Contes de
Tolé
Remerciements
Qu'ici soient
remerciés tous les conteurs, dépositaires
d'une longue tradition, qui ont bien voulu nous confier une
partie de leur savoir. Leurs noms figurent dans la table des
matières à côté des histoires
qu'ils nous ont narrées. De même, je dis ma
gratitude à mes collaborateurs centrafricains, Paul
AKOYA-KOSSI, LouisMarie KOFFI, Isaac GUITIGAZA, et
Charlemagne BAMANIA qui m'ont aidé à les
transcrire et à les traduire.
AVANT-PROPOS
Les langues
négroafricaines, pour la plupart, ne connaissent pas
encore de forme écrite normalisée. Lorsque
l'une de ces langues possède une graphie, seuls
quelques initiés peuvent généralement
l'utiliser pour lire et écrire leur propre
idiome.
Cependant,
il convient de ne point oublier que la langue sert de
véhicule et de support à toute la civilisation
de la communauté qui l'emploie, c'est-à-dire
ses traditions, coutumes, mythes, légendes, contes,
épopées, proverbes, devises ; en un mot,
sa culture exprimée à travers sa tradition
orale.
Or
certaines de ces langues négroafricaines sont, par
suite des conditions du monde moderne, en voie d'extinction,
soit parce que le nombre de locuteurs diminue
inexorablement, soit parce qu'ils adoptent un autre
parler.
Si l'on ne
s'empresse donc pas de recueillir ces textes oraux, ces
langues qui meurent disparaitront totalement et la
civilisation dont elles sont le support s'anéantira
également, les générations futures ne
pouvant en prendre connaissance faute de textes
écrits.
C'est l'une
des raisons, et non des moindres, qui nous ont
poussés à créer cette nouvelle
collection qui présente un des aspects les plus
attachants de la littérature orale
négroafricaine : les contes.
Le conte
appartient au genre ludique par excellence. Son but
avoué est de divertir et, pour ce faire il fait appel
à toutes les ressources de l'imagination la plus
débridée.
Le conte
étiologique, en revanche, tente d'expliquer,
généralement par le moyen du merveilleux, un
fait dont l'explication n'est pas évidente à
première vue.
Mais aussi,
et surtout, les contes, reflets de la vie et de la
tradition, sont, sous une forma agréable, les
gardiens et les garants d'une autorité morale et
juridique traditionnelle.
Évidemment,
il serait intéressant et utile de donner ces contes
dans la langue même, mais cela n'est pas toujours
possible. Néanmoins, il nous a semblé urgent
de publier ces textes en langue française afin de
permettre, non seulement aux Africains d'accéder
à leur fonds culturel, mais aussi à un plus
large public débordant le continent noir,
d'appréhender intuitivement la connaissance des
civilisations négroafricaines par le contexte
socioculturel des contes.
Gaston CANU
AVERTISSEMENT
DE L'ÉDITEUR
Il y a
déjà plus de vingt ans que la première
édition des Contes de Tolé a
été publiée par le Conseil
international de la langue française puisque
c'est en 1978 qu'est sorti ce petit livre de contes.
Lors de la
reprise de ce texte qui était épuisé,
il est apparu qu'aucune ligne de ce qui avait
été dit à l'occasion de la
première édition ne méritait
d'être modifiée. Seule l'urgence et
l'utilité de ces travaux se sont accrues... Les
pétitions de principe en faveur d'un
intérêt plus grand pour les langues africaines
et leur enseignement sont restées lettre morte.
Jamais les moyens scientifiques consacrés à
ces études et à leur publication n'ont
été plus réduits. Il existe une
espèce de loi de la francophonie en vertu de laquelle
plus on parle des choses, moins on les fait. Les grandes
festivités ministérielles ou les
rassemblements de chefs d'État et de gouvernement
négligent des problèmes fondamentaux. Tant que
les droits de l'homme ne seront pas garantis, tant que les
systèmes d'enseignement qui sont dans la plupart des
pays francophones d'Afrique profondément
délabrés ne seront pas restaurés, tant
qu'on ne prendra pas en compte la spécificité
des situations locales y compris dans le domaine
linguistique, on ne peut pas espérer de
progrès substantiels. Il ne sert de rien de
répéter que la francophonie est plurielle si
l'on ne se décide pas à traduire ces paroles
dans les faits.
En
rééditant ces documents épuisés,
le CILF a le sentiment de livrer un combat dans lequel il
devrait être moins seul. Il y a beaucoup de
colère dans notre action quotidienne, contre les
faux-semblants, les discours convenus et l'aveuglement.
C'est en
pensant à tous les jeunes d'Afrique francophone, mais
aussi à ceux des pays voisins, que nous avons, lors
d'un colloque organisé à Dakar en 1976 sur le
thème des relations entre les langues
négroafricaines et le français,
décidé de lancer cette collection Fleuve et
Flamme de textes bilingues ou monolingues. Avec plus de
80 titres publiés depuis un quart de siècle,
il s'en faut, hélas, de beaucoup qu'elle
réponde à nos ambitions comme aux besoins.
Si l'on se
préoccupe des langues africaines, il ne faut pas
oublier le français.
Après
un bon siècle d'immobilisme, l'Académie
française a eu le bon gout d'accepter en 1990
(Journal officiel du 6 décembre 1990) un certain
nombre de rectifications orthographiques allant dans le sens
d'une simplification de graphies vieillottes ou
incohérentes. Nous les avons introduites dans cette
réédition, en pensant à simplifier la
lecture et l'écriture pour de jeunes africains qui ne
connaissent ni le latin, ni le français de la
Renaissance ni l'étymologie...Mais le conservatisme
imbécile du Ministère de l'Éducation de
France a empêché jusqu'à ce jour que ces
rectifications soient même officiellement
portées à la connaissance du corps enseignant
en France même. Centristes et socialistes auront donc
réussi à se montrer, en matière de
langue, plus réactionnaires que l'Académie...
C'est un comble!
On verra
pourtant qu'il ne s'agit pas d'une vraie révolution
et que le visage de la langue française n'en est
guère altéré : la suppression des
accents circonflexes sur le i et le u sauf dans les formes
verbales conduit à écrire paraitre,
maitre, bruler, gout, etc...et non
paraître, maître,
brûler, goût, etc...De même,
sur la graphie des noms propres qui était rendue
conformément à la phonétique africaine,
on a appliqué la règle de distribution des
accents graves et aigus, normalisée par
l'Académie, en
écrivant Tolé, Séto,
Tulé, en lieu et place de Tolè,
Sèto, Tulè. La langue française des
Africains aura donc l'avantage de la modernité sur
celle de leursLes socialistes auront donc réussi
à se montrer, en matière de langue, plus
réactionnaires que l'académie... C'est un
comble! ancêtres les Gaulois...
Hubert JOLY
Introduction
Qu'il
s'appelle Tolé, Tulé ou Séto selon ses
origines, c'est, sous de multiples facettes, un même
personnage qui apparait dans les contes
présentés dans ce volume. Ceux-ci ont
été recueillis en République
Centrafricaine. L'interprétation qui en est
donnée chez les différentes populations est un
reflet de leurs institutions, de leur conception du monde,
de leur organisation familiale et sociale...
S'il
s'apparente parfois à l'araignée, ainsi qu'en
témoigne notamment Le filet d'or de
Tulé, dans d'autres cas, il est résolument
un personnage de mythe, père de l'humanité
(Séto et sa sur),
révélateur des secrets de la nature, comme
dans Séto découvre les femmes,
héros civilisateur qui apporte aux hommes des
techniques ou des biens réservés jusque
là aux puissances surnaturelles. Mais dans ce dernier
rôle, il peut aussi n'être qu'un benêt
dont les inconséquences, tantôt inoffensives,
tantôt dangereuses, peuvent aller jusqu'à
entraîner la mort.
Sous ses
différents aspects, souvent inconciliables,
Tolé présente le prototype de l'homme avec
toutes ses ambiguïtés. Lui et son compère
Gbaso symbolisent les aspects négatifs et positifs de
la nature humaine.
Sous le
couvert d'histoires apparemment anodines, parfois
franchement amusantes, aux rebondissements imprévu,
se dessine un contenu plus profond. Une constante
apparaît, plus précisément là
où il est confronté à Gbaso, le sage,
garant de la tradition, garant des coutumes,
représentant autorisé du surnaturel : la
technique n'est rien sans l'esprit qui l'anime, ce qui, de
nos jours, ne manque pas de poser le problème de
l'évolution vers une technologie moderne.
La
tête de Tolé*
*conte
monzombo
Il y avait un
homme du nom de Tolé qui avait deux femmes. Un
soir, ils étaient assis ensemble, pour le
dîner ; or si le manioc et les bananes
étaient en abondance, il n'y avait pas de viande pour
les accompagner.
Tolé se
lamentait : « Ah ! Mes pauvres femmes,
nous n'avons rien à manger avec le manioc et les
bananes ! Nous avons très faim ¡ Que
pourrions-nous faire ? »
« Tiens !
demain, vous allez me préparer un peu de manioc et
des bananes. J'irai faire un tour en forêt et si je ne
suis pas revenu dans cinq jours, vous saurez que j'ai
trouvé quelque chose de bien ; vous viendrez
alors me rejoindre avec d'autres provisions. Il faut que je
voie ce qu'on peut collecter en forêt. »
le matin venu,
ses femmes préparent tout ce qu'il avait
demandé et le lui donnent.
Tolé
s'en va. Il arrive en forêt, se cherche un endroit
propice pour établir son campement, le
débrousse bien et passe la nuit dans l'abri qu'il
s'est construit.
Dès
l'aube, il se lève pour se mettre à
l'uvre. Il se coupe d'abord la tête, l'installe
soigneusement dans son campement, puis, avec le reste de son
corps, s'en va à la recherche des antilopes. Il a
pris ses lacets pour piéger le gibier. Il les pose et
capture des animaux en quantité.
Dans la
soirée, il quitte la forêt profonde pour
revenir à son campement. En arrivant aux abords, il
s'arrête et appelle : « Tête,
tête, tête, es-tu bien là au
campement ? » Et la tête de
répondre : « Oui, oui, je suis
là ! » Elle ajoute :
« Tout va bien, il n'y a rien de
nouveau
» Et Tolé reprend :
« C'est bon ! »
Il entre dans
son campement, prend sa tête et la remet à sa
place. Puis il dépèce tout son gibier et fait
boucaner la viande. Le lendemain matin, il recommence, et
cela cinq jours durant.
Il entre dans
le campement et retrouve sa tête que son épouse
avait lavée. Il la remet en place.
Il
dépose tous les gibiers qu'il avait attrapés
ce jour-là, les dépèce, prend les foies
et les tripes, mets de choix, et les lui donne.
« Chère femme, dit-il, prépare-les
et mange puisque tu as quitté le village
affamée. » Le cinquième jour, sa
seconde épouse, ayant emballé manioc et
bananes, dit à la première femme :
« Je vais aller voir notre mari ».
L'autre lui répond : « Oui, c'est
çà, va voir notre mari. Nous n'avons plus rien
à manger à la maison. »
Elle s'en va
en grande hâte, fait si bien qu'en un rien de temps,
elle parvient au campement. Là, elle tombe sur la
tête de son mari. Elle s'écrie :
« Ah ! Mon époux ! N'est-ce point
là la tête de mon
époux ? » Aussitôt, elle va
puiser de l'eau, lave la tête avec soin, prend de la
poudre de bois rouge, l'en enduit bien, puis la pose
délicatement à terre.
Tolé,
de son côté, ayant quitté sa
forêt, arrivait précipitamment. À
proximité du campement, à l'endroit où
habituellement il s'arrêtait pour appeler, il fait
halte et crie : « Tête, tête,
tête, tu existes toujours ? » Celle-ci
répond : « Oui, je suis toujours
là. il ne s'est rien passé de spécial,
sinon que ta deuxième femme est venue. Elle est
arrivée ici après ton
départ. »
Tolé,
tout joyeux, s'exclame : « Oh ! ma
chère femme, je te remercie
beaucoup ! »
Il entre dans
le campement et retrouve sa tête que son épouse
avait lavée. Il la remet en place.
Il
dépose tous les gibiers qu'il a attrapés ce
jour-là, les dépèce, prend les foies et
les tripes, mets de choix, et les lui donne.
« Chère femme, dit-il, prépare-les
et mange puisque tu as quitté le village
affamée.»
Elle fricote
un excellent repas. Tous deux s'installent et font ripaille.
Après ce festin plantureux, Tolé demande
innocemment : « Combien de jours comptes-tu
dormir ici avec moi ? » Elle répond
avec sérieux : « Mon cher
époux, je ne vais pas m'attarder longtemps ici car ma
coépouse là-bas au village a très faim.
Dès demain, je m'en irai. »
Tolé
soupire : « Il en sera comme tu voudras. Je
ne suis là que depuis cinq jours, mais regarde tout
le gibier que j'ai tué. » Elle le
félicite, puis tous deux se couchent et
s'endorment.
Le lendemain
au petit matin, elle pose sa hotte à terre ;
Tolé la lui remplit de viande jusqu'au bord et lui
dit : « Méfie-toi de ce que tu
rencontreras en chemin. Tu peux trouver sur ta route des
méchants qui ne chercheront qu'à te faire du
mal ! »
la femme
ramasse tous les bons morceaux et les empile aussi dans sa
hotte.
Il lui
recommande encore : «Puisque tu tiens
à partir aujourd'hui, ne t'attarde pas, quitte en
hâte la forêt pour sortir dans la savane.
Là tu verras des oiseaux qui viendront en grand
nombre pour chercher à te tuer. Alors, tu prendras
les foies que tu as mis sur le dessus de ta hotte et tu les
jetteras sur le chemin. Tandis qu'ils iront se poser sur
cette provende pour la manger, tu chanteras la chanson que
je vais te chanter. »
La femme s'en
va, marche longtemps, traverse la forêt et
débouche dans laplaine. Aussitôt, les oiseaux
arrivent et commencent à l'importuner. Elle fouille
dans sa hotte, y prend des foies et les jette sur le chemin
en chantant :
« Oho !
Mon grand oiseau, Inandé, Inandé.
C'est mon
mari Tolé, Inandé, Inandé,
En brousse
il est allé, Inandé, Inandé,
Voilà
le gibier qu'il a tué, Inandé,
Inandé,
Un grand
oiseau m'a engendrée, Inandé,
Inandé.
Oho !
Mon grand oiseau, Inandé, Inandé.
Mon mari,
c'est Tolé, Inhandé, Inandé,
En brousse
il est allé, Inandé, Inandé,
Un grand
oiseau m'a engendrée, Inandé,
Inandé.
C'est lui
que j'ai épousé, Inandé,
Inandé.
Maintenant
laissez-moi passer, Inandé, Inandé,
Oho !
Mon grand oiseau, Inandé,
Inandé.
Elle quitte la
plaine et marche longtemps.
Les oiseaux
posés sur les foies, mangeaient à grand
bruit.
Elle fuyait en
toute hâte.
Soudain, les
oiseaux la rattrapent. Elle prend d'autres foies, les leur
jette, prend encore et jette. Ils se précipitent
dessus et les dévorent. Elle se remet à
chanter :
« Oho !
Mon grand oiseau, Inandé, Inandé.
C'est mon
mari Tolé, Inandé, Inandé,
En brousse
il est allé, Inandé, Inandé,
Voilà
le gibier qu'il a tué, Inandé,
Inandé,
Un grand
oiseau m'a engendrée, Inandé,
Inandé.
Oho !
Mon grand oiseau, Inandé, Inandé.
Mon mari,
c'est Tolé, Inandé, Inandé,
En brousse
il est allé, Inandé, Inandé,
Un grand
oiseau m'a engendrée, Inandé,
Inandé.
C'est lui
que j'ai épousé, Inandé,
Inandé.
Maintenant
laissez-moi passer, Inandé, Inandé,
Oho !
Mon grand oiseau, Inandé,
Inandé.
Pendant ce
temps, elle se sauve aussi loin qu'elle le peut.
Elle arrivait
à proximité du village quand les oiseaux
l'attaquèrent à nouveau. Elle recommence son
manège et peut ainsi parvenir au village sans
encombre avec une bonne provision de viande.
Sa
coépouse, la voyant venir, s'exclame :
« Hum ! Ce n'est pourtant que la seconde
femme et la voilà qui rapporte toute cette nourriture
ici ! Eh bien ! On verra ce dont je suis capable,
moi ! Je vais m'en aller dès le
matin. »
Au lieu de lui
faire bon accueil, de partager avec elle la nourriture
qu'elle rapportait, de lui demander comment les choses
s'étaient passées, la première femme ne
souffle mot.
Dès
l'aube, en catimini, elle emballe du manioc et des bananes
et s'esquive, marchant d'un si bon pas qu'en un rien de
temps elle parvient au campement de son mari.
Là,
elle ne trouve que la tête de Tolé. Elle se
frappe la bouche en hurlant : « Aïe,
aïe, aïe, aïe, mon mari Tolé a
tué quelqu'un ! Ah ! Voilà qui est
bien, tu as vraiment bien fait ! Voyons cela d'un peu plus
près ! »
Elle saisit un
couteau et commence à gratter, à racler le
visage de Tolé, d'un côté, de l'autre.
elle prend du sel et l'en frotte bien.
Toél,
sa chasse finie, quitte la forêt, chemine longuement
et le voilà arrivé à proximité
du campement. Il appelle sa tête :
« Tête, tête, tête, quoi de
neuf ? ». la tête répond :
« Oh ! Rien de particulier, sinon que je souffre le
martyre de la main de ta première femme. Elle m'a
raclé le visage de tous côtés, j'ai
perdu toutes mes forces et ne puis te répondre plus
longuement. »
Tolé
entre dans le campement à pas comptés, prend
sa tête et la remet en place. Il gémit de
douleur : « Ah ! Ma femme ! Que
m'as-tu fait là ? La prochaine fois que tu
viendras, tu feras bien de t'informer
auparavant. »
Et, sans lui
laisser le temps d'ouvrir la bouche, il ajoute
aussitôt : « En tout cas, puisque tu
dois t'en aller demain, je vais te donner quelque chose
à emporter. »
Il ramasse
alors toute la viande boucanée et la lui donne, mais
il se garde bien de lui remettre les foies.
Le matin
suivant, la femme prend la route pour rentrer. Elle marche
longtemps et arrive dans la savane. soudain les oiseaux
surgissent.
Que
pouvait-elle faire ? Tolé ne lui avait rien
expliqué et elle n'avait pas les foies à leur
offrit en pâture.
Les oiseaux se
jettent sur elle, la criblent de coups de bec, la tuent,
saisissent son cadavre et l'entrainent dans la plaine.
Vous autres,
femmes, qui restez à la maison tandis que votre mari
court la brousse pour subvenir à vos besoins, faites
régner la bonne entente entre vous, soyez sages et
soumises, témoignez tendresse et respect à
votre époux, en toutes circonstances prenez conseil
auprès de lui.
La
nouvelle case de Gbaso
conte
monzombo
Ceci est une
histoire de Tolé et de Gbaso son compère.
Gbaso
s'était construit longtemps auparavant une maison
où il s'était installé avec ses femmes
et tous ses enfants. Ils habitaient cette demeure depuis des
années. beaucoup d'enfants y étaient
nés.
Un jour que
Gbaso était parti en forêt, il découvrit
un remède magique, dont il s'empara et qu'il se mit
à préparer. il en surgit une immense
termitière, aussi vaste qu'une maison, dans laquelle
il pénétra. À l'intérieur se
tenait le propriétaire. Gbaso le salue poliment et
lui demande : « Voudrais-tu me donner un peu
de ce merveilleux remède ? » L'autre y
consent volontiers. Gbaso le remercie et rentre chez
lui.
Arrivé
là, il dit à sa première femme :
« Chère épouse, voilà des
lustres que nous habitons cette maison ; elle est
vieille et bien abimée. je vais maintenant la
bruler. »
sa femme
s'inquiète : « Si tu brules notre
case, où pourrons-nous aller dormir avec les
enfants ? Tu n'as pas encore coupé les bois de
charpente, tu n'as pas tressé les tuiles de bambou ou
encore cueilli les feuilles d'ardoise pour couvrir le
toit ; je ne vois pas non plus de bottes de paille.
Où irons-nous dormir ? » Gbaso la
rassure : « Ne t'inquiète pas, reste calme,
regarde-moi faire 8 »
Avec ses
femmes et ses enfants, il déménage tout ce qui
se trouvait à l'intérieur de la maison et le
met dehors. Puis il met le feu à la case.
Là-dessus, il saisit le remède magique et le
plante en terre, tout en disant : « C'est en mon
propre nom, à moi Gbaso, que cette magie-là je
la fais, c'est en mon propre nom, à moi
Gbaso. » Aussitôt, la termitière
s'élève, pousse, devient immense, grande comme
une maison et se transforme en une belle case. avec femmes
et enfants, Gbaso y emménage.
Les
villageois, émerveillés, viennent la
contempler. ils s'interrogent : « Où
a-t-il donc trouvé ce remède
magique ? » La nouvelle court de bouche
à oreille, parvient jusqu'à Tolé qui se
dit : « Tiens ! Il faudrait bien que j'aille
rendre visite à mon compère
Gbaso. »
Sur ce, il
prépare quelques cadeaux, une chèvre, un
chien, un poulet, et dit à la cantonade :
« Je m'en vais chez mon ami. »
Arrivé
là-bas, ses premiers mots sont pour
dire : « Et cette fameuse case que tu as
construite, où est-elle ? » Gbaso,
sans se formaliser, lui explique : « Mon ancienne
demeure se faisait vieille, alors je l'ai brulée et
j'en ai refait une neuve. » Tolé
insiste : « Mais comment t'y es-tu donc pris pour
construire celle-là si vite ? » Alors
Gbaso impatienté, répond
brièvement : « ça me
regarde. » Tolé reprend d'un ton
dégagé : « Bon ! Je suis venu
te voir, de toute façon ! »
Ils
s'installent, mangent, boivent, se divertissent et,
finalement, Gbaso lui révèle son secret. le
soir venu, on lui prépare un lit à
l'intérieur de la nouvelle maison, puis tous vont
dormir.
A la minuit,
Tolé se lève discrètement et, avec
mille précautions, va subtiliser le remède
magique que Gbaso gardait précieusement à son
chevet. Il s'enfuit en l'emportant, rentre chez lui et dit
à sa femme : « Ma bonne, notre maison
est devenue bien vieielle, il faut que je la brule. porte le
mobilier dehors, Je vais nous en construire une
autre ! »
Nambo, la
femme de Tolé, s'écrie : « Mais
si tu brules cette case, où allons-nous dormir avec
les enfants ? Volià la saison des pluies qui
approche. Où nous abriterons-nous ? Nous n'avons
pas d'autre endroit où habiter. Comment allons-nous
faire puisque tu n'as même pas encore coupé les
bois de charpente ? Les tuiles de bambou ne sont pas
tressées, tu n'as pas cueilli de feuilles d'ardoise
ou préparé des bottes de paille. En quel lieu
pourrons-nous donc dormir ? »
Il
fanfaronne : « Tout çà n'est
rien ! Regarde, la puissance est dans ma
main ! »
Il prend leurs
affaires et tout le mobilier et les jette dehors. ceci fait,
il met le feu à la case. les flammes montent. Tous
les villageois accourent et s'écrient : «
Maudit sois-tu, Tolé ! Maintenant que tu as
brulé ta case sans réfléchir, que
vas-tu faire ? Voilà la saison des pluies. et
vous voici sans abri, toi, ta femme et tes
enfants. »
Tolé
prend un air suffisant : « Tout çà
n'est rien ! vous allez voir la puissance qui est dans
ma main ! »
Il enfonce le
remède magique en terre et prononce les paroles
prescrites : « En ton nom, Gbaso, je veux que
la case sorte du corps de la termitière ! »
Aussitôt,
une gra,nde termitière surgit et se transforme en une
vaste maison. Tolé y entre avec tous ses enfants et
sa femme, s'y installe et y passe cinq jours.
Le
sixième jour venu, il se dit : « Pourquoi
ai-je parlé au nom de la mère de Gbaso, au nom
du père de Gbaso au lieu de citer mes propres
parents , Désormais, je ne dirai plus :
« Au nom de Gbaso. » C'est en mon nom,
à moi Tolé, que je dis : il faut que ma
nouvelle case reste comme elle est. »
À peine
a-t-il prononcé le nom de Tolé que la maison
s'est écroulée tuant tous ses enfants.
Tolé et sa femme, eux, ont réussi à se
sauver.
Nambo
s'était précipitée à
l'extérieur en criant : « Au secours !
Au secours ! quel malheur ! Mieux vaudrait ne jamais se
marier ! »
Tolé
contempel le désastre : « Voilà que tous
mes enfants sont morts ! Que vais-je
devenir ? »
Pendant ce
temps, Nambo, désespérée, hurlant au
secours, filait à toutes jambes trouber Gbaso :
« Gbaso, très cher, aïe pitié
de moi ! Un malheur est arrivé, Tolé m'a
tué tous mes enfan,ts ! Viens à mon
secours ! »
Gbaso se
précipite : « Tolé, mon ami,
pourquoi as-tu tué tes enfants ainsi ? Crois-tu avoir
bien agi ? » Ce disant, il exécute
quelques signes magiques et la termitière se
redresse. Il en fait sortir les enfants sains et saufs.
Puis il
sermonne Tolé : « Quand tu vas chez
ton compère, demande-lui l'explication des prodiges
auxquels tu as assisté ; il te montrera tout et,
ensuite, à ton tour, tu pourras les
réaliser. »
Nambo se met
à chanter :
«Petit
héron aux pattes rouges !
Eh !
Eh ! Ahiyéyé !
Le
phacochère ne me mangera pas.
Eh !
Eh ! Ahiyéyé !
Petit
héron aux pattes rouges !
Dans la
forêt, je ne dormirai pas.
Eh !
Eh ! Ahiyéyé !
Petit
héron aux pattes rouges !
Il a pris un
grand couteau qu'il a posé sur son cou !
Eh !
Eh ! Ahiyéyé !
Sa belle
jupe de raphia lui couvre les genoux.
Petit
héron aux pattes rouges !
Eh !
Eh ! Ahiyéyé !
Il a pris la
grande sagaie et l'a posée sur son pied.
Il saisit
son sabre, le jette en l'air pour mieux le
rattraper.
Petit
héron aux pattes rouges !
Je ne veux
pas dormir à la belle étoile;
Je ne peux
pas manger au bord de la forêt.
Petit
héron aux pattes rouges !
Il a mis sa
coiffe en peau de panthère.
Petit
héron aux pattes rouges !
la mort se
trouve seulement sur la terre. »
La chasse de
Lingango
conte
gbanzili
Lingango avait
projeté de faire une chasse au feu.
Le jour venu,
il va trouver Tulé et lui dit : « cousin,
le jour de mon feu de brousse est arrivé ;
veux-tu m'y accompagner ? » Tulé
accepte.
Les gens, qui
sont venus pour perticiper à la chasse montent en
pirogue ; celle-ci prend le fleuve en
chantant :
« Lingango,
Lingango, le génie du fleuve chasse pour
moi »
Lingango,
Lingango, c'est pour moi que chasse le génie du
fleuve ! »
Plus tard, la
pirogue ayant accosté, les chasseurs s'enfoncent dans
la brousse en courant. Lingango dit à
Tulé : « Cousin, restons un peu en
arrière afin de surveiller nos hommes. »
Lui, fait quelques pas de son côté et
débusque aussitôt un animal, le transperce d'un
coup de sagaie qui le jette à terre. Il
s'écrie : « Victoire ! Cousin, j'ai
déjà abattu un gibier. » Tulé
le rejoint en hâte et lui dit : « Mais non,
cousin, c'est un animal que j'avais déjà
blessé qui est venu vers toi. » En disant
cela, Tulè glisse sa main sous le corps de la
bête et la blesse d'un coup d'ongle, puis montre son
doigt ensanglanté à Lingango :
« Tu vois, c'est l'endroit où je l'avais
touché. » Lingango lui laisse prendre le
gibier.Peu de temps après, Lingango abat une
antilope. il chante à nouveau victoire : «
Cousin, j'en ai eu un autre ! » Tulé
accourt, soulève la queue de l'animal, montre son
anus à Lingango, en lui disant : « Regarde,
voilà l'endroit où je l'ai atteint avec ma
sagaie ! » Lingango le lui laisse encore une
fois emporter.
Les chasseurs
ayant suffisamment tué de gibier, prennent maintenant
le chemin de retour et s'apprêtent à monter en
pirogue. chaque chasseur, au passage, remet à
Lingango sa quote-part, qui une patte de devant, qui une
patte de derrière. Lui, tout ce qu'il avait
tué, Tulé le lui a pris.
Du temps
passa...
Les enfants de
Lingango et ceux de Tulé avaient l'habitude de jouer
ensemble, mais chaque fois que les enfants de Lingango
venaient jouer chez ceux de Tulé, ces derniers
réussissaient à leur prendre tous leurs
jouets.
Un jour qu'ils
étaient venus s'amuser chez eux comme à
l'accoutumée, un des enfants de Tulé se moqua
d'eux : « Vous êtes vraimant très
bêtes ! C'est de cette façon que votre
père s'est fait prendre tout son gibier par mon
père. » Les enfants de Lingango demandent :
« Est-ce bien vrai ? » Les autres
répondent : « Assurément ! »
Ils continuent
à jouer encore un bon moment ; lorsqu'ils sont
prêts à partir, Nambo, la femme de Tulé,
leur prépare un repas. Elle apporte des pains de
manioc, les coupe et les distribue à tous les
enfants. Ceux de Lingango, tout en mangeant, glissent sous
leurs ongles des parcelles de graisse, puis, quand ils sont
rassasiés, ils s 'en retournent chez eux.
Arrivés
à la maison, ils disent à leur
père : « Papa, sais-tu bien que Tulé
s'est moqué de toi et qu'il t'a trompé pour te
prendre le gibier que tu avais tué ? »
Lingango répond : « Mais non, c'est bien
lui qui avait abattu ce gibier. » Les enfants
insistent : « Puisque tu ne nous crois
pas, donne-nous une assiette, nous y verserons la graisse de
ces animaux que nous avons rapportée, et tu
verras. » Aussitôt dit, aussitôt
fait : l'assiette est bientôt pleine. Lingango
l'examine longuement, puis, convaincu, se demande comment il
va pouvoir traiter Tulé pour se venger de lui.
Il consulte le
génie des oracles. celui-ci lui conseille de se
fabriquer des grelots qui sonnent clair, et de s'enduire le
corps d'huile de palmiste et de cendres. Dans cet attirail,
il lui sera facile d'aller duper Tulé et de
récupérer son gibier.
Sur le champ,
Lingango s'empresse de s'en aller forger des grelots, si
bien réussis, qu'une fois qu'il les a mis à
ses pieds, on l'aurait entendu bouger un cil ! Il prend
sa grande sagaie et son bouclier, puis se met en route suivi
de ses femmes. A peine sur le sentier, il se met à
chanter :
«
Tulé, Tulé, le gibier était à
Lingango,
Tulé
s'en est emparé indument.
Tulé,
Tulé, le gibier était à
Lingango,
Tuez-moi
Tulé et attrapez-moi Lingango !
Tulé
s'en était emparé,
Tuez-moi
Tulé et attrapez-moi Lingango !
Tulé
s'en était emparé
ééé...»
Il chantait
tout en marchant et en dansant.
Tulé,
qui était en train de fendre des rotins devant sa
maison, entend la chanson. Il se lève, prête
l'oreille. La chanson se rapprochait de plus en plus. La
peur le saisit, il jette son couteau, entre dans la maison
en courant et crie à Nambo : « Il
y a quelque chose qui s'amène là-bas, disant
qu'on me tue et qu'on lui donne le cousin Lingango en
otage. »
Lingango, tout
en chantant, était arrivé aux abords du
village. poursuivant son chant, il se met à longer
l'enclos qui entoure la concession de Tulé. Ses
grelots résonnent comme le; tonnerre. Il brandit son
bouclier. son corps est luisant d'huile de palmiste et noir
de cendres. Sa coiffure de plumes oscille en tous sens.
Tulé, Nambo et les enfants, terrorisés
à sa vue, ont fui et sont allés se cacher dans
la forêt.
Tandis que
Lingango chante et se démène de la sorte, ses
femmes sont entrées dans la concession pour y
rammasser toute la viande que Tulé avait mise
à sécher sur des claies. Le dernier morceau
saisi, Lingango cesse sont chant et, accompagné de
ses épouses, il repart chez lui en toute
hâte.
Tulé et
les siens, constatant que tout est redevenu silencieux,
jettent un coup d'il et sortent de leur cachette. En
rentrant chez eux, ils s'aperçoivent qu'il ne reste
même plus un seul morceau de viande sur les claies.
Nambo et les enfants, pleurant de faim, s'en vont en brousse
chercher des champignons.
Pendant ce
temps, Tulé prend son bouclier, se saisit d'une lance
et le perce de trous, puis le dépose contre le
mur.
De son
côté, Lingango, de retour chez lui, va puiser
de l'eau, se lave bien, remets ses vêtements
habituels, saisit sa grande sagaie, celle qu'on porte sur
l'épaule, et d'un bon pas, s'en va chez
Tulé.
Tulé,
à sa vue, s'écrie : « Ah !
Cousin Lingango, il y a une horrible chose qui est venue
ici, réclamant ma mort et qui voulait te prendre en
otage. regarde-moi ça, je me suis battu longtemps,
j'ai le corps tout couvert de plaies ! Mon bouclier est
percé de toutes parts ! Tandis que je me battais
là, je t'appelais vainement à l'aide,
criant : « Où est donc le cousin
Lingango ? Qu'il vienne me donner un coup de
main ! »
Ils restent
à discuter un bon moment tous les deux, puis, le
soleil s'apprêtant à se coucher, Lingango prend
le chemin du retour.
Deux jours
plus tard, les enfants de Lingango reviennent à
nouveau jouer chez ceux de Tulé. comme les enfants de
Tulé voulaient s'emparer des jouets qu'ils avaient
apportés avec eux, l'un des enfants de Lingango
s'écrie : « Votre père avait fait
comme çà et papa l'a bien eu, hein, en venant
récupérer tout son gibier. » Il s
continuent à jouer encore longtemps.
Quand les
enfants de Lingango furent partis, ceux de Tulé
vinrent dire à leur père :
« Papa, sais-tu que c'est Lingango qui est venu te
tromper et qui a ramassé toute la
viande ? »
Tulé,
en entendant cela, est troublé, ne sachant quelle
attitude prendre. Il se demande comment se venger de
Lingango. Il se dit qu'il va faire semblant de mourir.
Feignant d'être à l'agonie, il appelle Nambo et
lui fait ses ultimes recommandations :
« Quand je serai mort, tu iras aussitôt
appeler le cousin Lingango pour qu'il vienne
m'enterrer. » Puis il va expirer dans un coin
reculé de la maison. Les mouches commençaient
à tourner autour de son corps. Nambo se met en route
pour remplir sa mission, déchirant ses
vêtements, poussant de longs sanglots et se roulant
sur le sol, ainsi que le font les veuves.
Lingango
l'apercevant ainsi couverte de terre lui demande :
« Mais, Nambo, que s'est-il passé que te
voilà blanche de poussière ? »
Nambo sanglote : « Lingango, c'est ton cousin
Tulé qui est mort, c'est pourquoi je suis venue te
chercher , car il m'a dit en mourant que j'aille t'appeler
pour que tu viennes l'enterrer. »
Lingango
s'écrie : « Comment ? Le cousin
Tulé que j'ai vu si bien portant il y a deux jours,
que lui est-il donc arrivé pour qu'il meure si vite ?
Pourquoi n'es-tu pas venue m'avertir plus
tôt ? »
Nambo lui
raconte : « Hier au soir, j'avais
préparé du manioc, nous avons diné et
puis nous sommes allés nous coucher. Quand je me suis
levée, j'ai voulu le réveiller, mais il
était déjà mort. J'ai tenu, avant de
venir, à le laver pour le mettre sur le lit
d'exposition, c'est pourquoi j'ai un peu
tardé. »
Ils
s'apprêtaient à partir quand une des femmes de
Lingango, avec qui Tulé avait eu une aventure, voulut
les accompagner. Lingango se fâche :
« Où veux-tu donc aller ? Est-ce parce
que Tulé a couché avec toi que tu veux
venir ? Prends garde ! Qu'aucune femme ne vienne
! »
Ils
parviennent devant la maison de Tulé. Lingango
regarde à l'intérieur et aperçoit
Tulé tout au fond, le corps déjà bien
gonflé. Ses enfants sont assis autour de lui et le
pleurent. Lingango gronde : « Silence,
vous autres là-bas à l'intérieur, qui
faites semblant de pleurer ! Tenez-vous tranquilles et
écoutez-moi, moi Lingango. Toi, cousin Tulé,
qui es étendu au fond de la maison, si c'est d'une
vraie mort que tu es mort, ma sagaie Zangboto, qui ne rate
jamais son but, quand je la lancerai contre toi, qu'elle
t'évite, mais si tu n'es pas vraiment mort, si c'est
à cause du gibier que tu m'avais volé et que
je suis venu récupérer que tu as fait toutes
ces simagrées pour m'attirer ici et me tuer, alors,
quand je vais lancer ma sagaie, qu'elle t'entre
profondément dans la poitrine. »
Il saisit la
sagaie, la lève et fait semblant de la lancer dans la
direction de Tulé. Ce dernier, voyant cela, d'un
bond, traverse le mur de la maison et s'enfuit en
forêt. Lingango se retourne vers Nambo et, du manche
de sa sagaie, se met à lui cogner sur le crâne.
Nambo et ses enfants se réfugient dans la
forêt.
Si tu as pris
quelque chose à ton prochain et qu'il est, à
juste titre, venu le récupérer, crois-tu pour
autant avoir le droit de le tuer ?
La
pierre qui avait de la barbe
conte
gbanzili
Un jour
Tulé s'en était allé dans la savane
pour y cueillir des feuilles de rônier dont il
comptait tresser des nattes. Il arrive dans un endroit
rocailleux et, parmi tous les cailloux, il remarque une
pierre qui avait de la barbe. Il s'esclaffe :
« Oh non ! Ne voilà-t-il pas une
pierre qui a de la barbe ! A peine a-t-il
prononcé ces mots qu'il tombe raide mort.
Quelque temps
après la pierre vient le réveiller et il se
met en route pour rentrer chez lui. Il n'était pas
encore arrivé à la maison qu'il rencontre un
petit mouton. il lui dit : « ne veux-tu pas
m'accompagner pour aller couper des feuilles de rônier
dont nous ferions des nattes ? »
L'autre
étant d'accord, ils se mettent en route et
Tulé, mine de rien, l'entraine dans les rocailles. Le
mouton, apercevant la fameuse pierre, s'écrie :
« Oh ! Est-ce possible ? Voilà
une pierre qui a de la barbe ! »
Sur ces mots,
il tombe raide mort. Tulé l'emporte chez lui pour le
manger. Après avoir bien festoyé, il
s'endort.
À son
réveil, il se dit qu'aujourd'hui il mangerait bien du
singe. Il s'en va donc trouver le singe et lui dit :
« Tu serais bien aimable de venir m'aider à
couper des feuilles de rônier. » L'autre y
consent et il l'emmène au même endroit. Le
singe, en découvrant la pierre, s'écrie :
« Que vois-je ? Une pierre qui a de la
barbe ? » Juste après avoir dit ces
mots, il tombe raide mort et Tulé emporte avec lui sa
dépouille au village.
Le soir, il
rassemble femme et enfants autour du feu et leur raconte ses
exploits, comment il a réussi à faire mourir
le mouton et le singe. Il croyait bien qu'aucun
étranger ne l'écoutait, alors que le chien,
faisant semblant de dormir, n'en perdait pas un mot.
Le lendemain,
dès l'aube, Tulé vient le chercher et lui
dit : « Je m'en vais cueillir des feuilles de
rônier pour faire des nattes,
accompagne-moi. »
Arrivé
auprès de la pierre, Tulé la lui montre du
doigt disant : « Tu ne vois pas cette chose
là-bas ? » Le chien répond :
« Non je ne vois rien. » Tulé
insiste, lui repose la même question par deux fois en
vain, puis se fâche et s'écrie :
« Mais tu ne vois donc pas cette pierre qui a de
la barbe ? » Et il tombe raide mort. Le chien
l'entraine chez lui pour le manger, mais il en fut bien
déçu, car la chair de Tulé,
l'araignée, n'est pas comestible.
C'est pour
cela qu'on dit chez nous qu'aussi malin que tu sois, tu
finiras toujours par être toi-même victime de ta
malice.
Le
filet d'or de Tulé
conte
gbanzili
En ce
temps-là, Tulé-l'araignée était
très malheureux, n'ayant même pas de quoi
s'acheter du fil pour réparer son filet. Il se
lamentait : « Ah là là !
Quelle misère j'endure ! Je reste là sans
même pouvoir raccommoder mon filet. il faut absolument
que je trouve le moyen de sortir de cette situation
désastreuse. »
Il va trouver
le coq à qui il expose sa situation. Le coq,
apitoyé, lui prête vingt mille francs. Il le
remercie chaleureusement : « Et demain
à sept heures, viens que je te rende ton
argent. » Là-dessus, il s'en retourne chez
lui.
Un peu plus
tard, il va trouver le chat, lui raconte ses misères
et celui-ci lui donne aussi vingt mille francs. En partant,
Tulé dit : « Demain matin, à
sept heures, passe chez moi pour que je te rende ton
argent. »
Il va ensuite
trouver le chien, lui tient les mêmes discours. le
chien à son tour lui donne vingt mille francs. Et
Tulé de dire en s'éloignant :
« Ne manque pas d'être chez moi demain
à sept heures pour que je puisse te
rembourser. » Puis il rentre chez lui.
Le lendemain,
à sept heures sonnantes, le coq arrive et
l'appelle : « Tulé, Tulé,
où es-tu ? »
- Je suis
là-haut en train de repriser mon filet. Attends un
peu, je vais descendre dans cinq minutes te donner ton
argent.
Le coq
l'attendait toujours, les cinq minutes passées, quand
le chat arriva. Il y avait deux jours qu'il n'avait pas
mangé. Apercevant le coq, il lui saute dessus, lui
écrase la tête et se met à le
dévorer.
Il venait
à peine de terminer ce repas que le chien arriva.
Comme la querelle du chien et du chat n'est jamais
terminée, le chien, avisant le chat, lui saute dessus
et lui brise les reins. Laissant là le chat, il s'en
va réclamer son argent à Tulé.
Celui-ci, sans se donner la peine de descendre de son
perchoir, lie l'argent au bout d'un fil et le lui envoie en
disant : « Voilà la somme, tu peux
compter, elle est complète. » Le chien
vérifie et s'en va. Tulé prend alors le reste
et se met à compter : il y avait encore quarante
mille francs. ! Ravi, il se dit : « Me
voilà riche ! J'ai beaucoup d'argent
maintenant ! je vais pouvoir m'acheter du fil brillant
pour tisser mon filet. » Il y va aussitôt et
revient s'en fabriquer un superbe.
Malheureusement,
il n'avait pas pensé que ce qui brille n'attire plus
les mouches. Aucun insecte ne vient plus se poser sur le
filet de Tulé-l'araignée. Il a très
faim. À la longue, il maigrit tellement qu'il en
mourut parmi toutes ses richesses.
Le
festin de Tombilo
conte
isongo
Tombilo et
Tolé étaient de grands amis depuis longtemps.
Un jour, Tombilo dit à Tolé : «
Dimanche prochain, je t'invite à venir diner chez moi
avec tes femmes. »
Le dimanche
suivant, Tolé et ses femmes s'apprêtent et s'en
vont chez Tombilo. Les apercevant, Tombilo qui avait
complètement oublié son invitation, d'un air
légèrement surpris, leur dit :
« Tiens, cousins, vous voilà donc de
passage ? »
- Mais oui,
répond Tolé, légèrement
offusqué, tu nous avais bien invité à
diner, voilà pourquoi nous sommes venus. »
Tombilo, se rappelant soudain, pousse un cri :
« Oh ! mon Dieu, que vais-je faire, nous
n'avons justement rien de prêt
aujourd'hui ! »
Or, Tombilo,
n'avait même pas de cabri. Il appelle
discrètement sa femme dans la case : « Les
cousins viennent d'arriver. Qu'allons-nous pouvoir leur
offrir ? » Il réfléchit un bon
moment, puis il prie sa femme de sortir et appelle sa fille.
Quand celle-ci arrive, il la prend et la tue. Il sort son
cadavre, le dépèce, le prépare bien et,
en compagnie de Tolé, ils festoient. Il recommande
cependant à Tolé : « Prends garde en
mangeant de ne pas casser les os. »
Ils finirent
le repas, ayant soigneusement les os que Tombilo ramassa
dans une grande cuvette et emporta vers le fleuve. Il
chercha un endroit où l'eau tourbillonnait et les y
jeta, puis il revint trouver son ami, prit sa harpe et se
mit à jouer :
« O
Gbado, fille de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé
O Gbado,
fille de Tombilo
O
Gbado, fille de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé
O Gbado,
fille de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé. »
« Me
voilà, je vous reviens. »
Tolé
s'étonne : « Quelle chose
surprenante ! »
Tombilo
reprend son chant
« O
Gbado, fille de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé
O Gbado,
fille de Tombilo
O
Gbado, fille de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé
O Gbado,
fille de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé. »
« Me
voilà, je vous reviens
Tombilo me
rappelle
Me
voilà qui vous reviens. »
Tombilo
continua à chanter encore longtemps jusqu'à ce
que sa fille reparût, plus belle qu'auparavant;
Peu
après, Tolé prit congé, priant son
cousin à diner pour le dimanche suivant.
Le jour venu,
Tombilo se rendit chez Tolé. Or, Tolé, lui,
avait des cabris en quantité. Au lieu d'en prendre un
pour préparer le repas de son ami, il appelle son
fils, le tue, le dépèce, le prépare et
le mange en compagnie de son cousin auquel il recommande
bien cependant de ne pas broyer les os. Tombilo se conforme
scrupuleusement aux recommandations de Tolé.
Après
le repas, Tolé prend les os et va les jeter, mais au
lieu de choisir un tourbillon, il les jette dans l'eau
courante qui en entraine une partie . il prend sa harpe et
commence à chanter :
« O
Tolé, enfant de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé
O
Tolé, enfant de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé
O
Tolé, enfant de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé. »
Il
appelle : « Tombilo ! » Pas
de réponse. « Tombilo ! »
Rien, toujours rien. Il se remet à chanter :
« O
Tolé, enfant de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé
O
Tolé, enfant de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé
O
Tolé, enfant de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé. »
Il
appelle : « Tombilo ! » Toujours
aucune réponse.
Tombilo
demande à Tolé : « Où
es-tu allé jeter les os de ton
enfant ? »
- Viens,
je vais te montrer, tu vas voir. »
Ils se rendent
sur les lieux, et ne trouvent que les os qui n'ont pas
été entrainés par le courant. Il y en
avait fort peu. Tombilo les ramasse, les rassemble et dit
à Tolé : « Retournons au
village. »
Là,
Tolé donne la harpe à Tombilo et lui
conseille : » Appelle-le moi bien
fort. » Tombilo se met à chanter :
« O
Gbado, enfant de Tombilo
Tombilo
éé, Tombilo, Tombilo éé
Tombilo,
Tombilo éé
O Gbado,
enfant de Tombilo
Tombilo
éé, Tombilo, Tombilo éé
Tombilo,
Tombilo éé
O Gbado,
enfant de Tombilo
Tombilo
éé, Tombilo, Tombilo éé
Tombilo,
Tombilo éé. »
« O
père, me voilà, je vous arrive
Mais ma
poitrine est enfoncée
Une de mes
jambes est cassée. »
Tombilo
continue son chant :
« O
Gbado, enfant de Tombilo
Tombilo
éé, Tombilo, Tombilo éé
Tombilo,
Tombilo éé
O Gbado,
enfant de Tombilo
Tombilo
éé, Tombilo, Tombilo éé
Tombilo,
Tombilo éé
O Gbado,
enfant de Tombilo
Tombilo
éé, Tombilo, Tombilo éé
Tombilo,
Tombilo éé. »
« O
père, me voilà, je vous arrive
Mais ma
poitrine est enfoncée
Une de mes
jambes est cassée
Et mon
épaule est
écrasé. »
Il poursuivit
longtemps ses appels en chantant. Enfin, l'enfant de
Tolé surgit devant eux, mais hélas ! Il
était devenu affreusement vilain, difforme, bancal,
manchot, en un mot, méconnaissable.
Lorsque tu vas
en voyage ou qu'invité chez un ami, tu le trouves
occupé à quelque opération de magie, ou
encore appliqué à quelque tâche dont tu
ignores tout, informe-toi auprès de lui avant de
l'imiter. Tolé, pour avoir manqué à cet
élémentaire usage a fait son propre malheur,
perdant son bel enfant qui lui est revenu mutilé,
amoindri, défiguré.
Les
trois prétendants
conte
isongo
Tolé
avait une fille qui était d'une grande beauté.
Elle avait de nombreux prétendants mais aucun ne lui
agréait. Il en venait de partout, même des pays
les plus éloignés ; tous étaient
refusés.
Un jour, trois
jeunes gens, venus de contrées lointaines, se
présentèrent disant à
Tolé : « Nous avons appris que tu
avais une fille d'une rare beauté. Nous sommes venus
la demander en mariage. »
Ils avaient
apporté tous les cadeaux traditionnels. tous trois
étaient allés récolter des
quantités de vin de palme pour offrir aux parents de
la jeune fille. À la nuit tombante, ils
étaient assis à la porte de la case, chacun
avec une grande calebasse pleine de vin. Tolé
rentrant de promenade, les trouva là. À tour
de rôle, il lui offrirent leur vin et Tolé but
tout.
Le lendemain,
les choses recommencent de la même façon. Tous
trois partent en forêt, chassent les
porcs-épics, les écureuils terrestres et
toutes sortes de gibier, ils cueillent des épinards
sauvages... Ainsi faisaient nos pères autrefois quand
ils allaient courtiser.
Chaque jour ,
les trois garçons exécutaient les même s
travaux, l'un faisant exactement ce que faisaient les deux
autres. cela dura une semaine. La nuit, Tolé se
tourmentait : « Je n'ai qu'une fille et
voilà qu'il y a trois prétendants qui, tous
les trois, apportent les mêmes cadeaux, le même
gibier, la même quantité de vin, qui, tous les
jours, viennent ensemble et qui sont arrivés tous les
trois, le même jour, à la même heure.
Comment pourrais-je les
départager ? »
Tolé se
sentait confus et tout embarrassé. Il en perdait
l'appétit : quand on lui présenta le
repas du soir, il refusa de manger. Il se trouvait honteux
de n'avoir qu'une seule fille que trois garçons
étaient venus demander en mariage.
Un matin qu'il
était sorti de très bonne heure,
s'écartant dans la brousse, il buta du pied contre
une souche. Il manqua tomber et se retrouva à genoux.
Furieux, il s'écrie : « Toi, espèce
de souche, tu as réussi à me mettre en
colère, je vais prendre ma hache et te
couper. » Il va chercher sa hache et
s'apprête à trancher la souche qui se met
à parler : « Oh ! Du calme ! Ne
me coupe as, va chercher une feuille acide et une feuille
sucrée, tu les mettras dans ma bouche et je te
donnerai un bon conseil. »
Tolé
s'exécute. Alors, la souche lui parle
ainsi : « Je connais la raison de ta
colère. je sais que tu n'as qu'une seule fille et que
trois garçons sont venus la demander en mariage,
qu'ils sont arrivés ensemble, t'apportant mêmes
cadeaux et mêmes calebasses de vin. Voilà
pourquoi tu es tellement contrarié. Maintenant,
écoute ! As-tu jamais vu un chien ? Alors,
va trouver un propriétaire de chiens qui
possède mâle et femelle. Tu achèteras
une petite chienne et tu l'amèneras chez toi.
Ensuite, aiguise ton sabre d'abattis qui est là dans
ton fourreau. Il faut le rendre plus tranchant qu'il ne
l'est aujourd'hui. de grand matin, au premier chant du coq,
et sans attendre qu'il chante une deuxième fois, tu
saisiras la chienne, lui lieras vivement les pattes et la
tête, puis tu prendras ton sabre, le soulèveras
bien haut et, d'un seul coup, tu couperas la chienne en
deux. Il faut surtout que tu ne t'y reprennes pas à
deux fois, qu'au premier coup la partie supérieure
tombe d'un côté et la partie inférieure
de l'autre. Tu verras alors ce qui se
passera. ! »
Tolé
enregistre soigneusement ces paroles et rentre chez lui.
Aussitôt,
il prend un filet, une grande sagaie, un cabri - nos
monnaies d'autrefois - et va voir un propriétaire de
chiens. Il lui demande le prix d'une petite chienne. le
propriétaire répond qu'il se contentera des
trois pièces apportées. Tolé lui donne
donc le filet, la sagaie et le cabri et, en échange,
prend la petite chienne qu'il emmène chez lui. Il
tremblait d'impatience. de retour chez lui, il se met
à marteler son sabre, il le frappe, il l'arrose, il
l'aiguise sur une pierre, si bien que le fil en devient
tranchant comme celui d'un rasoir.
Un peu avant
l'aube, dès que le premier coq a chanté, il
saisit la petite chienne, la ficelle et, d'un grand coup, la
coupe en deux, la tête d'un côté, les
fesses de l'autre.
Tolé,
les yeux clos, n'ose jeter un regard ; puis il risque
un coup d'il à droite : une belle jeune
fille se tient à son côté ; un coup
d'il à gauche : une autre jeune fille,
plus belle encore, est debout près de lui.
Voilà qui, avec sa propre fille, fera trois !
Son cur se dilate d'aise. Il fait entrer les deux
jeunes filles dans la maison et dit à sa femme :
« Prépare de la poudre de bois
rouge. » Elle écrase du bois rouge, le
mélange d'huile d'amande et d'écorces
d'amandes grillées et pilées, et en oint les
trois jeunes filles qui deviennent brillantes et
parfumées. Elle leur passe de fins anneaux de cuivre
torsadés aux poignets, de lourds anneaux de cuivre
aux chevilles, tresse leurs cheveux en d'innombrables
petites nattes, orne leurs oreilles de bâtonnets
d'ivoire sculpté, leur épile les sourcils et
leur taille les dents. Ainsi parées, on les fait
asseoir sur une natte en attendant l'arrivée des
jeunes gens.
Tolé va
à leur rencontre et les hèle sur le
chemin : « Eh ! Mes gendres ! Vous voici
venus ! » - « Oui, disent-ils, nous
arrivions justement ! » Il les accueille
chaleureusement, appelle sa femme : « Viens
recevoir la nourriture que mes gendres m'ont
apportée. Vois toutes ces calebasses de vin, ces
corbeilles de poisson ! » Elle les prend et les
range.
Tolé,
malicieux, dit aux jeunes gens : « Allez donc
voir là-bas, dans cette case, ce que je vous ai
préparé. »
Les
garçons entrent dans et trouvent les jeunes filles.
Qu'elles étaient belles !Comme leur peau
cuivrée luisait ! Leurs bracelets polis
scintillaient !
Les jeunes
gens, éblouis, s'assoient sur la natte auprès
d'elles. Ils bavardent, rient, plaisantent : quatre jours
durant, ils se livrent à de doux entretiens.
Puis les
jeunes gens disent à
Tolé : « Il y a longtemps
maintenant que nous courtisons tes filles ; demain nous
allons les épouser et emmener nos femmes chez
nous. »
Sur ce, les
garçons retournent chez eux chercher les dots. Ils
amènent les cabris, les filets, les sagaies, les
fourrures précieuses et les cloches de fer.
Accompagnés de leurs frères, ils se rendent
chez Tolé pour lui remettre les dots et Tolé
leur donne à chacun une jeune fille. Or, Tolé,
n'ayant qu'une seule véritable fille, l'un d'eux
reçut le derrière de la chienne et l'autre la
tête, mais ils n'en savaient rien. Chaque
garçon repartit donc dans son lointain pays avec sa
nouvelle épouse.
Au bout d'un
mois, Tolé, qui commençait à s'ennuyer,
dit à sa femme : « Ah ! Il y a
bien longtemps que mes enfants sont parties !
Prépare-moi donc quelques pains de manioc pour le
voyage. Je vais aller les voir. Je ne veux pas rester
séparé d'elles plus
longtemps ! » On lui prépare une bonne
provision de pains et de pâte de graines de courge, et
le voilà parti.
Il chemine
longuement, dormant en route, plusieurs jours de suite. En
arrivant aux abords du village où habitait une de ses
filles, il s'arrête un peu, avant d'y entrer, pour
reprendre son souffle. Il s'assied et se met à
manger. Il entre alors dans le village;
Des gens le
saluent : « Bonjour, étranger,
où vas-tu ainsi ? fais halte un moment
ici. » Tolé répond :
« Je suis venu voir mon gendre qui est quelqu'un
de chez vous. Il a épousé ma fille voici
maintenant plus d'un mois et je suis venu leur rendre
visite
»
-
« Hum ! Ainsi cette fille que notre
garçon a épousée est ton enfant ?
Eh bien, tu ne les trouveras pas ici. Ils sont, pour
l'instant, au tribunal. Depuis son arrivée, cette
femme n'a cessé de se quereller avec tous ses
voisins. Chaque jour, mari et femme se sont rendus chez le
juge. Tu ne risques pas de les trouver chez
eux ! »
Tolé
est perplexe. Voici à peine un mois qu'ils se sont
mariés et, déjà, elle s'est
querellée avec tous les gens du village. Comment cela
se fait-il ? Il va quand même s'asseoir devant
leur maison. À peine arrive-t-il à la porte de
la case que les voilà qui reviennent du tribunal. Le
gendre, les mains derrière le dos, tête basse,
faisant mine de ne pas voir Tolé, ferme les yeux en
passant devant lui et rentre dans sa case. Tolé le
suit.
Son gendre le
salue sans chaleur, s'assied et, l'air sombre, lui
dit : « Quelle femme m'as-tu donnée
là ? Elle m'en fait vraiment voir de
drôles ! Non seulement elle a déjà
réussi à se quereller avec tout le village,
mais elle est aussi parvenue à se mettre à dos
toute ma famille. Notre mariage ne pourra surement pas
durer ! »
On
prépare le diner et l'on invite Tolé ;
mais il refuse. Le lendemain matin, Tolé dit :
« Bon ! Il faut que je m'en
retourne. » Son gendre va chercher un vieux
vêtement déjà très usé et
l'offre à Tolé comme cadeau de départ.
Tolé s'en va tout honteux et rentre chez lui.
Une semaine
plus tard, il dit : « Je vais aller voir mon autre
fille; » On lui prépare mes pains de
manioc, la pâte de graines de courge et le
voilà parti. Après une longue
randonnée, il arrive à l'entrée du
village, s'assied et mange son casse-croute. Puis il
pénètre dans le village.
On le salue de
toutes parts : « Bonjour, étranger,
qui viens-tu voir ici ? »
- « Je
viens rendre visite à ma fille que quelqu'un de chez
vous avait épousée. il l'a ramenée ici,
il y a maintenant tout un temps, alors je suis venu.
-
« Ouais, c'est donc ta fille, cette espèce
de chienne qui couche avec tout le monde. Elle a semé
la zizanie dans toute la famille, à force de courir
après tous les maris. Un jour c'est une bagarre
à son sujet, un autre, c'est un procès !
Si elle pouvait rencontrer son maitre, elle cesserait
peut-être de se mal conduire. Mais pour l'instant, de
bagarre en tribunal, nous en avons les oreilles rebattues.
Enfin, toi, tu n'y es pour rien ! Puisque tu es venu,
entre donc. »
Tolé va
s'asseoir en attendant la fille et son mari qui
étaient partis chez le juge. Les voilà qui
reviennent, se querellant tout le long du chemin. Son gendre
arrive, ne le salue même pas, tant il est
excédé des débordements de sa femme qui
le trompe avec tous les hommes.
Le soir venu,
pas de diner, rien que d'aigres propos. Tolé passe la
nuit et, le lendemain matin, se réveille la faim au
ventre. Il ronchonne : « J'avais tellement
faim que je n'ai pas pu dormir. je m'en vais maintenant. Son
gendre lui dit : « Prends quand même ce
petit poulet ! » Et il va lui chercher un
petit poulet déjà tout malade. Tolé
part ; il arrive au marigot où il s'arrête
pour boire. le petit poulet est mort. Il le jette.
Deux mois
passèrent. Tolé se dit : « Il
faudrait maintenant que j'aille voir ma troisième
fille. » Il se met en route et marche trois jours
durant. Il arrive, mange son dernier pain de manioc et entre
dans le village.
« Eh !
Que viens-tu faire ici, étranger ?
- Je viens
voir une de mes filles qui est mariée chez
vous ; il y a déjà bien longtemps qu'elle
est arrivée. »
On
s'écrie : « Ah ! Voilà une
bonne enfant ! Tout le monde ici l'aime. quelle charmante
fille ! Généreuse et bien
élevée ! Jamais elle ne mange en
cachette. Eh bien 8 Tu dois être fier d'elle !
»
Tolé
est enchanté. Il rit. Il part s'installer chez son
gendre. Celui-ci, le voyant venir, se lève et viens
l'embrasser : « O père, sois le bienvenu !
Depuis notre arrivée, ma femme et moi, nous sommes
très heureux. Nous avons bien travaillé
ensemble, nous nous entendons parfaitement. J'allais
justement t'envoyer un message pour te demander de venir
nous voir, car il y a bien longtemps que nous nous
étions quittés. »
Il prend un
cabri et le tue. sa fille lui prépare les tripes et
la panse du cabri, bien enroulés, qu'on lui fait
cuire sur-le-champ. Tolé mange tout. On va lui
chercher du vin qu'on lui apporte. Sur ce plantureux repas,
Tolé rentre dans la case et passe une bonne nuit.
La fête
dura trois jours. Le quatrième jour, le gendre entre
dans sa maison pour y chercher une grosse somme d'argent
qu'il vient apporter à Tolé. Il lui donne
aussi un habit de corps, une casaque, une coiffe, des
chausses, lui remet un pagne pour sa belle-mère et
lui dit : « Père, tu avais fait une
longue route à pied pour venir ; pour t'en
retourner, tu prendras le car.» Et il lui donne
l'argent du voyage.
C'est ainsi
que l'on dit : « Si tu te maries avec une
étrangère, lorsque tu rentres chez toi, dans
la famille, et qu'elle se révèle une
querelleuse qui s'en prend à tous les gens du
village, celle-là, c'est la tête de la
chienne ; lorsque celle que tu as épousée
couche avec les maris de toutes ses amies, qu'elle ne voit
pas que tu es un brave garçon et que tous les hommes
lui sont bons, c'est le derrière de la chienne. La
vraie fille, elle, est gentille et sage. »
Séto
l'égoïste
conte
manza
Un jour,
Séto ressort ses pièges à gros gibier
qu'il gardait dans un coin de la maison. Il les
dépoussière un peu et dit à sa femme
qu'il compte se rendre derrière la colline pour les y
poser sur le passage des buffles.
Nambéla,
son épouse, remplit sa gibecière de farine de
manioc. Il prend la gibecière et les pièges,
les pose sur sa tête et contourne la colline.
Trois jours
après avoir posé son premier piège, un
buffle s'y prit. Séto l'encorde et le hisse jusqu'au
sommet de la colline, puis se met à crier d'une voix
caverneuse : « Ô femme de Séto, fils
de Séto, le buffle que je jette ici n'appartient
qu'à Séto et à Séto seul. Si
toi, femme, tu en mangeais à cause de ton gout
immodéré de la viande, tu en mourrais et tous
les gens de ta famille périraient avec toi.
Même toi, fils de Séto, si tu n'en portais
qu'une bouchée à tes lèvres, tu
trépasserais. c'est moi, l'esprit du père de
Séto, qui lui envoie ce buffle, à lui seul
destiné. Vous avez bien entendu mes
paroles ? »
Sur ces mots,
Séto lâche la corde et le buffle vient tomber
au village.
Séto,
faisant des tours et des détours, rentre chez lui par
un autre chemin. Son épouse lui raconte ce qui s'est
passé : « L'esprit de ton père
a envoyé ce buffle, précisant que
c'était pour toi seulement. Il a même
ajouté qu'aucun de tes enfants ne doit y gouter, ni
ta femme, que si j'en mangeais, toute ma race serait
anéantie ; si les enfants en mangent, tous
périront. »
Séto
éclate en sanglots : « Comment
l'esprit de mon père a-t-il pu agir ainsi ? Que
vont devenir ma femme et mes enfants ? Comment
oserai-je jamais manger ce buffle tout seul devant ma femme
et mes enfants affamés ? »
Séto
s'essuie les yeux et déclare : « Allons, ce
que l'esprit d'un illustre ancêtre a
décidé doit être respecté. je
supporterai votre absence au repas, je mangerai tout seul de
peur que vous n'en pâtissiez ! »
Sur ce,
Séto décapite le buffle sur une claie et mange
jusqu'à le finir tout entier. deux jours après
avoir terminé son pantagruélique repas, il
s'apprête à retourner derrière la
colline visiter les pièces qu'il y avait
installés.
Arrivé
sur place, il trouve un grand buffle mâle qui s'y
était pris. Il l'encorde, le hisse en haut de la
colline et reprend son discours
précédent : « C'est moi,
l'esprit du père de Séto, qui lui envoie ce
buffle. Si toi, femme, tu t'avisais d'en manger, toit, tes
parents, et tous les tiens, péririez aussitôt.
Si toi, enfant, tu faisais mine d'y gouter, tu cesserais
bientôt de vivre ! »
Ayant dit,
Séto lâche la corde et le buffle atterrit au
village. Pendant ce temps, Séto emprunte un autre
chemin pour rentrer chez lui où son épouse
l'accueille en disant : « Vois ce buffle qui
est là ; c'est encore l'esprit de ton
père qui te l'a envoyé, recommandant que tu le
manges tout seul. La femme qui oserait en mettre un seul
morceau à la bouche se verrait anéantie, elle
et toute sa descendance. L'enfant qui ne craindrait pas d'y
gouter périrait sans avoir fait
souche. »
Séto
hurle de chagrin : ce que l'esprit de son père
lui fait est vraiment inique. Puis il s'essuie les yeux
longuement et déclare : « Enfin,
puisque l'esprit de mon père en a
décidé ainsi, il en sera
ainsi ! »
Il se fera
donc une raison et mangera quand même tout seul.
Séto décapite le buffle et le mange tout
entier.
À
chaque fois, que Séto prenait un buffle au
piège, il recommençait le même
manège. La pauvre Nambéla et ses enfants ne
mangeaient que des légumes.
Un jour,
Nambéla, allant puiser de l'eau, se heurta à
la Vieille-femme-oracle qui lui demande aussitôt de
lui enlever une épine qu'elle avait au pied.
Nambéla refuse tout d'abord, mais la vieille
insistant, elle finit par lui arracher l'épine.
L'oracle lui dit alors : « Vois-tu ces buffles qui
dévalent la colline, c'est ton mari Séto qui
les envoie et non un esprit, car Séto n'aime pas
partager le gibier qu'il a attrapé. Coupe des verges
et va l'attendre sur la colline. Il a déjà
capturé un autre buffle. Si tu ne hâtes pas, tu
n'en mangeras pas. Mais si toit et tes enfants allez vite
vous cacher là-haut, au pied d'un grand arbre,
dès qu'il commencera son discours, avant de
lâcher le buffle au pied de la colline, vous vous
rassemblerez pour le fouetter. Si vous agissez bien ainsi,
il se débarrassera de sa mauvaise habitude. Tu as
bien compris ? » Nambéla
répond : « Oui, oui, j'ai bien
compris.
Allons, va
maintenant ! »
Nambéla
rentre chez elle en toute hâte, prépare un bon
repas à ses enfants qui mangent à
satiété, puis elle va couper de longues verges
qu'elle leur distribue à tous et elle leur dit :
« Quand vous me verrez commencer à fouetter
votre père, vous vous joindrez à moi, car sa
façon de se comporter avec nous est vraiment
honteuse. » Et là-dessus, elle leur
explique toute l'affaire.
Accompagnée
de tous ses enfants, elle contourne la colline et ils vont
se cacher au pied du grand arbre dont la vieille avait
parlé à Nambéla. Ils restent là,
silencieux, observant les allées et venues de
Séto. Lorsqu'ils voient qu'il va commencer son
discours pour s'approprier toute la viande du buffle, comme
un seul homme, tous ensemble, ils lui tombent dessus et se
mettent à le fouetter d'importance. Son corps n'est
bientôt plus qu'une plaie. Séto implore :
« Nambéla, laisse-moi, de grâce,
Nambéla pitié ! »
Aussitôt
Nambéla fait cesser la correction.
Ensemble, ils
décapitent le buffle sur la claie et font boucaner la
viande qu'ils rapportent à la maison. Tous font
bombance.
Ainsi,
grâce à la femme-oracle, Nambéla et ses
enfants purent désormais manger du gibier.
Séto
et le gui-talisman
conte
manza
Le terme
« gui » est pris ici dans une acception
large, désignant, par analogie avec la plante
européenne parasite qui ne se rencontre pas en
Afrique, d'autres plantes africaines, également
parasites, comme la Loranthacée dont il est question
ici.
C'était
un jour de la pleine saison des pluies, il pleuvait
déjà depuis fort longtemps. Séto se
demandait quand il pourrait sortir car il commençait
à avoir le ventre creux. Poussé par la faim,
il finit par s'élancer précipitamment sous
l'averse, traverse la rivière d'une rive à
l'autre pour aller chercher des ignames de brousse. Il
déterre les ignames, en remplit sa gibecière
et le voilà maintenant retournant chez lui. Il refait
le même chemin en sens inverse, retraversant la
rivière sur l'arbre tombé qui lui avait servi
de pont. Arrivé au milieu, subitement la bretelle de
sa gibecière se rompt. Séto tente en vain de
rattraper la gibecière qui tombe à l'eau,
flotte quelques instants, puis coule à pic. Parvenu
sur l'autre rive, Séto se désole, sanglote
bruyamment, prend sa tête dans ses mains, tourne sur
lui-même, se jette à terre et se roule dans la
poussière, bref se conduit tout comme s'il avait
perdu un parent. Son corps est blanc de terre, ses yeux
mouillés de larmes. il se lamente :
« Ô ma gibecière d'ignames, elle est
perdue, ô ma gibecière
d'ignames ! »
Il reste sur
la rive à crier sa peine.
Quelques
instants plus tard, il s'aperçoit brusquement que sa
gibecière d'ignames est revenue là, au bord de
l'eau, tout près de lui. Tout joyeux, il va pour la
récupérer, mais, en regardant à
l'intérieur, il n'y trouve plus les ignames, rien
qu'un petit morceau de gui. Il s'en empare, le sort de la
gibecière, le nettoie, puis il lui
demande : « Quelle sorte de talisman
es-tu, toi qui es entré dans ma
gibecière ? » Le gui lui
répond : « Je suis un talisman
bienfaiteur. »
- Bon, dit
Séto, alors fais-moi voir les bonnes choses que tu
sais faire. »
Le talisman
s'exécute et aussitôt surgissent des
quantités de plats succulents. Séto mange
avidement, puis, repu, se prépare un lit de feuillage
et s'endort. Au réveil, il mange à nouveau
goulument. Plusieurs jours durant, il ne fait que manger,
danser et dormir. Finalement, rassasié, il prend son
gui-talisman, le remet dans sa gibecière et rentre
à la maison. Tout le long du chemin, il s'en va
dansant. Arrivé à portée de voix, il
appelle Nambéla son épouse. :
è Viens donc au devant de moi ! »
Nambéla, intriguée, sort comme une
flèche de la maison et voit Séto tout
souriant. Tous deux rentrent ensemble dans la case où
ils déposent la gibecière avec
précaution. Séto ressort et s'assied
auprès du foyer, toujours épanoui.
Nambéla, mourant de curiosité, lui demande
s'il n'aurait pas trouvé en chemin quelque bon gibier
bien faisandé. Négligemment, Séto lui
conseille d'aller jeter un coup d'il dans la
gibecière pour voir. Elle va donc ouvrir la
gibecière et y découvre le gui-talisman. Elle
s'adresse à lui : « salut à
toi, talisman ! » Le gui lui rend poliment
son salut.
« Tu
es un talisman de quelle espèce ?
- Je suis un
talisman bienfaiteur.
- Alors,
fais-moi voir les bonnes choses que tu sais
faire. »
dans
l'instant, paraissent à nouveau d'innombrables plats,
plus appétissants les uns que les autres.
Nambéla et ses enfants Papala et Kofé ainsi
que Séto festoient longuement puis dansent à
perdre haleine. Ils se remettent à manger, reprennen |