bien que le débouché sur la rue des Chevaliers ait déjà été couvert par une maison avant 1492.
 
Si l'on considère la courette ainsi réélargie, la façade qui y donne reprend son sens, et le beau portail Renaissance, en marbre, qui s'ouvre en retour d'équerre sur la gauche, est mieux mis en valeur. Ce portail, au linteau mouluré et orné de blasons (11), soutenu par deux chapiteaux de pilastres d'inspiration antique, est daté du début du XVIe siècle.
 
Cette porte de marbre, surélevée de 9 marches par rapport à la ruelle voutée, ouvre sur le jardin de l'Auberge, aujourd'hui abandonné. La façade qui se développe sur le jardin se compose d'un perron sur arcades, sans parapet, qui court à mi-étage tout au long de la façade dont l'ordonnancement est, dans sa sobriété, extrêmement élégant. En effet, sur le perron s'ouvrent deux portes et deux grandes fenêtres à meneaux dont les huisseries d'origine sont encore en place. Au-dessus de l'une des portes, un caisson à armoiries cruciforme, vide depuis le milieu du XIXe siècle, présentait les armes de France et celles des Grands-Maîtres d'Amboise et de Carretto, ce qui permet de dater l'achèvement de cette façade entre 1513 et 1521. Au sommet du mur, au-dessus de petites fenêtres destinées à l'aération des pièces, des merlons dentelés masquent une rangée de trois porte-bannières.
 
Toute cette aile ne se compose que de deux salles, dont une est la plus vaste de toute l'Auberge (5,50 m x 10,32 m), et qui ont conservé leur solivage de cyprès. Nous pensons qu'il s'agit ici de la grande salle où s'assemblaient les Chevaliers pour prendre leur repas en commun. L'une des pièces de service attenantes, malheureusement très remaniée, conserve les vestiges d'une très vaste cheminée qui doit être celle de la cuisine.
 
Face à la porte de marbre et débouchant également dans la ruelle voutée, s'ouvre un couloir au bout duquel Gabriel a pu voir les traces d'un escalier. ce dernier devait desservir les pièces de l'étage, aussi bien celles donnant derrière la grande salle que celles situées au-dessus des magasins de la rue des Chevaliers. Elles s'ordonnent autour d'une cour où Gabriel a construit en 1922 un très bel escalier de pierre à deux volées, qui offre aux yeux des visiteurs une magnifique perspective.
 
Pourtant les raisons qu'il avance pour justifier la construction de cet escalier ne nous satisfont guère (12) mais il faut reconnaitre que, vu le découpage aberrant de l'Auberge entre plusieurs propriétaires, il était impossible de construire ailleurs un escalier destiné à desservir la partie de l'étage qui appartient maintenant à la France.
 
Remarquons aussi que les bâtiments construits par les Chevaliers se divisent en deux catégories, à savoir les édifices dotés de magasins au rez-de-chaussée et ceux qui en sont dépourvus. Les escaliers monumentaux menant à l'étage ne sont jamais bâtis dans des cours où s'ouvrent des magasins, ce qui fait que les accès sont toujours séparés (13). Il serait aussi normal que le grand portail de la rue des Chevaliers desserve un certain nombre de magasins donnant sur la cour, sans qu'il y ait de passage direct vers l'étage.
 
Deux de ces magasins sur cour subsistent, mais le reste des constructions de l'Auberge a été totalement détruit, si bien qu'il est impossible de reconstituer le fond de la cour aujourd'hui transformé en jardin intérieur. Peut-être un deuxième porche s'ouvrait-il sur l'arrière de l'Auberge ?
 
L'étage de la cour a été pourvu par Gabriel d'une très belle galerie à arcades, mais ainsi qu'il l'indique lui-même, sa reconstitution n'est que vraisemblable et non pas certaine (14). En fait, nous pensons que la galerie ne bordait la cour que sur le seul côté est, laissant un vaste espace à l'air libre au Sud. Des remaniements, datant de l'époque des Chevaliers, ont d'ailleurs laissé des traces importantes sur la maçonnerie de ce mur Sud.
 
Ainsi, une fenêtre en plein cintre a été démurée par Gabriel qui lui a restitué un remplage très élégant. Cependant un coup de sabre jouxtant un pilier d'arcade et un sommier d'arche, brisé, encore en place, indiquent qu'une grande arcade s'ouvrait à la place de la fenêtre. Sans doute faut-il voir là le débouché de l'escalier détruit, donnant autrefois devant la porte de marbre.
 
De la fenêtre limitant à l'Ouest la galerie Sud, il ne restait en 1920 qu'un piédroit, un claveau et un fragment de l'appui, si bien que l'on ne peut savoir quelle était sa face interne. Peut-être est-ce le seul vestige de l'aile qui fermait la cour de l'Auberge.
 
L'enfilade de salles donnant sur la rue des Chevaliers n'a pas posé de problèmes de restauration car, si la grande salle était à peu près complète (15), tous les éléments des deux autres salles étaient préservés au niveau du sol.
 
La distribution des pièces à l'étage de l'ancienne maison englobée dans la façade de l'Auberge de France, a été complètement bouleversée par la division de l'édifice entre plusieurs propriétaires. On peut cependant remarquer que l'escalier intérieur de cette ancienne maison est resté en service, au moins pour un temps, et les deux portes sur lesquelles il débouche (grande salle de la façade et galerie sur la cour) ont un linteau en accolade orné chacune d'une fleur de lys, de factures différentes. cette décoration que l'on ne retrouve nulle part ailleurs dans l'Auberge de France (16), ne se justifie pas pour l'accès à un simple escalier secondaire.
 
C'était sans doute aussi dans ce secteur de l'Auberge que l'on devait trouver l'escalier, de petites dimensions, qui menait aux terrasses.
 
Il ne fait pas de doute que les bâtiments que nous venons de décrire sont bien l'Auberge de France, et la grande salle et sa cuisine nous confortent dans cette identification. Toutefois, comme l'on fait remarquer plusieurs auteurs, les inscriptions et blasons de la façade font surtout mention du Grand-Prieur de France Émery d'Amboise (17).
 
Dans la vaste campagne de reconstruction qui a suivi le siège et le tremblement de terre de 1480, l'Auberge de France a été reconstruite au moins en partie. L'entrée principale devait donner sur l'escalier, maintenant détruit, ouvrant dans la ruelle voutée. Cette entrée a été remaniée, comme nous l'avons vu, et un accès direct à la grande salle, tardivement bâtie ou rebâtie, a été aménagé dans le jardin.
 
Le Grand-Prieur Émery d'Amboise a dû, à notre avis, n'entreprendre que les travaux de façade sur la rue des Chevaliers, avec les magasins et l'enfilade des pièces de l'étage qui la soutiennent.
 
On peut alors se demander si ce corps de bâtiment ne s'appuyait pas sur une façade plus ancienne donnant sur une ruelle parallèle à la rue des Chevaliers et dont quelques tronçons subsistent. On peut encore suivre cette ruelle sur le plan des maisons de la rue des Chevaliers, grâce à des alignements de murs épais qui ne se justifient pas a priori.
 
Cette aile nouvelle de l'Auberge, ouvrant sur la rue des Chevaliers dont le tracé est élargi et garni de magasins dans les dernières années du XVe siècle (Hôpital, "Auberge d'Italie", Auberge de France...) était peut-être réservée au Grand-prieur, le reste des bâtiments formant l'Auberge de France proprement dite. La galerie bordant la cour a pu servir de passage d'un corps de bâtiment à l'autre.
 
On peut, d'après blasons et inscriptions, raisonnablement dater la construction de cette façade des années 1492-1495, sous le magistère de Pierre d'Aubusson (1476-1503), Émery d'Amboise étant Grand-Prieur de France (1482-1503). Après son élection au Grand-Magistère, Émery d'Amboise complète la construction en y incluant la maison qui la flanque, ainsi que le prouvent ses armes écartelées de celles de la religion (1503), mais en respectant l'ordonnance de la façade et sa décoration.
 
Ce superbe édifice dont la longue façade nous est parvenue presque intacte, n'a pas encore livré tous ses secrets et le centre culturel qui y est installé depuis quelques mois a redonné vie à une présence française fort goutée, tant des Rhodiens de souche que des nombreux touristes attirés par la majesté de ses vieilles pierres.
 
ARMOIRIES (18)
 
Façade Est sur la rue des Chevaliers.
 
1) Au-dessus du portail d'entrée, à gauche de l'inscription a, écu français concave en calcaire oolithique, portant la croix de l'Ordre.
Dimensions du bloc33,5 x 40
Dimensions de l'écu30,5 x 36,5
 
2) A droite de l'inscription a, écu français concave en calcaire oolithique, portant les armes d'Amboise.
Dimensions du bloc34,5 cm x 39
Dimensions de l'écu30,5 cm x 36,5 cm
 
3) Sous le blason n°2, écu français penché, concave, en calcaire oolithique, aux armes de Pierre Clouet, qui porte un lion accompagné d'un chappé chargé de deux clous, le tout abaissé sous un chef de la religion.
Dimensions de l'écu20 cm x 26 cm
 
4) Sous le blason n° 1 même exemplaire que le 3 mais contourné.
 
5/6) Entre les deux bandeaux, à l'extrémité gauche de la façade, caisson formé de deux boudins retombant en colonnettes, encadrant des rinceaux. le bloc où étaient sculptés les écus, vraisemblablement de l'Ordre et d'Amboise, a disparu et a été remplacé par une plaque de marbre portant l'inscription k.
 
7/8) Entre les deux bandeaux, après le décrochement de gauche, même caisson qu'au 5/6, contenant un bloc de marbre blanc veiné de bleu, usé, sculpté de deux écus français légèrement bombés portant l'un la croix de l'Ordre, l'autre le pallé d'Amboise. sous les écus, inscription b.
Dimensions du bloc76 cm x 67 cm
Dimensions des écus33 cm x 40 cm
 
9/10) Entre les deux bandeaux, à l'extrémité droite de la façade, même caisson qu'aux 5/6 et 7/8, contenant un bloc de marbre gris portant les mêmes écus que les n° 7/8. Sous les écus, inscription c.
 
11) Entre les deux bandeaux et entre les blasons n° 5/6 et 7/8, bloc de marbre blanc mouluré de godrons portant un écu français légèrement bombé, soutenu à un anneau par des rubans dont les extrémités flottent, et un écartelé de Villiers de l'Isle-Adam et de Nesle, abaissé sous un chef de la religion. L'écu est bordé d'un filet qui limite également les partitions.
Sous l'écu, inscription d.
Dimensions du bloc55 cm x 61 cm
Dimensions de l'écu28,5 cm x 37,5 cm
 
12) Entre les deux bandeaux et entre les blasons 7/8 et le portail, bloc de marbre blanc avec la même moulure et la même suspension qu'au n° 11, et portant les armes de Villiers de l'Isle-Adam abaissées sou un chef de la Religion. L'écu est bordé d'un filet qui limite aussi le chef. Sous l'écu, inscription e.
Dimensions du bloc58,5 cm x 58 cm
Dimensions de l'écu28,5 cm x 37 cm
 
13) Entre les deux bandeaux et entre le portail et les blasons 9/10, bloc de marbre blanc avec la même moulure et la même suspension de l'écu qu'aux n° 11 et 12, et portant les mêmes armes qu'au n° 11. L'écu est entouré d'un filet qui limite aussi les partitions. Sous l'écu, inscription f.
 
14/15) Entre les deux fenêtres centrales de la façade, grand caisson rectangulaire (167,5 cm x 123 cm) formé de deux boudins retombant en colonnettes et encadrant des rinceaux. Deux blocs y sont encastrés.
À gauche, bloc de marbre gris portant les armes de France sur un écu français bombé, timbré d'une couronne royale, accosté à dextre et à senestre d'un nœud et entouré de la légende g.
Dimensions du bloc89 cm x 123 cm
Dimensions de l'écu54 cm x 67 cm
À droite, bloc de marbre portant les armes de Pierre d'Aubusson écartelées de celles de la religion sur un écu français convexe, posé sur la croix pastorale tréflée et emmanchée, et sommé du chapeau cardinalice à dix houppes, 1,2,3 et 4. On voit encore sur les croix de l'écu et sur la croix pastorale le réglage à la pointe dure du tailleur de pierre, avec un remord dans le 3 de l'écartelé.
Dimensions
du bloc78,5 cm x 123 cm
Dimensions de l'écu 38 cm x 46,5 cm
 
16) Entre les deux fenêtres de gauche, caisson formé de deux boudins retombant en colonnettes encadrant des rinceaux, contenant un bloc de marbre gris portant un écu français légèrement bombé, écartelé de l'Ordre et d'Amboise. Sous l'écu, inscription j.
Dimensions du bloc61 cm x 74 cm
Dimensions de l'écu51 cm x 66 cm
 
17/18/19/20) Dans la corniche sculptée surmontant chaque fenêtre (sauf celle de l'extrémité gauche de la façade), petit écu français concave en calcaire oolithique portant un pallé d'Amboise.
Dimensions du bloc15 cm x 15,5 cm
Dimensions de l'écu13 cm x 13,6 cm
 
21) Dans la même position et dans la même pierre que les blasons n° 17 à 20, au-dessus de la fenêtre de l'extrémité gauche, petit écu français concave portant un écartelé de l'Ordre et d'Amboise.
Mêmes dimensions que les n° 17 à 20
 
22) Dans la corniche sculptée au-dessus du caisson des blasons n° 14/15, petit écu espagnol concave, semblable aux n° 17 à 20, reconstitué par Gabriel en marbre blanc.
Dimensions du bloc15,5 cm x 15,5 cm
Dimensions de l'écu 13 cm x 13,5 cm
 
Façade sur la ruelle voutée
 
23) Sur le linteau de la porte de marbre, écu français couronné portant les trois lys de France, sculpté dans la masse du linteau. Au-dessous de l'écu, inscription l. Ce blason, arraché au XIXe siècle, était encore en place en 1826.
 
24/25) De part et d'autre du blason n° 23, deux écus français portant un écartelé aux 1 et 4 au lion, et aux 2 et 3 sept fuseaux. même sort que le n° 23.
 
26/27/28/29) Au-dessus de la fenêtre face à la ruelle, grand caisson en forme de croix, limité par un boudin.
Les blasons ont disparu mais on peut logiquement penser qu'au centre du caisson devaient se trouver les armes de France timbrées d'une couronne royale, encadrées des armes de l'Ordre et d'un Grand-Matre (ou de deux Grands-Maitres) et surmontant les armes d'un dignitaire, ainsi qu'il ressort des caissons cruciformes des n°
 
33/34/35/36) de l'Auberge de France, de l'Auberge de Provence, de la Maison dite des Chapelains de France et, à Chypre, du château de Kolossi. Le caisson cruciforme de l'Auberge d'Espagne, bien que plus complexe, relève de la même composition.
Dimensions de l'intérieur du caisson :
Largeur au pied45hauteur du caisson112
Largeur de la traverse150hauteur de la traverse60
 
30) À la croisée du meneau de la fenêtre face à la ruelle, petit écu français concave, illisible, sous un chef de la Religion.
 
31) Sous l'accolade du linteau de la fenêtre face à la porte de marbre, petit écu français illisible.
 
Façade Ouest sur la rue parallèle à la rue des Chevaliers
 
32) Sous la fenêtre au-dessus du débouché de la ruelle voutée, caisson entouré d'un boudin et contenant un bloc de marbre blanc-jaunâtre à l'écu français profilé en targe de joute, portant un écartelé aux 1 et 4 au lion, et aux 2 et 3 à sept fuseaux posés 2, 3 et 2, le tout abaissé sous un chef de la Religion.
Dimensions du bloc44 cm x 51 cm
 
Façade sur le jardin extérieur
 
33/34/35/36) Au-dessus de la porte de la grande salle, caisson cruciforme formé d'un boudin, contenant naguère un écu aux armes de France, timbré d'une couronne royale, flanqué de deux écus français écartelés, l'un de l'Ordre et d'Amboise, l'autre de l'Ordre et de Carretto. En-dessous, écu français écartelé aux 1 et 4 au lion, et aux 2 et 3 à sept fuseaux.
Dimensions de l'intérieur du caisson :
Largeur au pied60hauteur du caisson 125
Largeur de la traverse15hauteur de la traverse65
 
Façade sur la cour (jardin intérieur)
 
37/38/39) À l'étage, sur le mur de la galerie, caisson en T renversé, entouré d'un boudin, contenant trois écus sculptés sur deux blocs de marbre blanc veiné de bleu.
Le bloc supérieur porte un écu profilé à l'italienne, écartelé de l'Ordre et d'Amboise.
Dimensions du bloc49 cm x 105 cm
Dimensions de l'écu42 cm x 56,5 cm
Le bloc inférieur est sculpté de deux écus français légèrement bombés. Celui de gauche porte une fasce treillissée à l'aigle brochante, accompagné en chef par trois molettes, le tout abaissé sous un chef de la Religion (peut-être Pierre de Pons, prieur de France de 1508 à sa mort, le 7 juillet 1512 ?).
Celui de droite porte un écartelé de Villiers de l'Isle-Adam et de Nesle, abaissé sous un chef de la Religion. Entre les pointes des deux écus, inscription m.
Dimensions du bloc68 cm x 57 cm
Dimensions des écus 35,5 cm x 44 cm
 
40) Sur un mur du jardin, bloc de marbre blanc veiné de bleu, portant un écu français bombé, le chef largement échancré à l'écartelé de l'Ordre et d'Aubusson.
Dimensions du bloc74 cm x 89 cm
Dimensions de l'écu 67 cm x 89 cm
Scellé lors des travaux de restauration. Provenance inconnue.
 
Vestibule d'entrée
 
41/42/43) Bloc de marbre gris portant des traces d'inscription antique, non accessible au revers, et sculpté de trois écus français taillés en réserve et bordés d'un filet.
Dimensions du bloc 176 cm x 94,5 cm
A gauche, trois clous (Dragonetto Clavelli)
Dimensions de l'écu 47 cm x 69 cm
Au centre deux fasces accompagnées de neuf merlettes en orle, contournées par courtoisie (Domenico d'Alemagna)
Dimensions de l'écu48 cm x 67,5 cm
A droite, sept châteaux donjonnés, posés 1, 2, 1, 2 et 1 (Fernandez de Heredia). Un espace buché au-dessus du chef indique peut-être un ancien chef de la Religion.
Dimensions de l'écu 61 cm x 78 cm
Dimensions de l'espace bûché61 cm x 6 cm
Scellé lors des travaux de restauration. Provient de la tour droite de la porte de l'Arsenal, détruite après 1844.
 
Éléments héraldiques isolés
 
44) Fenêtre de la façade Est de la grande salle de l'Auberge donnant sur la ruelle voutée. Fleurs de lys et mouchetures d'hermines alternées, sculptées sur le meneau.
 
45) Fenêtre de la façade Ouest au-dessus de la ruelle voutée.
Lys sculpté sous l'accolade du linteau.
 
46) Porte sud de la grande salle du prieur.
Lys sculpté sous l'accolade de la face externe du linteau. Ce lys, très abimé a été dégagé en aout 1983 d'un plâtras qui le masquait.
 
47) Porte Sud de la galerie de la cour.
Lys sculpté sous l'accolade du linteau.
 
INSCRIPTIONS
 
Façade Est sur la rue des Chevaliers
 
a) Au-dessus du portail d'entrée, inscription en minuscule gothique sur un phylactère, gravée sur une plaque de marbre blanc (57 cm x 22 cm)
De . france . le g(ra)nt . prior
a . f . mery . de . amboise
1 . 4. 92
a bis ?) Au-dessus du cadre mouluré entourant le portail, dans l'axe de la brisure de l'arc, petite reprise en maçonnerie qui est peut-être la trace de l'encastrement d'un blason ou plutôt d'une inscription.
 
b) Sur le même marbre que les blasons 8/9, inscription en capitale latine, sur un phylactère sous les écus :
R(EVEREN)di . D(OMI)NI . F(RATRIS) . M(ERICI) . DA(M)BOISE .
FRA(N)CIE . MAGNI . PRIORIS EDES . 1 . 492
Dimensions du phylactère70 cm x 15 cm
 
c) Sur le même marbre que les blasons n° 11/12, inscription, en minuscule gothique, sur un phylactère sous les écus.
De. amboyse . au . g(ra)nt . prieur .
Dimensions du phylactère 70 x 12
 
d) Sur le même marbre que le blason n° 11, inscription en capitale latine sous l'écu.
. POVR . LORATOIRE . 1511 .
e) Sur le même marbre que le blason n° 12, inscription en capitale latine de part et d'autre de la pointe de l'écu.
POVR . LA .
MAISON. 1511 .
 
f) Sur le même marbre que le blason n° 13, inscription en capitale latine de part et d'autre, et sous la pointe de l'écu.
. POVR . PHILERME
. 1511 .
 
g/h/i) Sur le même marbre que le blason n° 14, trois inscriptions en minuscules gothiques encadrant l'écu :
- au flanc dextre et au flanc senestre de l'écu, verticalement :
sainct denis
- au-dessus de la couronne :
dieu . conduye . le . pelerin .
- sous l'écu :
Voluntas dei . est
- de part et d'autre de l'écu :
. 1 . 4 . 95 .
 
j) Sous le blason n° 16, de part et d'autre de la pointe de l'écu :
1503
 
k) Dans le caisson du n° 5/6, plaque de marbre blanc portant l'inscription :
 
MAVRICE BOMPARD
AMBASSADEVR EN TURQUIE
A DONNE A L'ETAT
CET EDIFICE DE LA LANGUE DE FRANCE
ACQUIS PAR LUI ET RESTAURE PAR
ALBERT GABRIEL ARCHITECTE
A. LAFFON ETANT CONSUL A RHODES
Dimensions de la plaque : 76 x 67
 
Façade sur la ruelle voutée
 
l) Sur le linteau de la porte de marbre, sous le blason n° 22, date en chiffres romains (le dernier est de lecture douteuse)
MDX
 
Façade sur la cour
 
m) Entre les pointes des blasons n° 38 et 39 :
. 1 . 50 . 9
 
Vestibule d'entrée
 
n) Plaque de marbre gris scellée dans le mur :
 
LA RESTAVRATION
DE L'AUBERGE DE FRANCE
FUT ACHEVEE
LE 30 MAI 1932
 
ALBERT GABRIEL ARCHITECTE
 
DIMITRI TSOUVALAS ET ARMANDO MADDALENA ENTREPRENEURS
Dimensions de la plaque : 58 x 39,5
 
NOTES
 
(1) A. LAFFON, Consul de France à Rhodes, signa l'acte d'achat en 1911. L'Auberge fut confisquée comme bien français en 1940 et restituée dès la chute de Mussolini, en 1943.
 
(2) A. GABRIEL, La cité de Rhodes, t. II, Paris, 1923, pp. 39-55.
 
(3) CAOURSIN, Opera, Ulm, 1496, De casu Zizymi.
 
(4) B.N. Paris, ms fr. 6067, notamment f° 17.
 
(5) cf. infra la description du programme héraldique de l'Auberge.
 
(6) GABRIEL, dans son relevé des façades a dessiné deux quintefeuilles.
 
(7) Il convient de noter que, après un très léger coude de la rue, les façades proches de la Loge de Saint Jean sont démunies de corbeaux car le soleil ne les frappe pas en plein pendant les heures chaudes.
 
(8) Le parement des ouvertures basses, sauf à gauche, est fait de blocs de deux assises, soit 41 cm de hauteur. Des blocs semblables composent l'appareil de l'extrémité droite de la façade de l'Auberge, jusqu'à hauteur du sommier de l'arcade du porche du dernier magasin. Toutes ces mesures sont étrangères aux unités usuelles de Rhodes qui sont la canne (210 cm), le palme (26 cm), le 2/3 de pied royal (22 cm) et le 4/3 de pied royal (44 cm).
(9) L'un de ces caissons a perdu les blasons qu'il contenait.
 
(10) A. GABRIEL, op. cit., p. 48, fig. 27, indique une fenêtre éclairant un magasin, mais qui nous semble être une adjonction tardive, peut-être récente. Il est d'ailleurs très étonnant que l'ouvrage de GABRIEL ne fasse aucune description de cette belle façade.
 
(11) ROTTIERS, Description des monuments de Rhodes, Bruxelles, 1828, Atlas, planche XLIV, cité par GABRIEL, op. cit. p. 48, qui donne un relevé de la porte (fig. 26, p. 47) inexact dans son inclusion dans la maçonnerie du mur. Les blasons ont été arrachés au XIXe siècle.
 
(12) A. GABRIEL, op. cit., p.41.
 
(13) L'Hôpital de Rhodes a été lui aussi pourvu, par ses restaurateurs, d'un escalier mal placé. GABRIEL (op. cit. pp. 18-19) réfute d'ailleurs aisément l'argumentation justificative de ces travaux (G. GEROLA, Il restauro dello Spedale, in l'Arte, XVII, p. 16).
 
(14) A. GABRIEL, op. cit., pp. 42-43.
 
(15) Nous avons retrouvé, en juillet 1983, le fragment de meneau de marbre, provenant de la fenêtre intérieure , signalé par GABRIEL (op. cit. p. 43) et qui gisait dans le jardin au milieu d'un tas de gravats.
 
(16) Il existe bien un lys sous l'accolade du linteau de la fenêtre surplombant la ruelle voutée, sur la façade Ouest, mais il s'agit là d'un décor extérieur.
 
(17) A. GABRIEL, op. cit. pp. 52-55, tente de concilier, grâce à de très pertinentes remarques, différentes hypothèses. Nous le suivons dans presque tout son raisonnement, sauf en ce qui concerne les blasons de Ph. Villiers de l'Isle-Adam, mais notre conclusion est sensiblement différente.
 
(18) Les dimensions sont exprimées en cm, en donnant d'abord la largeur, puis la hauteur.
 
 
 
LES DEUX PREMIERS SIÈCLES DU PRIEURÉ DE SAINT-GILLES
DE L'ORDRE DE L'HÔPITAL DE SAINT-JEAN DE JÉRUSALEM
 
Pierre SANTONI
Archiviste A.D. Marseille
 
En avril 1 274, Guillaume de Villaret, prieur depuis 1 270 du prieuré de Saint-Gilles de l'Ordre de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, se voit confier par le pape Grégoire X le gouvernement du pays de Venaissin, le futur Comtat, remis depuis peu au Saint-Siège. Il cumule alors deux charges bien différentes : celle de prieur de Saint-Gilles existe depuis un siècle et demi, s'exerce dans tout le midi de la France et oriente le regard par delà la Méditerranée, jusque vers la Terre-Sainte ; celle de recteur de Venaissin est toute nouvelle et s'exerce dans un territoire bien circonscrit de dimension modeste.
 
Ce cumul insolite n'est pas purement accidentel : au siècle suivant, un Juan Fernandez de Heredia exerce simultanément les charges de prieur de Saint-Gilles et de capitaine général du Comtat. Il n'est pas non plus nécessaire : Guillaume de Villaret abandonne sa charge de recteur avant 1287, tout en restant prieur jusqu'en 1296. Entre les deux charges qu'il a cumulées existe un rapport qu'il ne serait pas sans intérêt d'examiner. Mais notre propos se bornera à un seul des termes de ce rapport. Nous nous demanderons en quoi a consisté la charge de prieur de Saint-Gilles et ce qu'elle a représenté aux XIIe et XIIIe siècles, jusqu'à l'époque où Guillaume de Villaret l'a exercée.
 
Le titre choisi pour la présente communication comporte une ambiguïté : on y trouve en effet le mot : « prieuré » par lequel on peut entendre soit l'ensemble des commanderies existant dans une vaste région et soumises à l'autorité d'un même prieur : pour Saint-Gilles, au XIIIe siècle, cela représente tout le midi de la France actuelle, des Alpes à l'Atlantique ; soit l'établissement particulier, comparable à une commanderie bien qu'on ne lui en donne jamais le nom, à la tête duquel est placé le prieur. Selon que l'on adopte l'une ou l'autre acception, l'étude annoncée change de dimension.
 
Si nous considérons seulement l'établissement particulier de Saint-Gilles, nous pouvons envisager une étude bien localisée, mais qui n'éclaire qu'un aspect limité de la fonction du prieur. En revanche, une étude globale de tous les établissements de l'Hôpital situés dans le midi de la France représenterait un travail considérable, nécessitant l'examen de fonds d'archives très importants, conservés, l'un à Marseille, l'autre à Toulouse. Un travail de cet ordre a déjà été réalisé au XVIIIe siècle par Jean Raybaud, auteur d'une Histoire du prieuré et des grands prieurs de Saint-Gilles, restée manuscrite jusqu'en 1904, date à laquelle elle a été publiée par le chanoine Nicolas (1) ouvrage estimable et encore utile, mais qui ne répond plus à ce qu'on attend aujourd'hui du travail de l'historien. Beaucoup plus près de nous, M. GANGNEUX a aussi étudié l'ensemble des commanderies dépendant des prieurés de Saint-Gilles et de Toulouse, mais en se limitant aux XVIIe et XVIIIe siècles, et dans une perspective d'histoire strictement agraire et économique (2).
 
Notre propos, plus modeste, se situera à mi-chemin des deux acceptions définies plus haut. En effet, nous nous sommes reporté presque exclusivement aux archives conservées à Marseille en concentrant notre attention sur l'établissement de l'Hôpital situé à Saint-Gilles et, secondairement, sur les régions proches, là où l'action du prieur s'est exercée le plus anciennement, de la manière la plus continue et la plus manifeste. Cependant, en nous aidant de l'ouvrage de Jean Raybaud et du Cartulaire général des Hospitaliers de Delaville Le Roulx (3), nous avons cherché à éclairer autant que possible la dimension "régionale" (au sens large) de la charge du prieur, dimension qui, existant dès l'origine, a tendu progressivement à devenir exclusive.
 
Le ptochium de Saint-Gilles
 
Les origines du prieuré de Saint-Gilles se confondent avec la constitution dans le midi de la France d'un ensemble de possessions et d'établissements dépendant de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem.
 
Cette implantation a-t-elle commencé avant la première croisade ? Sur la foi d'une pièce contenant trois actes anciens, Raybaud pensait que l'Hôpital était possessionné dans l'Albigeois dès 1 083. On a pensé aussi que l'église Saint-Martin de Gap lui avait été donnée dès la fin du XIe siècle. Le fait n'est pas du tout prouvé pour Gap, et il a été démontré que les donations albigeoises doivent être placées vers 1 108-1 110 (5). En l'état actuel de la documentation, rien ne permet d'affirmer que l'Hôpital ait eu une quelconque implantation en Europe avant l'entrée des croisés à Jérusalem.
 
Cependant le flux des donations commence très peu de temps après la prise de Jérusalem (15 juillet 1 099) et l'établissement d'un royaume chrétien en Terre Sainte.
 
Selon Raybaud, le fait serait la conséquence directe d'un voyage accompli au début de 1 101 par le fondateur de l'Hôpital (6). Débarqué à Saint-Gilles, le bienheureux Géraud aurait acheté un terrain, fondé une maison et un hôpital et placé à leur tête un prieur ; de là il se serait rendu à Toulouse, puis en Provence, recueillant de multiples donations ; il continuait ensuite son voyage vers le nord, puis se rembarquait en 1 104.
 
Grâce à ce voyage, Raybaud nous présente un vaste « prieuré », s'étendant des Alpes à la Gascogne, constitué dès les toutes premières années du XIIe siècle tel qu'il existera jusqu'en 1317, avec à sa tête le prieur de la maison de Saint-Gilles, dont l'ancienneté est ainsi démontrée et la fondation consacrée par l'intervention de Géraud lui-même.
 
Ce récit s'appuie essentiellement sur les nombreuses mentions de « Géraud l'Hospitalier » figurant dans les actes de donation. Mais ces mentions expriment surtout la popularité du fondateur, que l'on identifie à son œuvre : on donne à Géraud - comme à d'autres époques à monsieur Vincent ou à l'abbé Pierre - sans qu'il ait été pour autant présent en personne. De plus, dans certains cas, ces mentions doivent être rapportées, comme nous verrons, à un homonyme, qui exerçait des responsabilités dans la région toulousaine du vivant même du fondateur (8).
 
Dans les actes où elle apparait, la mention de « Géraud l'Hospitalier » est précédée d'autres mentions révélatrices de l'esprit qui animait les donateurs. En général ceux-ci donnent d'abord à Dieu, souvent au Saint-Sépulcre (surtout dans les premiers temps), puis à l'Hôpital de Jérusalem et aux pauvres de cet Hôpital (sans qu'on puisse toujours savoir s'il s'agit des pèlerins pauvres ou des frères vivant dans la pauvreté volontaire). Les représentants locaux de l'Hôpital peuvent être cités après « Géraud l'Hospitalier », mais ce n'est pas constant. Il est plus rare encore de trouver la mention d'une maison ou d'une église particulière. Il semble donc que l'intention des donateurs était moins de concourir au développement d'un nouvel ordre religieux, en lui procurant une implantation locale, que de participer à la grâce des Lieux Saints par un acte, qui dans beaucoup de cas, représentait un substitut de pèlerinage.
 
Les donations en elles-mêmes sont d'une importance très variable : ce peut être une église située dans un grand centre urbain, comme à Toulouse, ou à proximité, comme à Arles ; parfois il s'agit seulement de quelques terres ou de quelques rentes, venant compléter une donation antérieure.
 
Leur répartition géographique, tant qu'a vécu Géraud - jusque 1 120 environ - est restée nettement concentrée : elles se situent pour l'essentiel dans tout le Languedoc, en Provence et en Catalogne, c'est-à-dire dans le domaine des maisons comtales de Toulouse et de Barcelone. A peine en trouve-t-on une, isolée et de datation hypothétique, en Angleterre, et quelques rares en Périgord et en Castille. Il est à remarquer que l'on n'en trouve aucune qui soit située précisément à Saint-Gilles.
 
L'existence d'une maison de L'Hôpital à Saint-Gilles dès cette époque ne fait pourtant pas de doute. Dans une bulle de 1 113, qui est en quelque sorte la reconnaissance officielle de l'Hôpital par le Saint-Siège, le pape Pascal II énumère sept établissements d'Occident qui sont et doivent rester perpétuellement dans la dépendance de la maison de Jérusalem. Le premier cité est celui qui se trouve «près du bourg de Saint-Gilles ». Les six autres se trouvent en Italie : à Asti, Pise, Bari, Otrante, Tarente et Messine (9).
 
Le document pontifical désigne ces établissements par deux termes grecs donnés pour synonymes : xenodochia sive ptochia. Par la suite le terme xenodochium se verra plutôt réservé à la maison de Jérusalem ; celui de ptochium continuera à être employé à propos de la maison de Saint-Gilles. Ces termes se traduisent en latin par hospitale ou hospitium : ce sont dons ces établissements d'accueil.
 
La localisation de six des établissements cités dans des ports méditerranéens (Asti faisant seul exception) laisse supposer qu'ils avaient été institués avant tout pour le service des pèlerins se rendant en Terre Sainte ou en revenant. En revanche, on ne connait, à la même époque, aucune donation qui soit située précisément dans l'une ou l'autre des localités abritant ces établissements.
 
Nous nous trouvons donc en présence d'une organisation très différente de celle qui existera plus tard, quand les commanderies seront établies dans les lieux où l'ordre aura ses possessions. À l'époque que nous considérons il n'y aura pas encore de coïncidence entre les maisons et les possessions. Les domaines ruraux ne nécessitent pas la présence permanente des frères : même les églises ne représentent qu'une forme particulière de revenu et peuvent être desservies par des clercs purement séculiers. En revanche, les maisons de l'Ordre naissant sont encore caractérisées principalement par leur fonction hospitalière.
 
Cette situation évoluera dans deux sens opposés. En Italie, où l'Hôpital n'a eu d'abord que très peu de possessions, les maisons citées dans la bulle de 1 113 disparaissent ou entrent pour longtemps dans l'ombre. La maison de Saint-Gilles au contraire, située au centre de la région où les possessions ont afflué, demeure ou devient bientôt le principal centre d'administration et de gouvernement des maisons et des biens de l'Hôpital en Occident. Plus tard, elle réunira aussi, à l'échelle locale, un important domaine foncier.
 
L'existence d'une fonction de direction localisée à Saint-Gilles apparut de bonne heure. Dans un document peut-être antérieur à 1 110, nous voyons un seigneur gascon présenter au fondateur Géraud à Jérusalem le "bref" d'une donation faite par le comte d'Astarac. Mais Géraud refuse de donner son acceptation en envoie son interlocuteur "à Saint-Gilles, à dom Durand" (ad dompnum Durandum) pour que ce dernier décide de la suite à donner à l'affaire. Et c'est à Saint-Gilles, avec Durand, que l'affaire est en effet traitée (10).
 
Étudiant cette notice dans son Cartulaire général, Delaville Le Roulx se demande si le Saint-Gilles ici désigné ne serait pas une localité de Terre Sainte. Cependant la notice ayant été rédigée à Simorre, dans l'actuel département du Gers, l'on voit difficilement à quel autre Saint-Gilles que celui des bords du Rhône un pareil document pourrait faire allusion. En revanche, on s'explique sans peine que Géraud n'ait pas voulu prendre de décision en raison de l'éloignement, mais qu'il ait demandé à son interlocuteur rentrant en France de passer par Saint-Gilles, où il pourrait présenter l'affaire à la personne compétente. Qui était ce dompnus Durandus ? Assurément, il était connu du fondateur et jouissait de sa confiance, Raybaud en fait le premier "prieur de Saint-Gilles" mais rien ne vient confirmer cette assertion. Cependant, nous pouvons remarquer, à la suite de Delaville le Roulx, que plusieurs actes passés en Terre Sainte en 1 125-1 126 font mention d'un Durandus qualifié de connétable de l'Hôpital (11). Une hypothèse est permise : ne serait-ce pas le même Durandus que le fondateur aurait envoyé quinze ou vingt ans plus tôt à Saint-Gilles ? Il y aurait fait un séjour dont la durée ne saurait être précisée, afin de veiller, peut-être, à l'installation ou au commencement du ptochium. C'est une hypothèse qu'on ne doit pas écarter, mais la rareté des documents interdit ici d'être affirmatif.
 
La fonction administrative exercée par la maison de Saint-Gilles est peut-être mieux illustrée par deux exemptions de péage et de tonlieu concédées par le compte de Provence Raymond Bérenger et la comtesse Douce, pour les marchandises et l'embarcation de l'Hôpital circulant sur la Durance. L'un de ces actes est daté de 1 114. L'autre qui ne porte malheureusement pas de date, doit être aussi précoce et il intéresse directement notre propos, car le privilège est accordé non seulement à l'Hôpital (exenodochium) de Jérusalem en général, mais également "au ptochium du susdit Hôpital qui se trouve à Saint-Gilles" (12).
 
Il y avait donc sur la Durance une certaine circulation sans doute alimentée par le produit des biens que l'Hôpital avait acquis dans la région de Gap, où il était possessionné dès avant 1 106. Les marchandises descendaient-elles par le Rhône jusqu'à Saint-Gilles pour subvenir aux besoins du ptochium ? Donnaient-elles lieu à un commerce dont le bénéfice était destiné à Jérusalem ? Nous ne pouvons faire que des suppositions quant aux modalités de ces mouvements, mais il ne fait pas de doute que la maison de Saint-Gilles en assurait la direction.
 
Les premiers prieurs
 
 
La prépondérance de la maison de Saint-Gilles est devenue évidente lorsqu'elle a eu à sa tête un religieux portant le titre de prieur et ayant autorité sur un grand nombre d'établissements de l'Hôpital. mais les contours de cette charge sont restés longtemps incertains. le titre complet de "prieur de Saint-Gilles" n'est pas attesté de façon sure avant 1 142. Jusqu'à cette date nous rencontrons seulement des religieux appelés "prieurs", dont certains ont pu être attachés à une autre maison que Saint-Gilles.
 
Raybaud a bien vu cette différence de titulature, mais il l'a interprétée de façon surprenante. D'après lui, " c'estait anciennement l'usage, surtout dans le Languedoc, de donner à ceux qui avaient esté prieurs de Saint-Gilles, pour leur faire honneur, le titre de prieur en terme absolu, après qu'ils avaient cessé d'en faire les fonctions" (13). Selon ce système, toute personne portant dans un acte le titre de prieur serait en réalité un ancien prieur de Saint-Gilles. Raybaud s'accorde ainsi une grande liberté de chronologie, et a pu établir sans difficulté une série de six "prieurs de Saint-Gilles" qui se seraient ainsi succédé sans discontinuité de 1 101 à 1 140. Nous nous garderons d'user d'une semblable liberté et nous examinerons attentivement chaque document, en considérant que le titre de prieur désigne véritablement un prieur en exercice.
 
La plus ancienne mention d'un possible prieur de l'Hôpital se trouve dans l'acte de donation du terroir de Pexiora en Lauragais, que Delaville le Roulx date de 1 101 (14). La donation est faite "dans la main de l'évêque de Toulouse Isarn et du prieur de Jérusalem Jean Bonioli", pour le Saint-Sépulcre et pour les pèlerins (ou les frères) qui sont à Jérusalem ou qui y seront à l'avenir. Il n'est pas impossible que, par la mention des frères ou pèlerins de Jérusalem, les auteurs de l'acte aient eu en vue l'Hôpital de la ville sainte, mais, si tel est le cas, ils ne le distinguaient pas clairement de l'église du Saint-Sépulcre. Il se pourrait que Jean Bonioli ait agi ici comme représentant de cette église et non pas de l'Hôpital. De toute façon, son nom ne nous est pas connu par ailleurs et rien ne permet de savoir s'il aurait pu avoir quelque rapport avec une maison de l'Hôpital qui aurait alors existé à Saint-Gilles.
 
Une autre mention de prieur se rencontre en 1 108 : des biens situés à Léguevin et à Toulouse sont donnés "à Dieu, au saint Hôpital de Jérusalem, au prieur Géraud et aux autres frères qui y servent..." (15). Nous verrons plus loin qu'il a bien existé un prieur nommé Géraud, mais - ce seul acte mis à part - on ne le trouve mentionné que beaucoup plus tard. Il est d'ailleurs probable que les auteurs de l'acte ont voulu désigner ici non un responsable local, mais le fondateur de l'Hôpital.
 
Un autre prieur apparait à l'occasion de la donation de l'église de Puygouzon près d'Albi. L'acte porte la date de 1 120, mais la critique interne oblige à le reporter vers 1 108-1 110, ou tout au moins avant 1 115 (16). On y lit que la donation est faite "dans la main de Pons, prieur de Saint-Gilles". Cette dernière mention serait une indication de grande importance si le document était original, ce dont on a lieu de douter. Comme le titre complet de "prieur de Saint-Gilles" disparait ensuite pendant près trente ans, on ne doit pas écarter la possibilité d'une interpolation. Reste le nom du "prieur Pons", dont on a des raisons de supposer qu'il était bien à la tête de la maison de Saint-Gilles.
 
Il y a d'abord une donation faite à Capestang le 31 décembre 1 115. L'acte parait être un original, mais le parchemin a été mutilé, aussi le texte est-il incomplet (17). Nous y trouvons mention du fondateur Géraud (Mirallo ospitalario sancte civitatis Jherusalem), puis une autre mention que nous sommes obligés de reconstituer en partie : "Pons, de Saint-Gilles, maître (pour ledit) Géraud de la maison de Capestang édifiée dans l'honneur" de Dieu et de l'Hôpital de Jérusalem (Pontio Egidienc i prodicto Wirallo domus Capitis Stagni in honore Dei et Ospitalis Jherusalem edificate domino).
 
Si notre reconstitution ne s'écarte pas trop de la réalité, le texte signifierait qu'il y avait alors un frère appelé ici "Pons de Saint-Gilles" ayant qualité pour agir comme responsable supérieur d'un établissement existant à Capestang (18). Nous n'avons pas fait apparaitre le titre de prieur car il nous a semblé, au vu de l'acte original, qu'une telle restitution serait difficilement admissible, mais l'identification de "Pons de Saint-Gilles" avec le prieur Pons est extrêmement vraisemblable. C'est encore le même Pons que nous retrouvons selon toute vraisemblance en Rouergue vers 1 120, selon la datation proposée par Delaville le Roulx, à l'occasion de la donation de l'église Notre-Dame de Canabières. Il porte ici le titre de prieur, mais l'acte ne fait aucune mention de Saint-Gilles (19).
 
Sa présence non loin de cette localité est cependant attestée à l'occasion de l'implantation de l'Hôpital à Trinquetaille, en face d'Arles, sur la rive camarguaise du Rhône. L'"Authentique" ou cartulaire de Trinquetaille nous a conservé l'acte de la donation de l'église Saint-Thomas, faite par l'archevêque d'Arles Aton entre 1 115 et 1 120 (20). Il y est fait mention du fondateur Géraud, puis des frères qui ont reçu cette donation, et d'abord du prieur, désigné seulement par l'initiale de son nom, qui ne peut être que Pons. Son nom en toutes lettres et sa qualité de prieur figurent dans cinq autres documents relatant des acquisitions de terres toutes proches de l'église Saint-Thomas, qui ont dû suivre de peu la donation initiale (21).
 
Aucun de ces six textes ne rattache expressément le prieur Pons à Saint-Gilles, mais le nom de certains des frères cités avec lui réapparait dans d'autres actes du même cartulaire très proches des précédents, et il est parfois précisé que ces derniers demeurent "au ptochium" de l'Hôpital de Jérusalem qui est à Saint-Gilles (22). Vis à vis de la maison-mère de Jérusalem le ptochium de Saint-Gilles n'était pas une simple dépendance mais une véritable annexe. Il est hautement probable que le prieur Pons en a eu la responsabilité vers les années 1 115-1 120.
 
Selon Raybaud, le successeur de Pons aurait été Pierre de Barcelone, dont le nom , à notre connaissance, figure dans deux actes : après celui du prieur ; puis dans un accord passé le 19 septembre 1 121 entre l'évêque de Toulouse et l'Hôpital (23). Cet accord "relatif aux privilèges des Hospitaliers dans le diocèse de Toulouse" est concédé non seulement au représentant local de l'Hôpital, mais aussi au fondateur Géraud (bien qu'il soit déjà défunt), à son successeur Roger et à Pierre de Barcelone. Tout semble indiquer que ce dernier n'était pas présent à la conclusion de l'acte, mais qu'il a plutôt pris part à la phase préparatoire. Peut-être a-t-il assuré une liaison entre le maitre de l'Hôpital de Jérusalem et les responsables locaux, mais on ne saurait dire à quel titre, puisque l'acte ne lui en donne aucun. Rien n'indique non plus qu'il se trouvait alors en Terre Sainte ou en Europe. Nulle part, il n'est qualifié de prieur, aussi nous est-il impossible de reconnaitre en lui un "prieur de Saint-Gilles".
 
C'est pourtant bien un prieur, le diacre Géraud, "prieur de l'Hôpital de Jérusalem de cette contrée", qui a participé effectivement avec l'évêque de Toulouse à la conclusion de l'accord du 19 septembre 1 221. Nous retrouvons le même prieur Géraud dans trois autres actes des années 1 122 et 1 123 concernant des biens situés dans la région toulousaine et à Pexiora (24). Nous avons cependant tout lieu de penser qu'il était depuis longtemps déjà chargé de responsabilités pour l'Hôpital dans le midi de la France.
 
Dans la donation de l'église de Trinquetaille, au quatrième rang de la liste des frères, après le fondateur, le prieur Pons et Pierre de Barcelone, nous trouvons cité "le diacre G...", dont il n'est pas improbable qu'il désigne le futur prieur Géraud. Mais nous pensons le retrouver plus anciennement encore.
 
L'acte de la donation initiale de Pexiora, en 1 101, dont nous avons déjà parlé, est accompagné d'une pièce intercalaire intitulée au nom du pape Pascal II, du patriarche de Jérusalem Daimbert, de Géraud, fondateur de l'Hôpital, et d'un autre Géraud qui se présente comme envoyé par les trois premiers, et disposant à ce titre du pouvoir d'accorder des indulgences à ceux qui collaboreront à l'œuvre de la "sauveté" de Pexiora (25). Ainsi, rencontrons-nous dès 1 101 un responsable de l'Hôpital homonyme du fondateur.
 
Il ne manque pas, les années suivantes, d'actes faisant mention de "Géraud l'Hospitalier". Dans nombre de cas, cette mention peut être rapportée sans hésitation au fondateur. D'autres actes en revanche semblent bien avoir été passés devant un Géraud présent en personne (26).. Si, en toute rigueur, un voyage en France du fondateur n'est pas de l'ordre des choses impossibles, il est difficile néanmoins d'admettre qu'il y serait venu trois fois, en 1 102, vers 1 110 et en 1 120, sans laisser d'autres traces de son passage que de simples mentions dans quelques actes isolés (27). Il est plus probable qu'il s'agit en ces cas du même Géraud homonyme qui a continué à exercer des responsabilités pour l'Hôpital dans le midi de la France et qui, dans les dernières années, a porté habituellement le titre de prieur.
 
Raybaud a bien mis en évidence la distinction du fondateur de l'Hôpital et du prieur Géraud, et il a cru pouvoir faire de ce dernier un "prieur de Saint-Gilles" (28). Toutefois, si nous considérons les actes où l'on peut soupçonner avec assez de vraisemblance l'intervention de ce second Géraud, il apparait que ses responsabilités se situaient essentiellement dans la région toulousaine. Dans cette région, où rien d'important ne se fait jamais sans "Géraud l'Hospitalier", le prieur Pons n'intervient jamais. En revanche, le prieur Géraud n'a pratiquement aucun rapport avec Saint-Gilles. il vaut donc mieux voir en lui un "prieur de Toulouse". L'Hôpital en effet s'était implanté de bonne heure dans cette ville, où il avait acquis, entre 1 114 et 1 116, l'église Saint-Rémi après avoir dû renoncer quelques années plus tôt à l'église de la Dalbade (29).
 
Nous dirons de même de Bernard de Pexiora (ou Puysbran), dont Raybaud voulait faire un "prieur de Saint-Gilles", successeur de Géraud, après qui il est immédiatement cité dans l'acte toulousain du 19 septembre 1121. Nous le retrouvons mentionné dans des actes intéressant le Toulousain, le Razès et le Minervois entre 1134 et 1 148 (30). S'il a porté le titre de prieur, comme l'affirme Raybaud, il a pu être prieur de Toulouse. En revanche, son intervention n'est jamais signalée à Saint-Gilles.
 
À la différence de Bernard de Pexiora, le prieur Étienne Raymond a exercé son activité dans la région de Saint-Gilles. Son nom apparait en 1 114 dans le privilège du comte Raymond Béranger qui exempte l'embarcation de l'Hôpital du péage de la Durance. c'est lui qui reçoit cet acte important, mais il ne porte alors aucun titre (31).
 
Nous avons signalé plus haut l'existence d'un autre privilège du même comte concernant le tonlieu d'Orgon, qui ne peut être daté avec précision. L'acte a été remis à un frère de l'Hôpital nommé Étienne de Gap que l'on est tenté, après Raybaud, d'identifier avec Étienne Raymond (32). Une mention figurant dans une notice tardive du rôle des anciennes donations de la maison de Gap semble conforter cette identification, qui reste néanmoins conjecturale (33).
 
Dans la donation de l'église Saint-Thomas de Trinquetaille, entre 1 115 et 1 120, Étienne Raymond figure au septième rang de la liste des frères de l'Hôpital. Mais lorsque l'archevêque d'Arles Bernard Guérin confirme, le 19 octobre 1129, la donation faite par son prédécesseur, il est nommé le premier et seul qualifié "d'hospitalier", ce qui permet de voir en lui, à ce moment, non pas le "commandeur de Trinquetaille", comme le prétend Raybaud (car cette dénomination serait tout à fait anachronique), mais plus probablement le responsable de la maison de Saint-Gilles. Il porte enfin le titre de prieur dans un acte malheureusement non daté, transcrit dans le cartulaire de Trinquetaille, relatant l'achat d'une vigne au terroir de Lansac, près de Tarascon (34). Cependant son activité à Saint-Gilles même est attestée par un acte de l'année 1 173 dans lequel l'abbé de Saint-Gilles reconnait la donation d'un terrain faite jadis "au prieur Étienne" par un de ses prédécesseurs, qui avait gouverné l'abbaye entre 1121 et 1 149 (35).
 
Étienne Raymond a-t-il succédé immédiatement au prieur Pons, dont l'activité est attestée jusque vers 1 120 ? Il est impossible de se prononcer. Nous ne savons pas davantage à quelle date il a cessé d'être prieur. Après la confirmation du 19 octobre 1 129, le cartulaire de Trinquetaille contient un acte de 1 131 et deux actes de 1 137 où son nom n'apparait pas, mais un tel silence ne constitue pas un argument décisif (36). Le premier nommé des frères s'appelle alors Aimon très vraisemblablement le même que nous retrouvons, en 1 142 et les années suivantes, qualifié de "prieur de Saint-Gilles" (37). L'apparition de ce titre, désormais bien attesté, est le signe que la charge a pris vers cette époque une consistance nouvelle, qu'elle est devenue une institution.
 
Pour la période précédente, le bilan de notre examen critique est plutôt négatif. Des six noms avancés par Raybaud, nous n'avons retenu que quatre prieurs, dont deux seulement - Pons et Étienne Raymond - peuvent être considérés comme des "prieurs de Saint-Gilles", les deux autres - Géraud et Bernard de Pexiora - étant plus probablement des "prieurs de Toulouse". Il convient de nous demander quels rapports ont existé entre ces deux groupes de prieurs.
 
Les documents ne fournissant, sur les questions d'organisation internes des établissements de l'Hôpital, que des informations indirectes, rares et imprécises, plusieurs hypothèses sont possibles. On peut remarquer par exemple qu'il n'existe pas d'acte de la première moitié du XIIe siècle où l'on rencontre deux prieurs à la fois. Y aurait-il eu un prieur unique, établi tantôt à Saint-Gilles et tantôt à Toulouse, et responsable pour l'ensemble du midi de la France ? Rien n'empêche cependant de supposer que le prieur de Saint-Gilles et celui de Toulouse ont pu exister simultanément, et cela parait même plus probable, puisque chacun avait une zone d'intervention d'où l'autre était pratiquement absent.
 
Les contacts n'ont pourtant pas manqué entre Saint-Gilles et Toulouse. Le diacre Géraud, prieur "toulousain" a sans doute assisté à la donation de Trinquetaille, de même que Pierre de Barcelone dont nous avons rencontré le nom dans l'accord passé le 19 septembre 1121 avec l'évêque de Toulouse. Parmi les témoins de cet acte toulousain se trouvaient aussi les frères Pierre d'Anduze et Pons de Montlaur, mentionnés eux-aussi dans la donation arlésienne, plusieurs fois nommés dans le cartulaire de Trinquetaille, qui ont été attachés un certain temps au ptochium de Saint-Gilles (38).
 
Les rencontres entre les frères des deux établissements ont eu de bonne heure un caractère régulier et institutionnel. La réunion tenue à l'occasion de la donation de Trinquetaille préfigure - si elle n'en constitue pas le premier exemple connu - les "chapitres" qui auront lieu chaque année à Saint-Gilles, et dont il est déjà question dans un acte du 2 juin 1 123 : le prieur Géraud, acceptant au nom de l'Hôpital la donation de deux églises du Lauragais, s'engage alors à acquitter une redevance périodique à l'abbé d'Aniane, à l'aller ou au retour du chapitre que les frères tiendront chaque année à la Pentecôte dans la région de Saint-Gilles (39).
 
Qu'y avait-il cependant en dehors de Saint-Gilles et Toulouse ? Parmi les témoins de la donation de Trinquetaille, nous avons le frère Aicelin, sans doute le même qui avait reçu plusieurs donations en Albigeois vers 1 108-1 110. Les actes le qualifient de "maitre de l'Hôpital" ou "maitre de la maison de l'Hôpital", sans préciser de quelle maison il s'agirait. Nous avons déjà vu que, tant pour les dates que pour les titres, ces actes n'offrent aucune garantie (40). Peut-être Aicelin a-t-il été à un moment donné le responsable des biens de l'Hôpital en Albigeois, mais cela ne signifie pas nécessairement qu'il y aurait eu dans cette région une maison abritant des frères en permanence. De même dans un acte daté de 1109 le titre de "maitre de la maison de l'Hôpital de Béziers" attribué à un frère représente très vraisemblablement une interpolation (41).
 
L'installation à demeure des frères ailleurs qu'à Saint-Gilles et Toulouse est attestée par des témoignages plus tardifs. À partir de 1 136, nous rencontrons le frère Aldebert, "régent de l'Hôpital d'Alès", ou "recteur de la maison d'Alès" (42). Ce frère porte aussi dans les mêmes actes des titres tels que "serviteur des serviteurs de Dieu" ou "serviteur des pauvres du Christ", ce qui incline à penser que la maison d'Alès exerçait l'hospitalité envers les malades ou les voyageurs. Les actes ne disent pas s'il y avait d'autres frères avec lui. Cependant, nous sommes assurés qu'une communauté de frères demeurait à Trinquetaille vers 1 146 (43).
 
Bien que nous n'ayons pu nous livrer à une enquête exhaustive, nous pensons pouvoir avancer avec assez de probabilité que les frères de l'Hôpital ont tardé à se fixer ailleurs qu'à Saint-Gilles ou Toulouse. A travers les actes, nous voyons se répéter les noms d'un petit nombre de responsables, mais y avait-il beaucoup d'autres frères ? Les hommes qui exploitaient les terres acquises par l'Hôpital, les clercs qui desservaient les églises qu'on lui avait données n'étaient pas nécessairement membres d'un ordre qui n'a pris forme que peu à peu, et d'abord en Terre Sainte.
 
Si la présence des frères a d'abord été peu nombreuse et concentrée pour l'essentiel en deux maisons, on s'explique mieux alors que les religieux placés à la tête de ces établissements aient porté le titre de prieur. Quoi qu'en dise Raybaud, il ne pouvait être question, au temps du fondateur, de "prieurs" exerçant l'autorité régulière sur une multitude de maisons, ni de "prieurés" couvrant des provinces entières (44). Ces acceptions n'ont pu apparaitre que bien plus tard. Le terme de prieur, emprunté à l'institution monastique, a dû désigner à l'origine le responsable d'une maison groupant un nombre de frères suffisant pour qu'on pût y mener une vie conventuelle réglée et organisée, ce qui, croyons-nous, a d'abord été le cas seulement à Saint-Gilles et à Toulouse.
 
SAINT-GILLES, VILLE ET PORT
ENTRE LE COMTE ET L'ABBÉ
 
Les circonstances immédiates de l'installation de l'Hôpital à Saint-Gilles nous sont inconnues mais il n'est pas sans intérêt d'examiner en quoi les conditions locales ont permis ou favorisé cet établissement, et comment elles ont pu influer sur son développement.
 
Au début du XIIe siècle, Saint-Gilles est, comme aujourd'hui, une bourgade établie sur une éminence tenant au plateau de Costière, et dominant de peu la plaine camargaise, à proximité du Petit-Rhône, mais à bonne distance de son embouchure.
 
La ville n'est pas alors très ancienne puisqu'elle s'est formée autour d'un monastère fondé, dit-on, par l'ermite Gilles, au début du VIIIe siècle. Le tombeau du fondateur est devenu le but d'un pèlerinage très fréquenté. En 1 066, l'abbaye de Saint-Gilles a été affiliée à Cluny (45). Elle se trouve ainsi associée au grand mouvement de promotion des pèlerinages patronné par l'abbaye bourguignonne : bientôt, elle sera le point de départ de l'un des itinéraires que décrit, au siècle suivant, le Guide du pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle (46). Mais Cluny s'est aussi intéressé au pèlerinage de Jérusalem : les moines clunisiens sont présents dans la ville sainte, et c'est à l'ombre de leur église que s'est formé ou s'est développé d'abord l'Hôpital de Saint-Jean (47). Sans doute touchons-nous ici la première raison de la venue des Hospitaliers à Saint-Gilles.
 
L'affiliation à Cluny a eu lieu pour une part à l'initiative de Raymond, frère cadet du comte de Toulouse. D'abord chichement possessionné, Raymond a eu comme premier partage un ensemble de droits et de biens situés au voisinage du Rhône et du Petit-Rhône. Il porte habituellement le nom de comte de Saint-Gilles et le conserve alors qu'il est devenu successivement comte de Rouergue, comte de Toulouse et marquis de Provence. Pour ses contemporains comme pour l'histoire, il est Raymond IV de Toulouse, mais peut-être encore plus Raymond de Saint-Gilles (48).
 
En 1 095, le pape clunisien Urbain II est passé à Saint-Gilles en se rendant au concile de Clermont, où il devait lancer l'appel à la croisade. Il y passe de nouveau en 1 096, sur le chemin du retour et consacre alors le nouvel autel de l'église abbatiale. On sait quel accueil Raymond a fait à l'appel du pape, comment il a pris la tête de la croisade des "Provençaux", comment il a été l'un des protagonistes de la prise de Jérusalem. Avant de partir, pour se rendre digne de cette grande entreprise, il s'est dessaisi solennellement des droits qu'il aurait pu conserver sur l'abbaye de Saint-Gilles (49). On a donc tout lieu de penser que la préparation de la croisade a eu dans la localité un grand retentissement et que les évènements ultérieurs ne sont pas passés inaperçus. L'ensemble de ces circonstances était de nature à créer un climat favorable à l'accueil, quelque temps plus tard, des frères de l'Hôpital de Jérusalem.
 
Un autre facteur favorable à l'installation des frères commence, à l'époque, à se laisser mieux percevoir. En effet, après le succès de la croisade et la fondation d'États chrétiens en Orient, les échanges commerciaux se développent à travers la Méditerranée. Les pèlerins aussi se rendent nombreux à Jérusalem et le plus souvent par mer. Saint-Gilles a été en mesure de participer à ces diverses formes de l'essor maritime du XIIe siècle.
Il peut paraitre surprenant de voir une ville qui n'est pas sur la mer, ni même exactement sur le Rhône, prendre rang parmi les ports de la Méditerranée. mais à l'époque les navires de mer étaient de dimensions modestes et pouvaient sans encombre remonter le fleuve (50). La branche occidentale du delta, que nous appelons Petit-Rhône, avait un débit plus important qu'aujourd'hui dans l'usage ordinaire, on l'appelait le Rhône, sans diminutif (51). Elle débouchait en pleine mer assez loin vers l'Ouest, à proximité de ce qui est aujourd'hui La Grande-Motte (52). C'était la voie de communication la plus directe entre les côtes de Catalogne ou Languedoc et la vallée du Rhône.
 
On est surpris, néanmoins, en considérant le site de Saint-Gilles, par la grande distance (environ deux kilomètres) qui sépare la ville du fleuve, et l'on peut se demander où se trouvait exactement le port.
 
Au début de ce siècle, un érudit, Bligny-Bondurand, a mis en évidence le fait que Saint-Gilles possédait au Moyen-Âge plusieurs "ports" reliés à une voie navigable qui, venant de la région de Beaucaire, longeait la Costière et passait sous les murs de Saint-Gilles, à l'endroit où l'on a creusé plus tard le canal du Rhône à Sète. L'itinéraire se poursuivait à travers étangs et marais, jusqu'aux étangs littoraux de la région de Montpellier. Des marchandises circulaient sur cette voie et des péages étaient perçus (53).
 
Les conclusions de Bligny-Bondurand ne sont pas contestables, mais on peut regretter qu'il ait désigné ce cours d'eau sous le nom de "bras de Beaucaire". En effet, quoi qu'il en ait été aux temps géologiques, à l'époque historique ce n'était plus en aucune façon un bras du Rhône, mais seulement une rigole d'écoulement des eaux de la Costière et du marais de Bellegarde, qu'on appellera plus tard "la Roubine", et qui ne pouvait recevoir que des embarcations très légères (54).
Cependant la circulation des navires de mer se faisait sur le Petit-Rhône, dont le cours, à hauteur de Saint-Gilles, n'a pas subi de modifications à l'époque historique (55). C'est là qu'était situé le véritable port, à peu près à l'endroit du pont suspendu par où passe aujourd'hui la route menant à Arles. Une chaussée dont la route actuelle a gardé en grande partie le tracé, menait de la ville au port, où l'on pouvait soit embarquer sur le fleuve, soit le traverser pour gagner la Camargue et, éventuellement, rejoindre Arles (56).
 
C'est au bord de cette chaussée, mais à proximité immédiate des murs de Saint-Gilles que s'établirent les frères de l'Hôpital. Leur installation en ce lieu, où ils devaient demeurer jusqu'à la Révolution, dut être très précoce, car on ne leur connait aucune autre localisation antérieure. On ne sait rien des conditions dans lesquelles eurent lieu les premières acquisitions. Y eut-il une donation des moines de Saint-Gilles ? Ce n'est pas impossible mais ce n'est qu'une supposition.
 
De toute façon, il a fallu que le nouvel établissement reçoive l'approbation de l'abbé devenu seigneur sans partage de Saint-Gilles par l'effet des concessions consenties par Raymond IV avant son départ pour la croisade. Toutefois, ces concessions trop absolues ont été bientôt remises en cause. En 1 105, après la mort de Raymond IV, son fils et successeur Bertrand, qui était resté en France, entra violemment en conflit avec les moines, n'admettant pas d'être dépouillé de toute autorité sur la ville et son terroir. L'affrontement dura plusieurs années : enfin en 1 109, Bertrand partit définitivement pour la Terre Sainte, laissant toutes ses possessions d'Europe à son demi-frère Alphonse-Jourdain, alors âgé de six ans (57). Il devait s'ensuivre un long effacement de la dynastie toulousaine. Par suite, quelle qu'ait été la date précise des frères de l'Hôpital, il est douteux que l'autorité comtale ait pris une grande part à l'évènement.
 
Les difficultés survenues du fait du comte Bertrand se renouvelèrent avec ses successeurs. Alphonse-Jourdain et Raymond V à leur majorité, Raymond VI à son avènement, chacun d'eux, au moment où il a commencé à exercer personnellement le pouvoir, est entré en conflit, plus ou moins violemment avec les moines de Saint-Gilles (58). Ce n'était pas un hasard. En effet, tout au long du XIIe siècle, les comtes de Toulouse ont porté en priorité leur effort vers la région rhodanienne, où ils étaient largement possessionnés, et rencontraient la rivalité des comtes de Barcelone et de Provence. Saint-Gilles était pour eux une place essentielle, et ils n'ont pas cessé d'en porter le titre comtal. Ils y avaient un "palais", où ils ont séjourné fréquemment, ainsi qu'un viguier et une cour de justice, dont la chancellerie était de beaucoup la plus importante de leurs chancelleries, puisque son influence, au moins sous Raymond V, pouvait s'étendre jusqu'à Mauguio, Uzès ou Carpentras (59)
 
En dépit de cette présence, les comtes de Toulouse ont tardé à manifester de l'intérêt envers les Hospitaliers de Saint-Gilles. On ne connait pas de privilège d'Alphonse-Jourdain équivalent à ceux qu'ont accordé le comte de Barcelone en 1 114 et la comtesse de Forcalquier en 1 129. Né en Orient, où son père et son frère avaient fini leurs jours, où son neveu et son cousin étaient comtes de Tripoli, où il devait lui-même mourir en 1 148, Alphonse-Jourdain n'avait peut-être pas besoin de l'intermédiaire de l'Ordre de l'Hôpital pour s'intéresser à la Terre Sainte (60). Il faut attendre 1 158 pour trouver des actes passés entre Raymond V et les Hospitaliers de Saint-Gilles ces derniers échangent des biens avec le comte et lui achètent des terres en Argence. La première donation connue est celle du village de Saint-Martin du Jonquier, en Uzège, qui a lieu en juin 1 164 : avant de faire établir l'acte définitif dans son palais, Raymond V s'est rendu pour la circonstance dans "le chapitre des Hospitaliers". En 1 177, il leur accorde une exemption générale de péages et de droits de pacage dans tous ses domaines. On le voit à nouveau à Saint-Gilles, "dans la maison de l'Hôpital de Jérusalem", en janvier 1 186 : il passe alors une transaction favorable aux Hospitaliers et confirme le privilège précédent (61).
Les bonnes relations se poursuivent sous Raymond VI. Après l'assassinat, en 1208, à Saint-Gilles même, du légat du pape par un de ses familiers, le comte tente de se justifier en envoyant à Rome une ambassade, dont fait partie le prieur de l'Hôpital (62). Cet évènement avait donné le signal de la croisade contre les Albigeois : on a observé combien les Hospitaliers et les Templiers, en dépit de leur qualité de religieux et, à un moindre degré, de soldats, sont restés étrangers à cette croisade (63). En juillet 1 218, Raymond VI se donne à l'Hôpital et le commandeur de Toulouse, agissant au nom du prieur de Saint-Gilles, le reçoit comme frère. Affiliation, faut-il le dire ? purement spirituelle, mais non sans signification : alors qu'il est généralement tenu pour suspect d'hérésie, presqu'un intouchable, le comte trouve en l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem son dernier refuge dans l'Église. À sa mort en 1 222, les Hospitaliers de Toulouse tentent, d'ailleurs en vain, de lui assurer, malgré son excommunication, la sépulture religieuse qu'il avait élue chez eux (64).
 
Si l'on fait abstraction de ces évènements extrêmes, les comtes de Toulouse ne paraissent jamais s'être engagés fortement en faveur de l'Hôpital. On ne trouve de leur part rien de comparable à la donation de Manosque par les comtes de Forcalquier. Mais c'est surtout les comtes de Provence qui semblent avoir noué avec l'ordre les rapports les plus étroits (65). La maison de Barcelone et d'Aragon, à laquelle ils appartenaient ou dont ils étaient les chefs, avait de bonne heure, associé le Temple et l'Hôpital à l'entreprise de la Reconquista, et ils prolongeaient en Provence des relations inaugurées en Espagne. Si l'on songe à l'intensité de la compétition qui a opposé au XIIe siècle les maisons comtales de Barcelone et de Toulouse, on peut voir peut-être là une explication de la relative réserve que les comtes de Toulouse semblent avoir observée vis-à-vis de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem.
 
Avec l'autre puissance locale, c'est-à-dire l'abbaye de Saint-Gilles, les bons rapports qui avaient dû présider à l'installation des Hospitaliers paraissent avoir prolongé leurs effets tout au long du XIIe siècle. Les abbés successifs font cependant valoir leurs prérogatives avec un soin ombrageux. En 1 158, les Hospitaliers sont autorisés à construire une église, mais les dimensions et les conditions de sa fréquentation sont fixées avec beaucoup de précision. Avec sa nef haute de quatre "brassées", surmontée d'un clocher d'une seule "brassée", la nouvelle église tapie dans la plaine ne risquait pas de porter ombrage au magnifique édifice que les moines étaient en train d'élever et d'orner au cœur de la ville, pour accueillir les fidèles accourant au tombeau de Saint-Gilles, à l'apogée du pèlerinage. En 1 174, l'abbé accepte de confirmer tous les biens tenus par les Hospitaliers dans "l'honneur" de Saint-Gilles, à l'exception d'un bien situé à l'intérieur de la ville, dont ils devront se défaire dans les deux ans. Cinq ans plus tard, en achetant pour 43 000 sous le marais de Brojacans, les Hospitaliers permettent aux moines de faire face à des dettes préoccupantes (66).
 
Les difficultés avec l'abbaye de Saint-Gilles n'apparaissent qu'en 1 222. Il fallut alors l'arbitrage de l'archevêque d'Arles et des évêques de Nîmes et de Cavaillon, commis par le pape, pour régler le différend qui s'était élevé au sujet des legs faits aux Hospitaliers par les habitants de Saint-Gilles, ainsi que de certains droits et péages que l'abbé prétendait exiger. La sentence rendue parait avoir été entièrement conforme aux vœux des Hospitaliers (67). On ne remarque plus d'autres différents jusqu'à la fin du siècle.
 
Il y a encore eu à Saint-Gilles un troisième pouvoir, le pouvoir municipal, qui a réussi à s'organiser sous la forme d'un consulat dès avant 1 143.
 
En ce XIIe siècle, Saint-Gilles appartient à la zone la plus active du midi de la France, la plus ouverte à l'influence de l'Italie, d'où lui viennent stimulation économique et modèles culturels. Le long du littoral languedocien et du Bas-Rhône, entre Narbonne et Avignon apparaissent avant 1 150 et les premiers consulats et les premiers signes d'une certaine pénétration du droit romain (68).
 
À Saint-Gilles, l'essor économique et l'essor de pèlerinage sont allés de pair. La fête patronale du 1er septembre a suscité une foire fréquentée par des étrangers "de toutes les nations" (69). Les Saint-Gillois pratiquent eux-mêmes le commerce maritime, jusqu'en Orient : ils obtiennent des privilèges à Tyr en 1 187, en Sicile en 1 200 (70). On peut être assuré qu'ils ont eu bien des occasions d'échanger des services ou de collaborer avec les Hospitaliers, mais les actes de la pratique commerciale de l'époque, à supposer qu'ils aient donné lieu à la confection d'écrits, ne nous ont pas été conservés. Nous pouvons remarquer toutefois, comme document significatif, le statut relatif aux changeurs publié en octobre 1 178 par le viguier comtal, assisté de représentants élus par la cour et les consuls de Saint-Gilles. L'acte comporte les noms de plus de cent changeurs qui ont juré de l'observer. Il est prescrit notamment que le change avec les pèlerins ne pourra se faire ni dans les auberges, ni dans les maisons particulières, mais seulement chez les Hospitaliers et les Templiers, ou dans le cloitre de l'abbaye (71).
 
Le consulat de Saint-Gilles n'a duré que jusqu'en 1 214, l'abbé ayant réussi à obtenir sa suppression à la faveur de la guerre albigeoise. Entourée d'une vaste enceinte et flanquée d'un faubourg, avec ses maisons aux façades "romanes" et sept églises paroissiales, la ville du XIIe siècle a certes belle allure, mais son essor est arrêté (72). En 1 215, Simon de Montfort établit un sénéchal à Beaucaire : c'en est fini du viguier et de la cour comtale de Saint-Gilles (73). En 1 226, le roi de France devient maitre du pays : après 1 240, il fait d'Aigues-Mortes son port sur la Méditerranée. Bientôt, le port de Saint-Gilles n'aura plus qu'une activité locale. Ainsi s'estompent peu à peu les facteurs qui avaient favorisé l'installation des Hospitaliers. Mais ceux-ci avaient à présent d'autres raisons de demeurer à Saint-Gilles.
 
La maison prieurale et son domaine
 
De même que nous ignorons les circonstances précises de l'installation des Hospitaliers à Saint-Gilles, nous ne savons pas en quoi a consisté matériellement leur premier établissement. Mais nous connaissons bien son emplacement, apparemment resté inchangé pendant sept siècles : au sud de la ville, à quelques pas seulement de son enceinte, tout près de l'endroit où la chaussée menant au port du Rhône franchissait la roubine venue du Marais de Bellegarde. Au XVIIIe siècle, la maison de Saint-Jean occupait dans l'angle sud-ouest de cette intersection, un grand quadrilatère d'un hectare environ de superficie, soit une grande partie du quartier actuellement compris entre le quai du canal et le cours menant à la gare. Cet espace était clôturé et bordé, à l'est et au sud, de bâtiments dans l'angle desquels s'élevait une église. Mais il s'agit là d'un état postérieur aux destructions occasionnées par les guerres de religion (1 562) et rien ne permet de déterminer s'il reflétait quelque chose de l'état primitif (74).
 
Dans les actes, la plus ancienne indication relative aux possessions des Hospitaliers à Saint-Gilles est une allusion à la donation d'un "plan" voisin de leur tènement, faite au prieur Étienne Raymond (soit avant 1142) par l'abbé d'alors, à condition de ne pas y élever de construction. En 1173, le nouvel abbé ne voit plus aucun inconvénient à ce que cet espace soit bâti et il lève donc l'empêchement. En même temps, il autorise les Hospitaliers à acquérir un immeuble qui touche à leur maison, signe que les frères cherchent alors à s'agrandir. En 1187 et 1190, nous les voyons acheter des jardins voisins dont l'un est situé derrière leur dortoir. Ils ont pu ainsi se rendre maitres progressivement de l'espace relativement homogène dont témoignent les documents postérieurs.
 
Dans le voisinage immédiat, mais de l'autre côté de la chaussée, se trouvait la maison des Templiers, dont la présence à Saint-Gilles est signalée à partir de 1139. Non seulement à Saint-Gilles même mais dans la région environnante les possessions des deux ordres ont souvent été voisines. En 1191, nous les voyons procéder à une délimitation de leurs jardins respectifs (76).
 
Un acte de grande importance pour la maison prieurale a lieu en 1157 lorsque l'abbé de Saint-Gilles, comme nous l'avons déjà indiqué, a accordé aux Hospitaliers l'autorisation de construire une église et d'établir un cimetière (77).
e n'était pas une mince concession, et l'on remarque qu'elle a été obtenue à l'occasion du passage à Saint-Gilles du maitre de l'Hôpital de Jérusalem, Raymond du Puy.
Ce dernier accomplissait alors une tournée en Occident, dont l'un des objectifs parait avoir été de renforcer l'organisation des établissements européens de l'ordre.
 
Il faut bien voir en effet, qu'avec son église dédiée à St Jean-Baptiste, son cimetière, même s'ils sont de dimensions modestes, la maison de Saint-Gilles n'est plus la simple annexe d'un lointain et prestigieux établissement, mais une véritable maison religieuse, un couvent pourrait-on dire (mais le terme n'est jamais employé), disposant de son propre espace sacré planté en terre et tendant vers le ciel. Et l'année suivante, nous remarquons une nouvelle transformation, avec l'institution d'un commandeur (78).
 
La charge était apparue depuis quelque temps en Orient : dès 1150, on trouve des commandeurs à Jérusalem et à Antioche (79). Il est probable que le premier commandeur a été institué à Jérusalem pour gérer spécialement les affaires de l'établissement de la ville sainte et permettre au maitre de l'Hôpital de se consacrer aux affaires générales de l'ordre. De la même façon, à Saint-Gilles, à partir de 1158, à côté du prieur et subordonné à lui, il y a un commandeur qui dirige et administre la maison prieurale et les biens qui en dépendent. Ainsi déchargé, le prieur pourra exercer d'autant mieux son rôle de supérieur général à l'égard des établissements de l'Hôpital existant dans le midi de la France et au-delà, dont le nombre ne cessera d'augmenter.
 
Une évolution parallèle se remarque les années suivantes dans quelques autres maisons. En 1160, l'évêque de Toulouse accorde aux Hospitaliers la permission d'avoir un cimetière près de l'église Saint-Remi, où ils étaient installés depuis environ 1114 (80). Non loin de Saint-Gilles, le titre de commandeur est employé à partir de 1164 pour désigner le responsable de la maison de Trinquetaille, jusqu'alors qualifié de "maitre", "procureur" ou "hospitalier" (81). Il faut ensuite attendre 1175 pour trouver un commandeur à Manosque, puis 1184 et 1185 pour en voir à Saint-Pierre de Campublic (tout près encore de Saint-Gilles) et à Alès (82). Ainsi se dessine petit à petit l'organisation future de l'ordre en "commanderies", qui seront des maisons disposant d'une église et d'un cimetière et dotées de suffisamment de biens. Le plus grand nombre des commandeurs apparait toutefois après 1200.
 
À Saint-Gilles, l'apparition d'un commandeur en 1158 semble donner le signal d'une politique active d'acquisitions foncières qui va battre son plein pendant environ un demi-siècle et aboutira à la constitution d'un vaste domaine (ou "baillie") dépendant de la maison prieurale. Avec plus de 370 transcriptions d'actes, le cartulaire dit "Authentique de l'Hôpital de Saint-Gilles" est le témoin par excellence de cette action persévérante (83).
 
L'entreprise est tout à fait volontaire. sans doute rencontre-t-on des donations par testament, ou à l'occasion de l'entrée dans l'ordre. Certaines donations particulièrement importantes (Manosque, Puimoisson, Vézénobre, etc...) tendent à la fondation de nouvelles maisons distinctes de celle de Saint-Gilles. Mais la constitution du domaine local s'est faite essentiellement par des achats.
Les biens acquis sont presque exclusivement des terres situées dans la plaine camargaise largement entendue (84). Malgré une occupation humaine et une activité agricole attestées très anciennement, le pays était et n'a cessé d'être en grande partie marécageux. Cependant des actions de mise en valeur se remarquent à partir de 1070 environ (85). Elles s'inscrivent dans les débuts du grand mouvement d'extension des cultures qui a affecté alors la plupart des régions d'Occident. Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem ont commencé à y participer pleinement près d'un siècle plus tard, lorsque ce mouvement est devenu plus intense et plus systématique. Les documents ne nous fournissant, sur les questions d'exploitation et de mise en valeur, que des renseignement épars et limités. Cependant, il est certain qu'ils n'ont pas toujours acquis des terres incultes pour les assainir et les livrer à la culture. Des acquisitions de terres déjà mises en valeur pouvaient être un investissement profitable à une époque où l'augmentation de la population, spécialement dans les villes, facilitait l'écoulement des produits agricoles (87).
 
Nos Hospitaliers n'ont pas été seuls à étendre leurs possessions dans la plaine camargaise. Au même moment, les Templiers se montraient tout aussi entreprenants, cependant que les Cisterciens s'installaient à Franquevau, Ulmet et Sylvéréal. Et l'Hôpital lui-même était représenté par les deux maisons de Saint-Gilles et de Trinquetaille, qui se sont partagé la contrée de part et d'autre de la zone d'étangs et de marais qui divise le delta du nord au sud. La rive gauche du Rhône et la Crau, la Tête de la Camargue et les abords du Grand-Rhône ont constitué le champ d'intervention de la maison de Trinquetaille cependant que celui de la maison prieurale comprenait la rive droite du Rhône depuis Beaucaire, et les environs du Petit-Rhône jusqu'aux abords de "Sainte-Marie de la mer".
 
Les premières acquisitions importantes signalées dans les documents se situent au nord-est de Saint-Gilles, dans le triangle de la plaine d'Argence, compris entre le Rhône, la Costière et le Petit-Rhône. Bien que la région fût sous la suzeraineté des archevêques d'Arles, les comtes de Toulouse s'y étaient assuré une position dominante, au point qu'un troubadour qualifie Raymond V de "seigneur d'Argence". En avril 1 158, le même comte cède aux Hospitaliers de Saint-Gilles tout ce qu'il possède dans la "vigne comtale" et dans la "condamine comtale" de Saint-Pierre de Campublic (88) ainsi qu'une vigne et un pacage à Fourques et autant de terres "dans le marais" que peuvent labourer deux paires de bœufs, avec une étendue de prés pour leur nourriture ; le tout en échange de droits à Vallabrègues.
Cette transaction est complétée au mois de septembre suivant : pour cent marcs d'argent, les Hospitaliers achètent à Raymond V quarante "muiées" de terres situées non loin de Fourques, dans les pacages, marais ou "nouvelles cultures" d'Argence (89).
 
Les années suivantes, l'Hôpital procède à des achats de vignes et à d'autres acquisitions dans la même région (90). Entre 1 184 et 1 207, il y a un commandeur établi à Saint-Pierre de Campublic (91), qui déploie une grande activité, reflétée par environ 80 actes transcrits dans l'Authentique de l'Hôpital de Saint-Gilles. Au moins 130 actes en tout - soit plus du tiers du nombre total des actes de l'Authentique - concernent l'Argence (92). Ce sont le plus souvent des achats ou des échanges de terres cultivables, parfois de vignes ou de jardins. Ils sont passés avec de multiples particuliers, ce qui laisse supposer une propriété relativement morcelée et une activité agricole assez intense.
 
En poursuivant le long du Petit-Rhône, sur la rive droite, vers le sud-ouest, on atteint le terroir de Saint-Gilles, où s'exerçait principalement la juridiction de l'abbé du lieu. Ce terroir comprenait, outre une vaste étendue de plateau, la longue bande de plaine qui s'étend sur une dizaine de km entre le Petit-Rhône et la Costière, distants en cet endroit de deux à trois km seulement. Établis tout au bord de cette plaine, les Hospitaliers y font des acquisitions notables. En 1 164, ils achètent aux habitants de Saint-Gilles pour 7 000 sous melgoriens, une partie du marais commun, tout au sud du terroir, dans le quartier de la Fosse. La vente est consentie "en raison de la nécessité commune et pour l'utilité publique du marais", à laquelle les Hospitaliers seront désormais tenus de contribuer. Ceux-ci étaient déjà possessionnés à proximité immédiate de leur nouvelle acquisition, qui est en fait un agrandissement (93).
 
En décembre 1 174, l'abbé confirme toutes les acquisitions faites par les Hospitaliers dans l'"honneur de Saint-Gilles" (94). L'acte énumère treize vignes, plus une douzaine de terres, trois maisons et une place. Pour tous les biens productifs, l'Hôpital devait annuellement à l'abbé le "dixième" (decimum), auquel s'ajoutait généralement soit le "quart" (quartum) (95), soit un cens, à l'exception de certaines vignes et terres d'Espeyran, qui devaient seulement l'albergue pour deux hommes. Les maisons étaient soumises à un cens annuel, de même que la place. Celle-ci et l'une des maisons étaient vraisemblablement situées à côté de la maison prieurale (96). De l'une des terres, il est dit qu'elle se trouve "à côté de la maison de l'Hôpital dans les marais". C'est encore dans la plaine que se trouvent "la grande terre où sont les maisons de la Fosse" et plusieurs terres avoisinantes.
 
Les possessions des Hospitaliers dans le terroir de Saint-Gilles étaient-elles toutes dans les terres basses ? Certains noms de lieux ou de personnes donneraient à penser qu'ils avaient peut-être des possessions sur la Costière, mais le fait n'est pas prouvé (97).
 
Toujours dans la plaine, à proximité de la Fosse, les Hospitaliers réalisent en 1 179 une acquisition très importante en achetant aux moines de Saint-Gilles, chargés de dettes excessives, les terres de Brojacans, naguère marécageuses, pour 43 000 sous melgoriens et raymondins. Ils obtiennent en même temps la transformation en cens des "quarts" qu'ils devaient à l'abbé sur certaines vignes. L'affaire était importante pour les deux parties et, dès l'année suivante, les Hospitaliers se faisaient délivrer une bulle pontificale confirmant leur acquisition (98). On ne remarque plus ensuite d'acquisition foncière notable, dans le terroir de Saint-Gilles, si ce n'est, à partir de 1 253, celle du mas de Cavalet et des terres voisines, au bord du Petit-Rhône, non loin du port (99).
 
De l'autre côté du fleuve, dans le delta de Camargue les acquisitions de l'Hôpital avaient commencé de bonne heure. La donation de l'église de Trinquetaille avait entrainé dans le voisinage beaucoup d'autres achats et donations. Les bénéficiaires désignés étaient parfois l'Hôpital en général, ou les frères ou le ptochium de Saint-Gilles (100). Néanmoins, il est très probable que toutes ces acquisitions anciennes sont passées dans le domaine ou "baillie" de la maison de Trinquetaille lorsque celle-ci est devenue autonome par rapport à Saint-Gilles, car c'est uniquement par son cartulaire que nous en avons connaissance.
 
À partir de 1 170 environ la maison de Saint-Gilles se constitue un domaine propre en Camargue, au bord ou à faible distance du Petit-Rhône. En un temps relativement court- une vingtaine d'années - les Hospitaliers se rendent présents d'un bout à l'autre de cet espace par des acquisitions multiples. En Haute Camargue, ils procèdent à de nombreux achats à Lauricet à partir de 1 177. Plus au nord, les Templiers étaient bien implantés à Saliers, où ils avaient une maison. En 1 193, l'Hôpital se rend acquéreur du 1/12e de la seigneurie de Saliers et du 1/4 de celle de Lauricet (101).
 
Déjà l'Ordre était présent en Moyenne Camargue grâce à une donation à Gouyère en 1 170, par un achat à Sénebiers en 1 175. Vers 1 200, il s'implante à Boismeaux qui deviendra son principal point d'attache dans cette région (102).
 
En Basse Camargue, les Hospitaliers avaient reçu du comte de Provence, dès 1 150, semble-t-il, la faculté de prendre du bois dans la Silve Pinenque (vers la Petite Camargue). En 1 190, ils y jouissent, par concession du roi Alphonse, de la liberté de pacage pour leurs troupeaux (103). En 1 193, ils revendiquaient la propriété du tènement de Frigolet, exploité par des habitants de la "Ville de la mer", (c'est-à-dire des Saintes-Marie), qui ne voulaient leur reconnaitre que la directe. Une transaction aboutit à un partage des fruits, qui consistaient en raisin, grain..., herbe et poissons. Les revenus étaient affectés à l'infirmerie de la maison prieurale (104).
 
Plus à l'ouest, les Templiers rachetaient vers la même époque à la famille arlésienne de Porcelet, la plus grande partie de la zone d'iles et d'étangs avoisinant le cours inférieur du Petit-Rhône (105). Les Hospitaliers n'ont donc pas accru leurs possessions de ce côté.
Entre cette dernière région et la limite sud de la Costière, il restait sur la rive droite du fleuve de larges espaces appartenant principalement aux seigneurs de Posquières (aujourd'hui Vauvert) et comprenant une très vaste étendue d'étangs et de marais, séparée de la zone littorale par la Pinède, large bande de terre plus ferme, alors boisée, s'étendant d'est en ouest. Dès 1 174, les seigneurs de Posquières avaient accordé aux Hospitaliers la faculté de dépaissance dans la Silve Godesque, proche du Petit-Rhône, et en 1 185, ils leur avaient donné dans la Pinède les cabanes de l'Alberguière, voisines des terres de l'abbaye de Psalmodi (106). Mais en 1 202 par l'achat en emphytéose perpétuelle de l'"honneur" de l'Isole, les Hospitaliers entrèrent en possession d'un vaste territoire touchant au nord à l'étang de Scamandre et approchant le Petit-Rhône à l'est et au sud. Le prix de 70 000 sous melgoriens atteste l'importance de l'achat passé en présence du comte Raymond VI et confirmé par lui (107). L'achat d'une grande partie de la Pinède en 1 248 compléta l'implantation de l'Hôpital dans cette région (108).
 
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Les documents de l'époque nous renseignent plus sur les biens que sur les hommes. Ils nous permettent de supposer cependant que l'une des raisons de l'accroissement du domaine a dû être l'augmentation du nombre des hommes. certains actes d'importance médiocre, reflétant donc une situation banale, comportent des listes de frères étonnamment longues : 17 noms mentionnés à l'occasion de l'achat en 1 190 d'un jardin proche de la maison, et 21 quatre ans plus tard, pour la passation d'un bail (109).
 
À la fin du XIIe siècle, les actes ne distinguent pas de catégories entre les frères. Il en existait cependant : à partir de 1 170, il y a à Saint-Gilles un "prieur des clercs", appelé plus tard "prieur de l'église", ce qui suppose un groupe de clercs organisé (110). D'autres offices apparaissent : l'existence d'un "maitre de l'écurie" est mentionnée une seule fois en 1 179, mais à partir de 1 180 on trouve régulièrement un sénéchal (dapifer), sans doute responsable de la vie matérielle de la maison (111). Dans un acte daté de mai 1 202, le sénéchal Guillaume de Taulignan est dit "vice-commandeur" ; en mars 1 204, c'est le prieur de l'église Raymond d'Alignan qui apparait comme "tenant lieu de commandeur". Il s'agit sans doute pour chacun d'eux d'un rôle et d'un titre occasionnels.
 
Il existait aussi depuis longtemps un trésorier, ce qui ne surprend pas puisque les maisons d'Europe avaient à soutenir financièrement les établissements de Terre Sainte. On en trouve une mention dès 1 130 (113). Entre 1 142 et 1 148, la maison prieurale a pour trésorier Étienne Isnel, qui parait avoir eu d'assez larges responsabilités en matière d'administration. C'est ainsi qu'on le trouve plusieurs fois mentionné dans le rôle des anciennes donations de la maison d'Alès. En 1 148, il accompagne le prieur en Catalogne, et il reçoit au nom de l'Hôpital une donation du comte de Barcelone et de Provence (114). Son nom se rencontre encore plus tard, mais il ne porte plus le titre de trésorier. On ne connait d'ailleurs plus d'autre trésorier avant 1 194. Il semble qu'avec l'institution du commandeur en 1 158, la charge, si elle n'a pas été supprimée, a au moins subi un long effacement (115).
 
Dès avant 1 193, il y a à Saint-Gilles une infirmerie organisée avec ses revenus propres, et un frère portant le titre d'infirmier. Accueillait-elle des frères du midi de la France, ou rapatriés de Terre Sainte, ou des personnes extérieures à l'Ordre ? Nous ne saurions le dire, car nous ne connaissons rien de son fonctionnement. Le prieur Féraud de Barras aurait augmenté substantiellement sa dotation en 1 257 (116).
 
Si les documents laissent à peine deviner une distinction entre les clercs et les autres frères, nulle part jusqu'au début du XIIIe siècle au moins, il n'est question de ceux que l'on appellera plus tard les "sergents" (servientes). Mais l'on voit déjà apparaitre des "donnés" : ainsi, en 1 191, un certain Pierre Georges, consentant à l'ordre une vente dans des conditions très favorables est, par le même acte, reçu comme frère de l'Hôpital et se voit conférer l'habit de l'Ordre pour le porter quand il lui plaira ; il pourra aussi prendre ses repas avec les frères, comme l'un d'eux. Il est aussi question de "sœurs de l'Hôpital" dans le même acte de 1 191, la femme de Pierre Georges est reçue à ce titre ; elle pourra aussi porter l'habit quand elle le jugera bon. De semblables démarches étaient déjà perceptibles à des dates plus anciennes. De caractère individuel, elles n'impliquent pas l'existence près de la maison de Saint-Gilles d'une communauté religieuse féminine, mais seulement d'une confraternité spirituelle dans la mouvance de l'Hôpital.
 
Les prieurs de Saint-Gilles
 
Jusqu'en 1 142, nous n'avons rencontré que quelques "prieurs", dont deux seulement, Pons et Étienne Raymond, ont exercé assurément des responsabilités à Saint-Gilles (119). Après cette date, les "prieurs de Saint-Gilles" se succèdent presque sans interruption, dans une charge désormais bien établie. De l'ouvrage souvent évoqué de Jean Raybaud, ressort une liste de vingt-huit noms, depuis Aimon, prieur en 1 142, jusqu'à Guillaume de Villaret, terme de notre propos d'aujourd'hui.
 
Qui sont donc ces prieurs ? Quelle carrière ont-ils accomplie au sein de l'Hôpital ? Comment étaient-ils désignés et pour combien de temps ? Où leur action s'est-elle exercée et par quels moyens ? Telles sont les questions auxquelles nous allons nous efforcer d'apporter des éléments de réponse.
 
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Qui sont donc ces prieurs ? Les indications que fournissent sur chacun d'eux les sources documentaires sont très succinctes et quasi inexistantes. Nous tenterons de faire quelque lumière sur leur origine géographique et familiale.
 
Toujours attentif à la question des origines, Raybaud se prononce dans 23 cas. En regroupant ses conclusions, on peut dénombrer 8 Provençaux (120), 8 Languedociens ou Rouergats (121), 2 Auvergnats (122), 1 Béarnais (123) et 4 Aragonais ou Catalans (124). Les régions ainsi représentées recouvrent le midi de la France actuelle largement entendu et le domaine aragonais, c'est-à-dire, à peu de chose près, les territoires reconnaissant ou censés reconnaitre l'autorité des comtes de Toulouse et de Barcelone, ceux-mêmes où l'Hôpital s'était implanté dès le début du XIIe siècle.
 
On ne doit pas se dissimuler toutefois que beaucoup des attributions faites par Raybaud reposent sur des conjectures fragiles. Deux d'entre elles sont même tout à fait aventurées, reposant uniquement sur des similitudes de prénoms (125). On suivra plus volontiers Raybaud à propos de Pierre Borgonnon et de Segnoret, qui portent des noms relativement bien attestés dans le cartulaire de Trinquetaille et peuvent donc être rattachés vraisemblablement à la région d'Arles. De même, les quatre "Aragonais" qu'il signale sont bien reconnaissables à leur nom, ou par les fonctions qu'ils ont exercées en Espagne. On peut leur adjoindre avec quelque vraisemblance un Geoffroy de Brésil, prieur de 1 164 à 1 169, de l'origine duquel Raybaud ne dit rien, mais qui avait été précédemment châtelain d'Amposte, en Catalogne (126). D'autres prieurs enfin portent des noms qui permettent de les rattacher avec assez de probabilité à des localités ou à des lignées seigneuriales relativement bien identifiées. Tel est le cas pour Bertrand de Millau et Bermond de Luzenson en Rouergue ; pour Pierre de Faucon, Bertrand de Comps et Féraud de Barras en Provence ; pour Hugues d'Arlenc en Auvergne ; pour Guillaume d'Homps en Languedoc et, en Gévaudan, pour Guillaume de Villaret (127).
 
En dépit des grandes incertitudes qui subsistent, il n'y a aucun prieur dont ont ait lieu de penser qu'il serait originaire d'une région extérieure à la zone précédemment définie, soit de la France du nord, soit d'un pays étranger autre que l'Espagne. Il est d'ailleurs peu probable que, sur les 28 prieurs ici considérés, il y ait eu d'autres Aragonais que les 4 ou 5 que nous avons pu reconnaitre, car une origine étrangère avait moins de chances de passer inaperçue (128). Pour la même raison, on peut tenir pour probable que les prieurs sur l'origine desquels nous n'avons pas de renseignements précis ou assurés étaient aussi des Méridionaux. Si beaucoup des rattachements faits par Raybaud sont hasardeux, leur révision, à supposer qu'elle fût possible n'aboutirait sans doute qu'à modifier la répartition entre les diverses régions à l'intérieur des mêmes limites globales.
 
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Quelle carrière nos prieurs ont-ils accomplie au sein de leur famille religieuse ? Nous considérerons d'abord ce qu'ils ont fait avant d'être en charge à Saint-Gilles (129).
 
À ce sujet, il y a six prieurs pour lesquels nous ne savons rien (130). Une présence dans le midi de la France est attestée pour 13 futurs prieurs, dont 6 ont été commandeurs à Saint-Gilles, Trinquetaille ou Manosque (131). 3 d'entre eux, Ermengaud d'Aspe, Geoffroy de Brésil et Ximen de Lavata ont été d'abord maitre ou châtelains d'Amposte. Le même Lavata avait été d'abord commandeur d'Huesca et prieur de Lombardie et Vénétie.
 
Une présence antérieure en Orient est attestée plus ou moins bien pour 8 futurs prieurs, tous Méridionaux (132). Certains n'apparaissent qu'une fois dans les documents orientaux et pourraient n'avoir fait qu'un court séjour outre-mer. En revanche, Guiraud de Saint-André, prieur en 1 170, avait été auparavant trésorier de l'Hôpital de Jérusalem ; Odin Rollant, prieur en 1 177, avait été plusieurs fois commandeur ou châtelain en Terre Sainte, et notamment à Jérusalem. Il faut attendre ensuite 1 231 pour retrouver un prieur, Bertrand de Comps, dont la présence en Orient soit bien attestée. Mais c'est surtout les deux derniers de nos 28 prieurs, Féraud de Barras et Guillaume de Villaret, qui se distinguent par l'exercice de fonctions importantes en Orient : le premier avait été châtelain en Arménie, commandeur d'Antioche et maréchal de l'Ordre ; le second était drapier de l'Ordre lorsqu'il fut nommé au prieuré de Saint-Gilles.
 
Si nous considérons la suite de la carrière de nos prieurs, nous pouvons en écarter d'emblée deux dont nous savons qu'ils sont morts en charge (133), et 8 autres dont nous ne savons rien(134). Une présence ultérieure dans le midi de la France est attestée pour 7 anciens prieurs : 4 d'entre eux étaient déjà dans la région avant leur entrée en fonctions, et la carrière antérieure des 3 autres nous est inconnue ; au moins 6 d'entre eux ont été responsables de commanderies (135). 4 autres prieurs de Saint-Gilles ont été ultérieurement à la tête d'autres prieurés d'Europe : Oger en "France" (c'est-à-dire en France du nord), Pierre de Faucon en Hongrie, Hugues d'Arlenc en Lombardie et Bertrand de Barre en Auvergne (136).
 
Une présence ultérieure en Orient est signalée dans 11 cas (137). Il est souvent question chez Raybaud de prieurs cessant leurs fonctions parce que "rappelés" à Jérusalem ou à Acre. On voit en effet un Raymond de Saint-Michel, encore prieur à Saint-Gilles en 1 177 et commandeur à Jérusalem l'année suivante ; un Bermond de Luzenson, prieur en 1 213 et présent en Arménie en avril 1 214 ; un Martin d'Andos présent à Acre en 1 217, après avoir été prieur jusqu'en 1 215. Dans 4 cas néanmoins (138), le "rappel" à Jérusalem ou à Acre allégué par Raybaud est une pure supposition (peut-être inspiré d'usages ultérieurs), qui ne fait que voiler un vide documentaire. Il reste donc 7 prieurs dont la présence en Orient est bien attestée. Certains y ont été commandeur ou châtelain, ainsi Aimon (139) à Giblet (à moins qu'il ne s'agisse d'un homonyme), Raymond de Saint-Michel à Jérusalem, Bertrand de Comps à Margat. 2 prieurs de Saint-Gilles en exercice ont été élus maitres de l'Ordre : Ermengaud d'Aspe en 1 187 et Guillaume de Villaret en 1 296. Bertrand de Comps, après avoir été châtelain de Margat, est aussi devenu maitre en 1 236.
 
En regroupant l'ensemble de ces données, on voit se dessiner des "profils de carrière" très différents. Certains prieurs paraissent avoir fait toute leur carrière dans le midi de la France. Le plus typique à cet égard est Segnoret, deux fois prieur de Saint-Gilles, qui par ailleurs a été une ou deux fois commandeur de chacune des maisons de Trinquetaille, Avignon, Manosque et Campagnoles (140). À l'opposé, Bertrand de Comps, neveu d'un maitre de l'Ordre, a surtout servi en Orient : on ne lui connait d'autre charge en Europe que celle de prieur de Saint-Gilles exercée pendant 3 ans. De même guillaume de Villaret a rempli des fonctions dans les instances centrales de l'Ordre aussitôt avant et après avoir été prieur de Saint-Gilles.
 
On ne voit pas se distinguer de carrière vraiment mixte. Les prieurs qui ont tenu d'autres charges importantes l'ont fait, semble-t-il soit en Europe, soit en Orient. Il ne convient certes pas de tirer des conclusions définitives d'une rapide enquête portant sur les seuls prieurs de Saint-Gilles, mais on peut néanmoins se demander s'il n'y avait pas, au niveau des responsables, un personnel d'Europe et un personnel d'Orient, et peu d'osmose entre l'un et l'autre. On en verra le signe le plus évident dans le fait qu'entre 1 188 et 1 231, sur 12 prieurs, on en trouve à peine 2 dont la présence soit attestée en Orient, et encore est-ce fugitivement.
 
L'osmose parait avoir été meilleure entre 1 172 et 1 187, au temps des prieurés de Raymond de Saint-Michel, Odin Rollant et Ermengaud d'Aspe, et surtout à partir de 1 244, avec Féraud de Barras et Guillaume de Villaret. On peut remarquer que ce sont des époques où les États chrétiens d'outre-mer ont été soumis à une très forte pression adverse et ont subi les plus graves revers. Nous signalons le fait sans chercher à l'interpréter : il faudrait pour cela mener l'enquête en Orient, et cela nous entrainerait loin.
 
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Comment nos prieurs ont-ils été désignés pour exercer leur charge ? Nous ne disposons guère sur ce point que de renseignements peu sûrs et très incomplets.
 
Les plus anciens prieurs, au début du XIIe siècle, ont pu être des frères jouissant simplement de la confiance du fondateur ou de son successeur ; peut-être ont-ils été proposés par un chapitre tenu à Saint-Gilles. En l'absence de tout document significatif, nous en sommes réduits à la pure hypothèse.
 
À partir de 1 170, il est souvent question chez Raybaud de prieurs de Saint-Gilles désignés dans un chapitre général tenu en Terre Sainte. Il semblerait que chaque chapitre général ait eu le droit de disposer de la charge ; toute désignation pouvait donc être remise en cause chaque année. En 1 244 toutefois, Féraud de Barras, si l'on en croit Raybaud, aurait été nommé pour 10 ans (141)
 
La longue distance séparant Saint-Gilles de la Terre Sainte et l'intervalle des réunions du chapitre général ont pu conjuguer leurs effets pour provoquer des vacances prolongées. Il est arrivé que le nouveau prieur se trouve en Orient au moment de son élection (142). Même hors de ce cas, les délais sont fréquents. Un lieutenant au prieuré est parfois nommé dans l'intervalle. Après la mort du prieur Bertrand de Millau, en 1 195, le lieutenant est d'abord le commandeur de Puimoisson, puis celui de Saint-Gilles, Raymond d'Aiguille, qui est finalement désigné comme prieur en 1 198. En 1 203, puis 1 215, Segnoret est d'abord lieutenant avant d'être prieur ; il ne reste pas longtemps en fonction, faisant plutôt figure d'intérimaire (143).
 
Le remplacement de Féraud de Barras, mort en 1 269, s'est fait en plusieurs étapes. Les commandeurs de la région ont d'abord élu lieutenant Béranger Monge, commandeur d'Aix et de Manosque.
Le maitre de l'Ordre confirme cette désignation et propose la succession du prieur défunt à Béranger Monge. Celui-ci ayant décliné l'offre, le maitre reporte son choix sur Guillaume de Villaret, drapier de l'Ordre, présent en terre Sainte, qu'il envoie à Saint-Gilles à l269 en qualité de lieutenant du prieuré. sa désignation ayant été ratifiée par un chapitre tenu à Acre en 1 270, Guillaume de Villaret peut alors porter le titre de prieur de Saint-Gilles (144).
 
La durée des fonctions de chaque prieur a été très variable : Guillaume de Villaret exerce les siennes pendant 27 ans, d'autres pendant seulement quelques mois ; un Pierre Borgonnon n'est attesté qu'une seule fois. À cet égard, nous pouvons distinguer deux groupes qui s'opposent nettement.
 
Les 26 premiers prieurs ici considérés, couvrent ensemble une durée à peine supérieure à un siècle, soit une moyenne théorique de 3 ans, 11 mois. la moyenne réelle est inférieure puisqu'il y a eu des vacances. Le rythme de succession a été plus rapide encore, car certains ont été prieurs plusieurs fois. Il semblerait qu'à une certaine époque le renouvellement fréquent ait été la règle : entre 1 144 et 1 147, Arnaud Messager alterne deux fois avec Aimon ; il alterne encore avec Gaucelme d'Azillan en 1 153. La durée de fonction la plus longue dans ce premier groupe a été celle de Guichard d'Aimery, attesté entre 1 154 et 1 162, soit environ 9 ans. Le prieuré de Saint-Gilles est alors un poste où l'on reste assez peu de temps. Bertrand de Millau, prieur de 1 190 à 1 195, est le seul de ce groupe, à notre connaissance, qui soit mort en fonctions.
 
Il en va tout autrement à partir de 1 244 : nommé peut-être pour 10 ans, Féraud de Barras reste prieur pendant 25 ans et meurt en fonctions. Guillaume de Villaret lui succède pendant 27 ans. À eux seuls, ces deux prieurs couvrent plus d'un demi siècle. Un tel changement est le signe d'une modification en profondeur du rôle de prieur, sur laquelle nous reviendrons;
 
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Dans quel espace s'est déployée l'activité de nos prieurs ? Nous abordons là le problème de leur compétence territoriale.
 
Avant 1 242, les prieurs Pons et Étienne Raymond que nous pensons pouvoir rattacher à Saint-Gilles avec assez de probabilité apparaissent dans des actes intéressant le Languedoc oriental, la Provence, l'Albigeois et le Rouergue. Dans la région toulousaine, en Espagne, au Portugal, en Angleterre, nous rencontrons d'autres prieurs qui semblent avoir chacun son domaine propre.
 
Des liens réguliers existent cependant entre Saint-Gilles et Toulouse. Certains frères du prieuré établi dans cette dernière ville se rendent en effet chaque année au chapitre qui se tient "dans la région de Saint-Gilles". Le fait est attesté dès 1123 (145).
 
Cette organisation des frères du midi de la France, avec un centre principal à Saint Gilles et un centre secondaire à Toulouse, délimite la zone d'influence ordinaire du prieur de Saint-Gilles. Mais cette influence a eu tendance à s'exercer largement en dehors de ces limites.
 
En raison sans doute du poids des établissements de l'Hôpital dans le midi de la France et des facilités que Saint-Gilles offrait pour les relations avec l'outremer, le prieur du lieu a été considéré comme le responsable européen le plus proche du maitre de l'Hôpital, ayant de ce fait autorité pour parler au nom de l'Ordre, même dans des régions éloignées.
 
Ainsi, entre 1 143 et 1 152, le prieur Arnaud Messager confirme un accord passé par le prieur des frères établis en Angleterre. En 1 154, dans une charte du comte de Ponthieu, le prieur Guichard Aimery est cité entre le maitre de l'Ordre Raymond du Puy et le responsable local de l'Hôpital. En 1 177, c'est Raymond de Saint-Michel qui reçoit du comte et de la comtesse de Flandre la donation d'un village en Vermandois, et vers 1 190 le prieur Oger reçoit encore des donations du duc de Bourgogne et du comte de Champagne (146). Mais c'est en Espagne que les prieurs de Saint-Gilles sont intervenus le plus fréquemment et jusqu'au début du XIIIe siècle.
 
Au début de 1 149, Arnaud Messager se trouve à Lerida, nouvellement conquise sur les musulmans. Il reçoit alors du comte de Barcelone, régent d'Aragon, une importante donation, comprenant notamment le château d'Amposte, qui va devenir le chef des possessions de l'Hôpital dans les domaines aragonais. Son successeur Gaucelme d'Azillan est à Tortose en 1 153 pour la conclusion d'un accord important avec le comte et les Templiers : l'acte lui donne le titre de "prieur de l'Hôpital de Saint-Gilles et d'Espagne". Un peu plus tard, le prieur Geoffroy de Brésil est un ancien "maitre" d'Amposte" : il reçoit en 1 166 une donation du comte d'Urgel portant sur des biens à Lerida. En 1 178, Raymond de Saint-Michel se trouve probablement à Barbastro pour recevoir une donation du roi d'Aragon (147).
 
Prieur entre 1 184 et 1 187, Ermengaud d'Aspe a d'abord été lui aussi maitre à Amposte. On a de lui plusieurs actes passés avec le roi ou la reine d'Aragon ; dans l'un d'eux, il est qualifié de "prieur de l'Hôpital à Saint-Gilles et maitre en Provence et dans tout le royaume d'Aragon". Une autre fois, il est dit "châtelain d'Amposte" bien qu'il y eût cependant à Amposte un maitre et un commandeur (148). C'est donc que, tout en étant prieur de Saint-Gilles, Ermengaud d'Aspe a exercé une autorité éminente sur tous les établissements de l'Hôpital en Aragon. Un semblable cumul se reproduira en 1205 avec le prieur aragonais Ximen de Lavata.
 
Comment interpréter cette étroite association des parties méridionale et aragonaise de l'Hôpital ? Est-elle le signe d'une vitalité supérieure de l'une ou de l'autre partie ? Est-elle la marque de l'autorité propre des prieurs, ou celle d'une certaine dépendance vis-à-vis des princes espagnols, qui sont aussi comtes de Provence ? Nous nous contenterons de poser ces questions, qui appellent sans doute des réponses nuancées et susceptibles de varier selon la date considérée. Nous observerons seulement qu'il y a eu constamment chez les Templiers, jusque vers 1 230, des "maitres de Provence et d'Aragon", qui avaient autorité sur les mêmes régions du midi de la France et d'Espagne.
 
En dépit de sa compétence territoriale très étendue et de l'autorité qui lui était reconnue, le prieur de Saint Gilles n'a jamais eu à lui tout seul la charge des établissements européens de l'ordre de Saint-Jean. Les instances centrales n'ont pas cessé d'intervenir directement en Occident, comme en témoigne notamment le voyage qui, en 1 157, conduit à Saint-Gilles le maitre de l'Hôpital Raymond du Puy (149).
 
Si le maitre de l'Ordre ne vient plus ensuite pendant longtemps en Europe, il y délègue des représentants temporaires généralement appelés "commandeurs de deçà la mer". Leur titre les assimile, quant aux prérogatives, au commandeur de Jérusalem. Ils ont autorité sur les prieurs. À partir du milieu du XIIIe siècle, on les appellera "grands commandeurs". Le premier que nous connaissions est de passage à Saint-Gilles en juin 1 164 et il y préside le chapitre. Jusqu'en 1 246, les documents nous ont conservé la trace de 6 autres "commandeurs de deçà la mer", mais il est probable qu'il y en a eu un plus grand nombre (150).
 
On voit apparaitre aussi, dans la seconde moitié du XIIe siècle, des commandeurs ayant autorité dans un pays ou une région déterminés. Ainsi, il est question vers 1 170 d'un "commandeur dans les cinq royaumes d'Espagne". En Italie, où l'Hôpital s'est développé lentement et tardivement, les responsables principaux ont d'abord porté le titre de "commandeur", sans que nous puissions dire si ce titre les assimilait aux "grands commandeurs" ou leur assignait une position inférieure à celle des prieurs. En tout cas, rien n'indique que ces responsables aient été subordonnés en aucune façon au prieur de Saint-Gilles (151).
 
La tendance au renforcement des structures de l'Ordre en Occident va amener la création de nouveaux prieurs institués sur le modèle de celui de Saint-Gilles, indépendants de lui et jouissant des mêmes prérogatives. Vers 1 178 un "prieur de France" est établi à Paris et prend en charge toute la France du nord. Ainsi partagée en deux, la France est ensuite partagée en trois par la création entre 1 233 et 1 249 d'un prieur d'Auvergne. Outre l'Auvergne, le Lyonnais et la plus grande partie du Dauphiné cessent alors de dépendre du prieur de Saint-Gilles (152).
 
Désormais, on peut parler du "prieuré" de Saint-Gilles comme d'une vaste circonscription couvrant tout le midi de la France actuelle. Celle-ci sera encore partagée par la création en 1 317, d'un "prieuré" de Toulouse indépendant de Saint-Gilles, groupant les commanderies du sud-ouest (153). Mais les limites anciennes du prieuré subsisteront jusqu'à la Révolution, en tant que limites de la "langue de Provence".
 
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Se déployant dans un espace dont le rétrécissement progressif a été plus que compensé par la multiplication du nombre des établissements, en quoi a consisté l'activité des prieurs de Saint-Gilles ? Nous n'entreprendrons pas d'examiner l'évolution de tout le prieuré jusqu'à la fin du XIIIe siècle, mais nous porterons notre attention sur les modes et moyens d'action des prieurs, et sur l'activité personnelle de certains d'entre eux.
 
Nous avons vu que les anciennes possessions de l'Hôpital dans le midi de la France étaient très disséminées. Les premiers prieurs se sont sans doute beaucoup déplacés, encore que nous n'en n'ayons pas de preuve absolue, car les actes où ils figurent ne sont généralement pas localisés. Nous sommes mieux renseignés à partir d'Arnaud Messager, que nous trouvons en Catalogne en janvier 1 149 et, semble-t-il, dans la région de Foix au mois de juillet suivant. De là, Raybaud nous le présente quittant précipitamment la "Guyenne" pour venir prendre possession de Manosque à la mort du comte de Forcalquier : même s'il n'est pas assuré, le fait est vraisemblable (154). Par la suite, nous voyons des prieurs conclure des actes en Albigeois, en Catalogne, accompagner le maitre de l'Ordre dans la région de Lyon en 1 158, se rendre en Bourgogne en 1 180. Ils se rendent aussi plusieurs fois à Manosque où, en 1 207, le prieur Bermond de Luzenson établit quelque temps sa résidence (155).
 
Y avait-il des visites régulières des établissements de l'ordre ? Nous aimerions être renseignés sur le sujet, mais les documents n'en disent rien.
 
Pour communiquer avec les maisons sur lesquelles il avait autorité, le prieur disposait principalement des chapitres qui se tenaient chaque année à Saint-Gilles (156). Il est question dès 1 123 de ces réunions qui avaient lieu alors à la Pentecôte. Il n'existe pas avant le XIVe siècle de document qui nous renseigne sur leur objet, mais nous avons lieu de penser que l'on y donnait communication des lettres et instructions du maitre de l'ordre et que l'on y traitait aussi de l'affectation des frères dans les diverses maisons ou commanderies.
 
Au cours du XIIIe siècle, les chapitres ont été progressivement retardés jusque dans le courant de juillet (157). La participation des commanderies du sud-ouest était-elle insuffisante ? Toujours est-il qu'à partir de 1 253 Féraud de Barras, puis Guillaume de Villaret ont tenu régulièrement des chapitres dans la région toulousaine, le plus souvent à Fronton, le troisième dimanche après Pâques. Le prieur demeurait ensuite dans la région pendant plusieurs semaines avant de regagner Saint-Gilles pour y tenir un second chapitre (158). Guillaume de Villaret a innové en réunissant les chapitres de la partie orientale à Arles au lieu de Saint-Gilles, dès 1 270, puis à Montpellier en 1 293. La tenue du chapitre dans cette dernière ville deviendra au XIVe siècle la pratique habituelle (159).
 
Une autre nouveauté introduite par Féraud de Barras a été l'institution de lieutenants permanents du prieur. Il y en eut d'abord un dans la région toulousaine, qui était habilité à présider le chapitre annuel de la partie occidentale du prieuré en l'absence du prieur ; en 1 265 c'était le commandeur de Renneville. Il y en eut un autre en Provence à partir de 1 264, qui fut d'abord Béranger Monge, commandeur d'Aix et de Manosque. Peu après apparaissent aussi des "syndics et économes" choisis également parmi les commandeurs : il y en a un dans le diocèse de Toulouse en 1 271. L'institution parait avoir été généralisée par la création de 6 "syndics et économes" en 1 277 (160).
 
Tandis que cette ébauche d'appareil administratif commence à devenir apparente, la position du prieur se modifie en profondeur. Il n'est pas indifférent que Féraud de Barras et Guillaume de Villaret aient exercé leur charge pendant au moins un quart de siècle chacun, beaucoup plus longtemps qu'aucun de leurs prédécesseurs, après avoir rempli l'un et l'autre des fonctions dans les instances centrales de l'Ordre en Orient. Tandis que la partie orientale de l'Ordre connait une situation de plus en plus difficile, et mène un long combat de retardement qui n'empêchera pas la chute d'Acre en 1 291, suivie de la perte de toute la terre Sainte, la partie européenne de l'Ordre prend un poids de plus en plus grand. Ce que l'Ordre a de plus solide est alors dans les mains du prieur de Saint-Gilles, dont la charge devient un théâtre d'action suffisant pour des hommes entreprenants et nourrissant des ambitions
 
Cette évolution a pu se marquer par des signes extérieurs. L'entourage du prieur semble devenir plus nombreux. Depuis longtemps, celui-ci avait à sa disposition un clerc ou chapelain (161) ; plus tard il est question d'un aumônier. Vers la fin du XIIIe siècle les documents font état du "compagnon du prieur", ou de son écuyer (162). Une escorte se dessine ainsi autour d'un prieur qui se déplace continuellement.
 
Le fait que Féraud de Barras ait porté pendant plusieurs années, à partir de 1 256 environ, le titre de "grand commandeur de deçà la mer" est un autre signe de la place reconnue dans l'Ordre au prieur de Saint-Gilles. Nous ne savons pas si le titre était purement honorifique, ou s'il impliquait des responsabilités supplémentaires, car Barras n'a pas cessé d'exercer ses fonctions de prieur (163).
 
Même s'il n'y avait pas exactement cumul, nous n'en sommes pas moins à une époque où les conceptions évoluent, où l'on voit par exemple un Béranger Monge tenir à la fois les deux plus importantes commanderies provençales. On ne parle pas encore des "chambres", ces commanderies que les prieurs seront autorisés à laisser sans titulaire pour s'en réserver les revenus, mais il en sera question dès les toutes premières années du XIVe siècle, Guillaume de Villaret étant maitre de l'Ordre (164).
 
Avec Féraud de Barras, et surtout Guillaume de Villaret, les relations avec les pouvoirs et les princes prennent de plus en plus d'importance.
 
Le fait n'est pas entièrement nouveau. En 1 205, le prieur Lavata, pendant la petite année où il a été à Saint-Gilles, s'est occupé des affaires du roi d'Aragon. En 1 208, Pierre de Faucon est allé à Rome plaider la cause du comte Raymond VI. De telles missions étaient exceptionnelles, Féraud de Barras n'en accomplit pas de semblables mais lorsque le maitre de l'Ordre le convoque à Acre, il va trouver à Pérouse le pape Clément IV, ancien archevêque de Narbonne et Saint-Gillois d'origine, qui le dispense de s'y rendre (165).
 
Guillaume de Villaret est lui aussi en relations étroites avec le nouveau pape Grégoire X, qu'il avait probablement rencontré lorsqu'il était encore en Terre Sainte. Celui-ci le charge d'assister à la remise du Venaissin au Saint-Siège, tâche dont il s'acquitte dans la première quinzaine de février 1 274 (166). Le pape se trouvait alors à Lyon où il avait convoqué un concile général. Il est très probable que Villaret s'y est rendu, et il se pourrait qu'il y ait représenté le maitre de l'Ordre (167). Le 17 avril Grégoire X lui confie le gouvernement du Venaissin, faisant de lui le premier "recteur" de ce pays. Il prend alors résidence soit à Pernes, soit chez les Hospitaliers de la maison de l'Arc d'Orange, dont le commandeur exerce la charge de sénéchal du Venaissin (168).
 
Villaret n'en continue pas moins ses pérégrinations, puisqu'on le retrouve à Toulouse en septembre 1 274, à Fronton au début de 1 276. Mais voici que le comte de Provence et roi de Sicile, Charles d'Anjou, réclame ses services et en fait son conseiller, obligé de résider à Aix, avec l'agrément du pape. Villaret fait aussi partie de la commission chargée des affaires de la ville d'Arles (169). On peut se demander s'il lui restait beaucoup de temps pour se consacrer aux affaires de son prieuré.
 
Lorsque Charles d'Anjou meurt en 1 285, son fils Charles II est prisonnier du roi d'Aragon. Villaret continue ses fonctions de conseiller, plus absorbantes encore qu'auparavant. Et son lieutenant en Provence, Béranger Monge, commandeur d'Aix et Manosque, est lui aussi conseiller du prince (170).
 
En 1 288, Villaret s'occupe des intérêts essentiels de l'Hôpital en prenant la direction d'une ambassade chargée d'aller demander au pape des secours pour la Terre Sainte. Il a alors abandonné depuis quelque temps le gouvernement du Venaissin, mais il continue à servir Charles II qu'il accueille après sa libération à Marseille, à la fin octobre. Il l'accompagne en Catalogne l'année suivante, puis participe à des conférences à Perpignan, Montpellier et Tarascon, jusqu'au printemps de 1 291 (171). La proximité de Saint-Gilles lui a peut-être permis alors de veiller personnellement aux affaires de son prieuré.
 
Ayant été élu maitre de l'Hôpital en 1 296, Guillaume de Villaret se consacre principalement aux affaires générales de l'Ordre. peut-être s'occupe-t-il alors plus qu'avant du prieuré de Saint-Gilles, qu'il a confié aux soins d'un lieutenant, mais dans les limites duquel il continue à résider presque constamment pendant quatre ans. En 1 300 seulement, il se décide à gagner Chypre, où les Hospitaliers d'Orient se sont repliés dans une situation précaire après la chute d'Acre. Le chapitre général qui se tient après son arrivée lui désigne enfin un successeur au prieuré de Saint-Gilles qu'il avait en fait gouverné pendant plus de trente ans. Cela ne l'empêche pas de revenir dans le midi de la France en 1 302, et d'y séjourner encore plusieurs mois (172).
 
Le priorat de Guillaume de Villaret a préparé ou inauguré une époque où le centre de l'Ordre de Saint-Jean est moins à Rhodes qu'au bord du Rhône. La tendance apparue alors a été puissamment renforcée par l'installation des papes à Avignon. Durant le XIVe siècle, le prieur de Saint-Gilles tient une place particulièrement importante au sein de l'Ordre. Il est remarquable que parmi les 8 maitres de l'Hôpital qui ont succédé à Guillaume de Villaret jusqu'en 1 396, 4 aient été d'anciens prieurs de Saint-Gilles (173). Il est seulement arrivé que le prieur fût quelque peu éclipsé quand le grand-maitre fixait pour longtemps sa résidence à Avignon, ce que fit pendant 12 ans Hélion de Villeneuve, et Juan Fernandez de Heredia pendant 14 ans.
 
L'importance de la fonction de prieur de Saint-Gilles ne doit plus rien alors à la localité que désigne son titre. Depuis que les comtes de Toulouse en ont été éloignés par force, celle-ci a perdu tout contact avec le pouvoir. Attirés dans l'orbite des puissances, les prieurs sont moins à Saint-Gilles qu'à Aix, Toulouse ou Avignon. Plutôt que dans une localité stagnante, bientôt déclinante, ils réunissent leur chapitre à Arles ou à Montpellier
Les guerres religieuses du XVIe siècle mèneront cette évolution à son terme. La maison de Saint-Gilles ayant été détruite en 1 562, Arles devient la résidence ordinaire du prieur. Un acte de 1 615 officialise le transfert. En 1 669 le chapitre prieural, observant que le prieur ne possède aucune juridiction dans Saint-Gilles, émet le vœu qu'il porte désormais le titre de "prieur de Provence" (174). Cette proposition n'ayant pas eu de suite, le prieur a gardé jusqu'à la Révolution son titre primitif, comme un lointain écho de l'époque glorieuse de Raymond de Saint-Gilles et de la première croisade.
 
NOTES
 
(1) J. Raybaud, Histoire des grands prieurs et du prieuré de Saint-Gilles, publiée par l'abbé C. Nicolas, Nîmes, 1 904-1 905, 2 vol.
 
(2) G. Gangneux, Économie et société en France méridionale, XVIIe-XVIIIe siècles. Les grands prieurés de Saint-Gilles et de Toulouse (Langue de Provence) de l'Ordre de Malte, Lille, 1 973, 2 vol. multigr.
 
(3) Cartulaire général des Hospitaliers de S. Jean de Jérusalem (1 100-1 310) par J. Delaville le Roulx, Paris, 1 894-1 906, 4 vol. in-fol.
 
(4) Cf. D. Le Blevec Aux origines des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem : Gérard dit "Tenque" et l'établissement de l'Ordre dans le Midi, dans Annales du Midi, t. 89 (1 977), p. 137-151
 
(5) Raybaud, op. cit. I p. 12-13 ; P. Guillaume, Origine des chevaliers de Malte et rôle des donations dans la commanderie de Gap (XIe-XIIe s.), Paris 1881, 34 p. . E. Cabié, Sur trois chartes albigeoises concernant les origines de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, dans Annales du Midi, t. 3 (1 891), p. 145-148 ; communication de M.G Giordanengo au colloque Guillaume de Villaret
 
(6) En qualifiant le bienheureux Géraud de "fondateur de l'Hôpital", nous voulons dire seulement qu'il est à l'origine de l'ordre des Hospitaliers. Sur la fondation même de l'hospice ou hôpital de Jérusalem, cf. D. Le Blevec, art. cit., p. 140-141
 
(7) Raybaud, I, p. 17-25, 34
 
(8) Cf. ci-dessous
 
(9) Cartulaire général, I, n° 30
 
(10) Cartulaire général, I, n° 3
 
(11) Cartulaire général, I, n° 72, 74
 
(12) Cartulaire général, I, N° 24, 33 ; Cartulaire de Trinquetaille, éd. P. Amargier, Aix-en-Provence, 1 972, n° 260, 261
 
(13) Raybaud, I, p. 33
 
(14) Cartulaire général, I, n° 6
 
(15) Cartulaire général, I, n° 15
 
(16) Cartulaire général, I, n° 54. Cf. E. Cabié art. cit. dans Annales du Midi, t. 3 (1 891), p. 156
 
(17) Arch. dép. des Bouches-du-Rhône, 56 H 4 505. L'interprétation que nous donnons de cet acte diffère de celles qui ont été avancées par Raybaud, I, p. 29, et par Delaville le Roulx, Cartulaire général, I, n° 37 (où l'acte est analysé, mais non publié).
 
(18) Il y avait en outre deux responsables locaux nommés Pierre et Bernard que l'acte qualifie de bayles (bajulis).
 
(19) Cartulaire général, I, n° 50
 
(20) Arch. dép. des Bouches-du-Rhône, 56 H 3217, fol. 73 ; Cartulaire général, I, n° 42. Le texte publié dans Cartulaire de Trinquetaille, n° 257, est incomplet ; la restitution du nom Petro pour le prieur ne nous parait pas acceptable.
 
(21) Cartulaire général, I, n° 64 à 67 ; Cartulaire de Trinquetaille, n° 2 (=264), 3 (=271), 4, 270, 275.
 
(22) Cartulaire de Trinquetaille, n° 274, 277 ; cf. n° 268, 273, 276.
 
(23) Raybaud, I, p. 33 ; Cartulaire général, I, n° 42, 56.
 
(24)Cartulaire général, I, n° 57, 63, 69.
 
(25) Cartulaire général, I, n° 6, p. 11.
 
(26) Sur la distinction du prieur Géraud et du fondateur, v. les remarques présentées par E. Cabié, art. cit. dans Annales du Midi, t. 3 (1 891), p. 151, note.
 
(27) Cartulaire général, I, n° 9, 18, 52.
 
(28) Raybaud, I. p. 36.
 
(29) Cartulaire général, I, n° 18.
 
(30) Raybaud, I, p. 46, 49, 55 ; Cartulaire général, I, n° 56. On lit aussi dans une donation faite à Nébian (près de Clermont-l'Hérault) en 1 147 : Tunc dominabatur Arnaldus, prior ospitalis Sancti Egidii, et Bernardus de Podio Sivrano, quod adunabat elemosinas pauperum (Arch. dép. des Bouches-du-Rhône, 56 H 4342).
 
(31) Cartulaire général, I, n° 33 ; Cartulaire de Trinquetaille, n° 261
 
(32) Cartulaire général, I n° 24 ; Cartulaire de Trinquetaille, n° 260 ; Raybaud, I, p. 28, 29, 48.
 
(33) Arch. dép. des Bouches-du-Rhône, 56 H 4382 : parmi les témoins de la donation de Béatrice de Roset, on trouve mention de Stephanus Raimundi ainsi que de Arnaldus Nuncius, sans doute Arnaud Messager, futur prieur de Saint-Gilles. Selon Raybaud, I, p. 48, Étienne Raymond était prêtre et natif de la ville de Gap. mais il y avait aussi un prêtre Étienne plusieurs fois mentionné dans le rôle, attaché à l'église Saint-Martin de Gap dès les premières années du XIIe siècle, qui répondait au nom d'Étienne Samuel.
 
(34) Cartulaire général, I, n° 42, 87 ; Cartulaire de Trinquetaille, n° 124, 257, 258.
 
(35) Arch. mun. d'Arles, GG 89, fol. 184. Cf. L'Authentique de la maison de l'Hôpital du grand-prieuré de Saint-Gilles. Inventaire analytique.., par le baron du Roure, Paris, 1891 (tiré à part de la Revue historique de Provence), p. 40, n° 365. Nous utiliserons les numéros de l'inventaire du baron du Roure pour désigner ci-après les actes du cartulaire ou Authentique de l'Hôpital de Saint-Gilles, sans préciser, sauf exception les numéros des folios du document original des Archives d'Arles.
 
(36) Cartulaire de Trinquetaille, n° 29 (=279), 30 (=287), 280.
 
(37) Arch. dép. des Bouches-du-Rhône, 56 H 4920, n° 30 : ... in manu domini Aimonis, hospitalis sancti Egidii prioris, anno dominice incarnationis m° c°ii° sic, indicione vj, v°k octobris. L'acte est du 27 septembre 1 142, la sixième année de l'indiction ayant commencé le 1er ou le 24 septembre précédent (cf. Raybaud, I, p. 50).
 
(38) Cartulaire de Trinquetaille, n° 31 (=277), etc.
 
(39) Cartulaire général, I, n° 69
 
(40) E. Cabié, art. cité, dans Annales du Midi, t. 3 (1891), p. 152,156.
 
(41) Cartulaire général, I, n° 17 ; E. Cabié, art. cité, p. 152.
 
(42) Arch. dép. des Bouches-du-Rhône, 56 H 4920.
 
(43) Cartulaire de Trinquetaille, n° 110, où il est question d'un "chapitre commun des frères de Saint-Gilles et de Saint-Thomas de Trinquetaille".
 
(44) Raybaud, I, p. 20, 34.
 
(45) Devic et Vaissete, Histoire générale de Languedoc, in-8°, III, p. 350 ; V, col. 532 ; E. Magnou-Nortier, La société laïque et l'Église dans la province ecclésiastique de Narbonne (zone cispyrénéenne) de la fin du VIIIe à la fin du XIe siècle, Toulouse, 1974, p. 504-509.
 
(46) Ed. J. Vielliard (5e éd. Mâcon, 1978), p. 36-47.
 
(47) D. Le Blevec, art. cité, dans Annales du Midi, t. 89 (1977), p. 140-141.
 
(48) Cf. L. et J. Hill, Raymond IV de Saint-Gilles, Toulouse, 1959, XXII-143 p. Sur l'existence controversée d'un "comté de Saint-Gilles, cf. Hist. gén. de Languedoc, III, p. 180, 297, 338 ; IV, p. 75 ; XII, p. 271.
 
(49) Hist. gén. de Languedoc, III, p. 488, 492 ; V, col. 743 ; E. Magnou-Nortier, op. cité, p. 508.
 
(50) La course poursuite entrecoupée d'embuscades à laquelle se livrèrent autour du delta en 1 165 les navires pisans et génois illustre de manière spectaculaire les conditions de la navigation fluviale dans la région. Cf. Hist. gén. de Languedoc, VI, p. 14-17.
 
(51) Cf. Les coutumes de Saint-Gilles (XIIe-XIVe siècles), éd. Bligny-Bondurand, Paris, 1 915, p. 151, 159 etc.
 
(52) Le cours ancien du Petit-Rhône coïncide avec la limite interdépartementale jusqu'au-delà de Peccais ; on le retrouve ensuite dans le Rhône-mort. Il débouchait alors, par le grau de la chèvre, dans l'étang du Repaus, lequel était en communication avec la mer. Mais l'accès à la pleine mer se faisait vraisemblablement par le grau de la Croisette, à la limite actuelle des départements du Gard et de l'Hérault. Cf. G. Denizot, Le rivage de Provence et de Languedoc au temps des Ligures, dans Revue d'études ligures, t. 25 (1959), p. 54-65.
 
(53) Les coutumes de Saint-Gilles, p. 46-49
 
(54) G. Denizot, art. cité, p. 56. Cf. Catalogue de l'exposition de l'Association d'histoire, d'archéologie et de sauvegarde de Saint-Gilles : "Hypothèse, stimulant et danger en histoire", 1 983, multigr. p. 11-12.
 
(55) Au sujet du cours supérieur du Petit-Rhône, G. Denizot indique : "La bifurcation devant Arles apparait comme étant de toute Antiquité" (p. 55 ; "...son départ, par le cours d'Argence, apparait fort antérieur à la romaine Arelate" (p. 56). Le même auteur considère "comme étant aussi un fait ancien" la capture qui a dévié le fleuve entre la Fosse et Albaron (ibid.).
 
(56) Le récit de l'assassinat du légat Pierre de Castelnau, en 1 208, nous le montre, avec son collègue, obligé "de s'arrêter et de coucher dans une hôtellerie, sur les bords du Rhône, à l'endroit du passage". C'est le lendemain, alors qu'"ils se disposaient à passer le fleuve", que le légat fut assassiné. (Hist. gén. de Languedoc, VI p. 262).
 
(57) Goiffon, Saint-Gilles, son abbaye, sa paroisse, son grand-prieuré, Nîmes, 1882, p. 53 et suiv. ; J.P. Poly, La Provence et la société féodale (879-1 166), Paris, 1976, p. 279-280.
 
(58) Hist. gén. de Languedoc, III, p. 654 ; V, col. 901 ; VI, p. 171, 188 ; Goiffon, op. cité p. 60, 64, 68-69
 
(59) E.G. Léonard, Catalogue des actes des comtes de Toulouse, III, Raymond V (1 149-1 194), Paris, 1932, p. XXVI-XXVII, XLIII-LII.
 
(60) On remarque toutefois en 1 146 une donation d'Alphonse-Jourdain aux Hospitaliers de Toulouse (Delaville le Roulx, Cartulaire général, I, n° 169) et déjà en 1 134 un privilège accordé aux Templiers (Arch. mun. d'Arles, GG 90, fol. 187 v°).
 
(61) Du Roure, n° 241, 242, 318 à 320 et 364 ; Léonard, n° 11, 12, 36, 84, 85, 118.
 
(62) Hist. gén. de Languedoc, VI, p. 268 ; Raybaud, I, p. 111.
 
(63) E. Delaruelle, Templiers et Hospitaliers en Languedoc pendant la croisade des Albigeois, dans Paix de Dieu et guerre sainte en Languedoc au XIIIe siècle, Toulouse, 1969) (Cahiers de Fanjeaux, 4), p. 315-334.
 
(64) Hist. gén. de Languedoc, VI, p. 521, 548 ; Raybaud, I, p. 127, 129 ; Delaruelle, art. cité, p. 328-330.
 
(65) Outre des libéralités remarquables, telle la donation de Puymoisson, et des concessions de privilèges importants, nous pouvons signaler que les comtes Béranger-Raymond et Alphonse II étaient ensevelis chez les Hospitaliers à Trinquetaille et à Saint-Jean d'Aix, et que le comte Sanche s'était affilié à l'Hôpital à Cavaillon en 1 196. Cf. Raybaud, I, p. 53, 101, 114.
 
(66) Arch. dép. des Bouches-du-Rhône, 56 H 4 101, 4 102, 4 106 ; du Roure, n° 38.
 
(67) Arch. dép. des Bouches-du-Rhône, 56 H 4 102 ; Raybaud, I, p. 131.
 
(68) A. Gouron, Diffusion des consulats méridionaux et expansion du droit romain aux XIIe et XIIIe siècles, dans Bibliothèque de l'École des chartes, t. 121 (1 964), p. 26-76. Cf. E. Bligny-Bondurand, Les coutumes de Saint-Gilles, p. 32.
 
(69) Hist. gén. de Languedoc, VI, p. 15 ; Histoire du Languedoc, Toulouse, 1967, p. 151 ; J.-P. Poly, La Provence et la société féodale, p. 227 et 231, où il faut noter que c'est aux Templiers que l'abbé de Saint-Gilles a accordé la dispense de sestaralage signalée en 1 139 ; si les Hospitaliers ont peut-être bénéficié d'une semblable faveur, il n'en reste pas de trace.
 
(70) V.-L. Bourrilly, Essai sur l'histoire politique de la commune de Marseille des origines à la victoire de Charles d'Anjou (1 264), Aix-en-Provence, 1 925, p. 247, 250, 253.
 
(71) Arch. nat., J 304 ; A. Teulet, Layettes du Trésor des chartes, I, Paris, 1863, in-4°, p. 119.
 
(72) E. Bligny-Bondurand, Les coutumes de Saint-Gilles, p. 35-38 ; R. Victor-Jéolas, Saint-Gilles. Notes historiques et archéologiques, Nîmes, s.d., p. 35. la liste des paroisses est attestée en 1 231, et déjà en 1 170 (Arch. mun. d'Arles, GG 89, fol. 143 v°).
 
(73) R. Michel, L'administration royale dans la sénéchaussée de Beaucaire au temps de saint Louis, Paris, 1 910, p. 24. L'acte cité plus haut d'octobre 1 178 laissait supposer une alliance de fait entre le pouvoir comtal et le consulat. Il est remarquable que l'un et l'autre aient été éliminés presque simultanément, laissant tout le champ libre à l'abbé de Saint-Gilles.
 
(74) Carte du site en 1785 : Arch. nat, NII Gard I. Plan des bâtiments en 1720 : Arch dép; des Bouches-du-Rhône, Fi 28, publié par C. Nicolas dans J. Raybaud, op. cité, II, hors texte). D'après ce plan , l'entrée ne se faisait pas du côté de la chaussée du port, mais à l'est, du côté de la roubine.
 
(75) Du Roure, n° 365, 273 (date à corriger), 267.
 
(76) Du Roure, n° 344 ; Arch. mun. d'Arles, GG 90, fol. 1-2 v° ; Raybaud, II, p. 277, 285.
 
(77) Arch. dép. des Bouches-du-Rhône, 56 H 4 101 ; Raybaud, I, p. 65.
 
(78) Arch. mun. d'Arles, GG 89, fol. 119 : ... Guitberti, preceptoris domus Hospitalis (septembre 1 158). Cf. Du Roure, n° 242.
 
(79) J. Delaville le Roulx, Les archives, la bibliothèque et le trésor de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Malte, Paris, 1883, p. 211, 216. On trouve aussi un commandeur dès 1157 à Amposte en Catalogne : ...Gaufredi, magistri Emposte, ac Petri Autendi, ejusdem domus comendatoris (Cartulaire général, I, n° 329). L'emploi précoce du terme commendator, attesté encore entre 1 162 et 1 168 à Saint-Gilles et Trinquetaille (cf. Cartulaire de Trinquetaille, n° 17, 88, 104) permet de voir dans le vocable "commandeur" le terme de la langue usuelle parlée, et dans le terme preceptor sa traduction latine de formation savante.
 
(80) Raybaud, I, p. 67. Le responsable de la maison de Toulouse, tout en ayant des pouvoirs équivalents à ceux des commandeurs, a continué à porter habituellement le titre de prieur, dont nous avons vu qu'il le possédait anciennement (malgré Raybaud, I, p. 62).
 
(81) Cartulaire de Trinquetaille, n° 88 et n° 23, 41, 59, 148. Les vocables anciens ont continué à être employés les années suivantes : ibid., n° 37, 54, 143.
 
(82) F. Reynaud, La commanderie de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem...à Manosque, Gap, 1 981, p. 199 ; Du Roure, n° 143, 364. On rencontre aussi dès 1 180 un commandeur de Nice : Petro de Rognonaz, commendatore Hospitalis civitatis Nice (Arch. dép. des Bouches-du- Rhône, 56 H 4627). L'enquête demanderait à être élargie.
 
(83) Arch. mun. d'Arles, GG 89. Cf. ci-dessus, note 35.
 
(84) Non seulement le delta de Camargue proprement dit, mais aussi toute la plaine du Bas-Rhône qui l'environne.
 
(85) G. Denizot, art. cité, dans Revue d'études ligures, t. 25 (1 959), p. 38-44 ; J.-P. Poly, La Provence et la société féodale, p. 215. L. Stouff, Arles et le Rhône à la fin du Moyen-Âge. Les levées et le port, dans Provence historique, t. 32 (1 982), p. 17-18
 
(86) Cf. G. Duby, L'économie rurale et la vie des campagnes dans l'Occident médiéval, Paris, 1 962, p. 145, 168.
 
(87) Nous laissons de côté pour ne étendre exagérément la présente étude, l'aspect financier des acquisitions faites par les Hospitaliers de Saint-Gilles. Ajoutons que ceux-ci étaient possesseurs non seulement de terres mais aussi de canaux (cf. du Roure, n° 24, 73), de maisons, jusqu'à Beaucaire et à "Sainte-Marie de la Mer" (n° 266, 269), de revenus divers, cens, droits seigneuriaux, etc.
 
(88) Dans la commune actuelle de Beaucaire.
 
(89) Du Roure, n° 241, 242 ; Léonard, n° 11, 12.
 
(90) Du Roure, n° 139, 231, 243, 268, etc.
 
(91) Ce commandeur s'appelait Raymond Malnourri, mais à partir de 1 200, il est dénommé presque constamment Raymond Biennourri. Une dualité de personnes est improbable.
 
(92) V. aussi : Arch. dép. des Bouches-du-Rhône, 56 H 4 119 à 4 124
 
(93) 56 H 4 106 ; Du Roure, n° 300 (=301).
 
(94) 56 H 4 102.
 
(95) Le quartum et le decimum correspondent vraisemblablement à la tassa et à la decima signalées en Camargue (où la decima était différente de la dîme ecclésiastique) Cf. M. Aurell i Cardona, La famille Porcelet et l'aristocratie provençale (972-1 320), thèse de 3e cycle, Aix-en-Provence, 1 983, I, p. 168-169.
 
(96) Dans l'acte passé avec l'abbé de Saint-Gilles en décembre 1 173 (cf. ci-dessus) il était question d'un "plan" et d'un immeuble (stare Petri Arberti), affectés respectivement de 2 sous et de 12 deniers de cens. Ces deux biens se retrouvent à la fin de l'acte de 1 174; le "plan" étant appelé ici platea Pharaoni.
 
(97) Les noms de certains anciens possesseurs renvoient à des lieux-dits situés sur le plateau (Sieure, Estagel, Sainte-Colombe), mais rien ne dit que les biens en question se trouvaient au même endroit. Quant au terroir d'Espeyran, il s'étend aujourd'hui à la fois sur le plateau et dans les marais, mais nous ne connaissons pas ses limites anciennes.
 
(98) Arch. dép. des Bouches-du-Rhône, 56 H 4 106) ; Du Roure, n° 38 (fol. 16 v°)
 
(99) 56 H 4 370.
 
(100) Cartulaire de Trinquetaille, n° 28 (=274), 31 (= 277).
 
(101 Du Roure, n° 58 à 88
 
(102) Du Roure, n° 53 à 57, 89, 98 à 106, 304, 346, 360.
 
(103) Du Roure, n° 340, 341.
 
(104) Arch. dép. des Bouches du Rhône, 56 H 4 148.
 
(105) Cf. Aurell i Cardona, op. cité, II, n° 169, 173, 193, 196, 203, 205.
 
(106) Arch. dép. des Bouches du Rhône, 56 H 3,fol. 53,68 ; 56 H 4 107 ; Du Roure, n° 34, 35.
 
(107) 56 H 4 109 ; Du Roure, n° 1, 2 etc ; Le terroir de l'Iscle prit par la suite le nom de Canavère.
 
(108) 56 H 4 107.
 
(109) Du Roure, n° 267, 278.
 
(110) Du Roure, n° 288, 344, 360, 367, etc.
 
(111) Du Roure, n° 23, 212, 288, 364, etc.
 
(112) Du Roure, n° 78, 272.
 
(113) Cartulaire de Trinquetaille, n° 124.
 
(114) Arch. dép. des Bouches du Rhône, 56 H 4 920 ; Cartulaire général, I, n° 178.
 
(115) Du Roure, n° 114, 354, 368. Le nom d'Étienne Isnel se rencontre jusqu'en 1 190 (ibid., n° 267) lais il pourrait s'agir alors d'un homonyme.
 
(116) Arch. dép. des Bouches du Rhône, 56 H 4 148, 4 154. L'acte de la donation de 1 257, comprenant notamment les revenus des pêcheries de l'étang de Coute, dans le marais de l'Iscle, n'existe qu'en copie. Son authenticité a été mise en doute par Raybaud, I, p. 307.
 
(117) Du Roure, n° 79;
 
(118) Cartulaire de Trinquetaille, n° 110 ; Raybaud, I, p. 79 ; Du Roure n° 270.
 
(119) Cf. ci-dessus.
 
(120) Borgonnon, Saint-André, Saint-Michel, Segnoret, Faucon, Manuel, Comps, Barras.
 
(121) Azillan, Aimery, Millau, Aguille, Luzenson, Homps (ou Olms), Barre, Villaret.
 
(122) Caste (dit de Murol), Arlenc
 
(123) Ermengaud d'Aspe
 
(124) Lavata, Olivella, Andos, Meserata.
 
(125) Caste, Manuel. Cf. Raybaud, I, p. 77, 127.
 
(126) Delaville le Roulx, Cartulaire général, I, p. cxxxvii.
 
(127) Sur la famille de Guillaume de Villaret, cf. Raybaud, I, p. 185, 222-223, 226. On peut se demander si elle ne tirerait pas son nom (à moins qu'elle ne lui ait donné son nom) du hameau dit "Le Villaret", tout proche du village de Sainte-Colombe-de-Peyre (Lozère, canton d'Aumont-Aubrac) mentionné dans un acte de 1 302 (ibid., p. 222 ; Arch. dép. des Bouches du Rhône, 56 H 4 462).
 
(128) On conservera néanmoins un doute au sujet d'Ermengaud d'Aspe, et d'Emmanuel (ou Manuel) en dépit des origines béarnaise et provençale que leur attribue Raybaud : le premier a d'abord été "maitre" à Amposte ; le second porte un nom que l'on rencontre plutôt en Espagne qu'en Provence.
 
(129) Les conclusions que nous avançons reposent sur les sources suivantes : Raybaud, op. cité ; Delaville le Roulx, Les archives, la bibliothèque et le trésor de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Malte, Paris 1 983 ; du même, Cartulaire général des Hospitaliers, I ; Du Roure, l'Authentique de la maison de l'Hôpital du grand-prieuré de Saint-Gilles ; P. Amargier, Cartulaire de Trinquetaille ; Communication de D. Le Blevec au colloque "Guillaume de Villaret".
 
(130) Caste, Oger, Olivella, Faucon, Manuel, Barre.
 
(131) Aimon, Messager, Aimery, Borgonnon, Saint-Michel, Millau, Aguille (Saint-Gilles), Segnoret (Trinquetaille), Lavata, Luzenson (Trinquetaille), Andos (Manosque), Arlenc (Trinquetaille, Saint-Gilles), Meserata (Saint-Gilles).
 
(132) Borgonnon, Saint-André, Saint-Michel, Rollant, Arlenc, Comps, Barras, Villaret.
 
(133) Millau, Barras.
 
(134) Messager, Borgonnon, Saint-André, Caste, Rollant, Lavata, Manuel, Meserata.
 
(135) Azillan, Aimery (Raissac), Segnoret (Trinquetaille, Manosque, Avignon, Campagnoles), Olivella (Saint-Gilles), Luzenson (Manosque, Avignon, Trinquetaille), Andos (Montpellier), Homps (Rouergue).
 
(136) Le "maitre de l'Hôpital en Bourgogne" nommé Seignoret, mentionné dans Delaville le Roulx, Cartulaire général, II, p. 392, pourrait être l'ancien prieur de Saint-Gilles de ce nom.
 
(137) Aimon, Aimery, Brésil, Saint-Michel, Aspe, Aguille, Faucon, Luzenson, Andos, Comps, Villaret.
 
(138) Aimery, Brésil, Aguile, Faucon
 
(139) Aimon, prieur dès 1 142, s'est rendu en Terre Sainte en 1 143 ; il est le seul prieur de Saint-Gilles à être mentionné avec son titre dans une charte de Terre Sainte (Cartulaire général, I, n° 150). Revenu en France, il a encore été prieur jusqu'en 1 446.
 
(140) V. aussi note 136.
 
(141) Raybaud, I, p. 77, 79, 135 (à la troisième ligne, lire : "On y eslut..."), 140, 155, 185.
 
(142) Ainsi Bertrand de Comps. Raybaud, I, p. 141.
 
(143) Raybaud, I, p. 100-102, 106, 123.
 
(144) Raybaud, I, p. 171-185.
 
(145) Cf. ci-dessus.
 
(146) Cartulaire général, I, n° 149, 221, 505, 721, 888.
 
(147) Cartulaire général, I, n° 181, 220, 364, 541.
 
(148) Cartulaire général, I, n° 619, 677, 820, 822, 835.
 
(149) Cf. ci-dessus.
 
(150) Raybaud, I, p. 71, 81, 102, 107, 120, 156.
 
(151) Cartulaire général, I, p. cxi, cxxxvi.
 
(152) Cartulaire général, I, p. xlv, lxi
 
(153) Il y eut aussi de 1 317 à 1 331 un prieuré de Provence, dont le prieur fut Hélion de Villeneuve, Raybaud, p. 225, 284.
 
(154) Cartulaire général, I, n° 181, 187 ; Raybaud, I, p. 57.
 
(155) Cartulaire général, I, n° 211, 220, 541 ; Du Roure, n° 349 et p. 48 ; Raybaud, I, p. 60, 66, 86 (lire "Bourgogne" au lieu de "Bretagne"), 109, 110, 116.
 
(156) Cf. ci-dessus.
 
(157) Raybaud, I, p. 104, 143, 156, 169.
 
(158) Raybaud, I, p. 162, 165, 178.
 
(159) Raybaud, I, p. 185, 201, 204, 213, 230.
 
(160) Raybaud, I, p. 162, 174, 186, 193.
 
(161) Arch. dép. des Bouches-du-Rhône, 56 H 4 920, n° 30 (cf. ci-dessus, note p...) ; Du Roure, n° 314, 326, 336, 338, 343, 364.
 
(162) Raybaud, I, p. 145, 189, 196, 215.
 
(163) Raybaud, I, p. 165.
 
(164) Raybaud, I, p. 222, 224.
 
(165) Raybaud, I, p. 108, 111, 168, 176.
 
(166)Raybaud, I, p. 189-190. Grégoire X était en Terre Sainte en qualité de légat lorsqu'il fut élu pape le 1er septembre 1 271. Cf. M. Pacaut, Le concile de Lyon : l'évènement et sa portée, dans 1 274, année charnière, Paris, 1 977, p. 293.
 
(167) Raybaud, I, p. 190. Le maitre de l'Hôpital Hugues de Revel ne s'est pas rendu au concile de Lyon. A sa place, on trouve dans la liste des Pères la mention de fr. W. de Hospitale. Raybaud considère qu'il s'agit de Guillaume de Villaret, mais un avis différent est émis par L. Carolus-Barré, Essai de reconstitution d'une liste nominative des Pères du IIe concile de Lyon, dans 1 274, année charnière, p. 411.
 
(168) Raybaud, I, p. 190-191 ; Ch. Cottier, Notes historiques concernant les recteurs du ci-devant Comté-Venaissin, Carpentras, 1 806, p. 19, 25.
 
(169) Raybaud, I, p. 191-193.
 
(170) Raybaud, I, p. 204-205.
 
(171) Raybaud, I, p. 208-210 ; Ch. Cottier, op. cité., p. 23, 26.
 
(172) Raybaud, I, p. 215-223.
 
(173) Ou "de Provence" dans le cas de Hélion de Villeneuve, avec qui il faut citer Pierre de Corneillan, Roger de Pin, Juan Fernandez de Heredia. Trois autres grands-maitres du XIVe siècle étaient originaires des régions composant le prieuré de Saint-Gilles : Foulque de Villaret, Déodat de Gozon, Raymond Béranger.
 
(174), Raybaud, I, p. 35 ; II, p. 120, 179 ; M. Chaillan, L'ordre de Malte dans la ville d'Arles, Bergerac, 1 908, p. 14, 26, 64 ; Arch. dép. des Bouches-du-Rhône, 56 H 107, fol. 610 v°.
 
ANNEXE
 
Liste des prieurs de Saint-Gilles aux XIIe et XIIIe siècles
 
La liste ci-dessous est donnée seulement à titre de repère, et n'a pas été l'objet de recherches spéciales. Elle est proche de celle qu'a donnée le chanoine Nicolas dans son édition de L'histoire des grands-prieurs et du prieuré de Saint-Gilles de Jean Raybaud (t. I, p. 395), sauf pour la première moitié du XIIe siècle, où l'on s'en est tenu aux conclusions de l'étude présentée ci-dessus. D'autres différences proviennent du fait que nous n'avons pas suivi la tendance de Raybaud à faire se rejoindre la fin et le début des priorats successifs pour présenter une série chronologique aussi continue que possible. toutefois, le début du priorat d'Ermengaud d'Aspe a été avancé de 1 184 à 1 182, pour tenir compte d'un acte publié par Delaville le Roulx, Cartulaire général, I, n° 677.
 
Ponsvers 1 115- vers 1 120
Étienne Raymondvers 1 129
Aymon1 142-1 144, 1 146
Arnaud Messager1 143, 1 144, 1 146-1 149, 1 153
Gaucelme d'Azillan1 152-1 153
Guichard Aimery1 154-1 162
Pierre Borgonnon1 163, avril
Geoffroy de Brésil1 164-1 168
Guiraud de Saint-André1 169-1 170
Caste (dit de Murol)1 170-1 171
Raymond de Saint-Michel1 173-1 177
Odin Rollant 1 177-1 182
Ermengaud d'Aspe1 182-1 187
Oger (ou Auger)1 188-1 190
Bertrand de Millau1 191-1 193
Raymond d'Aguille(1 196) 1 198-1 202
Segnoret1 203-1 204
Ximen de Lavata1 205-1 206
Bertrand d'Olivella1 207, février
Pierre de Faucon 1 207-1 210
Bermond de Luzenson1 211-1 213
Martin d'Andos1 214-1 215
Segnoret (bis)1 215, juillet)
Bermond de Luzenson (bis)1 218
Manuel1 221-1 222
Hugues d'Arlenc1 224
Guillaume d'Homps1 224-1 230
Bertrand de Comps1 231-1 234
Arnaud de Meserata1 234-1 236
Bertrand de Barre1 239-1 242
Féraud de Barras1 245-1 269
Guillaume de Villaret1 270-1 296
 
JUAN FERNANDEZ DE HEREDIA
MAITRE DE L'ORDRE
RHODES 1 377-1 396
 
par Madame Fr. SALSONA CLIMENTE
Archives d'Aragon, Barcelone
 
L'élaboration du présent travail sur le grand-maitre de Rhodes, Juan Fernandez de Heredia, dont la vie a occupé la quasitotalité du quatorzième siècle et a été unie aux rois d'Aragon Pierre le Cérémonieux (1 336-1 387) et son fils Jean Ier (1 387-1 396), a été principalement fondée sur les études du Dr. Vives Gatell, décédé en 1 978 et par celles du professeur Luttrell, chercheur anglais.
 
Parmi les œuvres du Dr. Vives, consacrées au grand-maitre de Rhodes, son doctorat, publié en 1 927, m'a été d'une grande utilité, ainsi qu'une de ses dernières études, publiée en 1 969, dans laquelle il étudie un point très discuté de la biographie du grand-maitre, l'époque à laquelle Juan Fernandez de Heredia voulait profiter de la littérature grecque classique pour son œuvre future "La Gran Cronica d'Espanya", à laquelle nous ferons allusion.
 
Nous avons consulté les publications en anglais de N. Luttrell, ainsi que les traductions en castillan. Nous nous sommes référé à la "Gran Enciclopèdia Catalana", qui comporte 16 volumes.
 
Nous avons constaté qu'il y a trente ans d'écart entre la thèse de Vives et celle de Luttrell, "Juan Fernandez de Heredia, Castillan of Amposta (1 346-1 377), Master of the Knights of St. John at Rodes (1 377-1 396)" présentée à Oxford, 1 959.
 
Le personnage étudié est le même, mais le premier centre son étude sur l'aspect littéraire et grammatical de ses œuvres et le second s'attache plus à l'aspect économique et politique, sans oublier aussi que M. Luttrell a travaillé sur les "Greek histories translated and compiled for Juan Fernandez de Heredia".
 
Du point de vue documentaire, Vives a travaillé principalement dans les registres des Archives de la Couronne d'Aragon, dans la Bibliothèque Nationale de Madrid et la Bibliothèque de l'Escurial, alors que Luttrell a eu l'opportunité de consulter les Archives de Venise, du Vatican, de Madrid, de Barcelone, de Malte, etc.
 
Juan Fernandez de Heredia,
Commandeur d'Amposta (1 346-1 377)
 
Juan Fernandez de Heredia naquit probablement à Munébrega, au sein de la communauté de Calatayud (Aragon), dans les premières années du XIVe siècle. Il était surement le fils de Garcia Fernandez de Heredia, dont le nom apparait plusieurs fois dans les registres du roi Jacques d'Aragon et qui mourut, semble-t-il, en 1 323.
 
Son fils Juan, en 1328, était un des chevaliers de l'Ordre de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, appelés aussi chevaliers de Malte, dont la principale mission, depuis sa fondation en 1 048, était de soigner les pèlerins qui visitaient les lieux saints. Ils se transformèrent en ordre militaire en unissant aux trois règles religieuses, le fait de se défendre avec les armes des pèlerins.
 
En 1 333, Juan Fernandez de Heredia commençait sa carrière rapide, en étant nommé lieutenant de l'Ordre dans plusieurs villes d'Aragon.
 
En 1 338, le roi Pierre le Cérémonieux le prend comme conseiller et il "manœuvre" rapidement pour obtenir le poste de Commandeur d'Amposta, qu'occupait un ancien parent du roi, Sanche d'Aragon.
 
Ce dernier emprisonna Juan Fernandez de Heredia et lui interdit d'aller à Rhodes, mais le roi intervint pour lui rendre la liberté.
 
Après différentes péripéties, le décès de l'ancien parent du roi facilita les choses et, à partir de 1 347, Fernandez de Heredia apparait dans des documents comme "lieutenant du Maitre de Rhodes à Amposta". À partir de cette époque, son rôle est important, non seulement dans l'Ordre, amis aussi dans le royaume d'Aragon et à la cour pontificale.
 
Luttrell mentionne que, grâce à l'aide du roi, Fernandez de Heredia augmenta la fortune de la commanderie. une grande part de cet argent revint après à la couronne ou à lui-même ou à sa famille.
 
En 1 347-1 348, la peste noire apparut en Aragon. Les terres se dépeuplèrent et il y eut des rébellions. Comme l'écrit Luttrell, Fernandez de Heredia prit des dispositions pour retenir les paysans et éviter la dépopulation. Les Hospitaliers souffrirent moins de la peste, car ils étaient mieux alimentés que le reste de la population, ils bénéficiaient d'assistance médicale et vivaient dans des endroits isolés.
 
Fernandez de Heredia accompagna Pierre le Cérémonieux dans différentes actions militaires comme les batailles de Mislata et d'Araviana (1 359).
 
En 1 360, selon certains documents de Vives, le roi Pierre le Cérémonieux légitima quatre enfants de Fernandez de Heredia, qu'il avait eus de différentes femmes : un garçon, Jean, seigneur de Zurita, et trois filles appelées Donosa, Teresa et Tota, "fratres illegitimi...ex illicito cohitu procreati..."
 
En tant que diplomate, il fut ambassadeur de Pierre le Cérémonieux et eut des contacts avec les rois de Castille, Navarre, Angleterre et avec la cour papale. Il s'occupait de toutes sortes d'affaires, mais son rôle diminua, lorsque Benoît XIII fut élu.
 
Il se sentait déjà si attaché à la cour papale depuis 1 371 que, quand le roi d'Aragon l'appela pour la conquête de Sardaigne, Fernandez de Heredia présenta ses excuses, expliquant que le pape ne lui permettait pas d'abandonner Avignon. Il était alors général d'Avignon et du Comtat Venaissin.
 
Les relations du grand-maitre avec Jean Ier fils et successeur de Pierre le Cérémonieux n'en furent pas moins excellentes depuis qu'il était le prince héritier. Malgré la différence d'âge entre eux, leur amitié devait être très intime, à en juger par la correspondance que l'on conserve dans les registres de la Couronne d'Aragon. À partir de 1 384, le futur Jean Ier l'appelle toujours "Maitre, cher ami" ; il lui raconte ses problèmes, par exemple les désaccords entre la quatrième femme de son père, Sibila de Fortià et il lui demande des livres : "De bello gallico", "la Gran Cronica d'Espanya", El libro de los emperadores".
 
La grande inquiétude culturelle de jean Ier d'Aragon, comme celle de son père, Pierre le cérémonieux, ne peut pas nous échapper ; nous pouvons rappeler les paroles que ce dernier a adressées à l'Acropole en 1 380 : "la plus richa joya qui al monsia e tal que entre tos les reys de christians en vides le porier fer semblant" (C'est le plus beau joyau qui existe au monde et tous les rois chrétiens ne pouvaient arriver à faire une chose semblable).
 
Nous pouvons faire une halte dans la biographie de Fernandez de Heredia pour dire que le Dr. Vives, dans sa thèse de doctorat, recueille les écrits de quelques biographes de Fernandez de Heredia. Delaville le Roulx, dans "Les Hospitaliers à Rhodes jusqu'à la mort de Philibert de Nailac" (Paris, 1 913) le décrit ainsi : "Type de gentilhomme de haute naissance, du grand seigneur érudit, fastueux et dévoré d'ambition, il se révéla politique de premier ordre et fit toujours passer la politique avant tout. Il ne faut pas oublier que, pendant près d'un demi siècle, il fut l'arbitre des destinées de l'Europe chrétienne, le véritable chef de l'Église et le véritable souverain d'Aragon."
 
Bossio dans "Dell'istoria della sacra religione et illma milizia de San Giovanni Gerosolimitano" (Rome, 1 629, 2 vol. ) dit que "Et in somma fu egli istrumento mediatore et negotiatore de quasi tutte le piu importante parende, impresse e negotii ch'in tempo suo fra Sommi Pontifeci e i regi d'Aragona et di Castiglia si tractarono" (Il a été l'instrument médiateur et négociateur entre la cour pontificale et les rois d'Aragon et de Castille).
 
Physiquement, il apparait dans les miniatures des manuscrits de la Bibliothèque nationale de Madrid comme un homme à longue barbe, d'aspect imposant et d'expression intelligente.
 
À partir u moment où il a été nommé maitre de Rhodes en 1 377, commence son activité méditerranéenne. Selon Luttrell, peu après, par ordre du pape Grégoire XI, le grand-maitre partit en Épire avec une petite expédition d'Hospitaliers, mais il échoua et fut capturé à Arta par les Turcs (1 378).
 
Libéré l'année suivante, durant l'été de l'année 1 381, les Hospitaliers évacuèrent la Morée, alors que Fernandez de Heredia voulait s'établir ici ou à l'intérieur de la Grèce. En avril 1 382, Fernandez de Heredia partit de Rhodes pour aller à Avignon, où il passa le reste de ses jours, puisque lui-même et la plus grande partie des Hospitaliers appuyaient le pape d'Avignon.
 
En juin 1 382, il était dans Barcelone mais ne rendait pas visite au roi Pierre le Cérémonieux. Cependant ce dernier l'invita de nouveau. Malgré tout les divergences se creusèrent entre Fernandez de Heredia et le roi. Le grand-maitre, comme le futur Jean Ier, était partisan du pape d'Avignon et il y eut des disputes et discussions à cause du schisme et de la collecte des rentes de l'Hôpital. D'un autre côté, le roi Pierre eut une attaque de colère quand le grand-maitre obtint pour son propre neveu Garcia Fernandez de Heredia l'important évêché de Saragosse.
 
Cependant le roi, vieux et seul, avait besoin d'amis et continua à se confier à Fernandez de Heredia lui demandant des faveurs, recevant ses conseils et lui confiant ses problèmes personnels.
 
L'intérêt que portait Juan Fernandez de Heredia à la Grèce paraissait surgir de son expérience vécue là-bas (1 378-1 379), même si Vives croit que lorsqu'il y séjourna pour la première fois à Rhodes, il commençait déjà à collectionner les livres grecs et, peut-être à se procurer quelques traductions de Plutarque. Le roi lui-même voulait se cultiver et ainsi on retrouva une lettre dans laquelle il est dit qu'il avait emprunté un livre de la bibliothèque de Fernandez de Heredia.
 
Nous devons rappeler aussi les lettres déjà citées de l'infant Jean adressées au maitre, dans lesquelles on voit son gout pour la culture classique, comme s'il répondait déjà à une soif générale de la découverte du monde grec.
 
Les œuvres de Fernandez de Heredia peuvent se diviser en deux groupes : traductions et compilations.
 
Dans les traductions figurent plus ou moins les paroles qui apparaissent dans l'œuvre d'Arioso : "Libro VII de las ystorias... et alo facto translatar el muy excellent... fray Johan F. de e (Livre VII des histoires et le fait de traduire le très excellent frère Juan Fernandez de Heredia).
 
Dans les compilations, au contraire, on avait l'habitude d'écrire : "Compilada de diversos libros et ystoriales por el muy reverent en Xristo padre el senyor D. Johan Fernandez de Heredia, por la gracia de Dios, de la Santa Cas (compilée de plusieurs livres et histoires par le très révérend père en Christ seigneur D. Jean Fernandez de Heredia par la grâce de Dieu, de la Sainte Maison).
 
Fernandez de Heredia s'est servi des traductions pour les compilations, les traductions étaient ordonnées par le grand-maître à quelques collaborateurs, parmi lesquels il y avait un philosophe grec.
 
La Gran Cronica d'Espanya (1 385-1 386) est, en partie, perdue, mais quelques fragments ont été retrouvés à la Bibliothèque de Catalogne, à Barcelone, racontant les évènements jusqu'à la conquête d'Algésiras par Alphonse de Castille (1 344).
 
Il s'est aussi inspiré des "Vies parallèles" de Plutarque pour son œuvre "La chronique des conquérants", œuvre un peu postérieure et terminée dans une version aragonaise de la Chronique de Jacques Ier d'Aragon.
 
Dans les traductions, figure la "Chronique des empereurs", traduction en aragonais des quatre derniers livres de l'"Epitome Historiarum" de Jean Zouaras, qui se termine avec l'histoire de l'empereur Alexis-Comnène. Sans doute, le philosophe grec d'Avignon en a-t-il été le traducteur, aidé des collaborateurs aragonais.
 
le Dr. Vives a étudié la partie linguistique des œuvres du grand-maitre, comme on l'a fait remarquer au début de ce développement.
 
L'ORDRE ÉVANGÉLIQUE CHEVALERESQUE
DE SAINT-JEAN DE L'HÔPITAL DE JÉRUSALEM
OU JOHANNITER ORDEN
 
Henri DUBLED
 
Le rôle des ordres religieux chevaleresques dans l'histoire de l'Occident est considérable. Parmi eux, le plus influent est certainement celui des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, vivant plus que jamais sous différentes dénominations. Mon attention a depuis quelques années été attirée sur ce sujet par l'étude du fonds d'archives de la famille de Simiane et j'ai une étude qui va paraitre à Montpellier sous le titre : "Une grande famille de Provence, Les Simiane, et ses relations avec l'ordre de Rhodes et de Malte".
 
Pour ce colloque, c'est certes en qualité d'historien que Madame Mouliérac m'a demandé de prendre la parole, mais aussi comme protestant, et l'on peut se demander immédiatement quel rapport peut exister entre un protestant et l'Ordre de Malte, pilier de l'Église catholique, apostolique et romaine.
 
Mais, pour le comprendre, il faut remonter très rapidement à un lointain passé. C'est du pèlerinage à Jérusalem qu'est né l'Ordre des Hospitaliers. Il est issu précisément de la fondation, dans la ville sainte, en 1 048, par les marchands d'Amalfi, d'un hospice pour pèlerins et d'une église, Sainte-Marie latine. Peu avant la croisade qui aboutira à la prise de Jérusalem le 15 juillet 1 099, il était dirigé par Gérard Tenque, d'Amalfi ou de Martigues, membre d'une noble famille. Le 11 février 1 113, les moines desservant l'établissement abandonnent la règle bénédictine pour celle de Saint-Augustin et constituent un Ordre spécial, les Hospitaliers. Prononçant les trois vœux traditionnels, ils adoptent la robe noire à la croix blanche à huit branches, symbole des Béatitudes.
 
Mais le pays n'était pas sûr et les Hospitaliers, sous la direction de leur premier grand-maitre, Raymond du Puy, sans abandonner leur mission hospitalière, se muent en défenseurs des pèlerins sous le titre : "Ordre des chevaliers de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem". c'est la naissance de l'Ordre équestre ou des Chevaliers de Saint-Jean, à peu près à la même époque où apparait celui des moines-soldats ou Templiers, nom qui leur fut donné à cause de leur première résidence dans le Temple de Salomon, et quelque temps avant la fondation de l'ordre des Chevaliers Teutoniques.
 
1187 : Prise de Jérusalem par Saladin. les chrétiens dont les Hospitaliers, se replient sur la région côtière et renforcent les forteresses construites sur les hauteurs dont le Krak et Margat.
 
1 291 : Prise de Saint-Jean d'Acre ; parmi les combattants ne restent en vie pour les Ordres que sept Hospitaliers, dix Templiers et aucun Teutonique.
 
C'est alors le repli des Hospitaliers sur Chypre, alors que les Templiers, pour leur malheur, rejoignent l'Europe occidentale et les teutoniques la Germanie du Nord et de l'Est où ils participeront à la christianisation des Slaves et conquerront la Prusse orientale. De fantassins et cavaliers, les Hospitaliers se muent en marins et leurs galères mènent la vie dure aux Musulmans.
 
1 309 Le grand-maitre Foulque de Villaret part à la conquête de l'ile de Rhodes, domaine byzantin, avec l'aide de subsides venant des commanderies européennes. L'Ordre y devient une république aristocratique, l'entrée étant désormais liée aux preuves de noblesse, souveraine, avec sa monnaie, ses ambassadeurs, ses chevaliers de justice ayant fait leurs caravanes ou expéditions navales contre l'infidèle, ses chapelains et ses servants d'armes, roturiers. L'Ordre resta 213 ans à Rhodes, devenue une formidable forteresse. Sa marine, avec la grande caraque ou Sainte-Anne, premier cuirassé à six ponts, est très puissante. Rhodes est quatre fois assiégée, le dernier assaut menant, en 1 522, à la reddition après une résistance désespérée.
 
C'est à Rhodes, en 1 317, qu'un évènement est à la base de la naissance de l'Ordre de Saint-Jean. Foulque de Villaret, neveu de Guillaume, fier de ses succès, orgueilleux, hautain, a contre lui une partie de ses chevaliers. En 1 317 il est déchu et Maurice de Pagnac est élu grand-maitre. Il s'enfuit. Par la suite, Pagnac, pourtant légalement choisi, et Foulque, qui refuse sa déchéance - il mourra en Languedoc en 1 327 - démissionnent tous les deux pour permettre une nouvelle élection. Parmi les partisans de Pagnac se trouvaient des chevaliers du grand-prieuré d'Allemagne, créé en 1 250, avec quatre maisons camérales, 34 commanderies et les biens considérables des Templiers en Brandebourg passés aux Hospitaliers. Ces chevaliers refusent la ré- investiture de Villaret, quittent Rhodes et se retirent à Sonnenbourg, ancienne commanderie des Templiers. Mentionnés en dehors du grand-prieuré en 1 327, ils sont les prémices de ce qui sera le baillage de Brandebourg.
 
L'Ordre des Hospitaliers, devenu très riche, est alors divisé en langues, elles-mêmes sousdivisées en prieurés, eux-mêmes constitués par plusieurs baillages, eux-mêmes ayant à leur base les différentes commanderies de leur ressort. Cette organisation amorcée en 1 302, fut définitivement mise sur pied par le grand-maitre Hélion de Villeneuve en 1 330. Les langues sont au nombre de sept : Provence, Auvergne, France, Italie, Angleterre, Allemagne, Espagne, subdivisée au XVe siècle en Castille-Portugal et Aragon-Navarre. Ces langues ne sont ni nationales, ni linguistiques, ce sont des unités administratives issues de la tradition.
 
Les piliers ou administrateurs des langues ont chacun une dignité, une espèce de ministère à Rhodes, où ils séjournent souvent. Prieurs, baillis et commandeurs sont sur place.
 
La langue allemande est donc administrée par un dignitaire à Rhodes, l'ingénieur, qui en Allemagne porte le nom de grand-prieur. Il est choisi parmi les prieurs d'Allemagne, de Bohème, de Hongrie, de Dacie (Scandinavie), et le bailli capitulaire de Brandebourg.
 
Pourquoi le bailli de Brandebourg ? C'est qu'à Sonnenbourg les chevaliers dissidents ont élu un précepteur général ou grand-bailli (Herrenmeister) qui se met à nommer des commandeurs à la tête des commanderies du baillage. Le premier est Gebhardt de Bortfeld, à 30 ans, en 1 318, commandeur de Suppligenbourg en remplacement du Templier Othon de Brunswick, puis commandeur de Goslau, ensuite vice-bailli avec juridiction sur la Poméranie, la Thuringe, le Brandebourg et le Wendland, grand-bailli enfin en 1 327 avec son siège à Tempelbourg. Ces chevaliers allemands deviennent de plus en plus conscients de leur appartenance à la terre allemande et le reste du grand-prieuré d'Allemagne manifeste une volonté analogue.
 
A Bortfeld, succède Hermann de Werenberg qui obtient la protection du margrave Magnus de Brandebourg et le retour de la commanderie ex-templière de Supplingenbourg aux Hospitaliers contre 40 marcs d'argent. En 1 365, il participe à la vente des biens de l'Ordre en Poméranie aux Teutoniques pour payer les dettes héritées des Templiers. Le troisième maitre, Bernard von der Schulenburg (1 3781-1 397) est un protégé de l'empereur Charles IV. Quant au grand-prieur, Friedrich, comte de Zollern, commandeur de Bubikon, il participe, après son retour de Rhodes en 1 362, à la croisade contre les Turcs dans les Balkans qui se termine par la défaite des chevaliers à Nikopolis. A la suite de négociations avec le grand-maitre Juan Fernandez de Heredia, le traité de Heimtach, entre Schulenbourg et le grand-prieur d'Allemagne Conrad de Braunsberg consacre en 1 382 la position spéciale du grand-baillage de Brandebourg au sein de la langue allemande et du grand-prieuré d'Allemagne. Le grand-maitre la reconnaissait, acceptait l'élection du grand bailli ou Herrenmeister par les commandeurs du baillage à condition qu'elle fût sanctionnée par le grand-prieur qui garde un droit de visite. Le traité fixait la cotisation du baillage à l'Ordre, 324 guilden ou florins d'or par an, plus 24 000 gulden à verser en une fois. Les chevaliers et leur grand-bailli doivent respecter le grand-prieur et accepter comme nouveaux membres ceux recommandés par lui. C'était une autonomie à peu près complète et la consécration d'un sens national plus précis plutôt qu'une nouvelle langue à l'intérieur de celle d'Allemagne. On y voit apparaitre une unité nationale et ethnique. Ce traité est confirmé au chapitre général de Valence le 13 mars 1 383.
 
Entre temps, l'Ordre a des ennuis, les cotisations des langues excentriques qui se détachent de Rhodes, parce que trop lointaines, rentrent mal. En 1 399, les bourgeois de Bahn décapitent le grand bailli Detlev von Walmede et assassinent le commandeur de Rohr. En 1 411, Frédéric de Zollern, burgrave de Nuremberg, reçoit en fief la marche de Brandebourg et y rétablit l'ordre avec l'aide des chevaliers de Saint-Jean. Et c'est le début des relations entre la famille des Hohenzollern et le baillage de Brandebourg. En 1 415, le grand-bailli prête serment d'hommage au margrave. Avec sa capitale, Sonnenbourg, il est un souverain qui effraie quelque peu le grand-prieur. En 1 460, 70 villes, villages et domaines dépendent de lui. En 1 527, le prince palatin qu'est devenu le margrave oblige l'Ordre à rendre Meseritz aux Polonais. En 1 535, le margrave Jean de Kustrim obtient le Neumark et devient le patron de l'Ordre, le grand-bailli étant son plus riche vassal.
 
1 453 : chute de Constantinople, 1 456, d'Athènes, 1 463 et 1 483 des Balkans. 1 480, Venise s'empare de Chypre et Rhodes repousse le siège mis par Mahomet II. 1 522, Soliman s'empare de Rhodes. 1 530, l'Ordre reçoit en fief de Charles-Quint les iles de Malte et de Gozzo, ainsi que la ville de Tripoli.
 
Mais 1 520-1 530, c'est aussi l'apparition de laRéforme. Les trois royaumes de Scandinavie, dont le prieuré de Dacie, de même que les Pays-Bas, échappent à l'Ordre. Ses biens sont sécularisés, de même qu'en Suisse et dans une partie de l'Allemagne. mais les chevaliers du baillage de Brandebourg, malgré leur autonomie, n'ont pas abandonné le grand-maitre puisque le droit de visite du grand-prieur est signalé en 1 527. Ce dernier devient en 1 546 prince d'Empire. Mais bientôt deux commandeurs du baillage, Melchior von Bonfus et Andreas von Schreiben deviennent luthériens et se marient en 1 544, le nouveau maitre étant Joachim von Arnim qui a succédé à Veit von Thümen. Il rend hommage à Jean de Brandebourg. De leur côté en 1 538, les margraves de Brandebourg, dont Albert, grand-maitre des teutoniques, sont passés à la Réforme et c'est bientôt le tour de 7 sur les 13 commanderies du baillage, dont une au Mecklenbourg. Elles maintiennent néanmoins leur allégeance au maitre. Mais ce dernier ne participe plus en personne au chapitre du prieuré. Il s'y fait représenter par un gouverneur. Le dernier fut le baron Pfürdt Blumberg qui prit part aux discussions entre le prieuré et le roi de Bavière en 1 806, le maitre étant alors le prince Auguste-Ferdinand de Prusse.
 
Mais cette évolution fut lente et la liste des grands baillis et des chevaliers Protestants dans le baillage, établie en 1 580, est le résultat de 40 ans d'incertitude.
 
En 1 550, les commanderies dont le grand-bailli n'est plus qu'administrateur, le margrave ayant en fait le pouvoir, n'ont plus guère que deux ou trois frères chevaliers qui administrent, sont visités et apportent l'argent à Sonnenbourg. Le margrave de Brandebourg fait nommer grand-bailli son chancelier Franz Naumann, commandeur de Schivelbein en 1 584. Mais ce dernier, ayant pris ses fonctions trop à cœur est obligé de fuir. Si le baillage garde deux commanderies en Bohème, il lui est de plus en plus difficile de maintenir celles sises hors de la marche de Brandebourg, en Poméranie, en Brunswick et dans le Mecklenbourg.
 
L'Ordre, sans disparaitre, est ébranlé aussi en Angleterre où Henri VIII confisque ses biens de 1 535 à 1 540, en Écosse, en Suisse, en Alsace où ses biens sont aussi confisqués, en Pologne où la guerre des Hussites amène des ravages. Il n'est pas jusqu'à la langue de Provence qui n'accuse le contrecoup. Antoine de la Tour et Robert de Porcellet d'Arles, chevaliers, se font Protestants.
 
Entre temps, l'Ordre sauve la chrétienté du péril musulman en 1565 à Malte et, renforçant la guerre de course, devient l"école navale de l'europe, y compris pour les protestants.
 
Au XVIIe et au XVIIIe siècles, l'entrée dans ses rangs, vu la demande qui augmente et les pertes qui sont beaucoup plus faibles, devient plus difficile. Il faut 8 quartiers de noblesse en France et 16 en Allemagne en prouvant 200 ans de noblesse. Pendant qu'à Malte, l'Ordre passe de l'influence espagnole à l'orbite française, le grand-baillage de Brandebourg vit des jours calmes, l'Ordre y ayant pratiqué l'œcuménisme avant la lettre ou mieux la coexistence religieuse. Les guerres du XVIIIe siècle mettent l'Ordre en rapport avec la Prusse qui, protestante, relève peu de la langue d'Allemagne. Mais il avait des commanderies en Silésie et leur confiscation par Frédéric II entraine une protestation. En ce qui concerne le grand-baillage, pendant le règne du prince palatin Johann Sigismond, son fils Johann Georg, grand-bailli de 1 616 à 1 624, reçoit en fief de l'empereur Rodolphe II de Habsbourg le duché de Jägerndorf en Silésie. Mais, défenseur de la Réforme en ce pays, lui sont enlevés, lors de la lutte entre le comte palatin Frédéric roi de Bohème, et l'empereur, et à la suite du combat de la Montagne blanche, perdu par les Hussites contre l'empereur, son duché et les commanderies d'Oderberg et de Beerthen.
 
Pendant qu'à partir de 1 780, Malte vit ses dernières heures avant d'être occupée par les troupes de Bonaparte, en attendant que l'Ordre se sorte à grand peine du guêpier russe pour s'installer définitivement à Rome avant d'entrer en sommeil, le grand-maitre étant remplacé en 1 805 par un lieutenant général, pendant qu'en Espagne Charles IV réunit l'Ordre à la couronne en 1 798 et s'en fait le grand-maitre, en Allemagne au traité de Westphalie, en 1 648, le grand-baillage se rachète de la suzeraineté de l'Ordre de Malte moyennant 2 500 florins d'or. Il a perdu beaucoup pendant cette guerre. Les commanderies de Mirow et de Nemerow en Mecklenbourg et de Wildenbruch en Poméranie lui ont été enlevées. Beaucoup de biens sont dévastés.
 
Ensuite, le traité d'Osnabrück a confirmé (article XII, paragraphe 3) le droit de patronage du prince palatin de Brandebourg sur le grand baillage sans limite régionale sous le nom d'Ordre évangélique de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem. Si la plupart des grands-baillis appartiennent à cette famille, nous citerons néanmoins le comte Adam de Schwarzenberg, ministre de Georg Wilhelm, prince palatin, catholique mais tolérant et qui ne touche à rien, grand-bailli de 1 625 à 1 640, Jean-Maurice de Nassau-Siegen qui lui succéda, petit-fils d'un frère de Guillaume le taciturne, fort cultivé, artiste et bon homme de guerre. Nommé en 1 636 gouverneur du Brésil, il y herborisa pendant 7 ans et ses ouvrages sont remarquables. Élu grand-bailli en 1 652, il meurt en 1 679 à Sonnenbourg. Vacante pendant dix ans, la place fut ensuite occupée par le prince Georges-Frédéric zu Waldeck, puis par les fils de la deuxième union du prince palatin, Charles et Albert de Brandebourg de 1 693 à 1 731, le deuxième étant dit non plus margrave mais prince en Prusse.
 
Le margrave prince électeur de Brandebourg Frédéric III étant devenu roi en Prusse sous le nom de Frédéric Ier, un de ses premiers soucis est de décorer de l'Aigle noir, qui vient d'être créé, le grand-bailli. Le régiment des gardes du corps de la princesse palatine, constitué en 1 676, et donné au margrave Carl avait reçu un étendard rouge à la croix de Malte blanche de même que le régiment d'infanterie margrave Albert constitué en 1 702. Les cols des officiers, les tambours et les fifres étaient du vivant du prince Albert, grand-bailli, ornés de la croix de Malte.
 
Du temps du roi soldat est construit un palais de l'ordre à Berlin. En 1 745, sous Frédéric-le-Grand, la couronne royale apparait au-dessus de la croix de Malte mais, pendant la guerre de sept ans, les commanderies eurent à souffrir.
 
Les rapports du grand-bailli, nommé en grand cérémonial à partir de Frédéric III et choisi dès lors dans la famille de Hohenzollern, avec le grand-maitre de l'Ordre de Malte sont inexistants, mais le baillage reste partie intégrante du prieuré allemand et de l'Ordre. C'est ainsi qu'en 1 762, Auguste-Ferdinand, prince de Prusse, frère cadet de Frédéric II, envoie peu après son élection comme bailli au grand-prieur le baron de Schauenbourg, le chevalier de Munchow pour solliciter la ratification de son élection par le grand-maitre, ce que fit le baron par lettre du 16 mai 1 763. Le grand-maitre entérine, reconnaissant ainsi l'existence du grand-baillage, et accepte la redevance versée. Bien mieux, il envoie en 1 765 à l'épouse d'Auguste-Ferdinand la Croix de Malte du mérite et de dévotion. En 1 772, les chevaliers du baillage participent à l'œuvre de défrichement du Warthebruch où l'Ordre a des biens, et c'est la dernière grande œuvre du baillage de Brandebourg avant la Révolution.
 
Car c'est bientôt la Révolution française dont la suite, l'avènement de Napoléon, apportera aussi des bouleversements dans la vie de l'Ordre. La Prusse, écrasée, son roi Frédéric-Guillaume III a besoin d'argent pour recréer son armée. Il sécularise sur son territoire les biens de l'Ordre de Malte et ceux de celui de Saint-Jean par décrets des 30 octobre 1 810 et 2111. Le titre de grand-bailli ou Herrenmeister est supprimé. Les confiscations pour le grand-baillage portaient sur le palais de Berlin, celui de Sonnenbourg et le domaine en dépendant, sur les autres domaines de Rampitz, Grieneberg, Collin, Friedland, Schenkendorf, sur les commanderies de Lagow, Burschen, Supplingenbourg, Liezen, Gorgast, Schievelbein, Wittersheim et Werben. Il s'agit de territoires riches et étendus. La sécularisation est d'ailleurs générale en Europe sauf dans l'Empire d'Autriche.
 
En compensation, le 23 mai 1 812, le roi fondait l'Ordre royal prussien de Saint-Jean (Johanniter Orden) dont il se déclare protecteur et dont il choisit les membres, mais il s'agit d'une distinction personnelle accordée presque toujours à des laïcs.
 
Le 15 octobre 1 852, le grand-baillage de Brandebourg renait de ses cendres, par la volonté du roi romantique Frédéric-Guillaume IV sous le nom d'Ordre évangélique chevaleresque de Saint-Jean de l'Hôpital de Jérusalem, dans la lignée de l'ancien, selon le même schéma et en respectant le lien avec l'Ordre de Malte. Le frère du roi, le prince Frédéric-Charles-Alexandre de Prusse est élu grand-bailli ou Herrenmeister en 1 853 et reconnu directement par le grand magistère de Rome puisque le grand prieuré d'Allemagne a disparu. L'Ordre a des membres un peu partout en Allemagne et rachète Sonnenbourg, car la division en langues a disparu pour être remplacée par une division en confessions,