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Dictionnaire de psychiatrie
français-anglais
 
Pierre Juillet - Académie de médecine
 
 
A
 
 
abandon (névrose d') l.f.
neurosis of abandonment
État permanent d'insécurité datant de l'enfance, lié à la crainte, motivée ou non, d'être abandonné (C. Odier, G. Guex, 1950).
 En particulier, le comportement du sujet peut être de type "négatif-agressif" ou "positif-aimant", ce dernier avec quête affective et dépendance de l'entourage.
Liée à une attitude maternelle vécue très précocement comme un refus d'amour, cette insécurité fondamentale serait préœdipienne.
&endash;> anaclitique (dépression)
 
aboulie n.f.
abulia
Difficultés ou impossibilité de l'exercice de la volonté, notamment dans le passage à l'action, avec tendance à différer celle-ci (procrastination).
 Distincte de l'apathie, de l'apragmatisme et de l'inertie, l'aboulie se rencontre assez fréquemment chez les dépressifs, les psychasthènes et les obsessionnels par inhibition et blocage affectif d'un patient le plus souvent lucide, mais aussi, à un moindre degré, dans les personnalités dépendantes et passives.
Sur le plan neuropsychologique, elle est rencontrée surtout dans les démences, le syndrome frontal, et a été décrite dans les athymhormies de lésions habituellement bilatérales des noyaux gris centraux (en particulier du striatum).
 
abréaction n.f.
abreaction
Libération d'affects accompagnant la survenue ou l'évocation d'un évènement traumatique.
 Elle peut être spontanée ou provoquée (hypnose, suggestion, narco-analyse) et réalise une catharsis qui lève le refoulement du souvenir traumatique ou s'oppose à ce qu'il se constitue.
La recherche de l'abréaction comme méthode thérapeutique appartient aux premiers temps de la psychanalyse (S. Freud).
 
absentéisme scolaire l.m.
truancy
Manque à l'obligation légale d'inscription dans un établissement scolaire du premier degré et d'assiduité dans sa fréquentation.
 Perturbatrice de la situation scolaire de l'enfant, cette conduite reflète le style des rapports établis entre les parents et l'école, leur perception de sa fonction et leur attitude à l'égard de l'enfant. Très généralement, la fréquentation scolaire est un excellent indice de l'intégration sociale des parents.
Trois grandes formes seront distinguées : par maladie ou déficiences physiques de l'enfant ; du fait de la situation familiale (carence éducative, mobilité géographique, tâches imposées à l'enfant) ; enfin l'école buissonnière qui, si elle est fréquemment répétée, prend une signification proche de la fugue (protestation inconsciente, retrait pur et simple, négation temporaire du milieu). Cette dernière se différencie de la phobie scolaire, qui n'est envisagée que devant une sémiologie franche, où domine l'anxiété au moment de partir pour l'école.
 
absinthe n.f.
absinthe
Liqueur alcoolique de couleur verte obtenue à partir de plantes aromatiques, dont l'absinthe (variété d'armoise) pour l'essentiel.
Titrant de 50 à 70%, très en vogue à la fin du XIXe siècle, les absinthes sont interdites en France depuis 1915 pour leur toxicité attribuée à une essence, la thuyone.
&endash;> boisson alcoolique
 
abstinence en alcoologie l.f.
abstinence, teetotalism
Abstention volontaire de consommer les boissons contenant de l'alcool éthylique, par conviction religieuse, idéologique ou nécessité thérapeutique.
&endash;> alcoolique (traitement de la maladie), néphalisme
 
abstinence (principe d') l.m.
abstinence (rule of)
Règle qui impose à l'analyste de ne pas répondre aux demandes de son patient, plus particulièrement à sa demande d'amour.
Il importait pour S. Freud que les exigences libidinales de l'analysant, ne trouvant pas de satisfaction dans la cure, restassent mobilisées au service du changement.
L'autre aspect de cette règle, qui pour les mêmes raisons consistait à interdire au patient la poursuite d'activités répétitives ou la prise de décisions vitales importantes, est aujourd'hui contesté ou nuancé par beaucoup d'analystes.
 
abstinent n.m., a.
abstainer, teetotaller, abstemious
Terme alcoologique ancien à connotation morale, peu utilisé.
 Syn. abstème
 
abus sexuel dans l'enfance l.m.
child sexual abuse
Action visant à l'exploitation sexuelle d'un enfant aux fins de satisfactions sexuelles d'un adulte, exercées par la contrainte, pouvant s'accompagner, ou non, de violences physiques, alors que l'enfant n'est pas psychologiquement ni physiquement capable d'y résister.
 Dans le cadre familial, il s'agit d'une relation avec un adulte ayant à l'égard de l'enfant un rôle et une autorité parentaux. Sont considérées comme incestueuses de telles relations avec les parents, les beaux-parents ou d'autres substituts parentaux. L'inceste père-fille et beau-père-fille est de loin le plus fréquent.
Tenus initialement pour "la source du Nil de la psychiatrie" par S. Freud, qui en arriva bientôt à la notion de fantasmes constituant une véritable réalité psychique défensive, ces abus sexuels sont actuellement de plus en plus souvent invoqués, surtout aux États-Unis, p. ex. "a posteriori" dans diverses affections mentales de l'adulte. En fait, les cas de fabulation sont rares.
À court terme, ces traumatismes sexuels suscitent en particulier une atteinte narcissique majeure et une perte de l'estime de soi. Chez l'agresseur, une structure perverse semble toujours d'actualité.
Reste la fragilité du témoignage de l'enfant, suscitant bien souvent le doute des adultes et pouvant provoquer des attitudes de rejet ou même de rétorsion, favorisées par le silence familial, voire la complaisance de la mère. Peuvent s'y ajouter les souffrances psychiques induites par l'enquête. De toute façon, la "dévictimisation" de l'enfant est un processus complexe.
&endash;> enfant maltraité (aspects socioéducatifs et pénaux), inceste
 
abus sexuel dans l'enfance (conséquences psychiques d'un) l.f.
psychic sequelae of child sexual abuse
Relation de cause à effet souvent bien difficile à établir entre une maltraitance dans l'enfance à caractère sexuel, et des troubles ultérieurs.
Dans l'enfance et l'adolescence, ont été surtout décrits : des troubles anxieux à type de peurs, altérations du sommeil, plaintes somatiques, phobies diverses, conduites d'évitement, et parfois des signes liés au traumatisme psychique subi ; des signes hystériques, une dissociation névrotique et quelquefois une personnalité multiple, forme majeure ; des états dépressifs avec conduites suicidaires possibles ; des troubles du comportement sexuel tels qu'une sexualité précoce, un exhibitionnisme, une prostitution précoce ou, "a contrario", un refus de la sexualité.
À l'âge adulte, peuvent notamment s'ajouter : l'abus d'alcool et de drogues ; une personnalité-limite ; des dysfonctionnements sexuels variés ; des conduites d'agression sexuelle ; probablement une "revictimisation" sous forme d'une vulnérabilité particulière à des actes de violence subis par les femmes dans l'enfance.
 
acathisie n.f.
acathisia
&endash;> akathisie
 
accès n.m.
episode, outburst
Survenue rapide, voire brusque, d'un état pathologique aigu ou subaigu, avec tendance à la récidive.
&endash;> confusion mentale, fureur, manie, mélancolie
 
accessibilité à une sanction pénale l.f.
capacity of understanding a penal sanction
Possibilité pour un délinquant de changer de comportement social sous l'effet d'une sanction. Question habituellement posée à l'expert psychiatre, et dont la signification est controversée.
Certains y voient une façon redondante de demander si le sujet est "dément" ou non au sens de l'article 64 de l'ancien code pénal. Il semble préférable d'interpréter cette locution comme une tentative de compréhension de la valeur que la sanction peut avoir pour le délinquant : est-il susceptible de supporter une incarcération, peut-il en comprendre le sens, la sanction est-elle à même d'être efficace et de modifier le comportement ultérieur du sujet ?
&endash;> témébilité
 
accident (victime d') l.m., l.f.
accident (victim of)
Avoir été victime d'un accident, entraine un remaniement plus ou moins important de l'expérience vécue, susceptible de modifier la position subjective.
Outre d'éventuelles complications neuropsychiatriques encéphaliques, la symptomatologie psychique peut être soit en relation avec les blessures subies, s'exprimant surtout sous la forme de manifestations hystériques de conversion à point d'appel somatique (hystérie post-traumatique) ; soit liée au traumatisme psychique que l'accident a représenté pour le sujet, qu'il y ait eu ou non des lésions physiques. Ces deux aspects cliniques (le second aigu ou différé) peuvent se combiner dans des attitudes de revendication et de régression qui fixent le sujet dans son statut de victime sans toutefois se confondre.
&endash;> sinistrose, victimologie
 
accommodation n.f.
accommodation
Selon J. Piaget, passage de l'activité réflexe au schème d'action comme premier exemple du processus d'assimilation. La modification et la diversification des schèmes qu'effectue l'enfant lui permettent, par un processus complémentaire d'accommodation, de s'adapter aux situations nouvelles, notamment aux contraintes rencontrées.
L'adaptation est un équilibre entre assimilation et accommodation. Ces actions intériorisées, réversibles et organisées en systèmes d'ensemble, contribuent à définir les opérations. Celles-ci portent d'abord sur les objets présents ou immédiatement représentés (opérations concrètes), puis, par une interaction de l'organisation cognitive et de la relation au réel, permettent un accès à la pensée hypothético-déductive, singulièrement à la mise en raport de l'espace et du temps (opérations formelles).
 
accoutumance n.f.
habituation
Tolérance à une substance psychotrope acquise progressivement par l'organisme et qui lui permet de supporter des doses croissantes sans effet secondaire.
Elle est généralement associée au désir de répéter la consommation du produit, du fait de l'atténuation des effets de celui-ci.
&endash;> assuétude, habituation
 
accueil familial de l'enfant l.m.
reception of the child by his or her family
Interaction, notamment parents-nouveau-né, liée à l'entrée d'un enfant dans la cellule familiale.
Cet accueil n'est pas à sens unique : le bébé est un être capable d'influencer son entourage au même titre que celui-ci l'influence. L'étude des interactions précoces s'est récemment développée dans divers pays. Une série de recherches s'est orientée vers l'étude de ces séquences : degré d'adaptation, rythme régulier ou non, déroulement temporel, qualité de la réciprocité des échanges, etc.
 
acculturation n.f.
acculturation
1. En éthologie : acquisition d'un trait nouveau de comportement par une population animale et sa transmission aux générations suivantes.
2. En psychologie et psychiatrie sociale : dépense psychologique exigée chez le migrant pour son adaptation à la culture et aux valeurs du milieu d'accueil, qui est en position dominante par rapport à lui, avec ses conséquences psychopathologiques possibles.
 
accusation calomnieuse l.f.
slanderous accusation
Allégation mensongère, généralement de la part de mineurs, souvent de filles, qui se plaignent d'avoir été victimes de sévices, d'injustices, d'attentats sexuels.
Pouvant affecter des formes diverses, ce type de calomnie est une des meilleures manières dont dispose l'enfant pour exprimer la négation de ses désirs : p. ex. lorsqu'il s'agit de filles qui accusent leur père d'entretenir avec elles des relations incestueuses.
&endash;> mythomanie
 
acédie n.f.
acedia
Dégoût et abattement liés au rejet de la vie monastique
Ce terme flou, a été repris au IVe siècle par Évrarque le Pontique, qui a intégré l'acédie parmi les huit premiers péchés capitaux. Un siècle plus tard, le pape Saint Grégoire l'en retira.
Cette évolution ambivalente entre péché et pathologie se poursuivra, notamment au Moyen-âge, avec description d'une tristesse découragée, parfois coléreuse, d'un lâche dégoût de l'action, d'une haine du monde, de cette vie et même des joies spirituelles, haine qui offense le créateur.
Pour une grande part, l'acédie préfigure nos modernes dépressions.
Étym. gr. akédia : négligence, indifférence, découragement, chagrin
 
acétylcholine n.f.
acetylcholine
Ester acétique de la choline, (CH3)3N(OH)-CH2-CH2-O-CO-CH3, transmetteur chimique de l'influx nerveux à l'extrémité des nerfs parasympathiques et des fibres préganglionnaires.
Synthétisée à partir de la choline et de l'acétyl-coenzyme A par une choline-acétylase présente dans la cellule nerveuse, elle est accumulée dans les vésicules présynaptiques et libérée par l'onde de dépolarisation. Elle est hydrolysée par la cholinestérase.
 
 
 
Dictionnaire de psychiatrie
français-anglais
 
Pierre Juillet - Académie de médecine
 
La psychiatrie qui étudie et traite les troubles de l'esprit ne peut s'exprimer avec la précision des domaines médicaux qui empruntent leurs techniques aux sciences dites "exactes" comme la physique ou la chimie, ou qui exigent la justesse comme l'anatomie et la chirurgie. C'est pourquoi les collaborateurs du présent ouvrage ont eu recours à des procédés d'exposition différents de ceux des autres volumes.
Les psychiatres n'ont pas tous les mêmes principes thérapeutiques. Le rôle de Pierre Juillet a été d'aboutir à un texte reflétant un certain accord des rédacteurs, et qui soit compréhensible à un esprit médical non spécialisé.
De nombreuses rubriques de ce livre n'ont pas la construction habituelle des ouvrages précédents, caractérisée par une définition construite dans un esprit géométrique, suivie de commentaires explicatifs et complémentaires. Les rédacteurs ont choisi un mode d'écriture qui se rapproche des dictionnaires anglo-saxons : la rubrique y est conçue plutôt comme exégèse sur le terme.
Pour en rester à certains apports récents intervenus dans le champ de la recherche et de la réflexion, seront cités par exemple ceux encore plus ou moins bien établis concernant l'épidémiologie, la génétique, la neuropsychologie et la psychologie expérimentale, la neurochimie, l'imagerie cérébrale, les doctrines cognitivo-comportementales et la linguistique.
Rédigé sous la direction du Professeur Pierre Juillet avec le concours de 30 collaborateurs, et coordonné par le Professeur Jean-Charles Sournia, le Dictionnaire de psychiatrie comporte environ 2200 termes, accompagnés de leur traduction en anglais, de leur définition et de commentaires encyclopédiques.
Un index anglais-français complète l'ouvrage.
 
Format : 16 X 24, relié, 410 p. relié.
Références : ISBN 2 85319-279-2
Editeur : 2000 - CILF
Prix : 400 F, 61 Euros
 
Catégorie : Dictionnaires
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