Contes de
Tolé
Remerciements
Qu'ici soient
remerciés tous les conteurs, dépositaires
d'une longue tradition, qui ont bien voulu nous confier une
partie de leur savoir. Leurs noms figurent dans la table des
matières à côté des histoires
qu'ils nous ont narrées. De même, je dis ma
gratitude à mes collaborateurs centrafricains, Paul
AKOYA-KOSSI, LouisMarie KOFFI, Isaac GUITIGAZA, et
Charlemagne BAMANIA qui m'ont aidé à les
transcrire et à les traduire.
AVANT-PROPOS
Les langues
négroafricaines, pour la plupart, ne connaissent pas
encore de forme écrite normalisée. Lorsque
l'une de ces langues possède une graphie, seuls
quelques initiés peuvent généralement
l'utiliser pour lire et écrire leur propre
idiome.
Cependant,
il convient de ne point oublier que la langue sert de
véhicule et de support à toute la civilisation
de la communauté qui l'emploie, c'est-à-dire
ses traditions, coutumes, mythes, légendes, contes,
épopées, proverbes, devises ; en un mot,
sa culture exprimée à travers sa tradition
orale.
Or
certaines de ces langues négroafricaines sont, par
suite des conditions du monde moderne, en voie d'extinction,
soit parce que le nombre de locuteurs diminue
inexorablement, soit parce qu'ils adoptent un autre
parler.
Si l'on ne
s'empresse donc pas de recueillir ces textes oraux, ces
langues qui meurent disparaitront totalement et la
civilisation dont elles sont le support s'anéantira
également, les générations futures ne
pouvant en prendre connaissance faute de textes
écrits.
C'est l'une
des raisons, et non des moindres, qui nous ont
poussés à créer cette nouvelle
collection qui présente un des aspects les plus
attachants de la littérature orale
négroafricaine : les contes.
Le conte
appartient au genre ludique par excellence. Son but
avoué est de divertir et, pour ce faire il fait appel
à toutes les ressources de l'imagination la plus
débridée.
Le conte
étiologique, en revanche, tente d'expliquer,
généralement par le moyen du merveilleux, un
fait dont l'explication n'est pas évidente à
première vue.
Mais aussi,
et surtout, les contes, reflets de la vie et de la
tradition, sont, sous une forma agréable, les
gardiens et les garants d'une autorité morale et
juridique traditionnelle.
Évidemment,
il serait intéressant et utile de donner ces contes
dans la langue même, mais cela n'est pas toujours
possible. Néanmoins, il nous a semblé urgent
de publier ces textes en langue française afin de
permettre, non seulement aux Africains d'accéder
à leur fonds culturel, mais aussi à un plus
large public débordant le continent noir,
d'appréhender intuitivement la connaissance des
civilisations négroafricaines par le contexte
socioculturel des contes.
Gaston CANU
AVERTISSEMENT
DE L'ÉDITEUR
Il y a
déjà plus de vingt ans que la première
édition des Contes de Tolé a
été publiée par le Conseil
international de la langue française puisque
c'est en 1978 qu'est sorti ce petit livre de contes.
Lors de la
reprise de ce texte qui était épuisé,
il est apparu qu'aucune ligne de ce qui avait
été dit à l'occasion de la
première édition ne méritait
d'être modifiée. Seule l'urgence et
l'utilité de ces travaux se sont accrues... Les
pétitions de principe en faveur d'un
intérêt plus grand pour les langues africaines
et leur enseignement sont restées lettre morte.
Jamais les moyens scientifiques consacrés à
ces études et à leur publication n'ont
été plus réduits. Il existe une
espèce de loi de la francophonie en vertu de laquelle
plus on parle des choses, moins on les fait. Les grandes
festivités ministérielles ou les
rassemblements de chefs d'État et de gouvernement
négligent des problèmes fondamentaux. Tant que
les droits de l'homme ne seront pas garantis, tant que les
systèmes d'enseignement qui sont dans la plupart des
pays francophones d'Afrique profondément
délabrés ne seront pas restaurés, tant
qu'on ne prendra pas en compte la spécificité
des situations locales y compris dans le domaine
linguistique, on ne peut pas espérer de
progrès substantiels. Il ne sert de rien de
répéter que la francophonie est plurielle si
l'on ne se décide pas à traduire ces paroles
dans les faits.
En
rééditant ces documents épuisés,
le CILF a le sentiment de livrer un combat dans lequel il
devrait être moins seul. Il y a beaucoup de
colère dans notre action quotidienne, contre les
faux-semblants, les discours convenus et l'aveuglement.
C'est en
pensant à tous les jeunes d'Afrique francophone, mais
aussi à ceux des pays voisins, que nous avons, lors
d'un colloque organisé à Dakar en 1976 sur le
thème des relations entre les langues
négroafricaines et le français,
décidé de lancer cette collection Fleuve et
Flamme de textes bilingues ou monolingues. Avec plus de
80 titres publiés depuis un quart de siècle,
il s'en faut, hélas, de beaucoup qu'elle
réponde à nos ambitions comme aux besoins.
Si l'on se
préoccupe des langues africaines, il ne faut pas
oublier le français.
Après
un bon siècle d'immobilisme, l'Académie
française a eu le bon gout d'accepter en 1990
(Journal officiel du 6 décembre 1990) un certain
nombre de rectifications orthographiques allant dans le sens
d'une simplification de graphies vieillottes ou
incohérentes. Nous les avons introduites dans cette
réédition, en pensant à simplifier la
lecture et l'écriture pour de jeunes africains qui ne
connaissent ni le latin, ni le français de la
Renaissance ni l'étymologie...Mais le conservatisme
imbécile du Ministère de l'Éducation de
France a empêché jusqu'à ce jour que ces
rectifications soient même officiellement
portées à la connaissance du corps enseignant
en France même. Centristes et socialistes auront donc
réussi à se montrer, en matière de
langue, plus réactionnaires que l'Académie...
C'est un comble!
On verra
pourtant qu'il ne s'agit pas d'une vraie révolution
et que le visage de la langue française n'en est
guère altéré : la suppression des
accents circonflexes sur le i et le u sauf dans les formes
verbales conduit à écrire paraitre,
maitre, bruler, gout, etc...et non
paraître, maître,
brûler, goût, etc...De même,
sur la graphie des noms propres qui était rendue
conformément à la phonétique africaine,
on a appliqué la règle de distribution des
accents graves et aigus, normalisée par
l'Académie, en
écrivant Tolé, Séto,
Tulé, en lieu et place de Tolè,
Sèto, Tulè. La langue française des
Africains aura donc l'avantage de la modernité sur
celle de leursLes socialistes auront donc réussi
à se montrer, en matière de langue, plus
réactionnaires que l'académie... C'est un
comble! ancêtres les Gaulois...
Hubert JOLY
Introduction
Qu'il
s'appelle Tolé, Tulé ou Séto selon ses
origines, c'est, sous de multiples facettes, un même
personnage qui apparait dans les contes
présentés dans ce volume. Ceux-ci ont
été recueillis en République
Centrafricaine. L'interprétation qui en est
donnée chez les différentes populations est un
reflet de leurs institutions, de leur conception du monde,
de leur organisation familiale et sociale...
S'il
s'apparente parfois à l'araignée, ainsi qu'en
témoigne notamment Le filet d'or de
Tulé, dans d'autres cas, il est résolument
un personnage de mythe, père de l'humanité
(Séto et sa sur),
révélateur des secrets de la nature, comme
dans Séto découvre les femmes,
héros civilisateur qui apporte aux hommes des
techniques ou des biens réservés jusque
là aux puissances surnaturelles. Mais dans ce dernier
rôle, il peut aussi n'être qu'un benêt
dont les inconséquences, tantôt inoffensives,
tantôt dangereuses, peuvent aller jusqu'à
entraîner la mort.
Sous ses
différents aspects, souvent inconciliables,
Tolé présente le prototype de l'homme avec
toutes ses ambiguïtés. Lui et son compère
Gbaso symbolisent les aspects négatifs et positifs de
la nature humaine.
Sous le
couvert d'histoires apparemment anodines, parfois
franchement amusantes, aux rebondissements imprévu,
se dessine un contenu plus profond. Une constante
apparaît, plus précisément là
où il est confronté à Gbaso, le sage,
garant de la tradition, garant des coutumes,
représentant autorisé du surnaturel : la
technique n'est rien sans l'esprit qui l'anime, ce qui, de
nos jours, ne manque pas de poser le problème de
l'évolution vers une technologie moderne.
La
tête de Tolé*
*conte
monzombo
Il y avait un
homme du nom de Tolé qui avait deux femmes. Un
soir, ils étaient assis ensemble, pour le
dîner ; or si le manioc et les bananes
étaient en abondance, il n'y avait pas de viande pour
les accompagner.
Tolé se
lamentait : « Ah ! Mes pauvres femmes,
nous n'avons rien à manger avec le manioc et les
bananes ! Nous avons très faim ¡ Que
pourrions-nous faire ? »
« Tiens !
demain, vous allez me préparer un peu de manioc et
des bananes. J'irai faire un tour en forêt et si je ne
suis pas revenu dans cinq jours, vous saurez que j'ai
trouvé quelque chose de bien ; vous viendrez
alors me rejoindre avec d'autres provisions. Il faut que je
voie ce qu'on peut collecter en forêt. »
le matin venu,
ses femmes préparent tout ce qu'il avait
demandé et le lui donnent.
Tolé
s'en va. Il arrive en forêt, se cherche un endroit
propice pour établir son campement, le
débrousse bien et passe la nuit dans l'abri qu'il
s'est construit.
Dès
l'aube, il se lève pour se mettre à
l'uvre. Il se coupe d'abord la tête, l'installe
soigneusement dans son campement, puis, avec le reste de son
corps, s'en va à la recherche des antilopes. Il a
pris ses lacets pour piéger le gibier. Il les pose et
capture des animaux en quantité.
Dans la
soirée, il quitte la forêt profonde pour
revenir à son campement. En arrivant aux abords, il
s'arrête et appelle : « Tête,
tête, tête, es-tu bien là au
campement ? » Et la tête de
répondre : « Oui, oui, je suis
là ! » Elle ajoute :
« Tout va bien, il n'y a rien de
nouveau
» Et Tolé reprend :
« C'est bon ! »
Il entre dans
son campement, prend sa tête et la remet à sa
place. Puis il dépèce tout son gibier et fait
boucaner la viande. Le lendemain matin, il recommence, et
cela cinq jours durant.
Il entre dans
le campement et retrouve sa tête que son épouse
avait lavée. Il la remet en place.
Il
dépose tous les gibiers qu'il avait attrapés
ce jour-là, les dépèce, prend les foies
et les tripes, mets de choix, et les lui donne.
« Chère femme, dit-il, prépare-les
et mange puisque tu as quitté le village
affamée. » Le cinquième jour, sa
seconde épouse, ayant emballé manioc et
bananes, dit à la première femme :
« Je vais aller voir notre mari ».
L'autre lui répond : « Oui, c'est
çà, va voir notre mari. Nous n'avons plus rien
à manger à la maison. »
Elle s'en va
en grande hâte, fait si bien qu'en un rien de temps,
elle parvient au campement. Là, elle tombe sur la
tête de son mari. Elle s'écrie :
« Ah ! Mon époux ! N'est-ce point
là la tête de mon
époux ? » Aussitôt, elle va
puiser de l'eau, lave la tête avec soin, prend de la
poudre de bois rouge, l'en enduit bien, puis la pose
délicatement à terre.
Tolé,
de son côté, ayant quitté sa
forêt, arrivait précipitamment. À
proximité du campement, à l'endroit où
habituellement il s'arrêtait pour appeler, il fait
halte et crie : « Tête, tête,
tête, tu existes toujours ? » Celle-ci
répond : « Oui, je suis toujours
là. il ne s'est rien passé de spécial,
sinon que ta deuxième femme est venue. Elle est
arrivée ici après ton
départ. »
Tolé,
tout joyeux, s'exclame : « Oh ! ma
chère femme, je te remercie
beaucoup ! »
Il entre dans
le campement et retrouve sa tête que son épouse
avait lavée. Il la remet en place.
Il
dépose tous les gibiers qu'il a attrapés ce
jour-là, les dépèce, prend les foies et
les tripes, mets de choix, et les lui donne.
« Chère femme, dit-il, prépare-les
et mange puisque tu as quitté le village
affamée.»
Elle fricote
un excellent repas. Tous deux s'installent et font ripaille.
Après ce festin plantureux, Tolé demande
innocemment : « Combien de jours comptes-tu
dormir ici avec moi ? » Elle répond
avec sérieux : « Mon cher
époux, je ne vais pas m'attarder longtemps ici car ma
coépouse là-bas au village a très faim.
Dès demain, je m'en irai. »
Tolé
soupire : « Il en sera comme tu voudras. Je
ne suis là que depuis cinq jours, mais regarde tout
le gibier que j'ai tué. » Elle le
félicite, puis tous deux se couchent et
s'endorment.
Le lendemain
au petit matin, elle pose sa hotte à terre ;
Tolé la lui remplit de viande jusqu'au bord et lui
dit : « Méfie-toi de ce que tu
rencontreras en chemin. Tu peux trouver sur ta route des
méchants qui ne chercheront qu'à te faire du
mal ! »
la femme
ramasse tous les bons morceaux et les empile aussi dans sa
hotte.
Il lui
recommande encore : «Puisque tu tiens
à partir aujourd'hui, ne t'attarde pas, quitte en
hâte la forêt pour sortir dans la savane.
Là tu verras des oiseaux qui viendront en grand
nombre pour chercher à te tuer. Alors, tu prendras
les foies que tu as mis sur le dessus de ta hotte et tu les
jetteras sur le chemin. Tandis qu'ils iront se poser sur
cette provende pour la manger, tu chanteras la chanson que
je vais te chanter. »
La femme s'en
va, marche longtemps, traverse la forêt et
débouche dans laplaine. Aussitôt, les oiseaux
arrivent et commencent à l'importuner. Elle fouille
dans sa hotte, y prend des foies et les jette sur le chemin
en chantant :
« Oho !
Mon grand oiseau, Inandé, Inandé.
C'est mon
mari Tolé, Inandé, Inandé,
En brousse
il est allé, Inandé, Inandé,
Voilà
le gibier qu'il a tué, Inandé,
Inandé,
Un grand
oiseau m'a engendrée, Inandé,
Inandé.
Oho !
Mon grand oiseau, Inandé, Inandé.
Mon mari,
c'est Tolé, Inhandé, Inandé,
En brousse
il est allé, Inandé, Inandé,
Un grand
oiseau m'a engendrée, Inandé,
Inandé.
C'est lui
que j'ai épousé, Inandé,
Inandé.
Maintenant
laissez-moi passer, Inandé, Inandé,
Oho !
Mon grand oiseau, Inandé,
Inandé.
Elle quitte la
plaine et marche longtemps.
Les oiseaux
posés sur les foies, mangeaient à grand
bruit.
Elle fuyait en
toute hâte.
Soudain, les
oiseaux la rattrapent. Elle prend d'autres foies, les leur
jette, prend encore et jette. Ils se précipitent
dessus et les dévorent. Elle se remet à
chanter :
« Oho !
Mon grand oiseau, Inandé, Inandé.
C'est mon
mari Tolé, Inandé, Inandé,
En brousse
il est allé, Inandé, Inandé,
Voilà
le gibier qu'il a tué, Inandé,
Inandé,
Un grand
oiseau m'a engendrée, Inandé,
Inandé.
Oho !
Mon grand oiseau, Inandé, Inandé.
Mon mari,
c'est Tolé, Inandé, Inandé,
En brousse
il est allé, Inandé, Inandé,
Un grand
oiseau m'a engendrée, Inandé,
Inandé.
C'est lui
que j'ai épousé, Inandé,
Inandé.
Maintenant
laissez-moi passer, Inandé, Inandé,
Oho !
Mon grand oiseau, Inandé,
Inandé.
Pendant ce
temps, elle se sauve aussi loin qu'elle le peut.
Elle arrivait
à proximité du village quand les oiseaux
l'attaquèrent à nouveau. Elle recommence son
manège et peut ainsi parvenir au village sans
encombre avec une bonne provision de viande.
Sa
coépouse, la voyant venir, s'exclame :
« Hum ! Ce n'est pourtant que la seconde
femme et la voilà qui rapporte toute cette nourriture
ici ! Eh bien ! On verra ce dont je suis capable,
moi ! Je vais m'en aller dès le
matin. »
Au lieu de lui
faire bon accueil, de partager avec elle la nourriture
qu'elle rapportait, de lui demander comment les choses
s'étaient passées, la première femme ne
souffle mot.
Dès
l'aube, en catimini, elle emballe du manioc et des bananes
et s'esquive, marchant d'un si bon pas qu'en un rien de
temps elle parvient au campement de son mari.
Là,
elle ne trouve que la tête de Tolé. Elle se
frappe la bouche en hurlant : « Aïe,
aïe, aïe, aïe, mon mari Tolé a
tué quelqu'un ! Ah ! Voilà qui est
bien, tu as vraiment bien fait ! Voyons cela d'un peu plus
près ! »
Elle saisit un
couteau et commence à gratter, à racler le
visage de Tolé, d'un côté, de l'autre.
elle prend du sel et l'en frotte bien.
Toél,
sa chasse finie, quitte la forêt, chemine longuement
et le voilà arrivé à proximité
du campement. Il appelle sa tête :
« Tête, tête, tête, quoi de
neuf ? ». la tête répond :
« Oh ! Rien de particulier, sinon que je souffre le
martyre de la main de ta première femme. Elle m'a
raclé le visage de tous côtés, j'ai
perdu toutes mes forces et ne puis te répondre plus
longuement. »
Tolé
entre dans le campement à pas comptés, prend
sa tête et la remet en place. Il gémit de
douleur : « Ah ! Ma femme ! Que
m'as-tu fait là ? La prochaine fois que tu
viendras, tu feras bien de t'informer
auparavant. »
Et, sans lui
laisser le temps d'ouvrir la bouche, il ajoute
aussitôt : « En tout cas, puisque tu
dois t'en aller demain, je vais te donner quelque chose
à emporter. »
Il ramasse
alors toute la viande boucanée et la lui donne, mais
il se garde bien de lui remettre les foies.
Le matin
suivant, la femme prend la route pour rentrer. Elle marche
longtemps et arrive dans la savane. soudain les oiseaux
surgissent.
Que
pouvait-elle faire ? Tolé ne lui avait rien
expliqué et elle n'avait pas les foies à leur
offrit en pâture.
Les oiseaux se
jettent sur elle, la criblent de coups de bec, la tuent,
saisissent son cadavre et l'entrainent dans la plaine.
Vous autres,
femmes, qui restez à la maison tandis que votre mari
court la brousse pour subvenir à vos besoins, faites
régner la bonne entente entre vous, soyez sages et
soumises, témoignez tendresse et respect à
votre époux, en toutes circonstances prenez conseil
auprès de lui.
La
nouvelle case de Gbaso
conte
monzombo
Ceci est une
histoire de Tolé et de Gbaso son compère.
Gbaso
s'était construit longtemps auparavant une maison
où il s'était installé avec ses femmes
et tous ses enfants. Ils habitaient cette demeure depuis des
années. beaucoup d'enfants y étaient
nés.
Un jour que
Gbaso était parti en forêt, il découvrit
un remède magique, dont il s'empara et qu'il se mit
à préparer. il en surgit une immense
termitière, aussi vaste qu'une maison, dans laquelle
il pénétra. À l'intérieur se
tenait le propriétaire. Gbaso le salue poliment et
lui demande : « Voudrais-tu me donner un peu
de ce merveilleux remède ? » L'autre y
consent volontiers. Gbaso le remercie et rentre chez
lui.
Arrivé
là, il dit à sa première femme :
« Chère épouse, voilà des
lustres que nous habitons cette maison ; elle est
vieille et bien abimée. je vais maintenant la
bruler. »
sa femme
s'inquiète : « Si tu brules notre
case, où pourrons-nous aller dormir avec les
enfants ? Tu n'as pas encore coupé les bois de
charpente, tu n'as pas tressé les tuiles de bambou ou
encore cueilli les feuilles d'ardoise pour couvrir le
toit ; je ne vois pas non plus de bottes de paille.
Où irons-nous dormir ? » Gbaso la
rassure : « Ne t'inquiète pas, reste calme,
regarde-moi faire 8 »
Avec ses
femmes et ses enfants, il déménage tout ce qui
se trouvait à l'intérieur de la maison et le
met dehors. Puis il met le feu à la case.
Là-dessus, il saisit le remède magique et le
plante en terre, tout en disant : « C'est en mon
propre nom, à moi Gbaso, que cette magie-là je
la fais, c'est en mon propre nom, à moi
Gbaso. » Aussitôt, la termitière
s'élève, pousse, devient immense, grande comme
une maison et se transforme en une belle case. avec femmes
et enfants, Gbaso y emménage.
Les
villageois, émerveillés, viennent la
contempler. ils s'interrogent : « Où
a-t-il donc trouvé ce remède
magique ? » La nouvelle court de bouche
à oreille, parvient jusqu'à Tolé qui se
dit : « Tiens ! Il faudrait bien que j'aille
rendre visite à mon compère
Gbaso. »
Sur ce, il
prépare quelques cadeaux, une chèvre, un
chien, un poulet, et dit à la cantonade :
« Je m'en vais chez mon ami. »
Arrivé
là-bas, ses premiers mots sont pour
dire : « Et cette fameuse case que tu as
construite, où est-elle ? » Gbaso,
sans se formaliser, lui explique : « Mon ancienne
demeure se faisait vieille, alors je l'ai brulée et
j'en ai refait une neuve. » Tolé
insiste : « Mais comment t'y es-tu donc pris pour
construire celle-là si vite ? » Alors
Gbaso impatienté, répond
brièvement : « ça me
regarde. » Tolé reprend d'un ton
dégagé : « Bon ! Je suis venu
te voir, de toute façon ! »
Ils
s'installent, mangent, boivent, se divertissent et,
finalement, Gbaso lui révèle son secret. le
soir venu, on lui prépare un lit à
l'intérieur de la nouvelle maison, puis tous vont
dormir.
A la minuit,
Tolé se lève discrètement et, avec
mille précautions, va subtiliser le remède
magique que Gbaso gardait précieusement à son
chevet. Il s'enfuit en l'emportant, rentre chez lui et dit
à sa femme : « Ma bonne, notre maison
est devenue bien vieielle, il faut que je la brule. porte le
mobilier dehors, Je vais nous en construire une
autre ! »
Nambo, la
femme de Tolé, s'écrie : « Mais
si tu brules cette case, où allons-nous dormir avec
les enfants ? Volià la saison des pluies qui
approche. Où nous abriterons-nous ? Nous n'avons
pas d'autre endroit où habiter. Comment allons-nous
faire puisque tu n'as même pas encore coupé les
bois de charpente ? Les tuiles de bambou ne sont pas
tressées, tu n'as pas cueilli de feuilles d'ardoise
ou préparé des bottes de paille. En quel lieu
pourrons-nous donc dormir ? »
Il
fanfaronne : « Tout çà n'est
rien ! Regarde, la puissance est dans ma
main ! »
Il prend leurs
affaires et tout le mobilier et les jette dehors. ceci fait,
il met le feu à la case. les flammes montent. Tous
les villageois accourent et s'écrient : «
Maudit sois-tu, Tolé ! Maintenant que tu as
brulé ta case sans réfléchir, que
vas-tu faire ? Voilà la saison des pluies. et
vous voici sans abri, toi, ta femme et tes
enfants. »
Tolé
prend un air suffisant : « Tout çà
n'est rien ! vous allez voir la puissance qui est dans
ma main ! »
Il enfonce le
remède magique en terre et prononce les paroles
prescrites : « En ton nom, Gbaso, je veux que
la case sorte du corps de la termitière ! »
Aussitôt,
une gra,nde termitière surgit et se transforme en une
vaste maison. Tolé y entre avec tous ses enfants et
sa femme, s'y installe et y passe cinq jours.
Le
sixième jour venu, il se dit : « Pourquoi
ai-je parlé au nom de la mère de Gbaso, au nom
du père de Gbaso au lieu de citer mes propres
parents , Désormais, je ne dirai plus :
« Au nom de Gbaso. » C'est en mon nom,
à moi Tolé, que je dis : il faut que ma
nouvelle case reste comme elle est. »
À peine
a-t-il prononcé le nom de Tolé que la maison
s'est écroulée tuant tous ses enfants.
Tolé et sa femme, eux, ont réussi à se
sauver.
Nambo
s'était précipitée à
l'extérieur en criant : « Au secours !
Au secours ! quel malheur ! Mieux vaudrait ne jamais se
marier ! »
Tolé
contempel le désastre : « Voilà que tous
mes enfants sont morts ! Que vais-je
devenir ? »
Pendant ce
temps, Nambo, désespérée, hurlant au
secours, filait à toutes jambes trouber Gbaso :
« Gbaso, très cher, aïe pitié
de moi ! Un malheur est arrivé, Tolé m'a
tué tous mes enfan,ts ! Viens à mon
secours ! »
Gbaso se
précipite : « Tolé, mon ami,
pourquoi as-tu tué tes enfants ainsi ? Crois-tu avoir
bien agi ? » Ce disant, il exécute
quelques signes magiques et la termitière se
redresse. Il en fait sortir les enfants sains et saufs.
Puis il
sermonne Tolé : « Quand tu vas chez
ton compère, demande-lui l'explication des prodiges
auxquels tu as assisté ; il te montrera tout et,
ensuite, à ton tour, tu pourras les
réaliser. »
Nambo se met
à chanter :
«Petit
héron aux pattes rouges !
Eh !
Eh ! Ahiyéyé !
Le
phacochère ne me mangera pas.
Eh !
Eh ! Ahiyéyé !
Petit
héron aux pattes rouges !
Dans la
forêt, je ne dormirai pas.
Eh !
Eh ! Ahiyéyé !
Petit
héron aux pattes rouges !
Il a pris un
grand couteau qu'il a posé sur son cou !
Eh !
Eh ! Ahiyéyé !
Sa belle
jupe de raphia lui couvre les genoux.
Petit
héron aux pattes rouges !
Eh !
Eh ! Ahiyéyé !
Il a pris la
grande sagaie et l'a posée sur son pied.
Il saisit
son sabre, le jette en l'air pour mieux le
rattraper.
Petit
héron aux pattes rouges !
Je ne veux
pas dormir à la belle étoile;
Je ne peux
pas manger au bord de la forêt.
Petit
héron aux pattes rouges !
Il a mis sa
coiffe en peau de panthère.
Petit
héron aux pattes rouges !
la mort se
trouve seulement sur la terre. »
La chasse de
Lingango
conte
gbanzili
Lingango avait
projeté de faire une chasse au feu.
Le jour venu,
il va trouver Tulé et lui dit : « cousin,
le jour de mon feu de brousse est arrivé ;
veux-tu m'y accompagner ? » Tulé
accepte.
Les gens, qui
sont venus pour perticiper à la chasse montent en
pirogue ; celle-ci prend le fleuve en
chantant :
« Lingango,
Lingango, le génie du fleuve chasse pour
moi »
Lingango,
Lingango, c'est pour moi que chasse le génie du
fleuve ! »
Plus tard, la
pirogue ayant accosté, les chasseurs s'enfoncent dans
la brousse en courant. Lingango dit à
Tulé : « Cousin, restons un peu en
arrière afin de surveiller nos hommes. »
Lui, fait quelques pas de son côté et
débusque aussitôt un animal, le transperce d'un
coup de sagaie qui le jette à terre. Il
s'écrie : « Victoire ! Cousin, j'ai
déjà abattu un gibier. » Tulé
le rejoint en hâte et lui dit : « Mais non,
cousin, c'est un animal que j'avais déjà
blessé qui est venu vers toi. » En disant
cela, Tulè glisse sa main sous le corps de la
bête et la blesse d'un coup d'ongle, puis montre son
doigt ensanglanté à Lingango :
« Tu vois, c'est l'endroit où je l'avais
touché. » Lingango lui laisse prendre le
gibier.Peu de temps après, Lingango abat une
antilope. il chante à nouveau victoire : «
Cousin, j'en ai eu un autre ! » Tulé
accourt, soulève la queue de l'animal, montre son
anus à Lingango, en lui disant : « Regarde,
voilà l'endroit où je l'ai atteint avec ma
sagaie ! » Lingango le lui laisse encore une
fois emporter.
Les chasseurs
ayant suffisamment tué de gibier, prennent maintenant
le chemin de retour et s'apprêtent à monter en
pirogue. chaque chasseur, au passage, remet à
Lingango sa quote-part, qui une patte de devant, qui une
patte de derrière. Lui, tout ce qu'il avait
tué, Tulé le lui a pris.
Du temps
passa...
Les enfants de
Lingango et ceux de Tulé avaient l'habitude de jouer
ensemble, mais chaque fois que les enfants de Lingango
venaient jouer chez ceux de Tulé, ces derniers
réussissaient à leur prendre tous leurs
jouets.
Un jour qu'ils
étaient venus s'amuser chez eux comme à
l'accoutumée, un des enfants de Tulé se moqua
d'eux : « Vous êtes vraimant très
bêtes ! C'est de cette façon que votre
père s'est fait prendre tout son gibier par mon
père. » Les enfants de Lingango demandent :
« Est-ce bien vrai ? » Les autres
répondent : « Assurément ! »
Ils continuent
à jouer encore un bon moment ; lorsqu'ils sont
prêts à partir, Nambo, la femme de Tulé,
leur prépare un repas. Elle apporte des pains de
manioc, les coupe et les distribue à tous les
enfants. Ceux de Lingango, tout en mangeant, glissent sous
leurs ongles des parcelles de graisse, puis, quand ils sont
rassasiés, ils s 'en retournent chez eux.
Arrivés
à la maison, ils disent à leur
père : « Papa, sais-tu bien que Tulé
s'est moqué de toi et qu'il t'a trompé pour te
prendre le gibier que tu avais tué ? »
Lingango répond : « Mais non, c'est bien
lui qui avait abattu ce gibier. » Les enfants
insistent : « Puisque tu ne nous crois
pas, donne-nous une assiette, nous y verserons la graisse de
ces animaux que nous avons rapportée, et tu
verras. » Aussitôt dit, aussitôt
fait : l'assiette est bientôt pleine. Lingango
l'examine longuement, puis, convaincu, se demande comment il
va pouvoir traiter Tulé pour se venger de lui.
Il consulte le
génie des oracles. celui-ci lui conseille de se
fabriquer des grelots qui sonnent clair, et de s'enduire le
corps d'huile de palmiste et de cendres. Dans cet attirail,
il lui sera facile d'aller duper Tulé et de
récupérer son gibier.
Sur le champ,
Lingango s'empresse de s'en aller forger des grelots, si
bien réussis, qu'une fois qu'il les a mis à
ses pieds, on l'aurait entendu bouger un cil ! Il prend
sa grande sagaie et son bouclier, puis se met en route suivi
de ses femmes. A peine sur le sentier, il se met à
chanter :
«
Tulé, Tulé, le gibier était à
Lingango,
Tulé
s'en est emparé indument.
Tulé,
Tulé, le gibier était à
Lingango,
Tuez-moi
Tulé et attrapez-moi Lingango !
Tulé
s'en était emparé,
Tuez-moi
Tulé et attrapez-moi Lingango !
Tulé
s'en était emparé
ééé...»
Il chantait
tout en marchant et en dansant.
Tulé,
qui était en train de fendre des rotins devant sa
maison, entend la chanson. Il se lève, prête
l'oreille. La chanson se rapprochait de plus en plus. La
peur le saisit, il jette son couteau, entre dans la maison
en courant et crie à Nambo : « Il
y a quelque chose qui s'amène là-bas, disant
qu'on me tue et qu'on lui donne le cousin Lingango en
otage. »
Lingango, tout
en chantant, était arrivé aux abords du
village. poursuivant son chant, il se met à longer
l'enclos qui entoure la concession de Tulé. Ses
grelots résonnent comme le; tonnerre. Il brandit son
bouclier. son corps est luisant d'huile de palmiste et noir
de cendres. Sa coiffure de plumes oscille en tous sens.
Tulé, Nambo et les enfants, terrorisés
à sa vue, ont fui et sont allés se cacher dans
la forêt.
Tandis que
Lingango chante et se démène de la sorte, ses
femmes sont entrées dans la concession pour y
rammasser toute la viande que Tulé avait mise
à sécher sur des claies. Le dernier morceau
saisi, Lingango cesse sont chant et, accompagné de
ses épouses, il repart chez lui en toute
hâte.
Tulé et
les siens, constatant que tout est redevenu silencieux,
jettent un coup d'il et sortent de leur cachette. En
rentrant chez eux, ils s'aperçoivent qu'il ne reste
même plus un seul morceau de viande sur les claies.
Nambo et les enfants, pleurant de faim, s'en vont en brousse
chercher des champignons.
Pendant ce
temps, Tulé prend son bouclier, se saisit d'une lance
et le perce de trous, puis le dépose contre le
mur.
De son
côté, Lingango, de retour chez lui, va puiser
de l'eau, se lave bien, remets ses vêtements
habituels, saisit sa grande sagaie, celle qu'on porte sur
l'épaule, et d'un bon pas, s'en va chez
Tulé.
Tulé,
à sa vue, s'écrie : « Ah !
Cousin Lingango, il y a une horrible chose qui est venue
ici, réclamant ma mort et qui voulait te prendre en
otage. regarde-moi ça, je me suis battu longtemps,
j'ai le corps tout couvert de plaies ! Mon bouclier est
percé de toutes parts ! Tandis que je me battais
là, je t'appelais vainement à l'aide,
criant : « Où est donc le cousin
Lingango ? Qu'il vienne me donner un coup de
main ! »
Ils restent
à discuter un bon moment tous les deux, puis, le
soleil s'apprêtant à se coucher, Lingango prend
le chemin du retour.
Deux jours
plus tard, les enfants de Lingango reviennent à
nouveau jouer chez ceux de Tulé. comme les enfants de
Tulé voulaient s'emparer des jouets qu'ils avaient
apportés avec eux, l'un des enfants de Lingango
s'écrie : « Votre père avait fait
comme çà et papa l'a bien eu, hein, en venant
récupérer tout son gibier. » Il s
continuent à jouer encore longtemps.
Quand les
enfants de Lingango furent partis, ceux de Tulé
vinrent dire à leur père :
« Papa, sais-tu que c'est Lingango qui est venu te
tromper et qui a ramassé toute la
viande ? »
Tulé,
en entendant cela, est troublé, ne sachant quelle
attitude prendre. Il se demande comment se venger de
Lingango. Il se dit qu'il va faire semblant de mourir.
Feignant d'être à l'agonie, il appelle Nambo et
lui fait ses ultimes recommandations :
« Quand je serai mort, tu iras aussitôt
appeler le cousin Lingango pour qu'il vienne
m'enterrer. » Puis il va expirer dans un coin
reculé de la maison. Les mouches commençaient
à tourner autour de son corps. Nambo se met en route
pour remplir sa mission, déchirant ses
vêtements, poussant de longs sanglots et se roulant
sur le sol, ainsi que le font les veuves.
Lingango
l'apercevant ainsi couverte de terre lui demande :
« Mais, Nambo, que s'est-il passé que te
voilà blanche de poussière ? »
Nambo sanglote : « Lingango, c'est ton cousin
Tulé qui est mort, c'est pourquoi je suis venue te
chercher , car il m'a dit en mourant que j'aille t'appeler
pour que tu viennes l'enterrer. »
Lingango
s'écrie : « Comment ? Le cousin
Tulé que j'ai vu si bien portant il y a deux jours,
que lui est-il donc arrivé pour qu'il meure si vite ?
Pourquoi n'es-tu pas venue m'avertir plus
tôt ? »
Nambo lui
raconte : « Hier au soir, j'avais
préparé du manioc, nous avons diné et
puis nous sommes allés nous coucher. Quand je me suis
levée, j'ai voulu le réveiller, mais il
était déjà mort. J'ai tenu, avant de
venir, à le laver pour le mettre sur le lit
d'exposition, c'est pourquoi j'ai un peu
tardé. »
Ils
s'apprêtaient à partir quand une des femmes de
Lingango, avec qui Tulé avait eu une aventure, voulut
les accompagner. Lingango se fâche :
« Où veux-tu donc aller ? Est-ce parce
que Tulé a couché avec toi que tu veux
venir ? Prends garde ! Qu'aucune femme ne vienne
! »
Ils
parviennent devant la maison de Tulé. Lingango
regarde à l'intérieur et aperçoit
Tulé tout au fond, le corps déjà bien
gonflé. Ses enfants sont assis autour de lui et le
pleurent. Lingango gronde : « Silence,
vous autres là-bas à l'intérieur, qui
faites semblant de pleurer ! Tenez-vous tranquilles et
écoutez-moi, moi Lingango. Toi, cousin Tulé,
qui es étendu au fond de la maison, si c'est d'une
vraie mort que tu es mort, ma sagaie Zangboto, qui ne rate
jamais son but, quand je la lancerai contre toi, qu'elle
t'évite, mais si tu n'es pas vraiment mort, si c'est
à cause du gibier que tu m'avais volé et que
je suis venu récupérer que tu as fait toutes
ces simagrées pour m'attirer ici et me tuer, alors,
quand je vais lancer ma sagaie, qu'elle t'entre
profondément dans la poitrine. »
Il saisit la
sagaie, la lève et fait semblant de la lancer dans la
direction de Tulé. Ce dernier, voyant cela, d'un
bond, traverse le mur de la maison et s'enfuit en
forêt. Lingango se retourne vers Nambo et, du manche
de sa sagaie, se met à lui cogner sur le crâne.
Nambo et ses enfants se réfugient dans la
forêt.
Si tu as pris
quelque chose à ton prochain et qu'il est, à
juste titre, venu le récupérer, crois-tu pour
autant avoir le droit de le tuer ?
La
pierre qui avait de la barbe
conte
gbanzili
Un jour
Tulé s'en était allé dans la savane
pour y cueillir des feuilles de rônier dont il
comptait tresser des nattes. Il arrive dans un endroit
rocailleux et, parmi tous les cailloux, il remarque une
pierre qui avait de la barbe. Il s'esclaffe :
« Oh non ! Ne voilà-t-il pas une
pierre qui a de la barbe ! A peine a-t-il
prononcé ces mots qu'il tombe raide mort.
Quelque temps
après la pierre vient le réveiller et il se
met en route pour rentrer chez lui. Il n'était pas
encore arrivé à la maison qu'il rencontre un
petit mouton. il lui dit : « ne veux-tu pas
m'accompagner pour aller couper des feuilles de rônier
dont nous ferions des nattes ? »
L'autre
étant d'accord, ils se mettent en route et
Tulé, mine de rien, l'entraine dans les rocailles. Le
mouton, apercevant la fameuse pierre, s'écrie :
« Oh ! Est-ce possible ? Voilà
une pierre qui a de la barbe ! »
Sur ces mots,
il tombe raide mort. Tulé l'emporte chez lui pour le
manger. Après avoir bien festoyé, il
s'endort.
À son
réveil, il se dit qu'aujourd'hui il mangerait bien du
singe. Il s'en va donc trouver le singe et lui dit :
« Tu serais bien aimable de venir m'aider à
couper des feuilles de rônier. » L'autre y
consent et il l'emmène au même endroit. Le
singe, en découvrant la pierre, s'écrie :
« Que vois-je ? Une pierre qui a de la
barbe ? » Juste après avoir dit ces
mots, il tombe raide mort et Tulé emporte avec lui sa
dépouille au village.
Le soir, il
rassemble femme et enfants autour du feu et leur raconte ses
exploits, comment il a réussi à faire mourir
le mouton et le singe. Il croyait bien qu'aucun
étranger ne l'écoutait, alors que le chien,
faisant semblant de dormir, n'en perdait pas un mot.
Le lendemain,
dès l'aube, Tulé vient le chercher et lui
dit : « Je m'en vais cueillir des feuilles de
rônier pour faire des nattes,
accompagne-moi. »
Arrivé
auprès de la pierre, Tulé la lui montre du
doigt disant : « Tu ne vois pas cette chose
là-bas ? » Le chien répond :
« Non je ne vois rien. » Tulé
insiste, lui repose la même question par deux fois en
vain, puis se fâche et s'écrie :
« Mais tu ne vois donc pas cette pierre qui a de
la barbe ? » Et il tombe raide mort. Le chien
l'entraine chez lui pour le manger, mais il en fut bien
déçu, car la chair de Tulé,
l'araignée, n'est pas comestible.
C'est pour
cela qu'on dit chez nous qu'aussi malin que tu sois, tu
finiras toujours par être toi-même victime de ta
malice.
Le
filet d'or de Tulé
conte
gbanzili
En ce
temps-là, Tulé-l'araignée était
très malheureux, n'ayant même pas de quoi
s'acheter du fil pour réparer son filet. Il se
lamentait : « Ah là là !
Quelle misère j'endure ! Je reste là sans
même pouvoir raccommoder mon filet. il faut absolument
que je trouve le moyen de sortir de cette situation
désastreuse. »
Il va trouver
le coq à qui il expose sa situation. Le coq,
apitoyé, lui prête vingt mille francs. Il le
remercie chaleureusement : « Et demain
à sept heures, viens que je te rende ton
argent. » Là-dessus, il s'en retourne chez
lui.
Un peu plus
tard, il va trouver le chat, lui raconte ses misères
et celui-ci lui donne aussi vingt mille francs. En partant,
Tulé dit : « Demain matin, à
sept heures, passe chez moi pour que je te rende ton
argent. »
Il va ensuite
trouver le chien, lui tient les mêmes discours. le
chien à son tour lui donne vingt mille francs. Et
Tulé de dire en s'éloignant :
« Ne manque pas d'être chez moi demain
à sept heures pour que je puisse te
rembourser. » Puis il rentre chez lui.
Le lendemain,
à sept heures sonnantes, le coq arrive et
l'appelle : « Tulé, Tulé,
où es-tu ? »
- Je suis
là-haut en train de repriser mon filet. Attends un
peu, je vais descendre dans cinq minutes te donner ton
argent.
Le coq
l'attendait toujours, les cinq minutes passées, quand
le chat arriva. Il y avait deux jours qu'il n'avait pas
mangé. Apercevant le coq, il lui saute dessus, lui
écrase la tête et se met à le
dévorer.
Il venait
à peine de terminer ce repas que le chien arriva.
Comme la querelle du chien et du chat n'est jamais
terminée, le chien, avisant le chat, lui saute dessus
et lui brise les reins. Laissant là le chat, il s'en
va réclamer son argent à Tulé.
Celui-ci, sans se donner la peine de descendre de son
perchoir, lie l'argent au bout d'un fil et le lui envoie en
disant : « Voilà la somme, tu peux
compter, elle est complète. » Le chien
vérifie et s'en va. Tulé prend alors le reste
et se met à compter : il y avait encore quarante
mille francs. ! Ravi, il se dit : « Me
voilà riche ! J'ai beaucoup d'argent
maintenant ! je vais pouvoir m'acheter du fil brillant
pour tisser mon filet. » Il y va aussitôt et
revient s'en fabriquer un superbe.
Malheureusement,
il n'avait pas pensé que ce qui brille n'attire plus
les mouches. Aucun insecte ne vient plus se poser sur le
filet de Tulé-l'araignée. Il a très
faim. À la longue, il maigrit tellement qu'il en
mourut parmi toutes ses richesses.
Le
festin de Tombilo
conte
isongo
Tombilo et
Tolé étaient de grands amis depuis longtemps.
Un jour, Tombilo dit à Tolé : «
Dimanche prochain, je t'invite à venir diner chez moi
avec tes femmes. »
Le dimanche
suivant, Tolé et ses femmes s'apprêtent et s'en
vont chez Tombilo. Les apercevant, Tombilo qui avait
complètement oublié son invitation, d'un air
légèrement surpris, leur dit :
« Tiens, cousins, vous voilà donc de
passage ? »
- Mais oui,
répond Tolé, légèrement
offusqué, tu nous avais bien invité à
diner, voilà pourquoi nous sommes venus. »
Tombilo, se rappelant soudain, pousse un cri :
« Oh ! mon Dieu, que vais-je faire, nous
n'avons justement rien de prêt
aujourd'hui ! »
Or, Tombilo,
n'avait même pas de cabri. Il appelle
discrètement sa femme dans la case : « Les
cousins viennent d'arriver. Qu'allons-nous pouvoir leur
offrir ? » Il réfléchit un bon
moment, puis il prie sa femme de sortir et appelle sa fille.
Quand celle-ci arrive, il la prend et la tue. Il sort son
cadavre, le dépèce, le prépare bien et,
en compagnie de Tolé, ils festoient. Il recommande
cependant à Tolé : « Prends garde en
mangeant de ne pas casser les os. »
Ils finirent
le repas, ayant soigneusement les os que Tombilo ramassa
dans une grande cuvette et emporta vers le fleuve. Il
chercha un endroit où l'eau tourbillonnait et les y
jeta, puis il revint trouver son ami, prit sa harpe et se
mit à jouer :
« O
Gbado, fille de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé
O Gbado,
fille de Tombilo
O
Gbado, fille de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé
O Gbado,
fille de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé. »
« Me
voilà, je vous reviens. »
Tolé
s'étonne : « Quelle chose
surprenante ! »
Tombilo
reprend son chant
« O
Gbado, fille de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé
O Gbado,
fille de Tombilo
O
Gbado, fille de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé
O Gbado,
fille de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé. »
« Me
voilà, je vous reviens
Tombilo me
rappelle
Me
voilà qui vous reviens. »
Tombilo
continua à chanter encore longtemps jusqu'à ce
que sa fille reparût, plus belle qu'auparavant;
Peu
après, Tolé prit congé, priant son
cousin à diner pour le dimanche suivant.
Le jour venu,
Tombilo se rendit chez Tolé. Or, Tolé, lui,
avait des cabris en quantité. Au lieu d'en prendre un
pour préparer le repas de son ami, il appelle son
fils, le tue, le dépèce, le prépare et
le mange en compagnie de son cousin auquel il recommande
bien cependant de ne pas broyer les os. Tombilo se conforme
scrupuleusement aux recommandations de Tolé.
Après
le repas, Tolé prend les os et va les jeter, mais au
lieu de choisir un tourbillon, il les jette dans l'eau
courante qui en entraine une partie . il prend sa harpe et
commence à chanter :
« O
Tolé, enfant de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé
O
Tolé, enfant de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé
O
Tolé, enfant de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé. »
Il
appelle : « Tombilo ! » Pas
de réponse. « Tombilo ! »
Rien, toujours rien. Il se remet à chanter :
« O
Tolé, enfant de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé
O
Tolé, enfant de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé
O
Tolé, enfant de Tombilo
Tombilo,
Tombilo éé, Tombilo, Tombilo
éé. »
Il
appelle : « Tombilo ! » Toujours
aucune réponse.
Tombilo
demande à Tolé : « Où
es-tu allé jeter les os de ton
enfant ? »
- Viens,
je vais te montrer, tu vas voir. »
Ils se rendent
sur les lieux, et ne trouvent que les os qui n'ont pas
été entrainés par le courant. Il y en
avait fort peu. Tombilo les ramasse, les rassemble et dit
à Tolé : « Retournons au
village. »
Là,
Tolé donne la harpe à Tombilo et lui
conseille : » Appelle-le moi bien
fort. » Tombilo se met à chanter :
« O
Gbado, enfant de Tombilo
Tombilo
éé, Tombilo, Tombilo éé
Tombilo,
Tombilo éé
O Gbado,
enfant de Tombilo
Tombilo
éé, Tombilo, Tombilo éé
Tombilo,
Tombilo éé
O Gbado,
enfant de Tombilo
Tombilo
éé, Tombilo, Tombilo éé
Tombilo,
Tombilo éé. »
« O
père, me voilà, je vous arrive
Mais ma
poitrine est enfoncée
Une de mes
jambes est cassée. »
Tombilo
continue son chant :
« O
Gbado, enfant de Tombilo
Tombilo
éé, Tombilo, Tombilo éé
Tombilo,
Tombilo éé
O Gbado,
enfant de Tombilo
Tombilo
éé, Tombilo, Tombilo éé
Tombilo,
Tombilo éé
O Gbado,
enfant de Tombilo
Tombilo
éé, Tombilo, Tombilo éé
Tombilo,
Tombilo éé. »
« O
père, me voilà, je vous arrive
Mais ma
poitrine est enfoncée
Une de mes
jambes est cassée
Et mon
épaule est
écrasé. »
Il poursuivit
longtemps ses appels en chantant. Enfin, l'enfant de
Tolé surgit devant eux, mais hélas ! Il
était devenu affreusement vilain, difforme, bancal,
manchot, en un mot, méconnaissable.
Lorsque tu vas
en voyage ou qu'invité chez un ami, tu le trouves
occupé à quelque opération de magie, ou
encore appliqué à quelque tâche dont tu
ignores tout, informe-toi auprès de lui avant de
l'imiter. Tolé, pour avoir manqué à cet
élémentaire usage a fait son propre malheur,
perdant son bel enfant qui lui est revenu mutilé,
amoindri, défiguré.
Les
trois prétendants
conte
isongo
Tolé
avait une fille qui était d'une grande beauté.
Elle avait de nombreux prétendants mais aucun ne lui
agréait. Il en venait de partout, même des pays
les plus éloignés ; tous étaient
refusés.
Un jour, trois
jeunes gens, venus de contrées lointaines, se
présentèrent disant à
Tolé : « Nous avons appris que tu
avais une fille d'une rare beauté. Nous sommes venus
la demander en mariage. »
Ils avaient
apporté tous les cadeaux traditionnels. tous trois
étaient allés récolter des
quantités de vin de palme pour offrir aux parents de
la jeune fille. À la nuit tombante, ils
étaient assis à la porte de la case, chacun
avec une grande calebasse pleine de vin. Tolé
rentrant de promenade, les trouva là. À tour
de rôle, il lui offrirent leur vin et Tolé but
tout.
Le lendemain,
les choses recommencent de la même façon. Tous
trois partent en forêt, chassent les
porcs-épics, les écureuils terrestres et
toutes sortes de gibier, ils cueillent des épinards
sauvages... Ainsi faisaient nos pères autrefois quand
ils allaient courtiser.
Chaque jour ,
les trois garçons exécutaient les même s
travaux, l'un faisant exactement ce que faisaient les deux
autres. cela dura une semaine. La nuit, Tolé se
tourmentait : « Je n'ai qu'une fille et
voilà qu'il y a trois prétendants qui, tous
les trois, apportent les mêmes cadeaux, le même
gibier, la même quantité de vin, qui, tous les
jours, viennent ensemble et qui sont arrivés tous les
trois, le même jour, à la même heure.
Comment pourrais-je les
départager ? »
Tolé se
sentait confus et tout embarrassé. Il en perdait
l'appétit : quand on lui présenta le
repas du soir, il refusa de manger. Il se trouvait honteux
de n'avoir qu'une seule fille que trois garçons
étaient venus demander en mariage.
Un matin qu'il
était sorti de très bonne heure,
s'écartant dans la brousse, il buta du pied contre
une souche. Il manqua tomber et se retrouva à genoux.
Furieux, il s'écrie : « Toi, espèce
de souche, tu as réussi à me mettre en
colère, je vais prendre ma hache et te
couper. » Il va chercher sa hache et
s'apprête à trancher la souche qui se met
à parler : « Oh ! Du calme ! Ne
me coupe as, va chercher une feuille acide et une feuille
sucrée, tu les mettras dans ma bouche et je te
donnerai un bon conseil. »
Tolé
s'exécute. Alors, la souche lui parle
ainsi : « Je connais la raison de ta
colère. je sais que tu n'as qu'une seule fille et que
trois garçons sont venus la demander en mariage,
qu'ils sont arrivés ensemble, t'apportant mêmes
cadeaux et mêmes calebasses de vin. Voilà
pourquoi tu es tellement contrarié. Maintenant,
écoute ! As-tu jamais vu un chien ? Alors,
va trouver un propriétaire de chiens qui
possède mâle et femelle. Tu achèteras
une petite chienne et tu l'amèneras chez toi.
Ensuite, aiguise ton sabre d'abattis qui est là dans
ton fourreau. Il faut le rendre plus tranchant qu'il ne
l'est aujourd'hui. de grand matin, au premier chant du coq,
et sans attendre qu'il chante une deuxième fois, tu
saisiras la chienne, lui lieras vivement les pattes et la
tête, puis tu prendras ton sabre, le soulèveras
bien haut et, d'un seul coup, tu couperas la chienne en
deux. Il faut surtout que tu ne t'y reprennes pas à
deux fois, qu'au premier coup la partie supérieure
tombe d'un côté et la partie inférieure
de l'autre. Tu verras alors ce qui se
passera. ! »
Tolé
enregistre soigneusement ces paroles et rentre chez lui.
Aussitôt,
il prend un filet, une grande sagaie, un cabri - nos
monnaies d'autrefois - et va voir un propriétaire de
chiens. Il lui demande le prix d'une petite chienne. le
propriétaire répond qu'il se contentera des
trois pièces apportées. Tolé lui donne
donc le filet, la sagaie et le cabri et, en échange,
prend la petite chienne qu'il emmène chez lui. Il
tremblait d'impatience. de retour chez lui, il se met
à marteler son sabre, il le frappe, il l'arrose, il
l'aiguise sur une pierre, si bien que le fil en devient
tranchant comme celui d'un rasoir.
Un peu avant
l'aube, dès que le premier coq a chanté, il
saisit la petite chienne, la ficelle et, d'un grand coup, la
coupe en deux, la tête d'un côté, les
fesses de l'autre.
Tolé,
les yeux clos, n'ose jeter un regard ; puis il risque
un coup d'il à droite : une belle jeune
fille se tient à son côté ; un coup
d'il à gauche : une autre jeune fille,
plus belle encore, est debout près de lui.
Voilà qui, avec sa propre fille, fera trois !
Son cur se dilate d'aise. Il fait entrer les deux
jeunes filles dans la maison et dit à sa femme :
« Prépare de la poudre de bois
rouge. » Elle écrase du bois rouge, le
mélange d'huile d'amande et d'écorces
d'amandes grillées et pilées, et en oint les
trois jeunes filles qui deviennent brillantes et
parfumées. Elle leur passe de fins anneaux de cuivre
torsadés aux poignets, de lourds anneaux de cuivre
aux chevilles, tresse leurs cheveux en d'innombrables
petites nattes, orne leurs oreilles de bâtonnets
d'ivoire sculpté, leur épile les sourcils et
leur taille les dents. Ainsi parées, on les fait
asseoir sur une natte en attendant l'arrivée des
jeunes gens.
Tolé va
à leur rencontre et les hèle sur le
chemin : « Eh ! Mes gendres ! Vous voici
venus ! » - « Oui, disent-ils, nous
arrivions justement ! » Il les accueille
chaleureusement, appelle sa femme : « Viens
recevoir la nourriture que mes gendres m'ont
apportée. Vois toutes ces calebasses de vin, ces
corbeilles de poisson ! » Elle les prend et les
range.
Tolé,
malicieux, dit aux jeunes gens : « Allez donc
voir là-bas, dans cette case, ce que je vous ai
préparé. »
Les
garçons entrent dans et trouvent les jeunes filles.
Qu'elles étaient belles !Comme leur peau
cuivrée luisait ! Leurs bracelets polis
scintillaient !
Les jeunes
gens, éblouis, s'assoient sur la natte auprès
d'elles. Ils bavardent, rient, plaisantent : quatre jours
durant, ils se livrent à de doux entretiens.
Puis les
jeunes gens disent à
Tolé : « Il y a longtemps
maintenant que nous courtisons tes filles ; demain nous
allons les épouser et emmener nos femmes chez
nous. »
Sur ce, les
garçons retournent chez eux chercher les dots. Ils
amènent les cabris, les filets, les sagaies, les
fourrures précieuses et les cloches de fer.
Accompagnés de leurs frères, ils se rendent
chez Tolé pour lui remettre les dots et Tolé
leur donne à chacun une jeune fille. Or, Tolé,
n'ayant qu'une seule véritable fille, l'un d'eux
reçut le derrière de la chienne et l'autre la
tête, mais ils n'en savaient rien. Chaque
garçon repartit donc dans son lointain pays avec sa
nouvelle épouse.
Au bout d'un
mois, Tolé, qui commençait à s'ennuyer,
dit à sa femme : « Ah ! Il y a
bien longtemps que mes enfants sont parties !
Prépare-moi donc quelques pains de manioc pour le
voyage. Je vais aller les voir. Je ne veux pas rester
séparé d'elles plus
longtemps ! » On lui prépare une bonne
provision de pains et de pâte de graines de courge, et
le voilà parti.
Il chemine
longuement, dormant en route, plusieurs jours de suite. En
arrivant aux abords du village où habitait une de ses
filles, il s'arrête un peu, avant d'y entrer, pour
reprendre son souffle. Il s'assied et se met à
manger. Il entre alors dans le village;
Des gens le
saluent : « Bonjour, étranger,
où vas-tu ainsi ? fais halte un moment
ici. » Tolé répond :
« Je suis venu voir mon gendre qui est quelqu'un
de chez vous. Il a épousé ma fille voici
maintenant plus d'un mois et je suis venu leur rendre
visite
»
-
« Hum ! Ainsi cette fille que notre
garçon a épousée est ton enfant ?
Eh bien, tu ne les trouveras pas ici. Ils sont, pour
l'instant, au tribunal. Depuis son arrivée, cette
femme n'a cessé de se quereller avec tous ses
voisins. Chaque jour, mari et femme se sont rendus chez le
juge. Tu ne risques pas de les trouver chez
eux ! »
Tolé
est perplexe. Voici à peine un mois qu'ils se sont
mariés et, déjà, elle s'est
querellée avec tous les gens du village. Comment cela
se fait-il ? Il va quand même s'asseoir devant
leur maison. À peine arrive-t-il à la porte de
la case que les voilà qui reviennent du tribunal. Le
gendre, les mains derrière le dos, tête basse,
faisant mine de ne pas voir Tolé, ferme les yeux en
passant devant lui et rentre dans sa case. Tolé le
suit.
Son gendre le
salue sans chaleur, s'assied et, l'air sombre, lui
dit : « Quelle femme m'as-tu donnée
là ? Elle m'en fait vraiment voir de
drôles ! Non seulement elle a déjà
réussi à se quereller avec tout le village,
mais elle est aussi parvenue à se mettre à dos
toute ma famille. Notre mariage ne pourra surement pas
durer ! »
On
prépare le diner et l'on invite Tolé ;
mais il refuse. Le lendemain matin, Tolé dit :
« Bon ! Il faut que je m'en
retourne. » Son gendre va chercher un vieux
vêtement déjà très usé et
l'offre à Tolé comme cadeau de départ.
Tolé s'en va tout honteux et rentre chez lui.
Une semaine
plus tard, il dit : « Je vais aller voir mon autre
fille; » On lui prépare mes pains de
manioc, la pâte de graines de courge et le
voilà parti. Après une longue
randonnée, il arrive à l'entrée du
village, s'assied et mange son casse-croute. Puis il
pénètre dans le village.
On le salue de
toutes parts : « Bonjour, étranger,
qui viens-tu voir ici ? »
- « Je
viens rendre visite à ma fille que quelqu'un de chez
vous avait épousée. il l'a ramenée ici,
il y a maintenant tout un temps, alors je suis venu.
-
« Ouais, c'est donc ta fille, cette espèce
de chienne qui couche avec tout le monde. Elle a semé
la zizanie dans toute la famille, à force de courir
après tous les maris. Un jour c'est une bagarre
à son sujet, un autre, c'est un procès !
Si elle pouvait rencontrer son maitre, elle cesserait
peut-être de se mal conduire. Mais pour l'instant, de
bagarre en tribunal, nous en avons les oreilles rebattues.
Enfin, toi, tu n'y es pour rien ! Puisque tu es venu,
entre donc. »
Tolé va
s'asseoir en attendant la fille et son mari qui
étaient partis chez le juge. Les voilà qui
reviennent, se querellant tout le long du chemin. Son gendre
arrive, ne le salue même pas, tant il est
excédé des débordements de sa femme qui
le trompe avec tous les hommes.
Le soir venu,
pas de diner, rien que d'aigres propos. Tolé passe la
nuit et, le lendemain matin, se réveille la faim au
ventre. Il ronchonne : « J'avais tellement
faim que je n'ai pas pu dormir. je m'en vais maintenant. Son
gendre lui dit : « Prends quand même ce
petit poulet ! » Et il va lui chercher un
petit poulet déjà tout malade. Tolé
part ; il arrive au marigot où il s'arrête
pour boire. le petit poulet est mort. Il le jette.
Deux mois
passèrent. Tolé se dit : « Il
faudrait maintenant que j'aille voir ma troisième
fille. » Il se met en route et marche trois jours
durant. Il arrive, mange son dernier pain de manioc et entre
dans le village.
« Eh !
Que viens-tu faire ici, étranger ?
- Je viens
voir une de mes filles qui est mariée chez
vous ; il y a déjà bien longtemps qu'elle
est arrivée. »
On
s'écrie : « Ah ! Voilà une
bonne enfant ! Tout le monde ici l'aime. quelle charmante
fille ! Généreuse et bien
élevée ! Jamais elle ne mange en
cachette. Eh bien 8 Tu dois être fier d'elle !
»
Tolé
est enchanté. Il rit. Il part s'installer chez son
gendre. Celui-ci, le voyant venir, se lève et viens
l'embrasser : « O père, sois le bienvenu !
Depuis notre arrivée, ma femme et moi, nous sommes
très heureux. Nous avons bien travaillé
ensemble, nous nous entendons parfaitement. J'allais
justement t'envoyer un message pour te demander de venir
nous voir, car il y a bien longtemps que nous nous
étions quittés. »
Il prend un
cabri et le tue. sa fille lui prépare les tripes et
la panse du cabri, bien enroulés, qu'on lui fait
cuire sur-le-champ. Tolé mange tout. On va lui
chercher du vin qu'on lui apporte. Sur ce plantureux repas,
Tolé rentre dans la case et passe une bonne nuit.
La fête
dura trois jours. Le quatrième jour, le gendre entre
dans sa maison pour y chercher une grosse somme d'argent
qu'il vient apporter à Tolé. Il lui donne
aussi un habit de corps, une casaque, une coiffe, des
chausses, lui remet un pagne pour sa belle-mère et
lui dit : « Père, tu avais fait une
longue route à pied pour venir ; pour t'en
retourner, tu prendras le car.» Et il lui donne
l'argent du voyage.
C'est ainsi
que l'on dit : « Si tu te maries avec une
étrangère, lorsque tu rentres chez toi, dans
la famille, et qu'elle se révèle une
querelleuse qui s'en prend à tous les gens du
village, celle-là, c'est la tête de la
chienne ; lorsque celle que tu as épousée
couche avec les maris de toutes ses amies, qu'elle ne voit
pas que tu es un brave garçon et que tous les hommes
lui sont bons, c'est le derrière de la chienne. La
vraie fille, elle, est gentille et sage. »
Séto
l'égoïste
conte
manza
Un jour,
Séto ressort ses pièges à gros gibier
qu'il gardait dans un coin de la maison. Il les
dépoussière un peu et dit à sa femme
qu'il compte se rendre derrière la colline pour les y
poser sur le passage des buffles.
Nambéla,
son épouse, remplit sa gibecière de farine de
manioc. Il prend la gibecière et les pièges,
les pose sur sa tête et contourne la colline.
Trois jours
après avoir posé son premier piège, un
buffle s'y prit. Séto l'encorde et le hisse jusqu'au
sommet de la colline, puis se met à crier d'une voix
caverneuse : « Ô femme de Séto, fils
de Séto, le buffle que je jette ici n'appartient
qu'à Séto et à Séto seul. Si
toi, femme, tu en mangeais à cause de ton gout
immodéré de la viande, tu en mourrais et tous
les gens de ta famille périraient avec toi.
Même toi, fils de Séto, si tu n'en portais
qu'une bouchée à tes lèvres, tu
trépasserais. c'est moi, l'esprit du père de
Séto, qui lui envoie ce buffle, à lui seul
destiné. Vous avez bien entendu mes
paroles ? »
Sur ces mots,
Séto lâche la corde et le buffle vient tomber
au village.
Séto,
faisant des tours et des détours, rentre chez lui par
un autre chemin. Son épouse lui raconte ce qui s'est
passé : « L'esprit de ton père
a envoyé ce buffle, précisant que
c'était pour toi seulement. Il a même
ajouté qu'aucun de tes enfants ne doit y gouter, ni
ta femme, que si j'en mangeais, toute ma race serait
anéantie ; si les enfants en mangent, tous
périront. »
Séto
éclate en sanglots : « Comment
l'esprit de mon père a-t-il pu agir ainsi ? Que
vont devenir ma femme et mes enfants ? Comment
oserai-je jamais manger ce buffle tout seul devant ma femme
et mes enfants affamés ? »
Séto
s'essuie les yeux et déclare : « Allons, ce
que l'esprit d'un illustre ancêtre a
décidé doit être respecté. je
supporterai votre absence au repas, je mangerai tout seul de
peur que vous n'en pâtissiez ! »
Sur ce,
Séto décapite le buffle sur une claie et mange
jusqu'à le finir tout entier. deux jours après
avoir terminé son pantagruélique repas, il
s'apprête à retourner derrière la
colline visiter les pièces qu'il y avait
installés.
Arrivé
sur place, il trouve un grand buffle mâle qui s'y
était pris. Il l'encorde, le hisse en haut de la
colline et reprend son discours
précédent : « C'est moi,
l'esprit du père de Séto, qui lui envoie ce
buffle. Si toi, femme, tu t'avisais d'en manger, toit, tes
parents, et tous les tiens, péririez aussitôt.
Si toi, enfant, tu faisais mine d'y gouter, tu cesserais
bientôt de vivre ! »
Ayant dit,
Séto lâche la corde et le buffle atterrit au
village. Pendant ce temps, Séto emprunte un autre
chemin pour rentrer chez lui où son épouse
l'accueille en disant : « Vois ce buffle qui
est là ; c'est encore l'esprit de ton
père qui te l'a envoyé, recommandant que tu le
manges tout seul. La femme qui oserait en mettre un seul
morceau à la bouche se verrait anéantie, elle
et toute sa descendance. L'enfant qui ne craindrait pas d'y
gouter périrait sans avoir fait
souche. »
Séto
hurle de chagrin : ce que l'esprit de son père
lui fait est vraiment inique. Puis il s'essuie les yeux
longuement et déclare : « Enfin,
puisque l'esprit de mon père en a
décidé ainsi, il en sera
ainsi ! »
Il se fera
donc une raison et mangera quand même tout seul.
Séto décapite le buffle et le mange tout
entier.
À
chaque fois, que Séto prenait un buffle au
piège, il recommençait le même
manège. La pauvre Nambéla et ses enfants ne
mangeaient que des légumes.
Un jour,
Nambéla, allant puiser de l'eau, se heurta à
la Vieille-femme-oracle qui lui demande aussitôt de
lui enlever une épine qu'elle avait au pied.
Nambéla refuse tout d'abord, mais la vieille
insistant, elle finit par lui arracher l'épine.
L'oracle lui dit alors : « Vois-tu ces buffles qui
dévalent la colline, c'est ton mari Séto qui
les envoie et non un esprit, car Séto n'aime pas
partager le gibier qu'il a attrapé. Coupe des verges
et va l'attendre sur la colline. Il a déjà
capturé un autre buffle. Si tu ne hâtes pas, tu
n'en mangeras pas. Mais si toit et tes enfants allez vite
vous cacher là-haut, au pied d'un grand arbre,
dès qu'il commencera son discours, avant de
lâcher le buffle au pied de la colline, vous vous
rassemblerez pour le fouetter. Si vous agissez bien ainsi,
il se débarrassera de sa mauvaise habitude. Tu as
bien compris ? » Nambéla
répond : « Oui, oui, j'ai bien
compris.
Allons, va
maintenant ! »
Nambéla
rentre chez elle en toute hâte, prépare un bon
repas à ses enfants qui mangent à
satiété, puis elle va couper de longues verges
qu'elle leur distribue à tous et elle leur dit :
« Quand vous me verrez commencer à fouetter
votre père, vous vous joindrez à moi, car sa
façon de se comporter avec nous est vraiment
honteuse. » Et là-dessus, elle leur
explique toute l'affaire.
Accompagnée
de tous ses enfants, elle contourne la colline et ils vont
se cacher au pied du grand arbre dont la vieille avait
parlé à Nambéla. Ils restent là,
silencieux, observant les allées et venues de
Séto. Lorsqu'ils voient qu'il va commencer son
discours pour s'approprier toute la viande du buffle, comme
un seul homme, tous ensemble, ils lui tombent dessus et se
mettent à le fouetter d'importance. Son corps n'est
bientôt plus qu'une plaie. Séto implore :
« Nambéla, laisse-moi, de grâce,
Nambéla pitié ! »
Aussitôt
Nambéla fait cesser la correction.
Ensemble, ils
décapitent le buffle sur la claie et font boucaner la
viande qu'ils rapportent à la maison. Tous font
bombance.
Ainsi,
grâce à la femme-oracle, Nambéla et ses
enfants purent désormais manger du gibier.
Séto
et le gui-talisman
conte
manza
Le terme
« gui » est pris ici dans une acception
large, désignant, par analogie avec la plante
européenne parasite qui ne se rencontre pas en
Afrique, d'autres plantes africaines, également
parasites, comme la Loranthacée dont il est question
ici.
C'était
un jour de la pleine saison des pluies, il pleuvait
déjà depuis fort longtemps. Séto se
demandait quand il pourrait sortir car il commençait
à avoir le ventre creux. Poussé par la faim,
il finit par s'élancer précipitamment sous
l'averse, traverse la rivière d'une rive à
l'autre pour aller chercher des ignames de brousse. Il
déterre les ignames, en remplit sa gibecière
et le voilà maintenant retournant chez lui. Il refait
le même chemin en sens inverse, retraversant la
rivière sur l'arbre tombé qui lui avait servi
de pont. Arrivé au milieu, subitement la bretelle de
sa gibecière se rompt. Séto tente en vain de
rattraper la gibecière qui tombe à l'eau,
flotte quelques instants, puis coule à pic. Parvenu
sur l'autre rive, Séto se désole, sanglote
bruyamment, prend sa tête dans ses mains, tourne sur
lui-même, se jette à terre et se roule dans la
poussière, bref se conduit tout comme s'il avait
perdu un parent. Son corps est blanc de terre, ses yeux
mouillés de larmes. il se lamente :
« Ô ma gibecière d'ignames, elle est
perdue, ô ma gibecière
d'ignames ! »
Il reste sur
la rive à crier sa peine.
Quelques
instants plus tard, il s'aperçoit brusquement que sa
gibecière d'ignames est revenue là, au bord de
l'eau, tout près de lui. Tout joyeux, il va pour la
récupérer, mais, en regardant à
l'intérieur, il n'y trouve plus les ignames, rien
qu'un petit morceau de gui. Il s'en empare, le sort de la
gibecière, le nettoie, puis il lui
demande : « Quelle sorte de talisman
es-tu, toi qui es entré dans ma
gibecière ? » Le gui lui
répond : « Je suis un talisman
bienfaiteur. »
- Bon, dit
Séto, alors fais-moi voir les bonnes choses que tu
sais faire. »
Le talisman
s'exécute et aussitôt surgissent des
quantités de plats succulents. Séto mange
avidement, puis, repu, se prépare un lit de feuillage
et s'endort. Au réveil, il mange à nouveau
goulument. Plusieurs jours durant, il ne fait que manger,
danser et dormir. Finalement, rassasié, il prend son
gui-talisman, le remet dans sa gibecière et rentre
à la maison. Tout le long du chemin, il s'en va
dansant. Arrivé à portée de voix, il
appelle Nambéla son épouse. :
è Viens donc au devant de moi ! »
Nambéla, intriguée, sort comme une
flèche de la maison et voit Séto tout
souriant. Tous deux rentrent ensemble dans la case où
ils déposent la gibecière avec
précaution. Séto ressort et s'assied
auprès du foyer, toujours épanoui.
Nambéla, mourant de curiosité, lui demande
s'il n'aurait pas trouvé en chemin quelque bon gibier
bien faisandé. Négligemment, Séto lui
conseille d'aller jeter un coup d'il dans la
gibecière pour voir. Elle va donc ouvrir la
gibecière et y découvre le gui-talisman. Elle
s'adresse à lui : « salut à
toi, talisman ! » Le gui lui rend poliment
son salut.
« Tu
es un talisman de quelle espèce ?
- Je suis un
talisman bienfaiteur.
- Alors,
fais-moi voir les bonnes choses que tu sais
faire. »
dans
l'instant, paraissent à nouveau d'innombrables plats,
plus appétissants les uns que les autres.
Nambéla et ses enfants Papala et Kofé ainsi
que Séto festoient longuement puis dansent à
perdre haleine. Ils se remettent à manger, reprennent
ensuite la danse et cela de longues heures durant.
Séto se
sentit alors l'envie d'aller jeter un coup d'il sur
son talisman : la gibecière est vide. Il interroge
Nambéla. Elle n'a rien vu. Nambéla demande
à Tiki, leur fils ainé : il n'est pas au
courant non plus. Tiki s'inquiète auprès de
Kofé, mais Kofé n'en sait rien. Ils se
questionnent les uns les autres mais personne n'est au
courant.
Séto
espérait toujours que son talisman allait
revenir.
Il attendit
longtemps, en vain. Alors, reprenant sa gibecière le
voilà qui retraverse le fleuve pour aller chercher
des ignames. Il en trouve une belle quantité, choisit
les plus grosses dont il remplit sa gibecière, la met
à l'épaule et reprend sa route.
Parvenu
à son arbre tombé en travers de la
rivière, il passe à grand fracas d'une rive
jusqu'à l'autre. Las ! La bretelle de sa
gibecière ne se rompt pas. Il repart sur l'autre
rive. elle tient toujours bon. Il poursuit ses allées
et venues en psalmodiant : « Ô
talisman, c'est moi Séto qui traverse la
rivière avec ma gibecière d'ignames. Ô
talisman, n'es-tu pas là aujourd'hui ? me voici, moi
Séto, passant l'eau avec ma gibecière
d'ignames. »
malgré
tout ce manège, la bride de la gibecière ne
cède toujours pas. Furieux, Séto prend un
couteau et la coupe, puis, arrivé au milieu du pont,
lâche la bretelle coupée et laisse tomber la
gibecière dans l'eau. il s'écrie :
« Oh ! Ma gibecière ! »
celle-ci flotte un peu, puis coule à pic.
Sur la rive,
Séto, les mains aux tempes et feignant le plus grand
désespoir, hurle en tournant sur lui-même. Il
se frotte le corps de terre comme s'il était en
deuil. Le corps blanc de poussière, les yeux
larmoyants, il reste là sur la rive à se
lamenter.
Peu
après, il découvre la gibecière
d'ignames, qui gisait là, au bord de l'eau. Il veut y
jeter un coup d'il aussitôt, fait vite, la prend
et l'ouvre. plus d'ignames mais un autre petit morceau de
gui. Il le sort et le nettoie bien soigneusement. Puis, il
lui demande avec courtoisie : « Quelle sorte
de talisman es-tu, ô toi qui vient d'entrer dans ma
gibecière où se trouvaient mes
ignames ? » Et le gui de
répondre : « Je suis un talisman
malfaiteur. »
- Fais-moi
donc voir de quels méfaits tu es capable
? », s'écrie Séto.
Sur-le-champ,
le gui-talisman se met à l'ouvre et fait surgir
gourdins, matraques, fouets, verges en quantité.
Comme Séto, stupéfait, reste là sans
bouger, à attendre, tous, lui tombant dessus, se
mettent ensemble à le fouetter. Se ressaisissant, il
veut s'enfuir : ils lui coupent le chemin, le cernent,
le battent comme plâtre. Le corps gonflé,
les yeux tuméfiés, Séto se jette de
côté et d'autre sans parvenir à
s'échapper. Enfin, fouets, matraques, verges et
gourdins regagnent l'intérieur du talisman.
Séto reprend son souffle, maquille soigneusement ses
plaies de cendres noires et jette sans ménagement le
talisman dans sa gibecière. puis, il regagne le
village.
arrivé
à la maison, il s'en va discrètement suspendre
sa gibecière à la claie de séchage. Il
ressort sans bruit et va s'installer, silencieux, sur le
seuil. Son épouse et ses enfants
l'interrogent : « Que t'est-il donc
arrivé que te voilà si taciturne ? «
Séto leur répond qu'il ne s'est rien
passé de spécial. Au bout d'un moment, il dit
quand même à Nambéla d'aller regarder ce
fameux talisman qui les avait fuis, car il l'a
retrouvé. Elle va donc ouvrir la
gibecière : le petit morceau de gui était
bien là. Elle lui demande : « Quelle
sorte de talisman es-tu ? »
- Je suis un
talisman malfaiteur.
- Montre-moi
donc de quels méfaits il s'agit. »
À
l'instant, le talisman de produire fouets, matraques, verges
et gourdins qui se jettent sur Nambéla et les enfants
et les battent cruellement. Leurs corps sont bientôt
couverts de plaies. Ils s'enfuient de tous
côtés, poursuivis par leurs tourmenteurs qui ne
cessent de les accabler. Soudain, aussi subitement qu'ils
sont apparus, fouets, matraques verges et gourdins,
regagnent l'intérieur du talisman, laissant là
Nambéla et les enfants, pantelants, le corps brulant
de l'effroyable correction qu'ils ont reçue.
Séto va
jeter un coup d'il dans la gibecière et la
trouve vide : le talisman s'est enfui. Nambéla
et les enfants sont furieux. Pour les consoler, Séto
nettoie ses plaies et les leur fait voir.
C'est depuis
lors que les sages ont conclu que trop d'avidité nuit
et qu'il faut être pondéré en toutes
choses.
Séto
et la jolie fille
conte manza
Il y avait une
fois, une jeune fille, d'une beauté sans pareille,
qui vivait avec sa mère à l'orée de la
forêt, en dehors du village. Quand elle allait au
marché et s'il lui arrivait de rencontrer un beau
garçon, elle le ramenait chez elle, le
présentant à sa mère comme son futur
mari. La mère la félicitait de son choix et se
réjouissait de ce que tous trois allaient demeurer
ensemble. A la fin de la première nuit, peu avant
l'aube, sa mère se disait malade et se mettait
à gémir à fendre l'âme. Au moment
où les coqs commençaient à chanter,
elle retenait sa respiration, faisait la morte. La jolie
fille demandait au garçon de creuser une fosse :
une fois sa mère enterrée, tous deux iraient
habiter chez lui. Le garçon entreprenait sa
tâche de fossoyeur, tandis que la jolie fille
surveillait l'avancement des travaux. Lorsqu'elle trouvait
le trou assez profond, elle allait avertir sa mère,
allumait un grand feu, y mettait vivement un chaudron d'eau
à bouillir. Quand l'eau était bien chaude,
elles apportaient le chaudron près de la fosse et la
fille faisait mine d'être venue offrir à boire
au garçon avant qu'il poursuive son travail. Puis,
comme il se penchait vers elle pour prendre l'eau à
boire, elle lui jetait l'eau bouillante au visage et tandis
que, se tordant de douleur, il se rejetait en arrière
dans la fosse, sa mère et elle l'achevaient en
versant le reste du chaudron. Là-dessus, elles le
dépeçaient, le mangeaient et comblaient la
fosse. Cela durait depuis longtemps.
Un jour, ce
fut Séto qu'elle rencontra. Ils se mirent en route.
la jolie fille marchait devant. En fait, Séto
connaissait déjà le chemin et flânait.
soudain, il se heurte à la Vieille-femme-oracle qui
se trouvait là par hasard. Il lui reproche vivement
de le retarder, avec son histoire d'épine au pied,
alors qu'il rentrait tranquillement avec sa promise. La
vieille insiste en lui disant qu'il la rattrapera sans mal,
dès qu'il lui aura enlevé l'épine.
Là-dessus, elle lui raconte comment cette belle femme
avec qui il s'en allait a déjà tué
beaucoup de jeunes gens et que, s'il n'y prend pas garde,
non seulement il ne parviendra pas à
l'épouser, mais qu'il n'en sortira pas vivant :
seule son âme partira de chez elle. Séto,
atterré, s'exclame : « est-ce
possible ? » Et la vieille lui
répète qu'elle n'a point menti.
Rattrapant la
belle, Séto lui dit qu'en la suivant, il a eu un
mauvais présage, qu'il va donc s'en retourner mais
que le lendemain elle l'attende. Elle proteste :
« Mais non, mais non, vine d'abord chez moi avant
de repartir. » Il reste ferme
: « Non, quand on s'en va prendre femme et
qu'en chemin on reçoit un mauvais présage, il
est de coutume de s'en retourner chez soi. » Si
elle prétend le forcer à rester, il s'en ira
tout de bon. Mais quand l'aube reparaîtra, elle pourra
revenir le chercher. Alors la jolie fille s'en va de son
côté.
Le lendemain,
elle est là. Il se prépare : il saisit
son fouet de cuivre, le glisse dans son carquois avec sa
masse de forgeron, met le carquois à l'épaule
et, la sagaie à la main, prend la route
derrière sa belle promise. L'un suivant l'autre, ils
arrivent à la maison où la mère leur a
déjà préparé un bon lit. Elle va
tôt se coucher laissant les jeunes gens s'embrasser et
se mignoter. Il fallait voir les beaux seins ronds et
luisants contre lesquels se blottissait Séto, le
corps doux et tiède dont il jouit longuement si bien
que le sommeil le prit soudain et qu'il dormit d'une traite
jusqu'à la pointe du jour.
Il est
réveillé en sursaut par une bourrade :
« Eh ! Lève-toi, ne t'es-tu donc pas
rendu compte que ma mère est
malade ? » Laissant là sa mère
prostrée dans son lit, elle se précipite pour
lui préparer quelques remèdes et fait semblant
de les lui faire boire. Séto rassemble
péniblement ses esprits ; il se demande quelle
est cette comédie qu'on lui joue et pense qu'il doit
s'agir de ce dont la Vieille-femme-oracle lui a
parlé.
Quand il
commence à faire jour, la mère retient sa
respiration et fait la morte. la fille se met à
pleurer : « Oh ! Mon pauvre
Séto ! Quelle mauvaise chance est la tienne !
Voilà qu'au moment où tu venais me courtiser,
il a fallu que ma mère tombe malade et
meure. »
Séto la
console comme il peut ; il lui dit que maintenant que
sa mère est morte, il ne reste rien d'autre à
faire que de l'enterrer, heureux encore qu'il soit
là, car si elle avait été seule, elle
aurait eu bien du mal. Là-dessus, il se met à
creuser la tombe en toute quiétude, sachant bien ce
qui va arriver. Tout en s'activant avec ardeur, il surveille
du coin de l'il la maison mortuaire. Quand il voit de
la fumée s'élever au-dessus du toit, il prend
son fouet car, en allant préparer la tombe, il
n'avait pas manqué d'emporter avec lui ses armes et
son carquois. Donc, voyant la fumée sortit de la
case, il se précipite, le fouet à la main,
éparpille les tisons pour éteindre le feu et
gourmande la fille, lui reprochant d'avoir allumé un
foyer près du cadavre de sa belle-mère :
depuis quand fait-on chauffer les corps des défunts
au risque d'en avancer la décomposition ? Et il
repart creuser la fosse. Chaque fois qu'il voit
s'élever la fumée, il recommence. Quand il
voit la fille s'approcher, il la pourchasse, l'accusant
d'abandonner le cadavre de sa belle-mère à la
portée des mouches. À la fin, la fille
excédée implore sa mère : «
Cela ne s'est jamais produit auparavant, les autres
n'agissaient pas ainsi, mais celui-là est vraiment
trop fort pour nous. Il faut que tu
ressuscites ! »
La mère
n'est pas d'accord : sa fille n'a qu'à insister.
Si elle ressuscite, comment pourront-elles se procurer
à manger ? Elles poursuivent donc leur sinistre
comédie. Séto, lui, creuse toujours.
La fille,
revenant subrepticement près de la tombe, Séto
l'aperçoit et la poursuit, la trique à la
main, jusque dans la maison où il voit que les deux
femmes ont allumé un grand feu sur lequel chauffe un
chaudron d'eau. D'un coup de pied, Séto le renverse
et le casse ; il éparpille les braises et
éteint le feu. La fille, navrée,
s'écrie : » Oh ! Maman !
Rien ne va plus cette fois, nous sommes tombés sur un
homme qui n'est pas ordinaire. » Mais la
mère ne veut rien savoir. Il faut que sa fille
continue sans se lasser.
Séto,
ayant fini la fosse, en était arrivé à
la construction de la loge latérale.
Il partit
chercher des mottes de termitière pour clore la
chambre funéraire. La fille, affolée, se
précipite auprès de sa mère et lui dit
que le tombeau est maintenant prêt, quelle devrait
bien profiter de l'absence de Séto pour ressusciter.
la mère lui répond qu'il n'en est pas question
et se rejette aussitôt sur sa couche, raide comme un
véritable cadavre. Séto, de retour, taille
soigneusement ses blocs de termitière et les entasse
avec précaution au bord du tombeau<. Puis, il
entre dans la case et dit à la fille de sortir. Comme
elle lui oppose quelque résistance, il la remet
dehors à coups de fouets pour pouvoir prendre le
corps de sa belle-mère afin d'aller l'enterrer. Ne se
rend-elle pas compte que le soleil va bientôt se
coucher ! Il faut en finir, car il a
décidé que le lendemain ils repartiront chez
lui. Comme de toute façon, c'est lui qui s'occupe de
tout, il ne comprend pas pourquoi elle fait tant
d'histoires, si bien que la nuit va venir sans qu'il ait
terminé.
La belle le
prie de patienter encore un peu, mais Séto
refuse : « Non, nous allons l'enterrer sur
l'heure. »
L a fille
jette un regard de reproche à sa mère :
elle n'a pas voulu l'écouter quand elle lui
conseillait de ressusciter et voilà que maintenant on
va vraiment l'inhumer. La mère s'entête :
il faut d'abord qu'il vienne la prendre pour l'enterrer,
alors, elle se mettra à éternuer quand il la
soulèvera du lit.
Séto,
qui avait tout entendu, se dit en lui-même :
« Eh bien ! Tu vas voir ! 7 Il
s'approche et d'un tour de bras, il l'enlève du lit.
Au passage de la porte, elle lâche un
éternuement sonore, cale son pied dans l'embrasure et
commence à se débattre. la fille
intervient : « Ô Séto, maman a
éternué ! Pose-la par
terre ! » Séto refuse
catégoriquement : « Pas question, un
mort est un mort ; quand on est mort, c'est pour de bon
; la seule chose à faire, c'est de
l'enterrer. »
Séto et
sa belle-mère s'empoignent. ils luttent longtemps et
finalement elle lui échappe et tombe à terre
où elle continue à gigoter et à se
débattre comme une anguille. Séto, furieux, la
renverse et la frappe à grands coups de gourdins,
l'assomme, l'empoigne et la balance au fond de la fosse. Il
l'y suit, la pousse brutalement dans la chambre
funéraire, l'y introduit avec force coups de pied et
en scelle l'entrée avec les blocs de
termitière.
Comme la fille
reste là en pleurant, il la menace de sa sagaie, lui
disant que si elle continue il va la tuer aussi, qu'elle
pourra aller tenir compagnie à sa mère.
Voilà qui sera bien ! Elles qui tuaient tous les
gens venant par là, croyaient-elles donc que leurs
crimes ne seraient jamais découverts ?
Séto comble la fosse. Il s'empare de la belle,
l'enlève et la ramène chez lui.
Quand on fait
quelque chose en cachette, croyant que personne n'en saura
rien, on se trompe lourdement. Il y a toujours quelqu'un
pour observer nos faits et gestes. Tout finit par se savoir.
Un jour ou l'autre, on rencontre plus malin que soi. Ainsi
Séto, ayant appris quels crimes commettait sa
belle-mère, la tua et lui prit sa fille.
Le
balafon magique
conte
manza
Séto et
Gangalingo, son compère, s'en étaient
allés faire un petit séjour de pêche en
brousse. De tout le jour, ils n'avaient pas mangé et
ils n'avaient emporté aucune provision.
La
première fois qu'il jeta sa ligne, Séto tira
une belle grosse boule de manioc. Aussitôt, il la
relance et le voilà qui sort un grand canari plein de
poissons et de morceaux de viande bien assaisonnés.
Gangalingo, lui, était toujours bredouille.
Séto se vantait auprès de lui de sa fameuse
pêche et lui demandait : « Toi, mon pauvre
ami, que vas-tu donc manger ? Vas-tu te coucher le
ventre creux ? »
Ils sortent du
marigot et allument un bon feu pour se réchauffer.
Séto prend son repas et le déguste tout seul
jusqu'à la dernière miette. Gangalingo
s'était déterré quelques petites
ignames sauvages qu'il met à griller sous la
cendre ; il les gratte un peu et les mange en silence.
Toute la nuit, il réfléchit à ce qui
s'était passé et fit des invocations.
le jour venu,
tous deux se mettent à la recherche d'appâts
et, quand le soleil commence à monter, ils descendent
au marigot. Comme la veille, Séto jette sa ligne et
retire une boule de manioc. Il relance l'hameçon et,
cette fois, c'est son accompagnement de viandes et de sauces
qu'il attrape. Gangalingo, de son côté, avait
mis sa ligne à l'eau. Il tire et voilà qu'un
balafon, tout flambant neuf, s'y était pris. Il le
sort de l'eau avec peine et le pose à terre où
il résonne longuement :
« Gangalingo ! » Ils le prennent et
décident de rentrer au village. Or, les mets que
Séto avait pêchés étaient finis,
tandis que, Gangalingo, lui, ramenait son balafon.
Rentré
chez lui, Gangalingo voulut commencer à jouer.
Aussitôt, le balafon résonna bien
fort :
« Gangalingo,
Gangalingo, tu as pêché les nourritures
Et
maintenant c'est le balafon, Gangalingo !
« Gangalingo,
Gangalingo, tu as pêché les nourritures
Et
maintenant c'est le balafon, Gangalingo !
« Gangalingo,
Gangalingo, tu as pêché les nourritures
Et
maintenant c'est le balafon !
Gangalingo ! »
Comme
c'était beau ! Toutes les femmes se
précipitaient vers Gangalingo, dédaignant
séto. Lui, ulcéré, observait tout cela,
se disant : « Par quel miracle, un tel benêt
a-t-il pu trouver pareille merveille ? Comment
pourrais-je bien faire pour le tuer et m'emparer de son
balafon ? »
Quelque temps
après, il lui déclare son intention de sceller
avec lui un pacte d'amitié. Il va préparer la
bière de mil, Gangalingo en avait fait autant. C'est
ainsi que os pères préparaient leurs grandes
cérémonies et buvaient jusqu'à
épuisement.
Au jour dit,
Séto vient avec ses tambours et Gangalingo sort son
balafon. Le premier, Séto se met au tambour et la
danse commence, chacun se récriant sur la
beauté du jeu. Mais voilà que Gangalingo
parait avec son balafon. Il l'effleure et le fait vibrer
profondément :
« Gangalingo,
Gangalingo, Gangalingo ! »
Il le frappe,
le faisant résonner haut et clair :
« Gangalingo,
Gangalingo, il a pêché le tambour,
Toi tu
pêches le balafon.
« Gangalingo,
Gangalingo, il a pêché le tambour,
Toi tu
pêches le balafon.
« Gangalingo,
Gangalingo, il a pêché le tambour,
Toi tu
pêches le balafon. »
Toutes les
femmes n'avaient d'yeux que pour Gangalingo. Séto,
rongé d'envie, observait tout cela en se demandant
comment il pourrait bien s'y prendre pour voler le
balafon.
Il cherche
à tromper la vigilance de Gangalingo. Il lui dit que
pendant que lui, Gangalingo, ira préparer de la
bière, il peut lui laisser le balafon en garde sans
crainte ; que s'il en jouait, il le ferait toujours au
nom de Gangalingo et non en son propre nom. Gangalingo
réfléchit et se dit : « Ma foi,
c'est mon cousin, c'est lui qui m'a invité à
la pêche où j'ai trouvé ce bel
instrument. Qu'il le prenne donc et fasse comme il
l'entend. » Il prête le balafon à
Séto qui s'engage formellement à ne chanter
qu'au nom de Gangalingo. A peine a-t-il le dos tourné
que Séto entonne le chant en disant :
« C'est
Séto qui a pêché le tambour, puis il a
pêché le balafon. »
Crac !
Une des calebasses-résonateurs se rompt.
Gangalingo
revient, furieux, et dit à Séto qu'il le tuera
à cause de cela.
Séto,
qui s'était mis aussitôt à
réparer la calebasse, cherche à calmer
Gangalingo, lui disant : « Cousin, attends
jusqu'à demain, que je puisse aller chercher du latex
pour colmater ma reprise. »
En fait, il
profite de la nuit pour s'enfuir avec le balafon, d'un
trait, jusqu'en un lieu si éloigné que
Gangalingo ne pourrait jamais l'y rattraper.
Gangalingo qui
en avait perdu le boire et le manger errait comme une
âme en peine.
Un jour, le
petit Nan, en se promenant, découvrit la cachette de
l'instrument. Il revient, en toute hâte, dire au
village qu'on prépare de la bière de mil en
grande quantité. Il faut dire que le petit Nan
était un ami de Gangalingo. Il va donc le trouver et
lui conseille de ne plus se soucier davantage.
Quand la
fête battit son plein, Nan, qui se trouvait là
dans la foule, alla, sans se faire remarquer, chercher le
balafon dans sa cachette et revint se mettre à
jouer :
« Ô
maitre du balafon ! Ô maitre du
balafon !
Le maitre du
balafon ne mange plus en son absence,
Ô
maitre du balafon ;
Le maitre du
balafon s'est couché la faim au ventre ;
Ô
maitre du balafon, Ô maitre du balafon ;
La maitre du
balafon ne peut manger en son
absence. »
Puis, il
repose délicatement l'instrument et s'en va faire un
tour.
Pendant ces
grandes cérémonies, les gens dansent toujours
beaucoup. On leur distribue la bière à
flots ; ils boivent et dansent sans repos.
Alors que le
soleil était déjà bien haut, les gens
réclamèrent l'enfant qui avait joué du
balafon pour le féliciter. En fait, ils ne savaient
pas que c'était un magicien, ce qui lui avait permis
de découvrir le balafon et de le rapporter à
son légitime propriétaire.
Ainsi, lorsque
ton ami reçoit quelque riche présent, tandis
que la fortune t'ignores, tu dois te garder d'envier son
sort et de lui vouloir du mal. Cette histoire de Séto
illustre bien mon propos : il est allé emprunter
son bien à Gangalingo, avec qui pourtant il avait
refusé de partager son repas, et quand il l'eut en
main, il s'enfuit.
C'est
là un conte hérité de nos
ancêtres.
Les
oiseaux du monde
conte
manza
Savez-vous
pourquoi, de nos jours, ceux qui ensemencent leurs champs ne
sont point surs d'en récolter les fruits ?
Autrefois,
tous les oiseaux du monde vivaient ensemble dans un
très grand arbre. Un certain Kou-le-lacet avait
défriché un immense champ, si vaste qu'on n'en
voyait pas le bout et y avait semé du mil. Or, c'est
dans ce vaste champ que se trouvait le grand kapokier
où vivaient tous les oiseaux du monde.
Lorsque le mil
fut presque mur, les oiseaux, en une seule nuit,
achevèrent de le dévaster. Quand, au matin,
Kou se rendit au champ pour couper son mil, il ne lui
restait qu'un tout petit carré à
récolter. Kou rentra chez lui et demanda à son
épouse de lui préparer de la bière.
Celle-ci, étonnée, lui demande ce que cela
signifie. Il répond un peu brusquement :
« Cesse de me questionner car, vois-tu, le mil que
j'avais semé pour nous nourrir toute l'année,
les oiseaux sont venus le ravager complètement. Les
oiseaux, qui sont installés dans le grand kapokier,
au milieu du champ, ont pillé tout notre mil, si bien
que toi et moi, nous n'avons plus rien à manger. Il
me faut donc aviser et ma route sera peut-être
longue. »
Son
épouse lui prépare donc une bonne provision de
bière, des gâteaux de sésame pilé
et de la boule de mil. Pendant ce temps, il avait
attrapé toutes les espèces de petits oiseaux
et les avait enfermées dans sa grande besace en peau
d'éléphant.
Il se tressa
bientôt un coussinet de tête, le posa en place,
la besace par-dessus, et prit la route en
chantant :
«
Le fardeau que porte Kou est aussi dangereux que la
guerre,
Que Kou le
manie avec prudence,
Qu'il est
lourd le fardeau de Kou.
Dangereux
comme la guerre est le fardeau que porte Kou,
Avec
délicatesse, il lui faut le manier,
Qu'il est
lourd le fardeau de Kou. »
Ainsi, il
allait. Quand la nuit venait, Kou se couchait et dormait et,
le matin rosissant, il reprenait son chemin.
Voilà
qu'un jour, il rencontra Séto qui le
héla : « Oh ! Cousin, te voilà
bien chargé ; laisse-moi donc t'aider un
peu.
- Certes non !
Cousin, il n'en est pas question. les bêtes que je
transport là m'ont détruit toute ma
récolte, et je les porte au fleuve pour les noyer.
Toi, tu fais bien trop de sottises pour que je te les
confie ! Tu serais bien capable de chanter ma chanson
en ton nom, n'est-ce pas ?
Mais
non ! Ne crains rien, le rassure Séto, voyons,
je ne ferais pas une chose pareille. »
Kou
l'avertit : « Si jamais tu chantes en ton propre
nom, tous les oiseaux vont s'échapper ; ils
s'éparpilleront partout et couvriront toute la terre.
Tu vois quel malheur ce serait ! »
Séto
rit : « la bonne blague ! Alors, selon
toi, je n'écoute jamais les conseils qu'on me
donne ? Eh bien ! Cette fois, tu vas voir !
Essaie toujours ! Si je n'écoute pas, comment se
fait-il alors que j'aie des oreilles ?
- C'est bon,
dit Kou, s'il en est ainsi, voici mon fardeau,
porte-le ! »
Séto,
aussitôt, entonne la chanson au nom de Kou :
«
Le fardeau que porte Kou est aussi dangereux que la
guerre
Que Kou le
manie avec prudence,
Qu'il est
lourd le fardeau de Kou.
Dangereux
comme la guerre est le fardeau que porte Kou,
Avec
délicatesse, il lui faut le manier,
Qu'il est
lourd le fardeau de Kou. »
Et
voilà Séto, parti d'un pied léger,
malgré sa lourde charge. Il a tôt fait de
prendre de l'avance sur Kou et de le distancer. Dès
qu'il l'a perdu de vue, il reprend la chanson, en y ajoutant
son propre nom.
Kou
s'inquiète : « Eh ! Qu'est-ce qui ne
va pas ?
Rien, rien,
répond Séto. Tout va bien, ta besace s'est un
peu distendue ; mais à part cela, rien de grave.
J'ai juste un peu buté du pied.
- Tu n'es
vraiment jamais sérieux, s'énerve Kou. On ne
peut pas compter sur toi.
Séto,
pendant ce temps, filait à toute vitesse, si bien
qu'il eut tôt fait d'arriver au bord de l'eau.
C'était un fleuve, qui roulait des eaux brulantes,
que Kou avait choisi pour y noyer les oiseaux.
Séto
réfléchit un bon moment, puis il se dit qu'il
serait bien sot s'il jetait les oiseaux dans le fleuve, car
il perdrait ainsi une bonne source d'approvisionnement. Du
coup, il se décide et entonne d'une bonne voix la
chanson en son propre nom : « Allez ! Qu'on ne
discute pas, c'est le fardeau de Séto
! »
Un sourd
grondement se fait entendre et, dans un immense bruit
d'ailes, tous les oiseaux s'éparpillent à la
surface de la terre. Ils s'égayent dans toute la
nature, allant se poser sur chaque arbre et sur chaque
buisson.
Depuis ce
temps là, par la faute de Séto, lorsque tu
sèmes du mil dans ton champ, les oiseaux,
derrière toi, viennent picorer la semence et, avant
la récolte, se régalent de ton grain.
S'il n'avait
tenu qu'à Kou, toute l'espèce aurait
péri, noyée dans l'eau chaude.
Les
lézards cascadeurs
conte
manza
Les
lézards avaient organisé une grande fête
à laquelle ils invitèrent leur neveu
Séto, le priant d'y assister. Ils avaient
préparé des quantités de bière
et d'innombrables plats succulents : la place en
était largement couverte.
Le jour de la
fête venu, ils installèrent une partie des
calebasses de bière et des canaris de nourriture
à l'endroit où devaient se tenir les
festivités, tout en haut d'un très grand
arbre, à la fourche des branches.
Tous y prirent
place, Séto au milieu d'eux, et la fête
commença : on mangea, on but d'abondance. Tous
étaient un peu ivres. L'un d'eux se levant, se
précipite à toute vitesse jusqu'au milieu de
l'arbre, puis remonte. Un autre fait de même. On mange
encore, on boit davantage et la danse bat son plein.
Eh ! Voilà que les calebasses sont
vides !
Aussitôt,
Lézard envoie un se ses enfants en chercher des
pleines. D'un bond, d'un seul, hop ! Voilà le
gamin à terre qui saisit une lourde calebasse de
bière qu'il hisse tout en haut.
Un plat est-il
fini qu'aussitôt Lézard envoie un enfant qui
saute de la cime de l'arbre, atterrit sur le sol, s'empare
d'un canari plein et le remonte aux convives. Les plats
défilent, les enfants sautent et assurent un service
continu.
Séto,
stupéfait, observe en silence cet étrange
manège. Il se dit que c'est là un tour
extraordinaire qu'il lui faudra apprendre à ses
enfants.
La fête
finie, Séto rentre chez lui et annonce aussitôt
à son épouse qu'il va devoir prochainement
donner une grande fête, et qu'il lui faut se
hâter de mettre le mil à macérer pour
préparer la bière. sans plus attendre,
Nambéla emplit un grand panier de mil et le met dans
l'eau. Séto, lui-même va tendrez des
pièges partout dans les environs et, bientôt,
s'y prennent quantité d'animaux : des antilopes
naines, des guibs, des antilopes bleues, des cochons
sauvages et même des buffles dans ses trappes. Il pose
des nasses dans la rivière qui s'emplissent de
poissons, il en attrape également des masses au
poison de pêche. Il fallait voir la place couverte de
viandes boucanées ; partout, on sentait
l'agréable fumet du poisson séché.
Séto,
ayant fait si bien les choses, lança des invitations
de tous côtés. Ses invités
étaient plus nombreux que termites en
termitière. tous les préparatifs
terminés, la bière moussant, les mets fumant,
voilà que les convives commencent à
arriver.
La place fut
remplie : on ne savait où se mettre.
Séto, alors, s'en va débrousser les alentours
de trois immenses kapokiers, fabrique des échelles
qu'il plaque au tronc, et mobilise toute sa famille pour
transporter en haut des grands arbres, des mets et des
boissons, en laissant d'autres en réserve dans la
cour.
Séto,
sa femme, ses enfants et ses hôtes s'installent
confortablement dans les hauteurs et le festin
commence : on boit, on mange à
satiété, on se repose puis on recommence.
les boissons
finissent par s'épuiser. Alors, Séto ordonne
à son fils Tiki de sauter à terre du haut de
l'arbre et de remonter une calebasse pleine. Tiki,
effrayé, refuse, mais Séto ne veut rien
entendre. le gamin cherche quelque dérobade, mais en
vain ; il roule, tombe à terre où il se
casse le cou. Séto attend le retour de son fils et,
ne le voyant pas revenir, se met en colère. Quelle
honte d'avoir un fils pareil. Il attrape son deuxième
fils, Papala, et à son tour lui ordonne d'aller
chercher une calebasse de vin en sautant à bas de
l'arbre. Papala, terrifié, s'exécute, se rompt
le cou et meurt. Séto espérait bien le voir
revenir, mais voilà, pour lui c'était
déjà fini ! Il l'attend encore, mais il
ne risquait pas de le voir réapparaitre. Sa
colère éclate : voilà tout ce
qu'on peut attendre de ses enfants !
« Tu
vois, dit-il à Nambéla, comme tes enfants
m'ont couvert de honte ? Eh bien ! À toi,
maintenant, saute et remonte-nous une calebasse de vin
! »
Nambéla
proteste violemment, l'accusant de se comporter comme un
gamin irresponsable. Qu'il ne s'imagine tout de même
pas pouvoir en user ainsi avec elle ! Est-ce qu'il n'a pas
vu que le sol est très loin en dessous ?
Personne n'aurait l'idée de sauter de
là ! Séto veut l'y forcer, mais elle ne
se laisse pas faire. Eh bien ! Puisqu'il en est ainsi ,
il va le faire lui-même !
Mais,
regardant en bas, il prend peur et c'est tout doucement,
avec mille précautions qu'il redescend à
terre. Posant le pied sur le sol, las ! Que
voit-il ? Ses pauvres enfants qu'il avait
envoyés, qui sont tombés sur la tête,
les voilà tous morts. séto vient toucher leurs
misérables corps disloqués : ils sont
déjà froids. Ainsi Séto a-t-il perdu
tous ses enfants.
Lui et
Nambéla, au désespoir, se mettent à
pleurer. On ramasse les enfants et on les enterre. Les
hôtes de Séto lui prodiguent de bonnes paroles
ainsi qu'à son épouse. Du temps passe et on
recommence à manger. Tout le monde se réunit
et, trois jours durant, on célèbre les
funérailles. Puis, ce fut fini.
A vouloir
forcer sa nature, on n'y gagne que des
désagréments.
Séto
découvre les femmes
conte
manza
Il y a
très longtemps, une rivière délimitait
le pays des femmes et le pays des hommes. ceux-ci vivaient
d'un côté et celles-là de l'autre. Si
une femme rencontrait un homme, elle le mettait à
mort et les hommes fuyaient les femmes pour ne pas
être tués par elles.
Séto,
trouvant cette situation fâcheuse, se dit que
ça ne pouvait plus durer, qu'il fallait trouver une
solution à cet état de choses.
Il prit une
grande gourde, alla récolter du miel et la remplit
à ras bords.
Puis, il
abattit un kapokier et, en un rien de temps, s'y creusa une
pirogue. Il y déposa la gourde de miel et le
voilà parti au pays des femmes.
À peine
avait-il eu le temps d'accoster qu'une femme lui demanda ce
qu'il était venu faire dans leur domaine.
« C'est
dit Séto, le maitre des hommes qui a pressé
son jus dans cette gourde et qui m'envoie le porter à
ta maitresse.
- Qu'est-ce
donc que ce jus là ? » demande la
femme. Séto plonge son index dans le miel et les
suce. de son doigt, la femme , à son tour, effleure
légèrement le miel et le lèche. C'est
délicieux ! Du coup, elle y plonge le bras
jusqu'au coude.
Séto
grogne qu'il ne veut pas d'histoires ; c'est pour la
maitresse des femmes qu'il apporte ce présent.
La femme lui
montre immédiatement le chemin au long duquel sont
alignées des femmes-gardes, casquées de rouge,
l'arme à la main, l'allure menaçante.
À
Séto qui s'approche, elles intiment l'ordre de
s'arrêter et leur chef lui demande ce qu'il est venu
faire là.
« C'est
le maitre des hommes, répond Séto, qui a
pressé son jus dans cette gourde et qui m'envoie le
porter à ta maitresse.
- Qu'est-)ce
donc que ce jus-là ? » demande la
femme, chef des gardes, à Séto. Ce dernier
plonge son index dans le miel et le suce. La femme-chef des
gardes y touche légèrement du bout du doigt et
lèche. C'est sucré !
« C'est
çà le jus des
hommes ? » demande la femme, Séto
acquiesce. Elle y plonge aussitôt tout le bras et le
lèche jusqu'à l'épaule. Eh !
s'exclame Séto, et je ne veux pas avoir d'ennuis,
ceci est un cadeau princier et c'est pour l'offrir à
ta maitresse que j'ai été
mandaté ! »
La femme-chef
des gardes lui laisse le passage et Séto poursuit son
chemin. Il dépasse trois gardes, mais la
quatrième l'ajuste et lui dit que s'il ne
s'arrête pas, elle va le transpercer.
Séto
s'arrête immédiatement. elle lui demande
où il va. Séto lui tient le même
discours qu'à ses compagnes ; elle aussi, comme
les autres femmes, goute le miel. Là-dessus, elle
accompagne Séto jusqu'à l'entrée du
palais, et le remet aux mains de la garde-portière
avant de regagner son poste.
La
garde-portière demande également à
Séto ce qu'il est venu faire là. Séto
prend la parole et déclare une fois de plus :
« le maitre des hommes a pressé son jus dans
cette gourde et m'envoie le porter à ta
maitresse. » La garde-portière interroge
Séto pour savoir comment est ce jus. comme
auparavant, Séto plonge son index dans le miel et le
suce. À son tour, la garde-portière y touche
légèrement du bout du doigt et goute :
c'est succulent ! Elle enfonce aussitôt tout le
bras dans le miel et le lèche jusqu'à
l'épaule.
Séto
gronde qu'il ne veut pas avoir d'embêtements et que
c'est à la maitresse des femmes qu'il apporte ce
présent et pas pour les gardes.
la
garde-portière conduit Séto auprès de
la maitresse des femmes, à qui elle le
présente, et regagne son poste.
La maitresse
des femmes demande à Séto ce qu'il est venu
faire dans son royaume. Respectueusement, Séto lui
dit : « Le maitre des hommes a pressé son
jus dans cette gourde et m'envoie t'en faire
présent. »
- Comment est
donc ce jus et quel gout a-t-il ? » s'exclame
la maitresse des femmes.
Ainsi qu'il
l'a déjà fait plusieurs fois, Séto
plonge son index dans le miel et le suce. la maitresse des
femmes passe le boit du doigt légèrement
à la surface du miel et le porte à sa bouche.
C'est délicieusement parfumé !
Séto
lui conseille ensuite de boire un peu d'eau pour voir.
Elle boit une
gorgée d'eau et la trouve particulièrement
agréable au gout. Alors, elle enfonce une calebasse
dans la gourde et achève rapidement tout le miel.
Et maintenant
que la gourde est vide, comment peut-on se procurer encore
de cette chose délectable ? Séto dit
à la maitresse des femmes qu'il connait un moyen de
remplacer ce qu'elle a tant aimé.
Il lui demande
de s'étendre sur une natte et s'allongeant
lui-même, il s'unit à elle. Après
l'étreinte, tous deux sont ravis et la maitresse des
femmes s'écrie : « Voilà qui est
aussi remarquablement bon.
- Oui !
répond Séto. C'est ainsi vois-tu que l'on
procède ! »
La maitresse
des femmes convoque alors toutes ses sujettes et ordonne
à Séto de recommencer l'expérience avec
elles et de les instruire, afin de voir si elles
apprécient aussi cela.
Séto
s'active donc à les instruire aussitôt.
Quand tout est
terminé, la maitresse des femmes s'adresse aux femmes
rassemblées : « Dorénavant, chacune
d'entre vous qui trouvera un homme le prendra pour mari pour
qu'il l'initie de la même manière. Ne tuez plus
les hommes. Quant à celui-là, Séto, je
me le réserve, vous n'aurez donc plus le droit d'y
toucher ! »
Séto
et sa sur
conte
manza
En ces
temps-là, Séto vivait avec sa sur. Il
n'y avait personne d'autre sur terre. Séto sortait,
allait se promener, revenait dormir dans leur case, se
livrait à toutes ses occupations quotidiennes. Mais
quelque chose le tracassait : chaque fois qu'il
regardait sa sur, il la trouvait plus belle.
Un jour, n'y
tenant plus, il chercha par quel stratagème il
pourrait bien coucher avec elle. Il eut tôt fait de le
trouver.
Se mettant au
lit, il feignit d'être malade. mais auparavant, il
avait pris soin de tracer discrètement, un petit
sentier qui, partant de l'arrière de la maison,
conduisait par de nombreux détours, jusqu'au pied
d'un grand arbre creux.
Donc, il
faisait semblant d'être malade, gémissant
à fendre l'âme. Sa sur, atterrée,
ne savait plus que faire. Séto l'appelle et, dans un
souffle, lui demande d'aller consulter l'oracle du grand
arbre creux, afin de savoir ce qui pouvait bien lui
arriver.
À
peine, sa sur avait-elle quitté la maison par
le chemin qu'il avait débroussé quelque temps
auparavant, que Séto se précipite, prenant un
raccourci, et va s'installer dans le creux de l'arbre.
Sa sur
arrive. Séto, changeant sa voix, l'interroge sur le
motif de sa visite. la jeune fille pousse un
soupir : « Pourquoi me demandes-tu cela,
ô oracle ? Tu dois bien savoir que mon frère
Séto est très malade. C'est pour cette raison
que je suis venue te consulter. Je voudrais que tu me dises,
ô oracle, quelle est sa maladie et de quelle
manière il me sera possible de le soigner et de le
guérir.
- Sache que
c'est bien moi, l'oracle du grand arbre creux, qui te parle
en ce moment, gronde sourdement Séto. Je t'avertis,
jeune fille, que si le traitement que je vais te prescrire
pour soigner ton frère n'est pas suivi
scrupuleusement, il mourra !
- Que faut-il
faire, ô oracle ? interroge la pauvre fille,
tremblante.
- C'est simple
! Dès que tu rentreras chez toi, tu t'uniras à
ton frère, mais un peu seulement, pas trop ! Et il
sera guéri ! »
Un peu
surprise, la sur de Séto reprend le chemin de
la case. Dès qu'elle a le dos tourné,
Séto quittant le tronc creux de l'arbre, file par son
raccourci et regagne sont lit de douleur.
Quand il
entend approcher le pas de sa sur, il se met à
hurler et à se tordre comme s'il était
à l'agonie. Lorsqu'elle franchit le seuil,
Séto, d'une voix très faible, lui demande ce
qu'a dit l'oracle.
« Eh
bien ! Il a ordonné que tu t'unisses à
moi, un peu, pas trop, dit-elle, gênée.
- Quoi !
se récrie Séto. Que raconte ce
misérable oracle ? Croit-il s'adresser à
un esclave. Il n'en est pas question, tu as dû mal
comprendre ses paroles, retourne donc le voir !
»
Sa sur
repart par le même chemin ; Séto, une fois
encore, prend son raccourci, se cache dans l'arbre creux, et
la comédie recommence. L'oracle est
catégorique : « Si jamais Séto
refuse le traitement, il mourra ! »
La jeune fille
en pleurs regagne la maison où Séto
l'accueille avec des râles d'agonisant. le voyant dans
cet état désespéré, elle le
supplie en sanglotant : « Pourquoi refuses-tu les
conseils de l'oracle ? Tu sais bien qu'il faut les
respecter ! » Séto proteste
toujours : « Comment oses-tu me tenir de pareil
propos ? ce sont des paroles d'esclave. comment oserais-je
commettre un acte pareil ? »
Enfin,
cédant aux supplications de sa sur, il se
décide et s'unit à la jeune fille. Celle-ci
lui recommande bien de ne pas trop forcer , ainsi que l'a
dit l'oracle.
Tout en
poursuivant, Séto fait mine de s'interroger :
« Et si je ne force pas, crois-tu que la maladie
guérira ? Le crois-tu ? Crois tu vraiment
que la maladie qui me possède guérira si je ne
force pas ? »
Il
s'interrogea si longtemps qu'à la longue il devint
inutile de s'interroger !
C'est de
là que Séto prit sa sur pour
épouse, et c'est ainsi qu'ils furent à
l'origine de l'espèce humaine, car ceux qui disent
qu'il est différentes races ne font que mentir :
autrefois, au début des temps, les premiers humains
furent Séto et sa sur.
Tulé
et mort
conte
gbanzili
Personne sur
cette terre ne peut se vanter d'avoir rendu visite à
Mort puis d'être rentré chez lui. Celui-ci,
couvert de richesse, qui s'était rendu chez Mort,
n'en était jamais revenu. Tel autre à son tour
y partait, n'en revenait pas non plus, et celui-ci et
celui-là, personne n'était revenu.
À la
fin, Tulé s'interroge « Comment peut-il se
faire que tous ceux qui vont rendre visite à Mort
disparaissent ainsi ? Il va falloir qu'à mon
tour, j'aille voir moi-même de quoi il retourne.
J'irai donc le trouver, passer quelque temps chez lui,
partager ses repas et puis je reviendrai et je verrai bien
ce qui va se passer. »
Bien
décidé, Tulé prévient tous les
siens de son intention, les priant de ne pas l'abandonner
dans son entreprise. Les gens s'inquiétaient, les
pères décourageaient leurs enfants de le
suivre : « Crois moi, mon fils, Tulé
cherche encore à vous tromper pour vous conduire
à votre trépas. » Les mères
s'accrochaient à leurs enfants en sanglotant. Au jour
fixé, ils étaient quand même nombreux
à se présenter chez Tulé. Nambo leur
avait préparé de grandes marmites de
manioc ; ils mangent à satiété,
ils boivent à leur soif. Quand le soleil parvient au
milieu de sa course, ils lèvent l'ancre. Au son des
tambours, ils descendent le fleuve de longues heures durant.
Quand il sont presque arrivés, Tulé leur
apprend sa chanson :
«
Résiste à Mort oh ! hé !
Résiste
à Mort oh ! hé !
Tulé
a tenu Mort en échec oh ! hé !
Résiste
à Mort oh ! hé !
Résiste
à Mort oh ! hé !
Tulé
a tenu Mort en échec oh ! hé
! »
Car ce voyage
qu'il effectuait, c'était pour aller défier
Mort.
Parmi ses
passagers, Tulé avait emmené Chauves-souris,
rats de Gambie et toutes sortes d'animaux qui savent creuser
des trous; Ils continuent à descendre le fleuve
longtemps encore. Quand ils arrivent en amont du village,
peu avant d'accoster, Tulé entonne sa
chanson :
«
Résiste à Mort oh ! hé !
Résiste
à Mort oh ! hé !
Tulé
a tenu Mort en échec oh ! hé !
Résiste
à Mort oh ! hé !
Résiste
à Mort oh ! hé !
Tulé
a tenu Mort en échec oh ! hé
! »
Les tambours
ronflaient ; poussant sur leurs pagaies en un dernier
effort, ils accostent non loin du village.
la
première femme de Mort, qui était non loin de
là, va trouver son mari et lui demande si la chanson
que chante cet homme qui arrive là avec toute cette
foule de gens lui parait bien convenable. Mort,
agacé, la rabroue. ce n'est pas lui que toutes leurs
sottises allaient impressionner. Ils dansent jusqu'à
la nuit. On leur apporte un cabri luisant de graisse et ils
mangent jusqu'à plus faim. On leur indique une case
pour passer la nuit et ils vont se coucher.
Quand ils
furent entrés dans la maison, Mort se mit à
aiguiser son couteau de jet enchantant :
« Tu
manges avec ta tête, aiguisons.
Tu manges
avec ta patte, aiguisons, aiguisons;
Tu manges
avec ta tête, aiguisons.
Tu manges
avec ton cul.
aiguisons,
aiguisons, aiguisons.
Il dit qu'il
va les dévorer de la tête à la queue ;
qu'il va, de son couteau de jet, à tous leur couper
le cou.
or, lorsqu'ils
avaient pénétré dans la case, les
Chauves-souris avaient attrapé tous les gens et,
s'envolant avec eux, s'étaient allés blottir
sous le toit de la maison. Aussi, lorsque Mort jette son
couteau de jet, d'un seul trait, il fend les pieds de tous
les lits, mais quand il veut contempler son tableau de
chasse, il n'y a rien, pas la moindre goutte de sang.
Dépité, il se demande ce qu'il va bien pouvoir
faire et se remet à chanter :
« Tu
manges avec ta tête, aiguisons.
Tu manges
avec ta patte, aiguisons, aiguisons;
Tu manges
avec ta tête, aiguisons.
Tu manges
avec ton cul.
aiguisons,
aiguisons, aiguisons.
Il relance son
couteau de jet qui, cette fois, tranche les lits en leur
milieu. Il risque un coup d'il. Toujours rien. Pas de
victime. Là-dessus, le coq chante et le jour se
lève. Le village s'éveille. La première
femme de Mort lui dit : « Tu vois, mon
époux, que j'avais raison de t'avertir. Tu ne m'as
pas cru et voici maintenant que tous ces gens s'en vont
déjà. »
Mort se
récrie : « Certes non, ils ne vont pas
m'échapper. Ces gens que Tulé a amenés
avec lui rentreraient maintenant chez eux, ça
jamais ! »
il donne
l'ordre qu'on tue deux gros cochons à l'intention de
ce neveu qui est venu lui rendre visite. Ce jour-là
donc, ils dansent encore jusqu'à la nuit ; ils
boivent et ils festoient sans retenue. La nuit venue,
Tulé s'écrie : « Eh !
Oncle, nous allons maintenant aller nous coucher, mais tu
sais, toutes tes manigances de cette nuit ne m'ont pas
échappé, j'étais là-haut dans le
chaume du toit, en train de te regarder. Tu me croyais
endormi sur un lit de bambou, mais je n'y étais pas.
Je t'ai bien eu ! »
Pendant ce
temps, les animaux avaient déjà creusé
un grand tunnel qui allait de la case jusqu'au bord du
fleuve, près de l'endroit où était
amarrée la pirogue.
Tous à
la file entrent dans la maison, Tulé le dernier, qui
ferme la porte, ajustant soigneusement la barre à
l'intérieur. À peine la porte close, l'un
suivant l'autre, ils s'engouffrent dans le tunnel et vont
s'installer dans la pirogue sur le fleuve, tandis que
Tulé bouche avec soin l'entrée de la
galerie.
Mort fit un
bon somme, puis, vers le milieu de la nuit, au moment
où le sommeil est le plus profond, il se lève,
se disant que la graisse des cochons dont ils se sont repus
doit avoir alourdi leur repos, qu'il lui faut donc en
profiter. il enfonce son couteau de jet dans le feu, l'y
laisse bien rougir et se met à le marteler en
chantant :
« Tu
manges avec ta tête, aiguisons.
Tu manges
avec ta patte, aiguisons, aiguisons;
Tu manges
avec ta tête, aiguisons.
Tu manges
avec ton cul.
aiguisons,
aiguisons, aiguisons.
Puis d'un seul
jet, il rase toute la maison. Mais quand son couteau revient
dans sa main, pas la moindre goutte de sang sur la lame. Et
déjà le jour se levait. Tulé le
railla : « Alors, oncle, pendant que tu
t'agitais cette nuit, tu n'as pas vu que je te regardais ?
Où crois-tu donc que j'étais ? Nous
étions tous entrés dans ce grand tunnel qu'on
avait creusé et j'y avais emmené les enfants.
Je t'ai encore bien eu ! »
Tulé
fait si bien qu'ils ont mangé tout le bétail
de Mort jusqu'à la dernière tête. Alors,
il décide de s'en aller la luit même. À
la tombée du jour, comme les autres nuits, ils
entrent dans la case et Tulé dit à
Mort : « Oncle, est-ce que tu ne pourrais pas
nous laisser un peu dormir tranquilles ? Quand je me
couche dans la paille, tu viens bouleverser ma paillasse,
quand je dors dans un trou, tu viens le faire
ébouler ; alors, où faut-il que je me
mette pour que tu me laisses dormir tranquillement ? Tu
crois que je ne suis pas rendu compte de ton
manège ? »
La
première femme de Mort, furieuse, se met en
colère : « Alors, ce n'était
vraiment pas la peine que je te prévienne,
voilà tout ce monde parti, et qu'est-ce que nous
allons manger maintenant ? »
Mort proteste
encore : « Non, non, non, qu'on mette de
l'eau au feu dans un grand baquet et cette nuit, ça
ne va plus rater ! » Et voici l'eau qui
bout à gros bouillons bouillonnants. Tulé et
tous ses gens, sitôt dans la maison, se
précipitent par le tunnel jusque dans la pirogue
où ils se laissent dériver loin en aval du
village pour y passer la nuit.
Après
quelques heures de sommeil, Mort se dit que Tulé et
les siens, doivent être bien endormis, repus de
cochons et de vin, et que ce n'est pas cette nuit qu'ils
vont partir. Il renfonce son couteau de jet dans le feu pour
le rougir :
« Tu
manges avec ta tête, aiguisons.
Tu manges
avec ta patte, aiguisons, aiguisons;
Tu manges
avec ta tête, aiguisons.
Tu manges
avec ton cul.
aiguisons,
aiguisons, aiguisons.
Puis, il lui
dit : « Va, mon couteau de jet, suis ce
tunnel jusqu'au fleuve, va les chercher dans leur
pirogue. »
Aussitôt,
le couteau de jet file le long du tunnel, arrive au fleuve
et casse toutes les pirogues qu'il y trouve : or
c'étaient les pirogues de Mort. Quand il revient dans
la main de Mort, un coup d'il suffit à ce
dernier pour voir qu'aucune goutte de sang n'en tache la
lame. Tulé et les siens avaient dormi tranquilles.
À l'approche de l'aube, Tulé dit à ses
gens de battre les tambours pour leur retour. Et les
tambours de résonner là-bas, en aval du
village, tandis qu'ils remontent le fleuve.
En arrivant
dans les eaux de Mort, Tulé
l'appelle : « Oncle Mort, Oncle Mort !
C'est moi Tulé. J'étais allé dormir
dans la pirogue sur le fleuve ; je l'avais conduite en
aval et j'y ai passé la nuit ; je remonte pour
rentrer chez moi ; me voilà parti
maintenant. »
Là-dessus,
accompagné de tous les siens, il reprend sa
chanson :
«
Résiste à Mort oh ! hé !
Résiste
à Mort oh ! hé !
Tulé
a tenu Mort en échec oh ! hé !
Résiste
à Mort oh ! hé !
Résiste
à Mort oh ! hé !
Tulé
a tenu Mort en échec oh ! hé
! »
Les tambours
ronflent. Mort s'étouffe de rage. Vont-ils vraiment
réussir à s'en aller ? Il déchaine
l'orage. Le tonnerre gronde furieusement. Le temps, jusque
là serein, s'assombrit brusquement. Le ciel devient
noir. Le tunnel qu'ils avaient creusé jusqu'au fleuve
s'étire maintenant et s'incurve jusqu'au village de
Tulé. Quand ils arrivent au milieu du fleuve, le vent
les soulève et les repousse sur la rive. Ils
reviennent, le vent les repousse sans arrêt. Au moment
où il les jette sur la berge, Tulé et les
siens s'engouffrent dans le tunnel qui s'était
allongé jusqu'à eux et s'empressent vers leur
village.
Quand Mort
lançait son couteau de jet, il atteignait la pirogue
qui se fendait en deux, mais il n'y voyait pas la moindre
goutte de sang. Il recommençait sans plus de
succès : le couteau revenait vers lui, la lame
nette ; car à ce moment-là, Tulé
et les siens, qui cheminaient depuis longtemps sous terre,
approchaient de leur but et venaient de sortit dans la
maison même de Tulé, un par un, tout le monde
au complet.
Après
cette aventure, Mort réfléchit longuement et
se dit : « Jusqu'ici, personne n'était
jamais venu en visite chez moi et en était reparti.
Si je ne peux tuer que les visiteurs, comme j'ai pris
l'habitude d'attraper beaucoup de gens, pour peu qu'ils
entendent parler maintenant de ce qui s'est passé
chez moi, plus personne ne viendra. Il va donc falloir
renoncer à mes anciennes pratiques ;
désormais, c'est en silence que je m'approcherai
doucement des gens par derrière pour les surprendre
et les attraper. »
Ce que
Tulé lui a fait, lui consommant tout son
bétail, à son tour il le fera. quand au cours
de ses passages, il viendra ici ou là tuer quelqu'un,
alors tout le bétail de celui-ci, comme le sien, sera
consommé.
Voilà
pourquoi, lorsque Mort dans ses promenades vient tuer l'un
de nous, on perd à cette occasion, dans les
fêtes de deuil, une grande quantité de
bétail et de biens.
Le
prétendant déçu
conte
gbanzili
Tulé
s'en était allé chasser. vers le milieu du
jour, il rencontra une femme et un homme qui avaient une
fille déjà grande, en âge d'être
mariée. Il les accompagna jusque dans leur
concession.
Là,
Tulé demande qu'on lui donne vite à boire et
s'affale à terre, son arc et ses flèches
à la main, la gibecière en bandoulière.
La femme dit à sa fille de courir vite puiser de
l'eau et de l'amener à son époux qu'il;puisse
étancher sa soif qui est grande. la fille va chercher
de l'eau et l'apporte à Tulé qui boit
longuement, puis se repose.
L'homme
à son tour, dit à sa fille d'aller
préparer de la bouillie à son époux.
Elle s'exécute et Tulé la déguste. Puis
il dit que maintenant il va rentrer chez lui. Seulement,
cette fille que voilà n'est-elle pas sa promise ? Il
va falloir qu'il vienne la coutiser pour pouvoir
l'épouser.
L'homme lui
répond que c'est d'accord, il n'a rien à dire
là-dessus, car si tu jettes un os à terre et
qu'un chien vienne le prendre, irais-tu frapper le
chien ?
Tulé
déclare donc que dans une semaine il viendra
commencer sa cour. Et, sur ce, il s'en va. Tout le long du
chemin du retour, Tulé proclame la nouvelle à
qui veut l'entendre.
Deux jours
avant la date fixée, Tulé commence à
récolter le vin qu'il apportera à ses
beaux-parents. La journée durant, il ne fait que
transporter des calebasses de vin. De son côté,
le beau-père a, lui aussi, préparé une
bonne quantité de boissons, à tel point qu'il
en a empli deux pièces de sa case.
Au jour dit,
Buffles, Éléphants, Potamochères et
autres animaux alliés se mettent en route pour venir
chez Tulé qui leur dit : « Le jour est
venu de commencer ma cour ; mettons-nous en
chemin. » Et les voilà partis.
Arrivés
chez le futur beau-père de Tulé, tous
s'assoient et la boisson coule à flot, si bien que
l'effet s'en fait tôt sentir.
Or, chez ces
gens-là, chaque année, le sésame
versait si bien que les termites mangeaient tout et que,
lorsqu'on en faisait frire, ce n'était guère
que la terre qu'on entendait crisser sous la dent.
D'année en année, la chose se renouvelait,
aussi n'était-ce pas un lourd panier de
sésame, ni un bien grand que celui qu'ils avaient
récolté cette année-là.
Et
voilà que l'homme déclare que le jour
où quelqu'un réussira à soulever son
panier de sésame pour le poser sur la claie, ce sera
là toute la dot qu'il demandera pour son enfant. Il
n'y avait rien d'autre à dire... Sur ces paroles, on
sortit le siège de cérémonie où
l'on fit asseoir la fille, posant près d'elle le
panier de sésame.
Les
garçons s'indignent et disent qu'ils sont venus pour
la fête. Alors, qu'est-ce que tout cela
signifie ? Puisqu'il est le plus fort, qu'il aille vite
soulever le panier pour qu'on en finisse et qu'ils puissent
rentrer chez eux ! Éléphant acquiesce,
jette aussitôt autour du panier et la fille se met
à chanter.
Éléphant
s'efforce en vain : le panier ne bouge pas d'un pouce.
il s'abandonne et s'en retourne pesamment s'asseoir. Les
autres querellent Tulé : Comment ? N'est-ce
pas lui le prétendant ? Alors qu'il aille
lui-même essayer, non ? Mais à peine
Tulé s'est-il approché du panier que la jeune
fille reprend sa mélopée. Et voilà que
le panier résiste à Tulé, si bien que
celui-ci, penaud, s'enfuit et, toute la nuit, court d'une
traite se cacher dans son village.
Après
la fuite précipitée de Tulé, Buffle va
essayer à son tour. Et la jeune fille de chanter. Et
le panier de résister. Tous, l'un après
l'autre, tentent leur chance sans succès.
Petite-Antilope-Bleue,
lui, était en train de tresser des tamis,
discrètement assis à l'écart, sur le
tas d'ordures. Les autres, furieux,
l'apostrophent : « Eh quoi ?
N'est-on pas venu pour la fête ? Que
reste-t-il seulement à tresser ses
tamis ? N'a-t-il donc pas vu ce que les autres
sont en train de faire ? »
Il leur
répond : « Certes, j'ai bien vu,
mais combien de fois, vous qui êtres si forts,
n'avez-vous pas échoué ? Alors, moi qui
suis fluet, qui n'ai point de mollet, que pourrais-je bien
faire ? »
Et les autres
d'insister : « Eh bien quoi ? C'est la
fête non ? Viens toujours, si tu ne
réussis pas, tu laisses le panier. »
Petite-Antilope-Bleue
se laisse prier un moment, puis, souriant, se lève et
s'étire longuement. Ses tamis à la main, il
s'avance doucement, les dépose négligemment
auprès de la fille qui lui dit : « Tu te
crois donc si fort ? N'as-tu pas vu combien de fois les
autres se sont essayés sans succès alors que
je chantais pour eux ? Penses-tu donc réussir
à ton tour ? » En fait, la fille
chantait pour que toutes leurs tentatives restent
infructueuses.
Alors
Petite-Antilope-Bleur arrive et saisit le panier tandis que
la fille se met à chanter. Et voilà
qu'à ce nouveau chant, il enlève le panier de
sésame sans la moindre difficulté et le pose
au-dessus de son pied.
Les autres,
stupéfaits, n'en croient pas leurs yeux.
Petite-Antilope-Bleue
dit à la femme de continuer à chanter. Lui
n'envie pas la force de l'éléphant. Il suffit
qu'elle lui chante sa chanson et il prend le panier de
sésame de son beau-père pour le soulever. s'il
plait à son beau-père de n'avoir que terre
à se mettre sous la dent, en ce qui le concerne, pas
question.
Et la fille se
remet à chanter. aussitôt, sans effort, il pose
le panier sur son genou. Il lui dit de chanter encore et
elle;reprend sa chanson longuement. Aux dernières
notes qui s'envolent, frappant du pied, il s'arc-boute et
jette le panier sur sa poitrine. Il ordonne à la
fille de reprendre son chant et celle-ci de chanter encore
longtemps. À peine a-t-elle fini qu'il soulève
encore le panier et le pose sur son épaule. Elle
reprend sa mélopée, et cette fois, il le met
sur sa tête. Puis, il s'en va, tout doucement,
jusqu'à la claie de séchage et, une
dernière fois, il demande à la fille de
chanter pour pouvoir jeter le panier sur la claie. La fille
entonne à nouveau sa chanson et, lorsqu'elle
l'achève, Petite-Antilope-Bleue saisit le panier et
le dépose sur la claie.
Alors, ils
applaudissent à tout rompre, puis, le soir venu,
chacun rentre chez soi.
Tout le monde
étant parti, le beau-père de
Petite-Antilope-Bleue lui dit : « Tu vas
rester ici quelques jours avant de t'en aller ; je n'ai
pas de fils ; ce fils qui me manque, ce sera toi, car
je te suis reconnaissant de ce que tu as fait pour moi.
Depuis longtemps, je ne mangeais plus que de la terre, mais
cette année, je vais enfin sentir à nouveau
sous ma dent autre chose que l'horrible crissement du
sable. »
Ils
vécurent ainsi quelque temps, puis vint le jour
fixé pour le départ de Petite-Antilope-Bleue.
celui-ci s'inquiétait : « Beau-père,
tu sais que Tulé n'est pas bon. Je me demande si ma
femme et moi parviendrons à bon port. Il va chercher
à me la ravir et les autres me tueront pour la
prendre. »
Alors, on alla
trancher une grande plaque d'écorce à
taper : on la martela longuement, si bien qu'elle
s'élargit de tous côtés et devint souple
et douce comme une étoffe. Puis, on enroula dedans
Petite-Antilope-Bleue et, ainsi ficelé, on le mit
dans un grand panier à manioc. Par-dessus, on
étala soigneusement de larges feuilles qu'on
recouvrit de farine de manioc, alternant feuilles et farine
jusqu'à remplir complètement le panier. Enfin,
dans d'autres paniers, on mit les morceaux du cabri qu'on
avait tué en l'honneur de Petite-Antilope-Bleue et
des plats de manioc déjà
préparés pour l'accompagner, en autant de
parts qu'il y avait eu de gens à la fête.
Petite-Antilope-Bleue,
lui, préférait d'être arrivé au
village pour manger. S'il y parvenait sain et sauf, il
serait toujours temps que sa femme lui prépare un bon
repas.
la jeune femme
se mit en route. Quand elle arrivait chez celui-ci, elle lui
donnait un bon plat de manioc et une part de cabri ;
plus loin, chez celui-là, elle remettait un autre
plat de manioc et sa part de cabri, jusqu'à ce qu'il
ne restât plus que la part de Tulé.
Celui-ci lui
demanda alors : « Ô femme de mon oncle, ton
mari ne t'accompagne-t-il donc pas ? »
- Non, il
n'est pas avec moi. Il est resté un peu en
arrière chez son beau-père ; ils sont encore
en train de bavarder. J'ai déjà donné
à tous les autres leur plat de manioc et de cabri.
Voilà ta part que je t'amène
maintenant. »
Tulé
prend un air offusqué. Est-ce qu'elle va garder le
panier sur sa tête pour le servir ? Qu'elle le
pose donc à terre au lieu de lui dire de soulever sa
main pour le prendre.
Petite-Antilope-Bleue
ressent un pincement au cur. Il se demande comment il
pourra échapper à cet affreux bonhomme,
comment lui, pauvre Petite-Antilope-Bleue, va-t-il s'en
tirer ? Comme l'autre tient absolument à ce que
la femme dépose son panier à terre,
réussira-t-il à passer ?
Tulé et
la fille se disputent un bon moment le panier, puis,
celui-ci finit par l'attraper et le poser à terre
où il commence à le fouiller de fond en
comble, sortant tour à tour toutes les feuilles de
manioc, jusqu'à ce qu'il tombe sur
Petite-Antilope-Bleue qu'il
apostrophe : « Ainsi, tu croyais pouvoir
t'enfuir et te cacher, mais te voilà n'est-ce pas,
c'est bien toi, non ? Et c'est toi qui
prétendait épouser cette femme ? Allez,
sors de là au lieu de te cacher. Tu te prends donc
pour Tortue ? »
Petite-Antilope-Bleue,
confus, se lève et pose pied à terre.
Sur-le-champ, Tulé adresse un message à tous
les animaux, leur faisant dire que celui qui avait ravi se
femme se trouvait sous la farine de manioc. En fait, ils
s'en allaient ensemble et la femme les a trompés,
tous autant qu'ils sont, jusqu'à ce qu'ils tombent
sur lui, Tulé, qui a découvert la supercherie.
Tulé les convoque donc au procès et tous
d'accourir.
Après
en avoir délibéré, ils décident
que Petite-Antilope-Bleue devra tuer la femme afin qu'ils se
la partagent. Eux prendront le bas et lui aura la poitrine,
la tête et les bras.
Petite-Antilope-Bleue
s'exclame : « Ho ! Quoi ? Quels droits
avez-vous donc sur cette femme pour décider que je
dois la tuer et que nous la partagions, elle qui est mon
épouse ? Sans doute n'est-ce point là ce
que vous avez voulu dire ; mais en tout cas, je
refuse. »
Ils
insistent : « En vérité,
tu refuses ? »
- Je n'ai
qu'une seule parole. »
La discussion
dura très longtemps, mais enfin, que faire , seul
contre tous ?
Puisqu'ils
insistent tant, pour le voir tuer sa femme et se la
partager, qu'ils attendent un moment ; il va chercher
des feuilles de ngongo qu'il apportera pour égorger
sa femme de sorte que son sang ne soit pas perdu ; il pourra
alors s'en enduire et rentrer ainsi chez lui.
Là-dessus,
il s'en va faire sa cueillette et en chemin rencontre Lion.
Celui-ci, après avoir débroussé son
champ, rentrait chez lui. Petite-Antilope-Bleue lui raconta
toute l'affaire et Lion lui demanda où se trouvaient
tous ces gens dont il parlait.
Il lui
expliqua : « Ces sont ces gens qui, alors que
je rentrais avec ma femme, m'ont encerclé et ont
voulu que je la tue. mais alors j'ai refusé et je
leur ai dit que j'allais cueillir des feuilles de ngongo
pour y égorger ma femme, se sorte que de son sang je
puisse m'enduire le corps et rentrer au village. C'est en
allant cueillir ces feuilles que je t'ai
rencontré. »
Lion lui
demande : « Est-ce bien vrai tout
cela ?
- C'est la
vérité, je te le jure.
- C'est bon,
va donc cueillir tes feuilles » reprit Lion.
Petite-Antilope-Bleue
se met à cueillir les plus grandes, les plus larges,
celles que les Ngbaka, là-bas, se servent pour
construire leurs cases. Il les apporte à Lion qui s'y
installe confortablement. Ce dernier lui recommande de ne
pas le lier trop serré, mais de laisser les liens
plutôt lâches. Alors Petite-Antilope-Bleue
l'attache comme il le lui a demandé, à hauteur
du bassin, au milieu du corps et sous les aisselles.
Lion
ajoute : « Quand tu m'auras amené
là-bas et posé à terre, s'ils te
demandent de couper la corde, tu refuseras. Tu prendras
seulement ta femme près de toi et vous vous tiendrez
à l'écart pour qu'ils viennent délier
la corde eux-mêmes. »
Petite-Antilope-Bleue
fait comme il avait été dit et quand on lui
demande de couper le lien autour du paquet, il refuse et se
fâche, leur disant qu'ils avaient tellement
insisté qu'il a fini par aller cueillir ces feuilles
et les ramener pour qu'ils puissent y tuer la femme.
maintenant, que veulent-ils encore demander de plus ?
Ils n'ont qu'à les délier eux-mêmes ces
feuilles !
Il attire
discrètement sa femme à l'écart, juste
au moment où l'un d'eux détache le paquet.
Lion s'élance au milieu d'eux et les écrase
l'un après l'autre, sauf Tulé qui
réussit à s'enfuir.
Lion et ses
deux protégés ramassent alors tous les corps,
plantent plusieurs claies de séchage et ils les
laissent là à boucaner plus de trois semaines
durant.
Petite-Antilope-Bleue
et son épouse emballent alors leurs parts dans trois
hottes de chasse, laissant le reste à Lion, puis ils
se mettent en route et, après une bonne trotte,
parviennent sans encombre au village.
La morale de
cette histoire, la voici : lorsque vous allez quelque
part, loin de chez vous, et que celui qui vous accompagne
trouve quelque chose d'intéressant, ce qu'il a
trouvé lui appartient. Il ne faut pas lui chercher
querelle pour cela, ni le frapper, ni lui tenir de
fallacieux discours. S'il veut partager avec vous, il le
fait ; s'il ne veut pas, cela ne regarde que lui.
Les
ufs de crocodile
conte
monzombo
Tolé
ayant fait amitié avec Crocodile, un beau matin prit
la route, se disant : « Tiens, il faudrait que
j'aille voir mon ami Crocodile. »
Il passe
d'abord chercher quelques cadeaux à lui faire, puis
chemine un bon moment avant d'arriver chez lui.
A sa vue,
Crocodile s'écrie : « bienvenue à
toi, ami
-Ainsi
soit-il » répond Tolé.
On lui avance
un siège et Tolé prend place. Crocodile
attrape un cabri, le tue et en fait cuire toute la
viande ; puis il va chercher du vin de palme. on
l'entoure, on le fête, on fait ripaille mangeant et
buvant d'abondance. les réjouissances. se prolongent
fort avant dans la nuit.
Au moment du
coucher, Crocodile prépare la literie et appelle sa
femme pour qu'elle l'installe. Tolé l'avertit :
« Tu sais, ami, que je ne peux dormir n'importe
où. ta chambre me conviendrait fort bien. Je suis sur
que là où tu dors, je pourrais dormir
aussi. »
Ses
hôtes lui font alors le lit où il l'avait
demandé.
Or notre
Tolé se dit qu'ainsi il aura plus facilement
accès aux ufs de Crocodile, qui se trouvent
justement sous le lit.
Il ajoute,
s'adressant à son hôte : « Ami, j'ai
bien froid ce soir, j'aimerais avoir du feu pour
dormir. » Et Crocodile d'ordonner à ses
femmes : « Allez donc chercher du bois pour faire
un bon feu à Tolé dans la chambre où il
dormira. » Elles s'empressent avec diligence, mais
Tolé exige encore : « Ami, tu
sais bien que je ne peux pas dormir avec un feu quelconque,
qu'il me faut un feu de bois de parasolier, autrement je
souffre beaucoup, mais si je dors auprès d'un feu de
bois de parasolier, je m'y sens particulièrement
à l'aise. » Sans plus attendre, on va lui
chercher du bois de parasolier qu'on allume et Tolé
s'en va enfin dormir. Chacun peut alors rentrer
tranquillement chez soi.
Resté
seul, Tolé prend un des ufs de crocodile et le
met au feu. Soudain, l'uf éclate
bruyamment : « Clac ! » Crocodile
sursaute et se lève d'un bond. Il crie « Eh
! ami ! Qu'est-ce qui a fait ce bruit dans le feu
? » L'autre répond : « Tu ne
connais donc pas les craquements que fait le bois de
parasolier en brulant ? »
un à
un, en l'espace de deux jours, Tolé a mangé
les ufs de Crocodile ; il n'en restait plus
qu'un. Crocodile, lui, continuait à dormir au
dehors.
Un beau matin,
Tolé lui dit : « Écoute, il va
falloir que je m'en aille, car je ne sais trop ce qui peut
se passer en mon absence. reste-là devant la porte,
je vais te passer les ufs pour que tu les comptes
toi-même. » Il enfonce la main sous le lit,
il prend l'unique uf qui reste et le lui montre.
Crocodile dit : « Bon, en voici toujours
un. » Tolé remet l'uf en place, puis
il reprend le même, l'exhibe et recommence son
manège à chaque fois. Ils font ainsi le compte
de tous les ufs de Crocodile.
« Bien,
mon ami, je m'en vais à présent, conclut
Tolé, car j'ai laissé mes femmes et mes
enfants, tout seuls chez moi, sans personne pour les
nourrir. »
Crocodile dit
aussitôt à ses
enfants : « Vous allez raccompagner
Tolé et lui faire traverser le fleuve. »
Mais Tolé se récrie : « Des
enfants ne sont pas capables de me faire traverser. c'est
toi-même qui dois me conduire, tu ne manques pas de
force pour pagayer, tu auras vite fait. »
Crocodile
n'ose pas refuser et se dirige vers le fleuve. Là,
Tolé saute et s'installe sur son dos. La
traversée commence.
Ils
étaient arrivés au milieu de l'eau quand les
femmes de Crocodile allèrent regarder sous le lit. Il
ne reste plus qu'un uf ! Tous les autres ont
disparu ! Elles se mettent à se
lamenter : « Comment cela a-t-il pu se
faire ? Tolé a mangé les ufs de
Crocodile ! » Elles l'appellent :
« Crocodile, Crocodile, Crocodile,
houhou ! » De là-bas au loin, il
répond : « Quoi ? » Elles
reprennent : « Tolé a mangé les
ufs ! Tolé a fini tes ufs !
»
Crocodile
prête l'oreille, mais ne comprend pas. Il
dit : « J'ai l'impression qu'on
m'appelle ; qu'allons-nous faire ? » Et
Tolé aussitôt : « Ce n'est rien,
personne ne t'appelle, occupe-toi plutôt à
pagayer vigoureusement pour me déposer à terre
au plus tôt. Voilà que le ciel se couvre de
nuages et la tornade approche. Souque ferme et
mène-moi à terre. »
Crocodile ne
discute pas davantage et fouette l'eau de sa queue,
redoublant d'efforts, faisant de son mieux pour aller plus
vite. Sur la rive là-bas, on appelle encore.
Tolé entend bien, mais se garde d'en souffler mot
à Crocodile.
Celui-ci,
peinant et suant, continue à pagayer avec vigueur et
vient enfin accoster sur l'autre rive. Tolé saute
à terre, se retourne et l'injurie : «
Eh ! Pauvre sommeilleux, face de verruqueux, je t'ai
bien eu ! Tu n'as plus d'ufs maintenant et c'est
moi qui les ai mangés ! »
La
calebasse magique
conte
monzombo
Tolé et
Gbaso étaient deux amis. Gbaso, lui, possédait
une grande quantité de calebasses. Un beau matin,
Gbaso prend ses calebasses, les sort toutes de sa case et
s'en va les jeter, mais il garde la plus grande et appelle
les villageois : « Venez vous tous, venez me
voir, moi, Gbaso ! »
Devant leurs
yeux ébahis, il soulève la grande calebasse,
la retourne pour bien montrer qu'elle est vide, puis frappe
son ventre rebondi, disant : « Mon nom est
Gbaso ! »
Aussitôt,
le vin sourd à l'intérieur de la calebasse. Il
verse à boire à tous. Le vin ne cessait de
remplir la calebasse. Ils continuent à s'abreuver
longuement et quand le vin s'achève, il lève
haut la calebasse et dit aux autres :
« Alors, vous voyez qu'il n'y a maintenant plus
rien là-dedans.
- Il n'y a
plus rien en effet 7, répondent-ils.
Gbsao repose
la calebasse à terre et dit :
« Vin ! Je veux que tu viennes dans ma
calebasse. » Tous alors de se remettre à
boire de compagnie. À lui seul, il boit la
moitié du vin et continue d'abreuver ses amis,
longuement jusqu'à la tombée du jour.
Toute la nuit,
jusqu'au matin, ils boivent encore. Or, ils ne se servaient
que de la seule calebasse qu'il avait gardée.
À peine le vin était-il épuisé
que Gbaso frappait le ventre de sa calebasse qui
s'emplissait à nouveau.
Le bruit de
cet exploit eut bientôt fait le tour du pays et arriva
chez Tolé qu'aussitôt l'envie
ronge : « Ne suis-je pas
Tolé ? Voici qu'encore mon ami Gbaso a fait
quelque merveille ! »
Sur-le-champ,
le voilà qui prépare un petit
bagage : « je m'en vais rendre visite
à mon ami » dit-il à la
cantonade.
En arrivant
chez Gbaso, il trouve toute l'assemblée en train de
boire et de festoyer. On l'invite et peu de temps
après le vin s'achève.
Tolé
peut constater qu'il n'y a plus de vin dans le
récipient.
Gbaso s'en
saisit, le soulève bien haut, disant :
« Cette calebasse est à mon nom, Gbaso !
Que le vin la remplisse encore pour que nous buvions en
chur. » Et le vin de jaillir à
nouveau à flots, clapotant dans ses flancs
généreux. Ils boivent. le vin s'achève.
Gbaso redit son nom. Le vin remplit la calebasse et boivent
derechef.
Le jour
s'assombrissant, Tolé
demande : « Il faudrait me
préparer un lit, car je compte passer la nuit
ici. » Les femmes s'affairent, Tolé va
dormir.
Quand la nuit
est bien noire, Tolé se lève sans bruit,
dérobe la calebasse et s'enfuit. Il est de retour
à sa maison dans son propre village aux
premières lueurs de l'aube. Il réveille
aussitôt tous les villageois, criant à qui
voulait l'entendre : « venez, venez me
voir, moi, Tolé !. » Ceux-ci
accablés, se disaient : « Voilà
qu'il a encore trouvé quelque nouveauté ! Il a
sans doute été voler quelque chose à
quelqu'un. » Pourtant, ils se rassemblent pour
l'écouter.
Il leur
dit : « Je veux que vous veniez me voir, je
vais chercher un peu de vin que nous buvions
ensemble. » Il prend la calebasse, sort et lui
frappe la panse en prononçant le nom de
Gbaso : « Calebasse de Gbaso, je veux
que le vin jaillisse pour que nous buvions ! » Il
abreuve ses hôtes et tous boivent jusque vers midi.
Là le vin étant achevé, il frappe
encore la calebasse, qui s'emplit, et ainsi plusieurs fois
de suite, jusqu'à la tombée de la nuit.
C'est alors
qu'il se dit : « Ne suis-je point
bête d'invoquer toujours le nom de la mère de
Gbaso, du père de Gbaso, au lieu de mes propres
parents à moi Tolé ? Qu'ai-je besoin de
glorifier ainsi mon ami ? C'en est fini ; maintenant, je
vais parler en mon propre nom. »
Bien
décidé, lorsque la calebasse fut vide une fois
encore, il parle en son nom à lui, Tolé. Et
devant tous les villageois qui partageaient sa beuverie, la
calebasse magique, en un bruit de tonnerre,
éclata.
Lorsque tu te
rends chez ton ami, qui dispose de quelque nouvelle machine,
fais-t'en bien expliquer le fonctionnement. Alors, quand tu
l'emporteras chez toi, tu sauras comment l'utiliser et elle
te rendra de bons services.
Tolé
et Varan à la pêche
conte
monzombo
C'était
en pleine saison des pluies. Tolé s'en alla chez
Varan et lui dit : « cousin, mes femmes et moi,
mourons de faim ; pourquoi n'irions-nous pas ensemble
à la pêche à la ligne ?
» Varan
acquiesça : « C'est d'accord,
cousin, il semble bien en effet qu'il n'y ait rien d'autre
à faire. »
Là-dessus,
les voilà partis. Ils arrivent à un
emplacement favorable, débroussent un petit
campement, puis s'en vont à la recherche
d'appâts, soulevant pierre après pierre pour
trouver les vers bien gras qu'ils accrocheront à leur
hameçon. Ils viennent s'installer au bord de
l'eau.
Ils ont pris
chacun deux cannes. Varan en saisit une, l'appâte et
jette à l'eau. Aussitôt, il ferre et tire un
poisson à terre. La scène se renouvelle de
nombreuses fois. En un rien de temps, Varan a capturé
carpes monstrueuses, brochets énormes et toutes
sortes d'autres poissons plus lourds et plus gras les uns
que les autres. Tolé, quant à lui,
après avoir amorcé, laisse son fil trainer
dans l'eau et prononce les paroles du charme pour attraper
les poissons :
« Qu'il
lève, qu'il lève sa ligne,
Qu'il
lève, qu'il lève sa
ligne. »
Et Tolé
de capturer quelques petites ablettes, du goujon, des
épinoches et autre menu fretin.
Le soir venu,
ils retournent au campement et préparent
aussitôt des claies et les feux pour mettre leur
pêche à boucaner. Au bout d'un moment,
Tolé dit : « Cousin, je m'absente
quelques instants, je vais faire mes besoins par
là. » Au lieu de cela, à peine
s'est-il éloigné de quelques pas qu'il s'en va
se noircir tout le visage de charbon et chante d'une voix
caverneuse :
« Ingbengbé,
toi Varan, attrape Tolé avec la main,
Ingbengbé,
Ingbengbé,
toi Varan, attrape Tolé avec la main,
Ingbengbé. »
Varan,
entendant cela, s'affole et se jette à l'eau.
Tolé, contrefaisant toujours sa voix,
reprend : « Eh ! N'as-tu pas vu la bosse
sur ton visage et ton dos rugueux plein
d'écailles ? » Puis, il ramasse tout
le poisson de Varan et s'en va le porter à sa
femme.
Il se
débarbouille rapidement et, rentrant dans le
campement, s'écrie d'un air
innocent : « Mais où est donc mon
cousin Varan ? »
Celui-ci,
timidement, répond : « Je suis
ici dans l'eau. quelque chose est venu en ton absence qui
criait qu'on voulait me tuer, qu'on allait m'attraper et
m'attacher. pour me cacher, j'ai sauté dans l'eau, et
j'y suis encore.
-
Espèce de couard ! se fâche Tolé, c'est
sans doute un ami qui est venu te tromper. Et toi, te
voilà caché dans l'eau ! Ne pouvais-tu
rester à regarder ? » C'est ainsi
que Tolé l'a dupé sans qu'il le sût.
Le lendemain
matin, ils retournent pêcher et à nouveau Varan
ne fait que lancer sa ligne et la tirer, capturant encore
les plus gros poissons, tandis que Tolé,
malgré ses incantations, n'attrape que petite
friture.
Dès le
retour au camp, ils se mettent à boucaner le tout,
mais Varan, inquiet pour sa pêche, à son tour
s'en est allé. Il court chez le devin et lui
demande : « Inzania-grand-oiseau,
consulte pour moi ta magie. » Celui-ci
s'exécute et lui
révèle : « Tolé ne
t'aurait-il pas dit l'autre fois qu'il partait se
soulager ? Eh bien ! En réalité, il s'en
était allé noircir tout son visage de charbon
pour venir te jouer un mauvais tour. C'est de là que
tu es tombé à l'eau et, pendant ce temps,
Tolé a ramassé tout ton poisson. Attends un
peu, je vais danser pour toi la danse de
magie. »
Et
Inzania-grand-oiseau entame la danse magique en
chantant :
« C'est
moi, Inzania-grand-oiseau qui vais te montrer.
C'est moi,
Inzania-grand-oiseau qui vais te montrer.
C'est moi,
Inzania-grand-oiseau qui vais te montrer.
Puis il
recommande à Varan : « Lorsque tu
vas t'en retourner, si Tolé t'annonce qu'il
s'éloigne pour se soulager, aussitôt tu iras
couper du bois, tu en feras un bon tas, puis tu grimperas en
haut d'un arbre. Dès que Tolé commencera
à chanter sa chanson, tu prendras tout le tas de bois
que tu jetteras à l'eau. Il ne manquera pas
d'imaginer que c'est toi qui viens de tomber et tu verras ce
qu'il va faire. »
De retour au
campement, Varan fait ainsi qu'il le lui a dit. Lorsque
Tolé se met à chanter, Varan pousse à
l'eau son tas de bois. Aussitôt, Tolé se
prépare à ramasser tout le poisson qui
boucanait. Varan, de son perchoir, se laisse tomber sur le
cou de Tolé et s'y accroche fermement.
Tolé,
surpris, tourne la tête et l'aperçoit. Il
s'écrie : « Comment, cousin, tu
étais encore ici ? Allez, enlève ta main
de sur mon cou, je t'en prie. » Varan
rétorque : « Non, je ne te
lâcherai pas de sitôt. Nous étions venus
ici ensemble pour pêcher et toi, qui n'avais presque
rien attrapé, tu as fait en sorte de m'abuser pour
pouvoir voler mes poissons. Et tout cela pour aller les
offrir à ta femme et passer à ses yeux pour un
pêcheur émérite ! »
Tolé
tue sa femme
conte
isongo
Il
était une fois un personnage du nom de Tolé.
Il vivait sur terre où il avait grandi jusqu'à
ce qu'il atteignît l'âge d'homme. Quand il se
vit tout à fait adulte, il se décida à
prendre femme. Il épousa donc une jolie fille. Il
faut savoir que Tolé porte aussi un autre nom qui est
Féfé. Tolé ou Féfé, comme
vous voudrez, vécut avec sa nouvelle épouse
pendant quelque temps et tous les deux étaient
très heureux.
Un jour, la
nouvelle leur parvint d'un décès qui
s'était produit dans un village non loin de
là. Tolé dit à sa femme :
« Un parent vient de mourir, nous ne pouvons
manquer d'aller assister à son deuil. » Les
voilà tous deux partis pour la place mortuaire.
Lui avait
emporté son bois de repos et son appuie-tête et
partit s'asseoir au milieu de ses camarades. Elle, de son
côté, n'avait pris qu'un petit tabouret et alla
s'installer parmi ses amies.
Après
avoir longuement pleuré le mort, les tambours
s'étaient arrêtés, les rites du deuil
étaient terminés. On avait beaucoup
parlé du défunt. Le moment était venu,
comme vous le savez, du spectacle mortuaire. C'est l'instant
le plus attendu de la fête où l'on danse, on
chante, on raconte les histoires et les contes. Chacun,
à son tour se lève, chante et danse. Une femme
vient, fait son numéro. Une autre lui succède.
Une troisième pousse sa chanson jusqu'aux
dernières paroles.
Alors, on dit
à la femme de
Féfé : « C'est à
toi maintenant de nous entonner un beau chant de
fête. » Et la voilà qui
s'exécute aussitôt avec
fierté :
« ô
mon mari Féfé, n'es-tu pas le plus
laid ?
Toi
Féfé, mon mari, tu es bien contrefait
!
Tordu,
crochu, bancal, est-ce bien toi, Féfé
?
Cagneux,
boiteux, bigleux, ô mon vilain
Féfé ! »
Féfé,
devisant joyeusement avec ses camarades, prêta soudain
l'oreille. Il pousse un cri : « Eh !
Ai-je bien entendu ? Ma femme qui m'avait
accompagné ici à la place mortuaire pour y
pleurer le mort, au lieu d'accompagner le deuil, me fait
honte aux yeux de tous ces gens ! Elle s'en va
répétant que je suis affreux, se gaussant de
ma laideur et de mes difformités ! Qu'est-ce que tout
cela signifie ? » Il entre dans une violente
colère, quitte la place, met son bois de repos sur
l'épaule et rentre chez lui.
Sa femme le
cherchait des yeux et ne l'apercevant point
soupira : « Féfé
était pourtant parmi les hommes là-bas. Je ne
l'y vois plus, il serait donc parti ? Peut-être
avait-il faim. Je vais le rejoindre. S'il est
déjà arrivé à la maison, je vais
me hâter de lui préparer un bon petit repas
avant qu'il reparte au travail ou à la récolte
du vin. »
Elle
s'empressa de rentrer chez elle, mais arrivée au
village, elle n'y trouve pas son mari. Elle en profite pour
aller à la rivière puiser de l'eau. Elle
allume du feu, y pose la marmite, verse l'eau sur le manioc,
balaie la case et, comme l'eau se mettait à bouillir,
s'apprêtait justement à brasser le manioc quand
son mari arriva.
Elle le salua
gentiment, mais il ne répondit pas. Il se mit
à aiguiser son couteau en
grommelant : «Comme ça, tu te moquais
de moi ! Tu m'as ridiculisé devant mes
camarades, mais tu vas voir ce qu'il va t'en couter.
è
Tout à
coup, il bondit, il l'attrape, la perce de coups de couteau,
la laissant morte.
Féfé
était maintenant seul, portant son deuil des mois
durant.
Quelque temps
après, Féfé apprend qu'un autre
décès était survenu dans le village
où il était allé avec sa femme
auparavant. Il se rend à cette nouvelle fête.
Or quelle n'est pas sa surprise lorsqu'il s'aperçoit
que les femmes, comme l'avait fait la sienne autrefois, se
lèvent à tour de rôle et viennent sur la
place chanter quelque chanson moqueuse au nom de leurs
maris. Ceux-ci, loin de se fâcher, viennent à
la rencontre de leur épouse, embrassant et
félicitant la chanteuse avant de retourner s'asseoir
parmi leurs amis, tous plus fiers de leur femme les uns que
les autres. L'ambiance était joyeuse, le spectacle
animé.
Ayant vu cela,
Féfé rentra chez lui, se reprochant
amèrement : « Oh, combien j'ai eu tort de
tuer ma pauvre épouse ! Et cela parce qu'elle me
plaisantait en chantant en mon nom sa chanson. Au lieu de me
fâcher, j'aurais dû, devant mes amis, me montrer
fier de ses exploits parmi toutes les autres femmes. Moi,
stupidement, je l'ai tuée et voilà maintenant
que tous les autres viennent assister au spectacle de deuil
avec leur épouse ! Que vais-je faire moi, pauvre
Féfé, seul maintenant ? » Et il
se mit à pleurer. Il pleura longtemps sur le mal
qu'il avait fait par ignorance.
Ainsi quand
votre mère ou votre femme vous plaisantent en public,
soyez-en fier, c'est pour votre gloire, pour faire connaitre
votre nom ; ne vous mettez pas en colère pour
ces paroles moqueuses et ne lui en veuillez pas.
L'enfant
trouvé
conte
isongo
Un jour,
Tolé dit à ses femmes : «Vous
allez partir à la recherche des termites. Quand vous
aurez trouvé les termitières, vous regarderez
bien si les termites commencent à sortir ;
alors, toutes deux ensemble, vous rentrerez. »
Les femmes
partirent comme il leur avait dit et arrivèrent
près de leurs termitières. L'une était
prête à essaimer, mais celle de l'autre en
était encore loin. La première
dit : « Bon, je vais rentrer au village
et je reviendrai demain. Ma termitière commence
à avoir la forme du nez de la chauve-souris ;
les termites vont donc bientôt sortir. » Sa
coépouse dit à son
tour : « La mienne est encore loin
d'être prête, je ne viendrai pas
demain. »
Elles
rentrèrent au village et mirent Tolé au
courant. Celui-ci leur dit : « Si les
termites ne sont pas encore à point, restez ici, mes
femmes. Vous étiez parties chercher de la nourriture,
vous n'en avez pas trouvé et vous voilà de
retour, qu'y puis-je ? Mais que vais-je
devenir ? Pauvre de moi ! Pauvre
Tolé ! Vous me ferez mourir par vos promesses
fallacieuses ! Pauvre de moi ! Pauvre
Tolé ! Je ne vous écouterai plus, vous
femmes ; vous promettez toujours et vous ne tenez
rien. Et moi, pauvre Tolé, je crois tous vos
mensonges. je finirai par me tuer pour vous. »
Lasse de ces
lamentations, les femmes partent se coucher et dorment
jusqu'au matin. Celle des coépouses dont la
termitière était prête d'essaimer se
prépara à sortir de bonne heure. Tolé
lui fit maintes recommandations : « Tu va
simplement voir s'ils commencent à sortir et puis tu
reviens, tu ne t'attardes pas là-bas ; tu n'y
passeras pas la nuit. »
Sans attendre
davantage, elle s'en va et trouve sa termitière
prête à éclore. Les termites sortent en
masse. Elle les capture à foison, allume ses torches
pour les attirer, fait une collecte merveilleuse et
voilà que tout à coup un bel enfant aux longs
cheveux crépus, au corps cuivré, vient
s'asseoir sur les genoux de la femme qui
s'écrie : « Mais d'où
vient donc ce bel enfant et que vais-je en
faire ? » Alors l'enfant lui
dit : « N'aie pas peur, je suis venu
à toi pour que tu sois ma mère, que tu me
prennes et que nous allions ensemble au village. »
Elle s'étonne :« Ainsi, tu serais mon
enfant ! Eh bien, attends que je charge les
termites dans ma hotte et nous allons rentrer. »
Elle remplit sa hotte de termites, les couvre de feuilles,
soulève l'enfant, l'installe sur sa hanche, bien
sanglé dans la ceinture, puis elle s'en va à
pas pressés, reprenant la route du retour. Mais
voilà que l'enfant, se mettant à songer
à ses vrais parents, se met à pleurer.
La femme
rencontre les pintades qui picoraient sur la route. Elles
lui disent : « Donne-nous des termites
pour que nous effacions tes traces. Si les parents de
l'enfant nous questionnent, nous leur dirons que nous ne
t'avons pas vue. » Elle prit des termites et
les leur donna, puis continua sa route. Les pintades
mangèrent les termites, effacèrent ses traces
tandis qu'elle se hâtait. Un peu plus tard, l'enfant
se reprit à pleurer. Elle se mit à courir et
rencontra les tourterelles qui occupaient tout le chemin,
picorant leur nourriture.
Elles disent
à la femme : « Donne-nous des
termites à manger, alors on effacera tes pas et quand
les parents de l'enfant viendront nous questionner, nous
leur dirons que tu n'as pas laissé de traces. Pendant
qu'ils te chercheront, tu pourras arriver avec ce bel enfant
au village. » Elle leur donna des termites et
s'enfuit avec l'enfant, tandis que les tourterelles,
picorant, couvraient ses traces.
L'enfant ne
s'était pas encore remis à pleurer quand elle
parvint au village. Tolé l'accueillit chaleureusement
: « Te voilà de retour, ma femme,
quel bel enfant tu m'amènes-tu là
! Donne-le moi que je l'embrasse ! »
Elle enleva
l'enfant de sa ceinture et le remit à Tolé qui
partit s'asseoir en le berçant.
« C'est
ma chose, ma chose à moi, ma chose à moi,
Tolé. Pauvre Tolé ! Il a donc fallu que
ma femme parte, qu'aux termites elle soit allée pour
me rapporter un enfant ! »
Deux jours
passèrent. La pluie tomba et la seconde épouse
voulut à son tour partir aux termites. Elle aurait
dû aller trouver sa coépouse pour lui demander
comment elle s'y était prise pour ramener ce bel
enfant afin de pouvoir en faire autant. Au lieu de cela,
elle lui fit triste mine et, sans même la saluer,
entra dans sa case, prit sa hotte, roula sa natte, la mit
dedans. Elle ramassa un tison qu'elle mit sur
l'épaule et s'en alla. Elle partit donc sans que sa
compagne lui eut dit ce qu'il fallait faire pour garder
l'enfant.
Après
une longue marche, elle arriva auprès de sa
termitière. elle installe un petit campement, se
prépare de la nourriture, mange tranquillement, puis
attend, sans impatience, le moment de la sortie des
termites.
Elle avait
déjà rempli une hotte quand, brusquement, un
bel enfant, sorti d'on ne sait où, vint s'asseoir sur
ses genoux. elle s'écrie : « Mais
d'où vient donc cet enfant ? »
- Je suis venu
pour rentrer avec toi, maman, dit l'enfant;
- Alors, c'est
ainsi que les choses se passent, reprend la femme, attends
un peu que je charge ma hotte et nous
rentrerons. »
Elle
ceint la ceinture de portage du bébé, y
installe l'enfant, soulève sa hotte, la met
sur
don dos ; elle quitte la place en toute hâte ;
mais au bout de quelque temps, l'enfant, songeant à
ses vrais parents, se met à pleurer.
Les pintades
qui picoraient leur nourriture sur la route
l'apostrophèrent : «Donne-nous des
termites et nous effacerons tes traces pour que tu puisses
arriver saine et sauve au village avec
l'enfant. »
La femme les
rabroue : «Laissez-moi tranquille et cessez vos
paroles mensongères. »
Elle continue
son chemin et peu après l'enfant se remet à
pleurer. Les parents de celui-ci, qui la poursuivaient
depuis tout un temps, l'attrapèrent dans le village
même.
Ils la
frappent, la tuent, la dépècent, prennent
toute sa chair pour l'emporter. Apercevant les termites, ils
l'en recouvrent complètement et laissent son corps
debout.
Tolé,
son marin s'inquiétait. il partit à sa
recherche. « Que vais-je faire ?
» se disait-il. « Il y a un bon moment
que ma femme est aux termites et elle n'est pas encore
revenue. »
Il prend sa
sagaie et se met en route pour aller à sa rencontre.
À peine a-t-il fait quelques pas sur le chemin qu'il
l'aperçoit là-bas debout et il s'écrie,
plein de colère : « Tu peux rire !
Alors que moi, j'étais mort de peur, croyant qu'il
t'était arrivé malheur ! »
Il se
précipite vers elle, la bouscule un peu et la
voilà qui s'effondre à terre ! Elle
était morte depuis longtemps et ce n'était que
sa dépouille qui se tenait là encore
dressée.
Tout ceci pour
montrer que, si tu veux te rendre en un lieu où
d'autres sont allés avant toi, il faut, avant de
partir, leur demander conseil pour suivre leur exemple. Au
lieu de cela, celle dont on a conté l'histoire,
faisant grise mine, suivant la mauvaise habitude des femmes,
s'en est allée sans rien demander et c'est ainsi
qu'elle trouva son trépas.
TABLE
DES MATIÈRES
Avant
propos
Introduction
la
tête de Tolé (Camille Ngonzo)
La nouvelle
case de Gbaso (Camille Ngonzo)
La chasse
de Lingango
La pierre
qui avait de la barbe (Albert Ndengou)
Le filet
d'or de Tulé (Justin Ngoyi)
Le festin
de Tombilo (Joseph-Désiré Kondimba)
Les trois
prétendants (Abel Wandama)
Séto
l'égoïste
Séto
et le gui-talisman
Séto
et la jolie fille
Le balafon
magique
Les oiseaux
du monde (Pierre Moussa)
Les
lézards cascadeurs
Séto
découvre les femmes
Séto
et sa sur (Judas Saboyombo)
Tulé
et Mort (Emmanuel Zouamba)
Le
prétendant déçu (Alexandre
Gélékoya)
Les
ufs de Crocodile (Camille Ngonzo)
La
calebasse magique (Camille Ngonzo)
Tolé
et Varan à la pêche (Pierre Ngongi)
Tolé
tue sa femme (Pierre Bouboli)
L'enfant
trouvé
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